Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

COMMENT ENQUÊTER :

1) En maison hantée (voir ci-dessous)

2) En ufologie (+ guide de l'enquêteur de J-L Vertongen)

3) Généralités

4) Bases d'enquêtes

 

Le présent dossier est actuellement en construction. Les textes actuellement en ligne sont susceptibles de corrections, de suppressions et d'ajouts. En effet, le sujet de l'enquête en maison hantée est particulièrement consistant et très difficile à traiter avec exhaustivité dans une optique perfectionniste. De nombreux points se ramifient facilement et, lors de la rédaction, il est très facile d'omettre certaines facettes pourtant importantes. Des points pouvant nous revenir en mémoire en cours de réalisation du dossier, nous prions nos lecteurs de considérer celui-ci comme inachevé et à parfaire. Les enquêteurs en herbe peuvent toutefois en prendre connaissance, ne serait-ce que pour se départir de bon nombre d'idées reçues et d'erreurs. Lorsque nous considérerons le présent dossier comme abouti, nous en ferons mention.

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Enquêter pour le CERPI sur une "affaire de maison hantée" est probablement, avec les cas de possessions démoniaques, l'activité rêvée des investigateurs en herbe. Beaucoup attendent avec impatience le moment où ils pourront jouir de la griserie de "se produire" dans l'obscurité qui débride les imaginations, l'aura de mystère d'une maison qui leur susurre à l'oreille l'équivalent du "basé sur des faits réels" des films du petit et du grand écran, la perspective de rencontres du troisième type avec des entités de l'au-delà, etc.

Notre premier devoir, nous semble-t-il, consiste à les remettre sur leurs rails quant à la véritable nature de nos enquêtes avant de prodiguer ce qui sera surtout un ensemble de conseils sur cette technique et d'envisager la question des éventuelles stratégies. C'est que beaucoup s'imaginent un tas de choses et vont au devant de bien des déceptions. Dans leur esprit, nantis de tout un appareillage sophistiqué qui les transforme momentanément en "professeur Untel", le nec plus ultra consistera à subir l'attaque d'un monstre quelconque (et à s'en sortir indemne, bien entendu), à donner de savantes explications - éventuellement (de préférence) "scientifiques" quant à la nature des "mystères" rencontrés (soit de nature hyper-sceptique, pour pouffer de suffisance face aux indécrottables naïfs, soit au contraire ultra-croyante, pour démontrer avec panache que tout cela n'est pas que balivernes) et, évidemment, ne l'oublions surtout pas : à mettre tout cela sur Youtube ou Dailymotion !

Naturellement, cela va impliquer une certaine mise en scène, un look particulier de "ghosbuster" (chasseur de fantômes), des talents de comédien même s'il n'y a pas à faire semblant (n'oublions pas que pour faire "bien" à la vidéo il faut "paraître" !) Bref, il s'agit de tout un programme et d'aucuns se montrent parfois même tellement impatients qu'ils ne jugent pas indispensable de préparer quoi que ce soit et se lancent tout de suite dans des enquêtes "sauvages" ! Aïe ! aïe ! aïe ! (ou kaï kaï, si vous parlez chien).

Nous avons eu besoin, dans le paragraphe précédent, de pas mal de guillemets et de quelques italiques, sans compter une bonne dose d'ironie pour décrire les attentes générales des jeunots en mal de sensations fortes et, autant le dire tout de suite : s'ils s'imaginent que leurs enquêtes se dérouleront comme ça, on est loin du compte !

Nous allons tout de suite casser le mythe : la réalité rencontrée par les enquêteurs du CERPI est souvent bien moins glorieuse, même si elle est parfois aussi valorisante (c'est beaucoup plus rare !), les investigations sont loin de toutes se présenter comme autant d'aventures palpitantes, nous n'avons pas toujours les explications à tout (parfois aussi il n'y a strictement rien à expliquer parce qu'il n'y a rien de mystérieux à se mettre sous la dent !) On passe souvent pas mal de temps à attendre, pour rien. Un scénario classique se produit lorsque l'on se rend sur des lieux supposés très hantés, décrits par les propriétaires comme "d'attraction permanente", c'est du 24h/24, etc. On nous a déjà fait le coup : nous allons arriver précisément le seul jour de l'année où rien ne se passe ! Attention toutefois aux conclusions hâtives : ce n'est pas parce qu'il y aurait absence de phénomènes qu'il faudrait automatiquement mettre un terme à l'enquête. Certes, c'est frustrant, c'est râlant, en même temps c'est un peu prévisible (cela aurait été trop beau !) mais cela ne signifie pas ipso facto qu'il ne s'y passe jamais rien. En tous cas, personnellement, j'exigerais que pour toute enquête existe un rapport aussi détaillé que possible (et daté !) avec toutes les coordonnées ainsi que références des enquêteurs, de telle manière à ce que, le cas échéant, on puisse ultérieurement y revenir et rouvrir le dossier.  Ceci est tout particulièrement important, même si l'enquête n'a (provisoirement) abouti à rien.  Il arrive en effet parfois que, même des décennies plus tard, on doive remettre le couvert !  Cela nous est déjà arrivé !

Paradoxalement, beaucoup d'enquêtes se déroulent dans ces conditions et, non moins curieusement, aboutissent à des révélations surprenantes.

Néanmoins, pour les enquêteurs en herbe, l'absence de côté spectaculaire constitue un frein important, une démotivation, voire pis encore : ils peuvent s'imaginer que leurs aînés fabulent, perdent leur temps sur des chimères, s'égarent, etc. En tous cas, cela en désarçonne plus d'un... Nous allons commencer par un brin d'histoire du CERPI avant de décortiquer le paragraphe incriminé, de formuler de premiers conseils et puis nous en viendrons à des choses plus pratiques. Vous êtes prêts ? Suivez-nous !

PETITE HISTOIRE DU CERPI, EN PRÉAMBULE

Si vous avez lu l'historique du CERPI (et sinon il est temps de le faire...), vous savez que le CERPI doit son existence à une bande d'étudiants. Cela n'a rien de glorieux (ni de déshonorant), c'est comme ça. On se situait, en considérant la moyenne d'âge, entre la fin de la rhéto et les premières années d'université. Soyez sans crainte, notre humilité implique que nous ayons parfaitement mesuré notre incompétence d'alors, de sorte que le fait de suggérer d'être titulaire d'au moins un diplôme de fin d'études secondaires ne semble pas exagéré. Nous sommes également conscients de ce que certains éléments réellement doués pourraient tout à fait être valables (je me suis laissé dire que les beatles n'avaient jamais appris le solfège, ce n'est qu'une image mais elle est parlante !).

Cela dit, la situation a rapidement changé avec l'arrivée de nouvelles recrues. Celles-ci se composaient notamment de camarades de classe qui suivaient le mouvement par simple sympathie ou par réel intérêt, mais aussi de représentants de la vie professionnelle, plus âgés et plus expérimentés. Le temps passant, celui qui allait devenir notre Président devint détective privé et réalisa d'ailleurs plusieurs enquêtes retentissantes avant de changer de profession pour de multiples raisons. Cela eut notamment pour conséquence que de nouveaux éléments, issus de ce monde particulier, rejoignirent eux aussi nos rangs. Voilà qui explique pourquoi l'équipe d'alors se montrait particulièrement performante, avec aussi une certaine "déformation professionnelle" qui procédait d'un relatif "mélange de genres". Par exemple, certains termes de jargon n'ayant en principe rien perdu dans le domaine de la parapsychologie firent leur apparition dans la terminologie d'usage.

Avec le temps, toutefois, certains empruntèrent des chemins différents, des contacts disparurent, des ouvertures aussi, si bien que les capacités théoriques d'enquêtes étaient sauvegardées mais pas les prérogatives judiciaires. Fort heureusement, cela n'avait aucun impact sur les enquêtes du groupement puisque celles-ci étaient bénévoles et que leur but ne résidait pas dans la découverte du "coupable". En quelque sorte, on pourrait dire que la trame était restée mais que "l'officialité" avait disparu, sans préjudice de la légitimité. C'est ainsi qu'il existe aussi, au CERPI, un certain esprit de "championnite" de la part des plus anciens, parfois difficile à vivre pour les nouveaux venus (déjà que leur parcours pour arriver là n'aura pas été si facile...) Mais il faut dire aussi que ces mêmes anciens sont porteurs d'une lourde responsabilité : celle d'assurer une relève alors que celle-ci semble assez clairsemée (c'est un euphémisme !), non seulement sur le plan pratique mais aussi en gardant à l'esprit la sauvegarde de disciplines très controversées subissant le feu incessant de l'adversité. Sur ce point, on aura compris qu'il s'agit moins de la "concurrence" entre associations de même type (qui existe indubitablement alors que l'esprit devrait être à la collaboration, au rassemblement et à la mise en commun complémentaire de compétences dans un but de polyvalence, de prosélytisme et de valorisation du domaine) que des attaques réitérées et omniprésentes de sceptiques, zététiciens, scientifiques bornés, médias, etc. Cette adversité là est autrement plus puissante, subversive, voire sournoise. Hélas, beaucoup d'associations (dont la nôtre) se voient presque obligées de perdre beaucoup de temps à tenter de déjouer leurs desseins, sans quoi - pour ne citer que cela - les enquêteurs viendraient à manquer de témoignages, de requérants et donc de leur substrat le plus précieux !

Certains points restent à dégager de cet historique incomplet. A savoir que, très vite, nos membres ont exprimé le désir de passer de la théorie à la pratique ce qui, pour certains, signifiait la visite de maisons ou de châteaux hantés (ou réputés tels). Il faut dire qu'aux tous débuts de ce qui était encore le GESO à l'époque, nos réunions étaient - il faut bien le dire - assez minables. Imaginez un petit deux pièces situé dans l'une des 19 communes bruxelloises (Forest), voilà qui - pour l'espace en tous cas - ne permettait pas grand chose. Les sujets de ces réunions gravitaient le plus souvent autour de discussions à bâtons rompus quant au dernier Stephen King, l'un ou l'autre film d'épouvante, les grands standards de l'étrange, le tout arrosé de quelques bières et le débat était lancé, ponctué de très nombreux jeux de mots et calembours plus ou moins réussis mais qui ne faisaient qu'entraîner l'ambiance et la bonne humeur sans toutefois faire avancer le schmilblick. En dehors de cela, nous éditions une petite revue, avec les moyens du bord (Énigmes). Elle n'était pas mal considérant les possibilités financières et de l'époque. Mais tout cela faisait bien peu de choses. Nous étions aussi en 1979, ne l'oublions pas !

Ce n'est pas l'affaire d'Amityville qui allait bouleverser la situation. Certes, nous avions déjà viré de bord en mettant le nez à la fenêtre des enquêtes élaborées, nous en étions aux débuts de l'enquête dirigée, réfléchie. Mais bien des kilomètres nous séparaient de la question, sans compter l'obstacle de la langue. Malgré cela, nous avions obtenu certains résultats en dégrossissant assez convenablement la question. Mais c'était encore très insuffisant. Ce volet de la question se termine par l'arrivée d'un membre qui, par un coup de chance hors du commun, allait précisément passer ses vacances aux States. On connaît la suite, il a pu se rendre sur place et constater de visu que tout tournait autour d'un piège à touristes, une opération commerciale reposant initialement sur un faits divers sanglant autour duquel on avait beaucoup brodé. Certes aussi, cela nous avait permis d'exprimer en public ce que personne n'aurait osé imaginer dans ces années là, à savoir que l'on aurait pu mener les spectateurs et les lecteurs en bateau, simplement pour récolter un beau magot. Nous avons eu notre "minute de gloire" et sommes vite retournés à l'anonymat. (Car l'étude du paranormal, c'est aussi un peu cela : une association de recherches doit développer des trésors de bonne volonté et d'efforts pour rencontrer - quand tout va bien - un succès éphémère mais le moindre faux pas risque de la mettre à l'échafaud pour de longues années, en admettant qu'elle s'en remette !

Est venue ensuite l'enquête concernant le château de Rhode Saint-Pierre (ou château de Horst) qui a été plus déterminante quant à la direction qu'allaient prendre nos enquêtes tout en démontrant nos limites et en nous permettant aussi de vivre quelques petites aventures (Par exemple, je me suis retrouvé face au revolver d'un gardien qui n'avait pas été avisé de notre visite par le propriétaire auquel nous avions pourtant bien demandé l'autorisation de venir enquêter nuitamment, etc.). Par cette enquête, nous nous distinguions déjà des amateurs illuminés (ou hallucinés) parce que nous avions eu la correction et la présence d'esprit de nous adresser au propriétaire afin de lui demander l'autorisation de visiter les lieux et d'y enquêter à l'heure de minuit, etc. Nous avions constitué une équipe et prévu du matériel (les ordinateurs faisaient défaut mais on nous avait promis jusqu'aux caméras infrarouges... que nous n'avons jamais reçues). Nous avions envisagé la meilleure opportunité (l'heure de minuit en laissant une marge de sécurité, la nuit de Walpurgis et, accessoirement, un château qui traînait derrière lui une solide réputation de hantise, écrite noire sur blanc et même en couleurs dans une bande dessinée. (Ici, le sérieux s'en trouve pris à contre-pied, mais il s'agissait des Histoires Vraies de l'Oncle Paul, elles-mêmes basées sur une documentation correcte. Tout cela a d'ailleurs pu se vérifier.) Trouver ledit propriétaire du château a simplement relevé d'un coup de chance (c'était une connaissance indirecte d'un collègue de travail) mais aurait pu imposer une pré-enquête. Nous avons aussi obtenu de ce dernier une documentation de choix, laquelle comprenait d'ailleurs les bannières des différents seigneurs des lieux, leurs noms avec les dates, un descriptif-explicatif du château avec des images et des photos, l'histoire du bâtiment, etc. (Eh ! Puisqu'on vous dit que nous ne disposions pas d'ordinateurs ! Et qu'en aurions-nous fait sans Internet ?) et, nous l'avons dit, son autorisation. Nous avions surtout recueilli un premier témoignage, le sien, qui disait qu'il n'avait jamais vu aucun fantôme dans son château et que ce qui s'en disait ne reposait sur aucun fondement mais sur une simple légende... Par la suite, nous avons attaqué la question par cercles concentriques de plus en plus rapprochés, de petites missions de reconnaissance qui nous avaient d'ailleurs permis de remarquer des manifestations assez bizarres de personnes se trouvant aux fenêtres alors que le château était prétendument inhabité. Nous avons poursuivi par une exploration des alentours et par un petit tour au village afin de recueillir l'avis des habitants (partagé). Puis, l'enquête/visite proprement dite a commencé. Nous avons fait certaines découvertes un peu étranges et surtout fait connaissance avec les possibilités de la nuit en matière d'illusions, d'auto-persuasion, d'effets des phénomènes naturels et des animaux nocturnes, d'ambiance, de perversion des sens, etc. Puis (mais nous vous invitons à lire l'histoire dans nos pages...) est arrivée la scène finale qui nous a permis de conclure en toute objectivité, (avec en background une vague possibilité qui laissait une porte ouverte au surnaturel), que les lieux n'étaient pas hantés du tout. Nous disposions pour en arriver à cette conclusion, d'arguments très convaincants. Malgré cela, nous avons poursuivi l'étude car il convient de toujours se demander "pourquoi". Il nous faut aussi connaître le pourquoi du parce que, le pourquoi du comment, etc. et notamment, pourquoi cette légende ? L'histoire parlait d'elle-même mais pourquoi avait-elle persisté ? Et il y avait bien une autre raison. Et celle-ci méritait d'être découverte, prouvant par là qu'il faut à tout prix éviter les conclusions hâtives et aller jusqu'au bout des choses. Le premier résultat que nous avions obtenu n'était pas trop mal mais il était sans commune mesure avec le second, qui s'articulait sur une affaire bien plus étoffée. Si nous nous étions limités à la première partie, nous nous serions comportés comme des débutants. Or, nous étions bel et bien encore des débutants nous-mêmes. Mais, Dieu merci, d'un niveau supérieur.

"Jouir de la griserie de "se produire" dans l'obscurité qui débride les imaginations Mettez-vous en tête que, dans les premiers temps tout du moins, les choses ne se passeront que rarement dans l'obscurité mais bien face à des requérants dont il faudra recueillir correctement le témoignage (procéder à l'anamnèse). Il y a peu d'esprit d'aventure ou tout autant que sur le plateau d'un film alors que tout est régi par un scénario, un texte, découpé, surveillé, accompagné, sinon doublé (vous n'aurez toutefois pas de cascadeurs pour vous seconder vu qu'il serait bien surprenant que vous ayez à faire de la cascade !) Le moment sera bien plus à l'objectivité, à la chasse aux apriorismes et, précisément,aux imaginations trop débridées. Les enquêteurs du CERPI ne sont pas là pour imaginer (ou s'imaginer) des phénomènes illusoires mais bien pour en apprécier l'authenticité, en trouver (ou passer en revue) les explications rationnelles, ou au contraire à mettre en évidence - de la meilleure façon possible - le caractère (sans doute provisoirement) paranormal. Ici, une première parenthèse s'impose quant à un point souvent mal compris : LE CERPI EST UN ORGANISME SCEPTIQUE MAIS... (DIGRESSION) L'enquêteur qui se montrera parfaitement à l'aise avec la présente définition aura marqué un point important. Contrairement à ce que de nombreuses personnes s'imaginent, le CERPI est bien un organisme sceptique à la base (N'oublions pas que tant notre Président que chacun des membres du CERPI originel prétendaient au début que toutes ces histoires de fantômes n'étaient que des histoires "de bonnes femmes", des balivernes pour naïfs, des illusions, etc.) Aujourd'hui encore, nous ne sommes pas du tout enclins à croire tout ce que l'on raconte. Il s'agit d'ailleurs très peu (voire pas du tout) de croire ou de ne pas croire, mais bien d'étudier ! Nous sommes persuadés que la plupart des témoignages, même sincères, relatent des faits qui découlent de mauvaises interprétations, de supercheries, de confusions, d'illusions, etc. Mais nous pensons que la meilleure approche consiste à garder une légère ouverture d'esprit, afin de permettre aux phénomènes éventuellement réels de se produire et donc d'être étudiés. Le fait que le paranormal puisse n'être que du provisoirement inexpliqué ne nous dérange absolument pas : notre désir premier est de connaître la vérité, quelle que soit cette dernière, dans un sens ou dans l'autre et non de la trafiquer ! Qu'un phénomène considéré hier comme paranormal passe du côté "scientifiquement expliqué" n'apparaît pas à nos yeux comme une "défaite", mais bien comme une suite logique propre à l'évolution humaine. Mais il est également de notre devoir de souligner et de mettre en évidence - le cas échéant - les phénomènes qui se présenteraient comme autant de défis à la science, plutôt que de les laisser choir parmi les explications fallacieuses, les occultations malsaines, les conclusions hâtives, etc. Trouver, ensuite, les principes qui régiraient ces phénomènes constitue une autre étape, souvent inaccessible, bien plus complexe, mais qui serait probablement totalement impossible si des enquêtes préalables très rigoureuses n'avaient pas été menées.

FAIRE PREUVE DE PATIENCE !

Or donc, il arrive fréquemment que nos enquêteurs soient appelés pour des sornettes. On s'en doute : le domaine est peuplé de charlatans, mais aussi d'illuminés, bien plus que de fantômes ! Nos enquêteurs en herbe (mais aussi les plus chevronnés) doivent souvent faire preuve de beaucoup de patience avant que se présente un cas intéressant. Les déceptions et les attentes interminables, les longues discussions totalement vaines, les circonvolutions, les propos ahurissants, les pertes de temps sont monnaie courante. Heureusement qu'il y a le reste (et même des périodes de subite affluence !). En attendant, cela permet de se faire la main. Mais beaucoup d'enquêteurs auront déjà jeté l'éponge, déçus par un domaine apparemment incroyablement plat.

Les enquêteurs en question doivent faire preuve de beaucoup de patience parce que des illuminés leur feront perdre énormément de temps, mais cela ne sera pas la seule raison et ce sera aussi le cas lorsque les phénomènes seront réels. Dans l'enquête de l'affaire d'Arc-Wattripont, avant d'arriver jusqu'aux propriétaires il nous a fallu des semaines ! Au début cela découlait simplement du fait que rien ne nous imposait de réaliser cette enquête précise, qui - de plus - était un cold case - avant toutes les autres, nous ne disposions aussi initialement que de peu d'éléments racontés par un individu que nous connaissions peu. Ensuite, deux choses ont modifié la donne : la position du CERPI le plaçait pratiquement dans l'obligation de relever le défi, c'était - par excellence - l'organisme bien en vue qui venait de se hisser au sommet, donc l'affaire était presque aussi inévitable qu'une finale de coupe. D'autre part, le livre "Les Phénomènes Inexpliqués en Belgique" présentait l'affaire, nous avions été sévèrement bousculés par une équipe télévisée et donc, dans un premier temps il fallait documenter l'affaire aussi abondamment que possible et dans un deuxième temps il fallait impérativement la mener à bien.

Nous avions subi un sérieux revers au match aller, il nous fallait remporter le match retour et celui de partage. Il nous fallait nous relever du revers que nous avions essuyé ! Cependant, même ce début était problématique. Il nous fallait repartir de zéro, apprendre le nom de famille opportun, l'adresse exacte, obtenir des coordonnées et enfin pouvoir parler aux propriétaires dans le cadre d'une entrevue et non entre deux portes. Pour arriver aux premiers éléments, il nous a fallu plusieurs coups de téléphone, plusieurs entrevues et la réalisation complète d'une enquête annexe ! Ensuite, nous avons dû convaincre une tierce personne de nous trouver un passe-droit, réussir un bluff monstrueux et culotté au possible, battre le fer tant qu'il était chaud, en remettre une couche chez le passe-droit intermédiaire, auprès duquel il a également fallu jouer au plus fin, tout cela pour seulement arriver - enfin ! - sur le pas de la porte de la maison tant convoitée et nous y faire recevoir ! Après tout cela, notre anamnèse pouvait seulement (enfin !) commencer. Cela donne une idée !

Pourquoi tous ces détours et atermoiements ? Parce que les propriétaires étaient des personnes âgées qui avaient été saturées de médiatisation et tenaient à leur tranquillité, parce que si nous avions foncé tête baissée en leur téléphonant simplement pour leur demander un rendez-vous nous nous serions exposés à un "tout pour le tout", un 50/50 : ça passe ou ça casse ! Oui mais nous ne pouvions pas nous permettre de risquer que ça casse ! Il nous fallait à tout prix réussir car tout échec dans ce sens aurait été irréversible, définitif. Par la suite, il faut encore prendre conscience du caractère décourageant que les choses peuvent prendre : vous vous apercevez par exemple que vos hôtes parlent un français connu apparemment d'eux seuls, en fait un infâme dialecte picard moucheté de flamand, prononcé à la wallonne, à l'ancienne, en roulant les "r", dont vous peinez à comprendre deux mots à la suite bien que vous soyez de la région (par extension), vous bénissez le ciel d'avoir eu l'idée d'enregistrer la séance en audio et imaginez déjà devoir la réécouter cent vingt fois au moins avant d'en comprendre la première phrase.

Soyez patients, futurs enquêteurs : il vous faudra revenir interroger ces gens et encore leur parler au téléphone, mais ils ne seront pas les seuls ! Vous aurez au contraire des dizaines de personnes à contacter, à interroger pour récolter des témoignages qu'il vous faudra ensuite analyser avant d'aller plus loin. Mais plus loin, ce n'est pas encore le terminus ! Non ! Il y aura encore bien des arrêts avant d'y arriver... Peut-être croirez-vous que nous exagérions ? Eh bien non, pas le moins du monde ! Sauf que, bien entendu, toutes les enquêtes n'auront pas cette ampleur. Mais l'impératif de patience peut également se présenter de toute autre manière, même en cas de phénomènes réels.

En effet, dans certaines situations, il faut laisser le temps au temps. On dirait que les fantômes peuvent être timides. Les fantômes ou quoi que ce soit d'autre peuvent vous épier, vous jauger, avoir peur de vous (Le monde à l'envers direz-vous ? C'est pourtant ainsi que les choses se présentent souvent. Les poltergeister ou certains de leurs phénomènes se manifestent volontiers alors qu'il n'est possible de les remarquer que du coin de l'œil, ou alors que vous avez le dos tourné, ou juste après votre départ, dès que vous aurez quitté une pièce, avec un esprit de contradiction très frappant pour un esprit frappeur.

Attention aux conclusions hâtives (ce sera un leitmotiv !) : cette furtivité, par exemple cette grande propension pour les phénomènes, à ne pouvoir se laisser observer que du coin de l'œil, peut bien sûr témoigner d'une supercherie (quelqu'un profite d'un moment d'inattention pour se rendre responsable d'une imposture) mais également faire partie intrinsèque d'un principe qui régit le phénomène. Ici, l'explication de ce point nécessiterait un dossier complet. Dans l'immédiat, merci de nous croire sur parole). Il faut d'ailleurs ici remarquer que les choses sont assez semblables pour d'autres types de phénomènes. Beaucoup sont furtifs. Cela peut être le signe d'une supercherie (l'imposteur craint d'être surpris et démasqué et prend donc un luxe de précautions) mais cela peut aussi faire partie de sa stratégie intrinsèque, modulée en fonction de ses capacités technologiques dans le cas d'éventuels extraterrestres qui s'emploient, par exemple, à présenter des réalités-écrans, des composantes propres de l'imprégnation religieuse, culturelle, professionnelle, des témoins tout en y insérant des éléments invraisemblables qui détruiront toute crédibilité chez les intéressés, au détriment de l'enquête. Ce sera aux enquêteurs de ne pas se laisser berner. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire !

Précisément, c'est encore là que la patience aura son mot à dire et que la sagacité des investigateurs sera payante, tout du moins s'ils peuvent attendre qu'apparaisse le petit détail apparemment infime qui permettra de reconstituer tout le reste. Idem dans les cas de possessions démoniaques où la plus belle ruse du diable consiste à faire croire qu'il n'existe pas (et pour cause, si l'on considère que les uns et l'autre ne font qu'un dans une forme d'hypothèse extraterrestre généralisée dans laquelle la conscience humaine est en connexion avec un savoir universel régenté par des entités impalpables et indéfinissables.)

Vous avez sans doute remarqué, dans le film "l'Exorciste", que le recours au grand rituel romain n'arrive qu'en tout dernier lieu alors que le domaine médical s'emploie à rechercher la cause des troubles par de nombreux examens, qu'un prêtre se livre à plusieurs procédés d'investigation afin de déterminer s'il s'agirait oui ou non d'un cas réel de possession ou d'un cas relevant seulement de la sphère psy - et les conséquences d'une erreur d'appréciation pourraient être très préjudiciables à la victime. Pendant ce temps, la police tourne en rond, subodore très bien les choses mais ne peut évidemment y souscrire. Les instigateurs de l'éventualité de l'exorcisme y arrivent eux-mêmes à contrecœur et du bout des lèvres, lesquelles peuvent difficilement cacher une certaine ironie. Plus simplement, vous pourriez être occupé d'écouter patiemment le récit d'une personne vous racontant ses malheurs prétendument surnaturels, dans le cadre de sa maison qu'elle vous dit "hantée" et alors que rien dans ses propos ne vous paraît extraordinaire et que tout - au contraire - vous semble explicable rationnellement, jusqu'au moment où vous seriez tenté de mettre un terme à cette entrevue en réprimant un bâillement et que vous risqueriez bien, dans un moment d'inattention dû par exemple à la fatigue, de ne pas relever le fameux petit détail qui change tout...

On pourrait ici multiplier les exemples, en citant encore les éventuelles heures de planque passées dans une voiture alors que rien, strictement rien ne se passe durant ce qui semble être des siècles sinon une éternité. Par expérience, nous savons que cela pourrait fort bien être au moment précis où vous désireriez satisfaire un petit besoin que quelque chose de potentiellement important se passera. Les choses sont ainsi faites... Prudence donc, car si vous êtes de tempérament bouillant, il vous faudra tempérer vos ardeurs et les conserver pour les moments adéquats et, en attendant, vous devrez démontrer des trésors de patience tels qu'ils feraient pâlir un rassemblement d'anges. Pour vous "encourager" dans cette tâche, il ne vous faudra pas perdre de vue que tous ces efforts pourraient aussi se faire en pure perte. On ne sait jamais à l'avance si ce sera utile ou pas. Toutefois, pour les plus chanceux ou ceux qui auront décidé d'aller jusqu'au bout, viendra le jour où... Alors, il se pourrait bien que le sol se dérobe sous leurs pas, que leur monde chavire, que tout se passe très vite et que le mystère les prenne à la gorge. Certains en reviendront plus ou moins traumatisés et préfèreront abandonner. Ou bien au contraire cette expérience leur donnera-t-elle l'éclair de la motivation, l'expérience de la fonction et, par le fait même peut-être, un premier feeling. En tous cas, vous voilà prévenus : sauf au cinéma et dans les vidéos présentes sur Internet, beaucoup de tralala pour pas grand-chose. Et puis, par à-coups soudains, le(s) cas qui sort(ent) du lot.

Suite du dossier.