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La danse sur le feu

LA DANSE SUR LE FEU - ou NESTINARSTVO

Fire-01Avec l'aimable collaboration de Mme Svetlana Popova, déjà bien connue des Internautes via le site de New Belgaria (premier portail belge à propos de la Bulgarie et, par extension, des pays de l'Est), devenue également Présidente d'Honneur du CERPI, nous sommes aujourd'hui en mesure de vous présenter le dossier qui suit et qui traite de l'un des sujets les plus mystérieux que présente la Bulgarie, le pays de la rose : la danse sur le feu !

Svetlana nous présente d'abord cet événement sous l'angle du folklore, au niveau de ses origines, son déroulement, etc.

Ensuite, notre équipe réalise un ensemble de recherches sur les multiples facettes de cet étrange phénomène et, ce qui ne gâche rien, présente la solution de l'énigme.



Nestinarstvo représente une ancienne coutume, une danse sur la braise !

La danse sur le feu est connue de beaucoup de peuples.  En Bulgarie, au XIXe siècle, le nestinarstvo s'est répandu dans la Thrace de l'est. Plus tard il ne s'est conservé que dans la région de la montagne Strandja.  Jusqu'à nos jours, son centre est le village de Balgari (au sud-ouest de Tsarévo).  Cette coutume a lieu le 21 mai (la fête des Saints Constantin et Hélène) et, plus rarement, le 26 juillet (la fête de Saint Ilya).

La fête nestinarski commence par un service dans la chapelle qui porte le(s) nom(s) des saints, après on va à la source et le soir, on danse sur la braise.  On continue la fête sur la place centrale du village en dansant le khoro (ronde, danse bulgare traditionnelle), on prend le repas rituel et on visite les maisons des habitants du village.

3_1x113Les personnages les plus importants sont le nestinar en chef et les nestinari danseurs ou plutôt danseuses parce que, le plus souvent, ce sont des femmes qui dansent sur la braise.

Les objets spéciaux rituels sont les icônes des nestinari (la plus connue est celle à "queue", l'icône qui a un manche), la grosse caisse et, pour les personnages : le prêtre.  

Le jour de fête on danse le nestinarsko khoro (ronde spéciale), on chante une chanson aussi spéciale qui s'appelle "kostadinova" (celle de Konstantin), on prend de l'eau de la source, on pétrit des pains rituels et on les distribue parmi les habitants, on prépare le "kourban" (un agneau ou un mouton) pour le repas rituel et on accueille des hôtes de la fête.

Mais l'événement principal de la fête est bien sûr la danse sur la braise.  Le soir, après que le grand feu ait brûlé, on enlève les fumerons.  La braise est étalée en forme de cercle régulier d'un diamètre de 3 à 5 m et d'une épaisseur de 3 à 5 cm.  Au son d'une mélodie spéciale, au rythme de la grosse caisse, les danseurs et les danseuses dans les costumes nationaux mais aux pieds nus (les nestinari) commencent à danser.  Ils se penchent, se tapent les cuisses, se redressent, claquent des mains, s'écrient : "Vakh ! Vakh !"  Peu à peu ils entrent en transe.  Tantôt l'un, tantôt l'autre saisit l'icône nestinarska et entre dans le cercle de feu.  A ce moment-là, les nestinari prévoient l'avenir.

Le plus impressionnant est que la peau des pieds des nestinari ne soit pas brûlée.  Malgré qu'ils dansent assez longtemps (10 minutes minimum), il n'y a de brûlures nulle part sur leurs pieds.  Ce qui aussi intéressant c'est que les objets que les nestinari laissent tomber par hasard, ne brûlent pas non plus.  Selon quelques témoins, parfois les nestinari peuvent s'asseoir ou même se coucher sur la braise.  L'insensibilité à la douleur pourrait être expliquée par l'état d'esprit, une préparation psychologique, mais l'absence de brûlures ?

Les nestinari eux-mêmes, ainsi que les habitants du village, considèrent ce phénomène comme parfaitement normal.  Ils l'acceptent comme quelque chose de tout à fait naturel car ils sont convaincus que cette force vient de leur grande foi et leur espérance dans les saints protecteurs.

Selon la légende, pendant les grandes invasions, les Protobulgares étendirent le nestinarstvo aux quatre coins du monde : en Grèce, dans les pays arabes, dans le Caucase et sur les îles japonaises.  Mais il n'y a qu'en Bulgarie que les nestinari peuvent non seulement danser sur la braise mais aussi porter le feu dans leurs mains.

Habituellement, cet art de danser sur la braise est transmis de génération en génération, mais parfois il arrive qu'en regardant les danseurs, d'autres gens se hasardent eux aussi à entrer dans le cercle de feu.  Ils peuvent alors devenir nestinari.

Le rituel exige de faire la croix en dansant pour chasser le Diable, l'envergure des bras des danseurs chasse le mal des gens.  Ils prient pour la santé des gens, prient pour pardonner leurs péchés.  Pour leurs oeuvres pieuses et leur don de prédire, dans le passé et à présent, les nestinari sont les gens les plus respectés du village.  C'est à eux qu'on s'adresse pour un conseil ou une aide.

Le paganisme et le christianisme, le mystère et la foi, le passé et le présent liés dans une coutume, ce n'est pas un cas unique en Bulgarie. Quel est ce pouvoir sur l'esprit qui vient du temps jadis et représente le fil de la Bulgarie du khan Koubrat à la Bulgarie contemporaine, qui unit tous les Bulgares dans le monde entier en une expression : "cela est déjà arrivé autrefois" ?  Quel est cet élan d'entrer dans le cercle de feu, incompréhensible pour les autres mais qui, comme le dit le poète :

"... me fait mettre à merveille
une fleur derrière l'oreille

et, un jour, mener tout le monde
sur la braise à la ronde.."

C'est ce qu'on nomme l'appel des ancêtres.  L'appel des ancêtres, qui est lié au culte des chamans, sacrificateurs des Protobulgares, tire sa croyance dans la force de leurs danses magiques et de leurs capacités de traiter, de conseiller et de prédire, à leur rôle de médiateurs entre le peuple et le dieu suprême Tangra ?  Ou est-ce la foi à un autre sauveur crucifié au Calvaire qui protège ses croyants, la foi qui n'a pas été trahie pendant les cinq cents ans du joug.
Un mystère qui, ayant traversé les siècles, est resté une énigme de nos jours et continue d'émouvoir tout un chacun qui a eu la chance de le toucher.

Lire la suite (les explications)


Nous devons cet article à Mme Svetlana Popova, Présidente d'Honneur du CERPI que nous remercions vivement.