Get Adobe Flash player
             
RECHERCHER
INSCRIPTIONS
Accès aux newsletters

Les douleurs fantômes

 Si vous maîtrisez l'anglais (même lorsqu'il est prononcé en roulant les R, ou si vous n'êtes pas allergique aux sous-titres, vous gagnerez du temps en lisant la vidéo:

(Sinon, vous trouverez toutes les explications ainsi que nos commentaires à la suite)...

>

 

On le sait, la médecine ne figure pas parmi les objectifs du CERPI. Le groupement ne l’étudie pas davantage. Il ne propose ni soins ni diagnostics et ne se substitue aucunement aux professionnels de la question.  Toutefois, dans certaines enquêtes, il peut arriver que les phénomènes en cause aient rapport, de près ou de loin, avec la médecine. Soit que les requérants soient victimes de coups assénés par de supposées entités, que des marques surviennent – faisant penser à des griffes d’animaux (ou autres ?), voire à des interventions occultes influençant la santé des individus.

Ce type d’enquêtes est toujours très difficile à traiter. Difficile et litigieux d’ailleurs car, dans pareil cas, le CERPI ne peut en référer qu’à d’autres médecins et en accord avec le médecin traitant des patients concernés. Il ne peut se fier que sur ce qu’on lui dit, sur ce qu’il peut lui-même apprécier tant que la pudeur ou le secret médical le permettent, il est rare qu’il puisse avoir accès au dossier médical et ce n’est que logique. Mais dans de telles conditions, il est également difficile de déceler les supercheries qui peuvent se présenter, les éventuelles interactions qui proviendraient d’automédications, etc.

Mais il est un autre cas, que de nombreuses personnes (rien qu’en Belgique et donc bien plus encore de par le monde) rencontrent, qui ne trouve actuellement pas d’explication réellement satisfaisante, ni de traitement approprié et qui demeure par conséquent assez mystérieux : les douleurs « fantômes ». Mais entendons-nous bien : dans le cas présent, il n’est pas question de douleurs provoquées par une quelconque entité supposée surnaturelle, il est question de douleurs particulières qui n’ont – en principe – aucune raison d’être ou s’inscrivent dans le plus pur paradoxe.

Il s’agit notamment des douleurs chroniques. Des douleurs qui ne trouvent aucune explication ni d’après les radios ni au scanner, ni à l’examen proprement dit mais qui sont pourtant bel et bien présentes, voire vraiment handicapantes pour les personnes qui les subissent. En Belgique, cela concernerait quelque 940000 personnes (en 2012), soit la bagatelle de vingt-cinq pourcents de la population adulte. Les antidouleurs ne font aucun effet, les infiltrations se font en pure perte, aucun traitement ne fonctionne. Des patients trainent ce genre de douleurs pendant parfois des années si ce n’est pour le reste de leurs jours et s’entendent, au bout du compte, dire que « c’est dans la tête », que la douleur est d’origine psychosomatique ou encore qu’elle est tout simplement inventée (parce qu’il s’agit de fainéants qui inventeraient n’importe quoi pour échapper au travail, par exemple).

Il existe d’autres types de douleurs « fantômes », tout aussi intrigantes : c’est un bras ou une jambe qui, bien qu’amputé de longue date, fait souffrir. En écrivant ces lignes, nous sommes persuadés qu’il se trouvera bien l’un ou l’autre de nos lecteurs pour se souvenir d’avoir eu mal à des dents, alors que celles-ci sont depuis belle lurette disparues !   En dehors de cela, presque tout le monde se souviendra de ne plus avoir ressenti la moindre douleur en arrivant dans la salle d’attente du dentiste !  Phénomène bizarre, donc, que celui de la douleur…

Bizarre, sans doute. Qu’il y ait des abus, nous n’en douterons pas. Mais il n’est pas possible d’imaginer que toutes les personnes concernées simulent. Le phénomène est tellement connu, tellement répandu, que cela n’est tout simplement pas imaginable. Il doit donc bien y avoir d’autres raisons. Oui, mais lesquelles ?

Répondre à une telle question s’avère une rude tache, qu’il faudrait pouvoir traiter au cas par cas. Il est par exemple assez courant que tel ou tel antidouleur ne donne aucun soulagement tout simplement parce que l’organisme est insensible au principe actif. Mais le passage à un autre médicament résout alors le problème. S’il génère à son tour des effets secondaires douloureux, voilà qui commence à compliquer la question. Qu’un produit X soulage momentanément mais qu’il aggrave la situation sur le long terme n’arrange rien à la problématique. Que le « psyché » puisse agir sur le « soma » ne fait de nos jours aucun doute mais constitue une explication un peu courte, notamment pour ceux qui en souffrent. En outre, cela donne une explication mais pas un soulagement.  Si le fait – pour un patient – de comprendre le pourquoi de sa douleur peut l’aider à s’en débarrasser, en revanche c’est essentiellement le second volet de la question qu’il vise et force est de constater que c’est loin d’être toujours la situation qui se présente à lui.  En fait, nous sommes tous assez démunis contre le genre d’éventualité que nous relevons ici : certaines douleurs ne connaissent tout simplement pas de traitement à l’heure actuelle.

Qui n’a jamais entendu ce type de phrase : « il s’agit de douleurs rhumatismales, on ne peut malheureusement rien y faire…il n’y a pas de traitement. » ? Pour employer une expression bien connue : « voilà qui fait une belle jambe ! » C’est d’autant plus vrai lorsque la jambe n’existe plus.

Mais que se passe-t-il donc alors ? La douleur aigüe joue en fait une fonction d’alerte qui devrait prémunir le sujet de ce qu’une situation donnée doit très rapidement être stoppée sous peine de dommages importants. C’est notamment le cas lorsque l’on se brûle : on retire vivement la main se trouvant sur la flamme par exemple et il s’agit d’une forme de réflexe salvateur facile à comprendre.

Mais alors, comment justifier la douleur qui survient dans un membre qui a été amputé depuis de nombreuses années, qui s’est fait oublier complètement au fil des ans et qui, pourtant, se rappelle subitement à notre bon souvenir ?

Nous avons trouvé, dans Wikipédia, de nombreuses pistes de réponses.  Mais vous constaterez avec nous qu’il y a encore à découvrir et que certaines de ces pistes sont contestées, revisitées, etc.

Le terme membre fantôme désigne la sensation qu'un membre (même un organe, comme l'appendice) amputé ou manquant est toujours relié au corps et interfère avec d'autres parties du corps. 2 vétérans de guerre sur 3 rapportent cette sensation. Approximativement 60 à 80 % des individus ayant fait l'expérience d'une amputation ressentent cette sensation, et la majorité de ces sensations sont douloureuses. Cette sensation put également apparaître pour plusieurs parties du corps, comme les dents ou les seins. D'une manière occasionnelle, la douleur peut être empirée par le stress, l'anxiété et les changements météorologiques (NDLR : ce n’est pas aussi occasionnel que cela. D’innombrables personnes rapportent ressentir de fortes douleurs lors des changements de temps, soit a posteriori soit par anticipation de sorte qu’ils peuvent pratiquement faire office de centres météorologiques ambulants !). La fréquence et l'intensité diminuent avec le temps. (NDLR : dans les cas rhumatismaux, celles-ci auraient plutôt tendance à augmenter avec le temps).

Depuis quelques décennies, la neurologie a montré que le cerveau était divisé en de nombreuses aires cérébrales, correspondant pour certaines aux modalités sensorielles. L'une des découvertes majeures contemporaines est le fait que cette organisation soit fortement définie par le génome et restera globalement constante durant la vie d'un individu. Cette découverte apporte une justification supplémentaire à l’idée qu’il ne se créait pas, chez l’adulte, de nouvelle connexion dans le cerveau ; phénomène également soutenu par la faible récupération post-traumatique des fonctions cérébrales. Cependant, dans les deux dernières décennies plusieurs études sur les conséquences d'amputation dans la carte somato-sensorielle de l'adulte suggèrent que cette vision du système nerveux doive être corrigée (NDRL : soit il y a, dans cette phrase, une erreur de construction, éventuellement lors d’une double négation, soit il y a contradiction). L'expérimentation chez l'animal a montré que cette carte pouvait grandement changer et est à l'origine d'un nouvel engouement pour l'étude des membres fantômes. L'étude des membres fantômes fournit une opportunité de comprendre comment le cerveau construit une image du corps et comment cette image est continuellement réadaptée en fonction des stimuli sensoriels. (NDLR : il est bien ici question de stimuli sensoriels et non seulement visuels. Le cas échéant, nous aurions posé la question concernant les aveugles de naissance qui auraient été amputés et qui ressentiraient des douleurs fantômes malgré tout… Il convient donc de ne pas se laisser abuser par la notion d’ « image » qui implique généralement le visuel. Mais il faudra donc évaluer également les cas d’aplasie (absence ou insuffisance de développement tissulaire), les comas prolongés, le cas des jumeaux, etc.)

Le terme de « membres fantômes » a été utilisé pour la première fois par Silas Weir Mitchell (1871) qui en fourni la première description clinique claire. Les patients souffrant de ce phénomène ressentent encore un membre amputé, et dans certains cas des douleurs. Le terme est parfois utilisé pour désigner la dissociation entre la position ressentie et la position réelle du membre (anomalie proprioceptive). Dans ces différents cas, le patient sait que la sensation n'est pas réelle. Les membres fantômes sont probablement connus depuis l'antiquité et il s'est développé tout un folklore autour. Lorsque Lord Nelson perdit son bras droit dans l'attaque ratée de Santa Cruz de Tenerife, il éprouva des douleurs; il considéra cette sensation comme une « preuve directe de l'existence de l'âme ». (NDLR : Cette façon de voir les choses sera de nos jours, jugée simpliste, principalement en regard du présent article. Toutefois, la solution se trouve peut-être à mi-chemin entre les présentes explications, émanant des neurosciences encore loin d’être complètement maîtrisées et la notion de corps éthérique, terminologie elle-même encore floue). Depuis les premières descriptions de Mitchell (1872), il y a eu des centaines de cas, malgré tout le problème a toujours été considéré comme une curiosité et peu d'expériences portèrent sur le sujet. A contrario, certains auteurs considèrent que c'est un excellent moyen pour comprendre l'organisation interne du cerveau et la plasticité chez l'adulte.

La première partie de l'article utilise en grande partie les travaux de Melzack (1992) qui a souligné que le rôle des nerfs du moignon dans la sensation fantôme, bien qu'important, faisait partie d'un ensemble plus complexe. En particulier, les fantômes ressentis par des personnes aplasiques, ne peuvent être expliqués par ce modèle. Cela suggère qu'une représentation « mentale » du membre persiste après amputation. La nature et l'origine de cette représentation ainsi que la capacité de modification par l'expérience sensorielle seront traitées dans la deuxième partie (en grande partie grâce aux travaux de V.S. Ramachandran). Dans 70 % des cas, la sensation fantôme reste douloureuse même 25 ans après la perte d'un membre. L'origine de la douleur fantôme n'en reste pas moins aussi mystérieuse que l'origine du fantôme lui-même.

Suite du dossier