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La Pierre de Couhard

Brisecou2Voilà bien longtemps que le sujet de cet article me trottait dans la tête - Les années quatre-vingt-dix précisément. Déjà intriguée par ce qui touchait au paranormal, mon intérêt fut alors piqué au vif par une courte rubrique dans un magazine. Le thème: «Les lieux hantés en France». Parmi eux, une étrange pyramide surplombant de la ville d'Autun en Saône-et-Loire - Soit à peine 180 kilomètres de chez moi! - Je me devais d'approfondir la question. Faute de temps ou d'énergie, les recherches furent maintes fois repoussées... Mais comme le dit si bien le proverbe, «mieux vaut tard que jamais».

La première étape de mon étude fut d'ordre littéraire. Pendant plusieurs semaines, j'arpentai les bibliothèques en quête des quelques informations suivantes:

Plus connu sous le nom de «Pierre de Couhard», cet édifice daterait du premier siècle après Jésus-Christ. Sa hauteur d'origine frisait les trente-trois mètres. Il s'agissait donc d'un monument imposant pour l'époque. Sa base parallélépipédique, ses fondations et le positionnement d'une pierre d'angle permettent d'affirmer que cette construction était de forme pyramidale. Fortement dégradé par des siècles d'intempéries et de négligences, il ne reste de l'édifice que le blocage intérieur, haut de 22,65 mètres. La tradition populaire veut qu'il fut autrefois recouvert de marbre blanc et contourné d'une galerie tournoyante qui conduisait à son sommet où se trouvait une urne cinéraire. Un ancien plan de la ville, datant de François 1er, confirme le revêtement mais rien de plus. Selon toute vraisemblance, le parement était de calcaire et non de marbre. Il aurait été arraché et réutilisé lors de la construction de l'église de Couhard.

 

DSCF0268Dans la prairie qui descend de la pyramide aux remparts de la ville d'Autun, s'étendait un ancien cimetière. Rien d'étonnant à cela, nous savons tous que les Romains enterraient leurs morts en dehors des cités! Cette vaste nécropole fut baptisée «Champ des urnes» en raison de la quantité impressionnante d'amphores et de vases funéraires qui y auraient été mises à jour. Le conditionnel s'impose car le lieu ne fit malheureusement pas l'objet de fouilles systématiques et scrupuleuses. Au XVIe siècle, l'intérêt des paysans pour l'archéologie était mince. Le terrain accueillait du bétail et des cultures. Les laboures répétées détruisirent les vestiges. La richesse présumée de la nécropole repose sur des témoignages de villageois et d'historiens tel que l'abbé Germain qui, dans son livre «Lettres sur les antiquités d'Autun», affirme qu'on y découvrit «quantité de tombeaux de pierres avec des épitaphes et des sculptures représentants des figures d'hommes habillés à la gauloise».

Pour parfaire mes recherches, je me devais de me rendre moi-même en Saône-et-Loire, afin d'y admirer le monument en question. Ce fut fait, en décembre 2007.

La ville d'Autun gagne à être connue. Née sous le principat d'Auguste (d'où son nom primitif «Augustodunum») elle s'enorgueillit d'un riche patrimoine gallo-romain tel que le théâtre antique, la porte d'Arroux ou encore le temple de Janus. Dominant cette belle cité, se trouve le hameau de Couhard. Moins isolée que je ne la pensais, la Pierre se dresse derrière la petite église, entre la salle des fêtes et la cascade de Brisecou. Un lieu agréable, offrant une magnifique vue sur la ville toute proche. Bref, un cadre idyllique pour un lieu supposé maléfique! De l'ancienne pyramide il ne subsiste qu'une ruine. Pas d'émotion particulière, pas de sensation d'être observée - À peine confesserai-je une légère fascination face à cette géante de granite et de mortier.

DSCF0271À ce point de l'enquête, je me dois d'aborder l'aspect mystique de l'édifice (à savoir sa raison d'être). Certes, sa proximité avec «Le champ des urnes» laisse imaginer un ancien mausolée. Est-ce vraiment le cas? N'oublions pas que le mode de construction est antérieur à l'époque Romaine et donc à la nécropole... En supposant qu'il s'agisse d'un tombeau, recouvre-t-il les restes d'un défunt ou n'est-ce qu'un cénotaphe? En 1803 dans «Histoire de la ville d'Autun, connue autrefois sous le nom de Bibracte», Joseph Rosny émet une hypothèse intéressante (et mainte fois reprise depuis). La Pierre servirait de sépulture à Divitiacus, un druide Eduen, ami de Cicéron et de César. Cette théorie n'a rien d'extravagante. Elle s'appuie sur la découverte, à proximité du lieu, d'une médaille d'or marquée de "Gloria Ædorum druidumque". Autre spéculation alléchante, la pyramide abriterait les restes d'un ancien chef gaulois. Rappelons que les forêts alentours servaient de lieux de rencontre à Vercingétorix et ses disciples à l'époque ou la Gaulle chevelue rêvait d'anéantir les légions romaines...

En 1640, l'Abbé de Castille entreprit de percer le secret de l'énigmatique monument. Espérant découvrir une salle sous les blocs de pierre, il fit creuser un vaste orifice encore visible de nos jours. Le résultat des travaux fut décevant. À priori, la pierre est comble. Voilà qui met à mal les superstitions populaires voulant qu'une chambre funéraire, dans laquelle un démon serait enchaîné, se cache à l'intérieur de l'édifice...

Quelques centaines d'années plus tard (vers 1840) Messieurs Desplaces et Martigny reprirent les fouilles et explorèrent les fondations, sans plus de succès. Étonnant, car en 1960, lors de simples travaux de consolidation de la base, une plaquette de plomb fut mise à jour. Il s'agit d'une tablette d'exécration datant du IIe siècle. Pliée en deux dans le sens de la largeur, elle comporte, face externe, une grande croix (peut-être un X?) et face interne dépliée, trois listes (de noms?). Longue de 15.8 cm et large de 4.8 cm, elle est conservée au musée Rolin à Autun. Est-elle porteuse, comme le veut la tradition, d'inscriptions maléfiques? Mes connaissances en grec et en latin ne me permettent pas de l'affirmer.

 Autour de la Pierre, pas de phénomène paranormal observé (à ma connaissance). Certes, certains prétendent y avoir aperçu une créature, mi-homme mi-animal mais il s'agit de récits trop confus pour être exploitables.

Un fait troublant mérite cependant d'être cité. À la fin du VIIe siècle, Saint Léger, Évêque d'Autun et conseillé successif des Rois Clotaire III, Childéric et Thierry, entra en conflit avec Ébroïn, Maire du palais et défenseur de Clovis. Assiégé en 676, Léger dut se rendre à Ébroïn qui lui fit arracher les yeux, les lèvres et la langue avant de l'abandonner dans la forêt, aux pieds de la Pierre de Couhard. La tradition veux qu'il survécut en ce lieu pendant neuf jours avant d'être recueilli dans l'abbaye de Fécamp où il retrouva miraculeusement l'usage de la parole...

Telle est l'histoire de la Pyramide de Couhard. Un monument insondable, des origines méconnues, des messages incompréhensibles, le tout à proximité d'un cimetière. En faut-il d'avantage pour qualifier le lieu «d'hanté». Peut-être... Mais c'est assez pour en faire un endroit secret et donc mystérieux.

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Les remarques du CERPI

Que dire du travail de notre correspondante, Sylviane Putinier, sinon qu'il est excellent comme d'habitude? Un texte bien "pondu", de très bonnes photos (prises sur place et non piquées sur un site quelconque car, en plus, Sylviane a fait le déplacement jusqu'à Autun, ce qui n'est tout de même pas rien!)  Hé bien! Disons qu'il s'agit d'un exemple! Et d'un bel exemple.

Madame Putinier, merci pour ce travail!

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