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Laisser agir

Je lisais récemment "La route du Temps" de Philippe Guillemant et me trouvais donc entortillé dans ses intéressantes théories scientifico-métaphysico-temporelles.  J'étais entortillé, certes, mais aussi perplexe, ne sachant trop s'il me fallait me résoudre à admettre les balbutiements de la naissance d'un nouveau paradigme ou si la gymnastique cérébrale qui m'était imposée allait m'obliger à me couvrir la tête d'un entonnoir.  Quand, tout à coup, ce sacré Philippe a fait mouche.  Il a même touché sa cible à deux reprises, peut-être à cause de la rétrocausalité, à moins qu'il s'agisse d'une trace du futur dans le temps qui n'existe pas.
En effet, il a d'abord cité l'exemple d'Irène qui a réussi un coup de maître invraisemblable à la pétanque alors qu'il lui avait simplement conseillé de se laisser aller : c'était la boule qui faisait tout.  Elle ne devait penser à rien.  Petite précision, Irène était totalement novice en matière de pétanque.  Le résultat a été incroyable : elle a marqué deux points coup sur coup alors que c'était pratiquement irréalisable et, "évidemment", les choses se sont concrétisées de la manière la plus abracadabrante qui soit, la boule faisant un détour improbable avant de se nicher exactement à l'endroit voulu, apparemment par un hasard dont seul le hasard a le secret.  
Sauf qu'il ne s'agit pas vraiment d'un hasard.

Et cela m'a fait penser à notre voyage en Espagne où, une fois arrivés à Lloret de Mar, mon épouse et moi avions décidé de jouer une partie de mini golf.  Je ne suis pas un champion de ce genre d'exercice.  je n'y ai joué que quelques rares fois.  Mais mon épouse était encore plus débutante que moi si bien que je pensais remporter une victoire facile.  En fait, ma femme a manifestement fait du "n'importe quoi" pendant que je m'escrimais à tenter de belles choses ou seulement des coups efficaces.  Mais j'ai très vite été surpris de constater que mes coups étaient très peu précis.  Pendant ce temps, ma moitié réalisait un véritable sketch devant mes yeux ébahis!  Avec désinvolture, en s'y prenant très mal, elle faisait partir sa balle loin de l'objectif.  Mais celle-ci, après avoir gravi une pente en direction opposée de l'objectif, a décrit un arc de cercle, est revenue dans la zone, a ricoché contre un rebord et est venue terminer sa course dans le trou.  Par la suite, elle a multiplié ces coups de chance invraisemblables et je n'aurais pas été étonné si, en frappant la balle de toutes ses forces, elle avait envoyé celle-ci au travers de la fenêtre de l'appartement situé au troisième étage de la maison située de l'autre côté de la rue, derrière les arbres, qu'elle avait dégringolé des escaliers, été déviée par un motard passant en trombe puis par la casquette de l'éboueur, pour ensuite toucher un oiseau avant de retomber exactement dans le trou suivant.

J'étais dégoûté.  
J'étais aussi battu.

Je ne savais pas que ma femme avait bénéficié du "laisser agir", un remarquable principe très bien décrit dans le livre de Philippe Guillemant : "La route du temps".  C'est le genre de truc auquel personne ne croirait et qui n'arrive qu'une fois dans une vie, à un moment où tout le monde jurerait que la personne se trouve dans un jour de grâce couronné par une chance débordante.  Ce n'est pourtant pas de la chance mais du "laisser agir".  Ne me demandez pas de l'expliquer, certainement pas avec le talent de Philippe Guillemant, lisez plutôt son livre.  Si j'ai bien compris, le procédé passe par le futur pour être récupéré "chez nous" de sorte que si nous utilisions notre raison, notre intelligence, notre calcul, etc. nous n'aurions pratiquement aucune chance de réussir un tel coup.  En laissant agir, on influencerait les choses de manière à solliciter des réalisations se situant dans une probabilité future ainsi potentialisée et le retour obtiendrait ce résultat.  Du moins en principe.  Difficile à croire.  Mais j'ai mal expliqué, aussi.

Pourtant, un petit dessin vaut mieux qu'un long discours et quand cela vous arrive personnellement, les choses deviennent plus faciles à saisir, surtout si le contexte est très différent et que les implications pourraient être terribles.  Ainsi, je n'ai pas de meilleur exemple (pour le moment) que cette fois où je me trouvais au volant de mon bus et qu'un automobiliste a subitement pris sa priorité "fantôme", a sauvagement coupé ma route et s'est mis dans une position où la collision était inévitable.

Ce qui s'est passé directement à la suite (et avant l'accident) se  résume à très peu de choses.  Tout va très vite.  C'est une question de fractions de seconde.  Le temps de se dire "Scrôgneugneu ! P... espèce de c... impossible de l'éviter".  Non, même pas : seulement de le penser très vite, en accéléré.
En toute franchise, il ne m'était théoriquement vraiment pas possible d'éviter le crash.  Il était hyper-évident, vu la distance qui restait entre les véhicules et leur vitesse que l'instant d'après allait se solder par un grand bruit de feraille torturée.  Il n'aurait servi à rien de donner un grand coup de frein, ni de donner un coup de volant - ce qui d'ailleurs aurait été pis encore. (N'oublions pas qu'il y a des passagers dans le bus !)  Même si cela n'aurait pas fait sérieux et plutôt gag puéril, j'aurais tout aussi bien pu fermer les yeux ou me les couvrir des deux mains en criant "Maman", cela n'aurait rien changé.
Mais il faut rester professionnel, jusqu'au bout des ongles et tenter quelque chose malgré tout.  Oui... mais quoi ?  Pas le temps de penser, évidement.  Encore moins de calculer.  Et c'est là que le "miracle" s'est produit.  Mais je m'empresse de signaler tout de suite que ce n'en est pas un ! 

Inconsciemment, j'ai eu ce qui constituait sans doute le meilleur des réflexes : ne pas avoir de réflexe.  Ou seulement un semblant de réflexe, une apparence de réflexe.  En fait, plus exactement, un très bref instant j'ai "laissé agir" en ne pensant strictement à rien, sauf peut-être malgré tout "in petto" et très vaguement (parce que c'est humain) à une solution, sans pourtant en voir aucune.
Il y a bien eu un coup de volant.  Mais ce coup de volant, infime et double, ne servait à rien du tout : chacune de ses "moitiés" annulait l'autre.  Il s'agissait d'un geste de principe.  Pour que l'on ne croie pas que je n'avais strictement rien fait.

Et pourtant mon bus a frôlé la voiture et continué sa course sans toucher personne !
Dans le bus, de nombreuses personnes venaient me féliciter de mon adresse prodigieuse.  Selon elles, j'étais "un sacré chauffeur" !  Je venais de sauver plusieurs vies humaines.  A coup sûr.  Ah ça, oui : j'étais un as du volant ! 
Je n'allais pas les contredire, mais je savais bien que ma prétendue adresse n'y était pour rien.  Je n'avais pas non plus exactement eu "de la chance".  C'est autre chose qui s'était produit.  Ce fameux "laisser agir", que je venais de mettre en oeuvre sans avoir lu le mode d'emploi.  Un peu instinctivement.  Il m'aurait d'ailleurs été impossible de le faire de façon réfléchie.

L'incident en question ne date pas d'hier.  Cela s'est passé il y a déjà de nombreuses années.  Je n'avais donc pas encore lu le livre de Philippe Guillemant, que je ne connaissais d'ailleurs pas encore non plus.  Je me garderai bien de prétendre à un agencement particulier des événements occultes qui m'auraient court-circuité de la réalité actuelle d'alors pour voyager momentanément sur l'un des embranchements de l'un de mes futurs possibles en prenant donc connaissance d'un procédé encore à découvrir et dont j'aurais alors profité anticipativement.  Je me contenterai de dire, en suivant l'ordre chronologique linéaire habituel, que je n'ai compris que maintenant de quoi il s'agissait.

L'exemple des archers zens est plus parlant.  Mais avant de pouvoir vous en parler, laissez moi le temps de vérifier l'authenticité de mes intentions afin de savoir si elles modifient valablement mes futurs possibles de manière à potentialiser les lignes d'action qui reviendront en traces concentriques vers notre présent qui n'est qu'illusion.  L'avantage de la question, c'est que puisque je sais désormais que notre futur est déjà réalisé, il me suffit d'attendre un peu pour que ce qui est déjà fait ne soit plus à faire...