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L'Auberge Rouge 1

AUBERGE DE PEYREBEILLE

I – La disparition de Jean-Antoine Enjolras

P212 octobre 1831, c'est jour de foire à Saint-Cirgues-en-Montagne. Jean-Antoine Enjolras, cultivateur âgé de soixante-douze ans, croise Pierre Martin, aubergiste à Peyrebeille.  Martin doit quelques argents à Enjolras.  Il propose au vieillard de faire un détour par Peyrebeille afin de récupérer son dû.  Les deux hommes se séparent en bons termes.
Enjolras profite de son passage à la foire pour régler diverses affaires. Les contrats sont fêtés autour d'une bouteille.  À la fin de la journée, le vieillard, ivre, reprend la route de La Fayette.  Il est accompagné de sa génisse. En passant à Issenlas, il ne peut résister à l'envie d'un dernier verre. Il s'arrête au cabaret et attache sa génisse devant l'établissement. Malheureusement, l'animal s'échappe et prend la fuite.  Enjolras se lance à sa poursuite, en direction de Mézerac.  Il est approximativement 16h00.  En fin de journée, il rencontre un berger de douze ans auquel il confie son intention de passer la nuit à l'auberge de Peyrebeille. Il est tard pour chercher la génisse et Enjolras s'est trop éloigné de son chemin pour regagner sa ferme avant la nuit.

Les jours passent. Jean-Antoine Enjolras ne rentre pas chez lui.  Ses neveux s'inquiètent. Ils se rendent à Saint-Cirgues-en-Montagne et questionnent.  Leur « enquête » les mène jusqu'à Peyrebeille. La gendarmerie est prévenue.  Le 25 octobre 1831, Étienne Filiat-Duclaux, Juge de Paix à Coucouron, se présente au hameau de Peyrebeille.  Il s'arrête à l'auberge tenue par Louis Galland et mange tranquillement. Il est rejoint inopportunément par le Maire de Lanarce et quelques hommes du village.  Le Juge de Paix renvoie les hommes et se livre à une perquisition sommaire de l'établissement, en compagnie du Maire de la commune.  Aucune trace d'Enjolras.

Le 26 octobre 1831, au lendemain de la visite du Juge de Paix à Peyrebeille, deux pêcheurs découvrent un cadavre sur les berges de l'Allier, au lieu-dit Ron-Courbier sur la commune de Lespéron.  Le corps est à demi immergé dans la rivière.  L'état de décomposition est avancé mais les neveux de Jean-Antoine Enjolras identifient leur oncle.  Les médecins notent une blessure sur la partie droite de la tête.  Le coup a été porté avec un objet contendant.  Le genou gauche a été fracassé post-mortem, probablement pour simuler un accident. La mort remonte à douze ou quinze jours.  La gendarmerie conclue à un assassinat.

Le 28 octobre 1831, Auguste Doullin, messager du Juge de Paix, ramène des pièces à conviction à Coucouron.  En chemin, il croise Pierre Martin.  L'aubergiste interroge : Que dit-on de cette affaire ?  Quelles sont les premières impressions des gendarmes ?  Apprenant qu'il fait partie des suspects, il raille.  Jean-Antoine Enjolras n'a pas été assassiné.  La preuve, il avait de l'argent sur lui.  C'est vrai, cent soixante francs, quelques sous, une clef et un couteau ont été trouvés sur le cadavre.  Mais à ce stade de l'enquête, comment Martin le savait-il ?

Aucune preuve formelle mais la rumeur désigne l'aubergiste de Peyrebeille comme coupable.  Trop de morts suspects, de crimes et disparitions autour son auberge.  Tant de coïncidences ne peuvent être le fruit du hasard. Médisances et commérages se propagent.  La gendarmerie rejette d'abord les bavardages.  Les aubergistes sont de braves gens.  Ils entretiennent des rapports cordiaux, voir amicaux avec les forces de l'ordre et avec le clergé.
Interrogé, Pierre Martin prétend ne pas connaître Jean-Antoine Enjolras.  C'est impossible : Enjolras est une célébrité locale.  La notoriété du vieillard explique la vive émotion provoquée par sa disparition.  De nombreux témoins l'ont vu, à la foire, en compagnie de Pierre Martin. Certains prétendent même que Martin et Enjolras étaient parents éloignés.  Cette contradiction pousse la justice à s'intéresser aux aubergistes.

Le 01 novembre 1831, douze cavaliers d'Aubenas, dirigés par le Lieutenant Guérin, arrivent à Lanarce avec ordre d'arrêter Pierre Martin, son domestique Jean Rochette et son neveu André Martin.  La toute jeune gendarmerie du village est mise à contribution.  La troupe encercle l'auberge à la nuit tombée.  Deux gendarmes, Coquet (un ami de Pierre Martin) et Richebourg, entrèrent les premiers. Ils sont accueillis par Marie Breysse, l'épouse de l'aubergiste.  Son mari est couché et Jean Rochette est absent.  Pierre Martin n'apprécie pas d'être tiré du lit. Apprenant qu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt, il s'énerve et menace les brigadiers avec un couteau.  André Martin se montre violent.  Les deux gendarmes appellent les renforts.  La troupe pénètre dans l'auberge.  Pierre et André Martin sont menottés.  Ils passent la nuit captifs, sous leur propre toit.  Au petit matin, une escorte part en direction de Chamblazères, afin d'arrêter Jean Rochette.  Les gendarmes croisent le suspect sur la route.  Il regagne Peyrebeille à pied.  Rochette se laisse arrêter sans histoire.  À peine pose-t-il quelques questions.  Arrivé à l'auberge, il est surpris de constater que Pierre et André Martin sont également écroués.  Les trois prisonniers sont conduits à Aubenas puis transférés au château de Largentière, dont les sous-sols faisaient alors office de prison.  Ils sont placés en cellules individuelles.
Restée seule, Marie Breysse tente l'impossible pour faire délivrer ses hommes. Tantôt elle intimide les témoins, tantôt elle leur propose de l'argent contre leur silence.  Elle demande à des voisins de faire de faux témoignages. Elle va jusqu'à désigner un assassin pour le pauvre Enjolras : Robert, garde-forestier à La Villate et prétendant éconduit de l'aînée des filles Martin, Jeanne-Marie… Face à de tels agissements, la justice ordonne l'arrestation de Madame l'aubergiste.  Le brigadier Richebourg, de la gendarmerie de Lanarce, exécute seul cette besogne.  Marie Breysse râle un peu mais se laisse conduire.  Elle ne se doute pas des proportions que va prendre l'affaire.

Le dossier est confié à Maître Ollivier, Juge d'instruction à Largentière.  Après l'arrestation de Marie Bryesse, il ordonne la perquisition de la ferme du Coula.  Dans la chambre de Jean Rochette, un petit trésor est mis à jour : Châles, sacoches, tabatières, soieries, lunettes… Pas de doute possible, le domestique volait les clients.  Mais les tuait-il ?

Les dessins ci-dessus sont de Mme Sylviane Putinier, correspondante du CERPI.

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