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BOUM BOUM !

Revenant de mon boulot, j'ai pu constater que le bâtiment d'à côté était le siège d'une festivité de jeunes.  La musique battait son plein, ça "chauffait grave", ça déménageait sec !  Décibels à foison.  Mais aussi juste un petit "hic"...

De la musique ?

En fait : BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM, etc.

Ce doit donc être ce que l'on appelle de nos jours une "surboum".

Une mélodie ?  Non :  BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM...

Pas de couplets, pas de refrains, seulement : BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM...

Vous imaginez que j'exagère, que je critique la musique moderne avec trop de sévérité ?  Je ne crois pas : il n'y a aucune mélodie, pas de paroles (excepté : One, two, three... Go !"), pas de refrain, pas de couplets, un seul instrument, qui fait : 

BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM...  Inlassablement.  Toujours sur la même note, sans aucune variation, forcément sans harmonie, sauf avec lui-même.  Pas de voix, pas de chant, pas de choeurs :  BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM...

Probablement pas de titre non plus, ou alors "BOUM".  Pas "BOUM BOUM", parce que cela doit être trop compliqué à retenir.  Et puis "BOUM" c'est plus simple, c'est universel.

Bref, cette "musique" est tout ce que l'on voudra sauf de la musique.

Et puis, en croisant un collègue (bien) plus jeune que moi, je lui fais la réflexion : "J'espère qu'il n'y a maintenant plus personne pour avoir le front d'appeler cela de la musique !  Il ne s'agit que de bruit, totalement dépourvu de la moindre parcelle de talent artistique, complètement dépouillé de la moindre qualité, sauf peut-être dans celle de la circularité du zéro qu'il mérite.  Car c'est vraiment nul de chez Nul.  Je crois d'ailleurs que l'on n'en voudrait même pas chez Nul."

Ma remarque n'"a pas dû plaire à ce jeunot car il s'est cru obligé de me sortir une réponse bien sentie, qu'il voulait un tantinet ironique bien qu'ambigü :

"Ouais !  Rien de tel qu'Edith Piaf, Jacques Brel, Georges Brassens !"

Alors là, c'est sûr qu'en discothèque et en 2015, Edith Piaf, Brel ou Brassens, ça ne doit pas le faire !  Je me suis contenté de lui répondre que tout et n'importe quoi était préférable à ce "bruit" que l'on ose appeler "musique", même "Frère Jacques".  Je n'avais pas le temps de lui expliquer que Piaf était une grande dame qui a fait de remarquables chansons, très émouvantes, qui avaient du sens et même de la subtilité, sans compter les tripes, que Brel avait un talent fou et évoquait à mes yeux une époque hélas, cent fois hélas disparue et remplacée par un ersatz de société qui nous promet encore bien pis à brève échéance (mais si : ils vont y arriver !), que Brassens était un chanteur à textes qui méritent d'être étudiés pendant le temps galvaudé à fumer des joints, à tapoter sur un smartphone pour surfer sur Facebook et, accessoirement à estropier le français.  Tous trois, soit jouaient eux-mêmes d'un instrument (je n'ai pas dit qu'ils avaient recours à un ordinateur, une boîte à musique ou un quelconque artifice électronique) alors qu'aujourd'hui on ingore superbement le solfège et on est incapable de citer 10 noms d'instruments de musique après la batterie, la guitare et le synthé, soit se faisaient accompagner par des orchestres (ici, le recours au dictionnaire est indiqué).

Comme la plupart des nouvelles inventions, on a tapé complètement à côté de la cible.  Nous sommes dans une société de communication et la communication n'a jamais été aussi mauvaise : les réseaux sociaux me font rire à mourir mais c'est pour ne pas pleurer, la désinformation règne en maître, le GSM trompe tous les couples, toutes les familles, par son insolence arrogante ; la science atteint des sommets, mais ceux-ci sont inaccessibles aux rasemotteurs actuels formés pour pouvoir faire à peu près tout de n'importe quoi mais rien de bien à fond de manière spécialisée ; règne de liberté où chacun se sent fort de son laxisme et nanti du droit d'être à la fois plus égal que l'autre et en même temps esclave du no-future, temple de la négation qui s'affirme bien haut : je ne suis rien et je le suis de plus en plus, et j'en suis fier !

Bref : je vomis sur cette prétendue "musique" qui, à mes yeux, n'a même plus le droit à cette appellation et qui n'est que l'une des expressions d'un monde devenu immonde.  Ainsi revêtu de ce manteau encore usurpé, il s'en va en revendiquant l'impudicité de la nudité publique, la dernière trouvaille de ce cloaque sur pattes qu'il défend comme une décoration d'infamie.

Voici, simplement à titre d'exemple, ce qui a le droit de s'appeler "de la musique"...


Sans doute la "musique" que j'ai entendu ce jour-là n'est-elle pas représentative de la musique actuelle des jeunes.  Heureusement !  Mais alors qu'était-elle ?  Cet ensemble de bruit (oui, sans s car il s'agissait à chaque fois du même bruit, sans cesse répété, je me permets donc cette incongruité) se produisait pourtant bien dans un cadre festif, une "discothèque" (en plein air, mais c'est la seule nuance) peuplée de jeunes qui dansaient et animée par un DJ.  Il doit donc bien exister quelque part un enregistrement de BOUM-BOUM qu'il suffit de reproduire, comme pour les anciens vinyles, les vieilles cassettes ou les plus récents MP3 ou les CD.  Juste un fond sonore, alors ?  Que l'on permette alors de s'étonner :  ferait-on l'impasse sur toutes les productions musicales d'ambiance ?  Les dernières seraient-elles déjà périmées ?  Les plus anciennes seraient-elles obsolètes ?  Y aurait-il à ce point un manque cruel d'imagination, de savoir-faire ou de courage pour puiser dans la vaste musicothèque mondiale ?  Les clients des discothèques actuels ne méritent-ils pas plus d'égards que ce navet totalement dépourvu d'originalité ou doit-on considérer que tout l'originalité réside précisément dans l'absence de cette dernière ?  A quand donc l'équivalent musical de l'oeuvre littéraire qui titrait "Les mémoires d'un amnésique" ?

Toutes considérations gardées, dans le cas présent ce saut de carpe permettrait le meilleur compromis : ce qui serait, comparativement, la plus grande réussite, le nirvana dans le genre, ce serait bien le silence !