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L'Exorciste - le film

Le film le plus terrifiant de tous les temps!


exorciste_afficheNous avons déjà, dans les pages du CERPI, abordé le sujet des possessions démoniaques et nous avons "tout naturellement" évoqué superficiellement le sujet de ce fameux film "L'Exorciste". Il est temps à présent d'y revenir plus en détail en assurant aussi le lien avec notre rubrique à propos de "Dieu et les religions".
"L'Exorciste" est en effet un film qui a marqué sa génération mais qui est aussi basé sur un livre tout particulièrement intéressant et surtout sur un fait réel.

A l'époque où le film est sorti dans la petite ville de province où j'habitais alors, je venais à peine d'avoir atteint l'âge légal pour le voir. Dans ces circonstances, on comprendra aisément que mes copains et moi nous choisissions délibérément les films "forts" qui, jusque là, nous avaient été interdits. Il nous fallait donc du Bruce Lee avec son Big Boss plutôt percutant, des histoires d'O (Ben si! J'avoue, quoi? C'est un crime peut-être?) et autres films parmi lesquels "L'exorciste" faisait, paraissait-il, bonne figure.

Dès sa sortie, il avait fait sensation: c'était du costaud! On avait, dans certains cas, du embarquer des spectateurs à l'hôpital, incommodés par des scènes vraiment insoutenables, terrorisantes! Nous ne pouvions donc pas le manquer et, tacitement, il y avait entre les membres de notre groupe d'adolescents, une espèce de défi. Il était certain que nous allions guetter les réactions des autres et malheur à celui qui passerait pour "une femmelette"!

Vers la fin du film, en fait, nous ne nous soucions plus de cette taquinerie. Chacun d'entre nous devait être verdâtre et attendre impatiemment la fin de l'épreuve, la libération et le moment de quitter les lieux, l'air décontracté en proférant de grossiers mensonges du style "Bof, je m'attendais à pis!". En réalité, nous avions été profondément marqués. Tous ont passé des nuits blanches à scruter l'obscurité de leur chambre à la recherche du moindre mouvement insolite, les sens aux aguets. Tous ont fait des cauchemars dans lesquels une tête pivotait à 360°, tous ont senti une présence très indésirable auprès d'eux.

J'en connais même un qui a sursauté dans son lit lorsqu'il se retrouva face à face avec deux yeux d'un vert brillant dans le noir: sueur froide immédiate ! Paralysie soudaine !
Quoi? Un monstre? un démon? Juste en face! Argh!
Et ce râle diabolique qui...
Mais? ... Zut ! Imbécile de chat! Tu m'as flanqué une de ces frousses !

6018153Pourtant, il est incontestable que, entre temps, on a fait mieux (ou pis, c'est comme on veut!) plus terrifiant. L'Exorciste" est un film qui mérite toujours d'être vu, mieux: qu'il faut avoir vu ! Mais il est vrai qu'il a vieilli.


Si on envisage le film avec du recul, on se dira que, finalement, "L'Exorciste" n'a rien de si terrifiant. Une bonne partie de l'histoire est même relativement banale. Seules les scènes en rapport direct avec l'exorcisme proprement dit sont assez dures.  En fait, elles semblaient plus dures au moment de la sortie du film (il y a une bonne raison à cela, indépendamment des effets de surprise, de la jeunesse et donc de la sensibilité des spectateurs que nous étions)

 Mais qu'est-ce qui a donc pu susciter autant d'engouement à l'époque?
Il faut, pour bien comprendre, remettre les choses dans leur contexte.


Dans les premières versions, le film contenait des images subliminales qui renforçaient très efficacement sinon l'horreur elle-même, du moins l'ambiance. Mais de quoi s'agit-il?
Les images subliminales sont des "images esseulées" qui s'introduisent dans le défilement même du film mais dont la succession est trop rapide que pour être perçue réellement par l'oeil humain. Si le spectateur n'y voit que du feu ou presque, en revanche son cerveau enregistre parfaitement l'information et l'idée lui est suggérée avec d'autant plus de force que cela agit sur son subconscient. Ce principe a été abandonné ultérieurement suite à une interdiction, laquelle a sanctionné des abus au niveau publicitaire. (Vous obtiendrez plus d'explications en consultant le lien ci-dessus)

Mais ce n'est pas tout.

exorcsite3En mettant en scène l'Exorciste, le réalisateur a très bien compris la psychologie du spectateur majoritaire, chrétien le plus généralement, mais aussi les principes fondamentaux de la question. Le sujet, très bien amené, présente une jeune fille qui, manifestement, se trouve sous l'emprise d'un démon et il existe une progression terrifiante dans ses manifestations ainsi que les phénomènes qui les accompagnent. Jusqu'à la dernière extrémité, on assiste aux efforts très soutenus et apparemment vains de deux prêtres exorcistes qui se heurtent à une puissance gigantesque, insoupçonnée. Jusqu'au bout, le spectateur peut douter de la victoire finale et d'une happy end. En fait, on pourrait même dire que l'on s'oriente plutôt vers le contraire et c'est probablement ça qui le met très mal à l'aise! Il est en effet très dérangeant pour un chrétien de s'apercevoir que le démon est (presque) aussi puissant que son Dieu! Cela lui est pratiquement intolérable de le voir ainsi bafoué, bousculé, voire traîné dans la boue, son héros K.O débout à la fin du dernier round! Pensez plutôt: cela ne correspond en rien à ce que l'on enseigne au catéchisme! Là, on apprend aux catéchumènes que "Dieu est tout puissant", qu'il peut tout faire, renverser des montagnes, des miracles, qu'il dispose d'armées entières d'anges. Cela n'est manifestement pas ce qu'il voit à l'écran. La supériorité de Dieu sur "le diable" est de l'ordre du fifrelin. Du même coup, le chrétien ne se sent plus aussi en sécurité qu'il ne le croyait, cette révélation le touche jusqu'au fond des tripes. Le fait de savoir aussi que toute l'histoire relève d'un cas réel l'épouvante: non, ce n'est pas seulement un film, cela pourrait nous arriver ! D'accord, c'est rare, mais qui voudrait être l'exception? Ça n'arrive pas qu'aux autres! Ce cheminement de pensées vous glace jusque dans votre fort intérieur, remet vos conceptions en question. Non! Être possédé ce n'est pas la même chose que d'être malade. Il ne suffit pas de prendre un médicament appelé "exorcisme" qui passerait comme on avale un comprimé, avec la certitude du résultat et de la guérison ! Nous voici tous potentiellement vulnérables, très vulnérables, trop vulnérables! Et quelle horrible "maladie"!

L'esprit poursuit, longtemps encore après coup, son jeu de questions-réponses dans lequel les réponses n'apparaissent jamais comme pleinement satisfaisantes:
Pourrais-je être possédé? Oui, bien sûr, "comme tout le monde" ! (Pourquoi ferais-je exception?)
Est-ce que, dans l'immédiat, je pourrais "devenir possédé" (sous entendu: ai-je tout bien fait comme il faut aux yeux de Dieu? Est-ce que, consciemment ou inconsciemment, je ne laisse pas des portes ouvertes, des brèches dans la carapace de ma foi, par où le malin pourrait s'introduire?
Et justement, comme on le nomme "le malin", il a forcément plus d'un tour dans son sac pour parvenir à ses fins!
Qu'est-ce qui pourrait me protéger, puisque manifestement je ne le suis pas assez?
Et le climat génère aussi une forme de parano qui s'exprime au travers d'autres questions:
"Et si un proche (frère, sœur, parent) devait être possédé? Quelle horreur à la maison!
"Et le truc bizarre que tante Christiane a rapporté d'Afrique, si c'était un talisman comme dans le film? Ça changerait quoi que ce ne soit pas le même démon? Ça pourrait même être pis, avec ma chance habituelle..."
Etc...

Mais évidemment, tout le monde n'est pas chrétien. Tout le monde ne sera donc pas forcément touché de la même manière par ce film à sensations. Mais de la même manière que tout croyant peut être en proie au doute, l'athée pourra remettre ses convictions en question. Tout le monde peut se tromper, non? Il en va de même pour ceux qui appartiendraient à une autre confession. Quant à ceux qui n'en démordent pas, ils auront de toute façon vu un très bon film d'horreur.

Il reste à savoir, pour être complets, que l'Exorciste a fait beaucoup d'effet au moment de sa sortie parce que les choses étaient alors très différentes vis-à-vis de la religion, du christianisme notamment.  On ne se moquait pas, en ce temps là, de la religion comme on le fait maintenant.  Tout cela n'était pas banalisé.  On n'y voyait pas que des effets spéciaux aujourd'hui qualifiés de "granguignolesques" à grands renforts de ketchup.  Cela touchait beaucoup plus la sensibilité des personnes et qui n'a pas vécu cette époque ne peut que très difficilement comprendre.