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Lieux hantés du Rhône

Eglise ChessyAprès une rapide mise en bouche avec «La Pierre de Couhard» à Autun, je vous propose de poursuivre le tour de France des lieux hantés. Le phénomène de «hantise» étant le plus fascinant à mes yeux, je me dois d'approfondir les quelques cas répertoriés à proximité de mon domicile, dans le département du Rhône.

Commençons ces nouvelles recherches par un petit rappel: À priori, il n'y a pas de «hantise» par hasard. Ce type de manifestation est lié, soit à un drame (décès dans des circonstances tragiques, meurtre ou suicide), soit à un message (faute à avouer ou recommandation à formuler). Le «fantôme» revient alors sur les lieux où il a vécu ou sur les lieux où il est mort afin de s'acquitter de sa mission.

Le château de Poleymieux-au-Mont-d'Or

La tradition populaire veut que les ruines du château de Poleymieux au Mont-d'Or soient le théâtre des apparitions d'un fantôme sans tête et de ses deux dogues de Sicile.

Chateau Chessy2Marie-Aimé Guillin-Dumontet, second fils de François Gabriel Guillin-Dumontet et de Françoise-Marie Perrin, est né à Lyon le 02 mai 1730. À neuf ans, il embarque comme mousse sur un navire de la marine royale. À vingt-cinq ans, il s'engage aux côtés du Marquis de Roux, un corsaire audacieux, propriétaire de plusieurs bâtiments. Roux nomme Guillin-Dumontet «Commandant des volontaires d'équipage» mais cette rapide ascension ne fidélise pas le jeune homme. En 1758, il quitte le Marquis et rejoint la «Compagnie Française des Indes». Commandant de deux navires, «Le Saint-Luc» et «L'Alouette», il assure le ravitaillement de l'île de Gorée (seule île africaine appartenant alors à la France). En 1759, il est nommé premier Lieutenant.

L'année 1761 entache quelque peu la brillante carrière de Guillin-Dumontet. Des produits de pacotille sont découverts à bord du «Villevaut», son navire en partance pour l'Île de France. Un procès est ouvert et la marchandise est confisquée au profit de la compagnie. Vexé, Guillin-Dumontet démissionne et, sur recommandations du Duc de Choiseul-Saintville, rentre au service du Roi. Chargé de plusieurs commandements, il s'acquitte de sa tâche avec un tel zèle qu'il ne tarde pas à être appelé au gouvernement du Sénégal et de la Côte d'Afrique. Il reste vingt ans loin de France.

En 1785, il se retire des affaires et regagne son sol natal. Un an plus tard, il rachète à Monsieur Servant la seigneurie de Poleymieux et s'y installe avec sa femme, ses filles et ses dogues importés de la Sicile rocailleuse. L'ancien colonel, décoré de la croix de Saint-Louis, est craint dans la région. On le dit dur, avare, violent et coléreux. Habitué au pouvoir, il ne ménage pas ses administrés et leur impose des redevances exorbitantes. On le soupçonne même d'augmenter ses biens au détriment des paysans alentours! Des documents d'époque le décrivent pourtant comme un homme généreux, qui partageait feu et nourriture avec le peuple, en ces temps de misère... Rappelons enfin que Guillin-Dumontet n'administrait pas seul son domaine. Pour l'anecdote, son procureur fiscal (c'est-à-dire son intendant) se nommait Jean-Jacques Ampère - Père du célèbre physicien André-Marie Ampère.

OingtQuel crime commit Marie-Aimé Guillin-Dumontet pour connaître l'atroce fin qui fut la sienne? Et bien, simplement qu'être, en pleine Révolution Française, le frère d'un monarchiste invétéré. Recteur de l'Hôtel-Dieu dès 1767, puis échevin en 1769, Antoine Guillin-Dumontet, anoblit par ses fonctions, se faisait appeler «Antoine Guillin de Pougelon» (nom du fief dont il était propriétaire à Saint-Etienne-la-Varenne dans le Beaujolais). En 1790, il participe au complot visant à éloigner le Roi Louis XVI de Paris. La ville de Lyon fait office de destination mais, malheureusement pour les protagonistes, le projet est déjoué. Guillin de Pougelon est arrêté et conduit au château de Pierre-Scize avant d'être transféré à la capitale. Le Roi abandonne son projet lyonnais mais ne renonce pas pour autant à la fuite! La suite est connue de tous: Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale est arrêtée à Varennes alors qu'elle tente de rejoindre Montmédy, Louis XVI est discrédité, La colère gagne le peuple.

Apprenant le lien de parenté entre les deux hommes, la municipalité de Poleymieux s'interroge. Marie-Aimé Guillin-Dumontet serait-il conspirateur, comme son frère? Malgré une perquisition infructueuse au château en décembre 1790, Poleymieux appelle les «Clubs des amis de la Constitution» (autrement dit les Jacobins) de Chasselay et de Quincieux, pour une seconde recherche d'armes dans la propriété. Le dimanche 26 juin 1791, des représentants municipaux, escortés par environ quatre cents gardes nationaux, se présentent au château de Poleymieux. La nouvelle se répand et les curieux se pressent par dizaines pour assister à la manoeuvre.

Marie-Aimé Guillin-Dumontet, furieux, demande à voir l'ordre légal d'investigation, menace les gardes avec un pistolet puis se barricade chez lui, près à défendre son domaine. L'assaut est imminent. Madame Guillin-Dumontet tente de calmer les esprits et laisse entrer six perquisiteurs. Ces derniers ne trouvent que quelques armes et de la poudre. Qu'importe, la foule, toujours plus nombreuse, cherche à pénétrer dans la propriété. Ç'en est trop pour Guillin-Dumontet qui tire sur l'assemblée, blessant une vingtaine de personnes. Les portes du châteaux sont aussitôt enfoncées, le domaine est saccagé et brûlé. Guillin-Dumontet est capturé et traîné à l'extérieur. Les commissaires perquisiteurs et quelques gardes s'interposent sans succès. La foule, furieuse, massacre l'homme à coups de fourches et de crosses de fusil. Sa dépouille est ensuite mis en pièce par un boucher. La rumeur veut que les morceaux du cadavre aient été partagés et emportés, la tête à Couzon et le cœur à Neuville-sur-Saône où il fut dévoré dans une auberge.

Aidées par deux villageois, l'épouse et les fillettes s'enfuirent. Elles trouvèrent refuge dans les bois ou elles furent secourues par une troupe de la garde nationale, dirigée par l'officier Valesque, Femme et enfants furent conduites à Lyon et placées en sécurité.

Un rapport officiel, dressé à l'époque des faits, indique que, «le dimanche 26 juin 1791, le château fut pillé et incendié. Le Seigneur Aimé Guillin du Montet fut tué hors de son château puis jeté dans les feux». Cette version édulcorée ne fut pas du goût de la veuve qui réclama justice, pour elle et ses enfants, devant l'Assemblée Nationale lors de la séance du 13 août 1791. Elle quitta ensuite la France pour la Russie, en compagnie ses deux filles, Aimée-Adélaïde et Agathe Henriette Claudine.

De nos jours, Poleymieux-au-Mont-d'Or est un village tranquille, situé en banlieue lyonnaise. Le château n'a pas été reconstruit.
À proximité de l'ancienne église se dressent encore d'épaisses murailles de pierre et une tour de guet, seuls témoins du drame qui coûta la vie au dernier seigneur des lieux.

Les châteaux de Courbeville, de Prosny et de la Garde.

Dessin de ProsnyTrois châteaux pour un seul fantôme! Il n'en fallait pas moins à Claire de Saillans - Jeune noble dont la conduite aventureuse défia les mœurs de son temps.

Le domaine de Courbeville, à Chessy-les-Mines, date des années 900. Son nom, d'origine latine, «curvus villa», signifie «la ville dans la courbe". De nombreuses petites noblesses s'y succédèrent parmi lesquelles la famille de Varennes. Au début du XVIIème siècle, la famille de Saillans s'y installe. En 1649, Claire de Saillans, fille de Aimé de Saillans et de Françoise Garbot, y vit le jour.

 À une dizaine de kilomètres de Chessy, sur la commune de Oingt, se dresse le fief de Prosny. En 1668, Gaspard junior, fils de Melchior de Mornieu et héritier du domaine, s'éprend de sa voisine Claire de Saillans, alors âgée de dix-huit ans. Mais la famille de Saillans appartient à la petite noblesse et la famille de Mornieu s'oppose à l'union. Les deux jeunes gens ne renoncent pas pour autant à leur amour et, en 1671, Claire donne naissance un petit garçon. La même année, Gaspard de Mornieu épouse clandestinement sa maîtresse, légitimant son fils par la même occasion. Le couple s'installe à Prosny.
Leur bonheur est de courte durée. Gaspard de Mornieu est appelé au service du Roi. Il quitte Oingt le 17 avril 1675. Arrêté et emprisonné près de Philisbourg, il restera dix-sept mois loin de son domaine… Et de sa femme.

C'est plus que n'en peut supporter Claire! Esseulée, elle succombe aux charmes de Curtil, son valet. Courageux mais pas téméraire, le domestique prend la fuite lorsque la grossesse de Claire devint évidente. La jeune femme se réfugie alors chez ses parents, au château de la Garde à Saint-Vérand. C'est là que Benoiste voit le jour, en 1676. De santé fragile, l'enfant est immédiatement baptisée par le curé du village. Elle décédera quelques mois plus tard.

Le 15 septembre 1676, Gaspard de Mornieu regagne Prosny. Apprenant l'infidélité de son épouse, il demande réparation. Les sanctions sont exemplaires. Le valet est condamné à être pendu place des Terreaux à Lyon (heureusement pour lui, il ne sera jamais retrouvé). Claire est emprisonnée un temps dans les geôles de l'archevêché de Lyon (actuel palais Saint-Jean) avant d'être rasée, revêtue de l'habit des Filles Pénitentes et condamnée à finir sa vie au couvent.

Chateau de la Garde1L'improbable se passa alors. Gaspard de Mornieu pardonna à son épouse et la reprit à ses côtés. Afin d'échapper aux commérages, le couple quitta Prosny et s'installa avec ses enfants au château de Courbeville. Gaspard rendit l'âme le 22 septembre 1705 et fut enterré dans l'église gothique de Chessy où il repose encore.

Qu'advient-il de Claire de Saillans? Si les méandres de sa vie amoureuse demeurèrent célèbres, sa mort est un mystère. Pas de traces de sa disparition dans les registres paroissiaux, pas de sépulture à son nom... Faut-il s'en étonner? De nombreuses archives furent brûlées pendant la Révolution Française et le cimetière primitif de Chessy, trop petit, fut déplacé au XIXème siècle.

 
Claire est-elle la fameuse «dame blanche» qui revient, les nuits d'orages, secouer ses chaînes et pleurer près de la chapelle de Prosny? Est-ce elle également qui, vêtue d'un suaire, arpente les tours du château de Courbeville? Est-ce elle enfin, qui éteint les bougies, dans la «chambre de la revenante», au château de la Garde? Les gémissements entendus dans ces trois lieux ne peuvent-ils être imputés au vent? L'infidélité semble un crime bien léger pour mériter une éternité d'errance et de repentir... À moins que Claire ait, comme le prétendent des sources peu fiables, fait les frais d'une vengeance tardive (de son mari?) ou qu'elle se soit elle-même donné la mort à Courbeville, dans un excès de remords.

De nos jours, les trois châteaux qui abritèrent les tourments de Claire de Saillans et Gaspard de Mornieu appartiennent à des particuliers. Ils ne se visitent pas. Dommage car il semblerait que le château féodal de la Garde, propriété de l'Archevêque de Lyon, Renaud de Forez, au début du XIIIème siècle, possède encore un puits et de beaux décors intérieurs. Le château de Courbeville à Chessy-les-Mines fut en grande partie démoli en 1862 sur ordre du propriétaire de l'époque, Edem Arlès. Enfin, il est possible d'admirer à Oingt, la bâtisse carrée, flanquée de deux tourelles rondes, du fief de Prosny.

Pour information, Prosny n'est pas le seul château de Oingt. Ce village médiéval, classé depuis 1947, abrite également un donjon de dix-huit mètres (vestige du château de la puissante famille des seigneurs d'Oingt) et un deuxième fief: celui de Fontville.

Un article de Sylviane Putinier, correspondante du CERPI.