Get Adobe Flash player
             
RECHERCHER
INSCRIPTIONS
Accès aux newsletters

Lourdes: apparitions de la Vierge

La jeunesse de Bernadette Soubirous


Moulin LacadéBernarde-Marie Soubirous voit le jour le 07 janvier 1844, au moulin de Boly, sur la commune de Lourdes. Premier enfant du meunier François Soubirous et de son épouse, Louise Castérot, elle est baptisée le 09 janvier suivant, jour du premier anniversaire de mariage de ses parents. La petite est couramment appelée Bernadette afin de la différencier de sa tante et marraine, Bernarde Castérot.

En novembre 1844, Louise se brûle accidentellement avec une chandelle. Elle ne peut plus nourrir son bébé. Bernadette est envoyée à Bartrès, chez la nourrice Marie Laguës. L’enfant y passe seize mois, coupée de sa famille. Elle ne revient au moulin de Boly qu’en avril 1846, peu avant la naissance de sa petite sœur, Toinette.
Deux ans plus tard, Claire Castérot, la mère de Louise, quitte le moulin qu’elle partageait ses enfants. Le couple est soulagé. Soubirous est enfin maître chez lui. Mais l’homme est mauvais gestionnaire. Il accorde des crédits et néglige son matériel. Comble de malchance, il perd un œil en piquant sa meule. Les clients se font rares. En juin 1854, ruinée, la famille abandonne le moulin de Boly et tente sa chance à la Maison Laborde (un autre moulin) puis au moulin Baudéan.

C’est un déchirement pour Bernadette, très attachée à Boly. La famille sombre dans la misère. Pour gagner quelques sous, François loue ses bras à la journée tandis que Louise fait des lessives. La famine s’abat sur la région. S’en suit une épidémie de choléra. Bernadette le contracte pendant l’automne 1855. Elle survit, mais reste chétive et asthmatique. Sa grand-mère, Claire Castérot, succombe à la maladie. Elle laisse neuf cent francs à sa fille. Avec cet argent, les Soubirous louent le moulin de Sarrabeyrous, au village d’Arcizac-ès-Angles. Mais l’affaire n’est pas rentable. Après un court passage à la maison Rives, ils se retrouvent à la rue. C’est le mois de janvier 1857, il fait froid et André Sajous, cousin de Louise, leur ouvre gracieusement la porte du « cachot », une cellule de l’ancienne prison. La pièce mesure 3.77 mètres sur 4.40 mètres. La famille Sajous, qui a partiellement hérité du bâtiment, réside à l’étage. Bernadette est confiée à sa marraine, Bernarde, qui tient une auberge. L’enfant s’occupe de la maison, surveille ses deux cousins et sert au comptoir.

Le 27 mars 1857, les gendarmes perquisitionnent le cachot. Le boulanger, Maisongrosse, accuse François Soubirous d’avoir volé deux sacs de farine. Ce dernier nie les faits. Les gendarmes fouillent. A défaut de farine, ils trouvent un madrier. Interrogé, François dit avoir trouvé l’objet dans la rue. En cette période de misère, les gens n’abandonnent pas leurs biens ! François est incarcéré, du 27 mars au 04 avril 1857. Il est libéré, faute de preuves, mais l’honneur de la famille est bafoué.

En septembre 1857, Bernadette retourne à Bartrès afin de garder les bêtes. Lorsque elle s’ennuie, seule dans la campagne, elle fabrique de petits oratoires et joue à célébrer la messe. Les agneaux détruisent ces sanctuaires de fortune, mais la bergère ne leur en veut pas. Marie Laguës, son ancienne nourrice, est devenue sa patronne. Elle tente de lui enseigner quelques notions de catéchisme mais, malgré sa bonne volonté et sa foi, la jeune fille n’est pas une élève brillante. Sa famille lui manque. Elle veut rentrer à Lourdes. Ses parents l’inscrivent dans la classe gratuite, tenue par les religieuses de la Charité de Nevers et, le 21 janvier 1858, l’autorisent à revenir au cachot.  
 
Les apparitions

Jeudi 11 février 1858. Midi approche et il n’y a plus de bois mort au cachot pour faire cuire le repas. Bernadette, sa sœur Toinette et Jeanne Abadie, une jeune voisine, partent en chercher. Chemin faisant, elles croisent la vieille Pigoune qui lave des boyaux dans l’eau du Gave. Cette dernière leur conseille d’aller à la grotte de Massabielle. Arrivées sur place, Toinette et Jeanne traversent le cours d’eau, laissant Bernadette dernière elles.

La jeune fille hésite. Elle n’ose se mouiller de crainte de raviver son asthme. Le silence l’entoure. Tout semble immobile, figé. Soudain, un grand coup de vent balaye les lieux. Rien ne bouge, ni les feuilles des arbres, ni la surface de l’eau. Bernadette se sent observée. Elle regarde autour d’elle, ne voit rien. Anxieuse, elle décide de rejoindre ses compagnes. Elle retire ses bas, ses sabots et retrousse ses jupes. Juste avant de traverser, elle jette un dernier regard autour elle. Le rosier sauvage bouge dans la niche de la grotte. Une silhouette féminine se dessine. C’est une jeune fille de son âge, auréolée de lumière. « J'aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied », dira t’elle plus tard.

L’apparition se tient debout, dans la niche de pierre. Elle tend les bras, comme pour inviter Bernadette à s’approcher. La lumière qui l’entoure se fait plus vive. Bernadette veut s’enfuir, crier. Au lieu de cela, elle se signe. L’inconnue l’imite. Bernadette tombe à genoux, s’empare de son chapelet et se met à prier. Dans la cavité de la grotte, l’apparition fait de même. Elle a un grand chapelet blanc avec une croix dorée. Le temps est suspendu. Lorsque Bernadette relève la tête, la Dame à disparu.

La jeune fille se relève, joyeuse. Les deux autres enfants l’ont vu s’agenouiller mais ne sont pas surprises. Elles connaissent la piété de leur compagne. Le groupe s’en retourne.
Après avoir quitté Jeanne Abadie, Bernadette se confie à sa sœur. Toinette ne peut garder le secret et le répète à sa mère. Louise est furieuse, elle corrige ses enfants, interdit à Bernadette de retourner à la grotte, puis, terrifiée, elle cherche du réconfort auprès de ses proches. L’anecdote se propage.

Le samedi 13 février 1858, Bernadette confesse sa vision à l’abbé Pomian. Le prêtre est troublé. Il demande la permission d’en référer au curé Peyramale. Indifférent, ce dernier lui répond : « Il faut attendre ».

Dimanche 14 février 1858. Bernadette souhaite retourner à Massabielle. Jean-Marie Cazenave, voiturier et employeur de François Soubirous, encourage ce dernier à lever l’interdiction. « Une dame avec un chapelet, ce n’est toujours rien de mauvais » lui dit-il. Les parents cèdent. Bernadette se rend à la grotte, accompagnée d’une douzaine d’autres fillettes. Elle s’agenouille. Ses compagnes aussi. À la fin de la deuxième dizaine de chapelet, la Dame apparait. Méfiante, Bernadette lui jette de l’eau bénite. La Dame sourit. Les autres enfants ne voient rien mais, par défi, Jeanne Abadie jette une pierre dans la cavité. Bernadette pâlit et se fige. Son immobilisme inquiète ses compagnes qui courent chercher de l’aide. Trois adultes sont nécessaires pour déloger la voyante et la mener au moulin de Savy. Les curieux se pressent autour d’elle. Appelée en urgence, Louise se précipite au chevet de sa fille, « Tu fais courir tout le monde ! », lui lance t’elle. Ce à quoi Bernadette répond : « Je ne commande à personne de me suivre ».
Après la seconde apparition, Bernadette se confie à sœur Damien Calmels ainsi qu’à la supérieure des sœurs de la Charité de Nevers. Cette dernière lui ordonne de cesser ses gamineries.

Jeudi 18 février 1858. Jeanne-Marie Milhet, patronne de Louise Soubirous, insiste pour accompagner Bernadette à la grotte. L’enfant retourne à Massabielle, suivie de la bourgeoise et de sa couturière, Antoinette Peyret. Le groupe part tôt, afin d’éviter toute publicité. Les dames ont pris de quoi écrire. Elles souhaitent que l’apparition inscrive son nom et ses revendications. Madame Milhet suppose qu’il s’agit d’une âme pénitente, qui réclame prières et messes afin de quitter le purgatoire. Espérer une réponse écrite d’un être immatériel peut sembler incongru. Mais nous sommes au XIXème siècle. Réunions spirites et écritures automatiques se rependent. Obéissante, Bernadette tend le papier à la Dame. Cette dernière sourit et prononce d’une voix douce « Ce n'est pas nécessaire ». Ce sont ses premiers mots. Puis elle ajoute « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l'autre. Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ? ». Bernadette s’y engage et fait part de la requête à ses deux compagnes qui, surprises par  l’emploi du vouvoiement, demandent la permission de venir également au rendez-vous. L’apparition acquièsce. Madame Peyret allume un cierge. Bernadette répétera ce geste à chacune de ses visites à la grotte.  De retour en ville, Madame Milhet veut installer Bernadette chez elle. Mais la tante Bernarde, furieuse, s’empresse de récupérer sa filleule.

Vendredi 19 février 1858. De nombreuses femmes, dont Madame Milhet, Louise Soubirous et la tante Bernarde, se sont données rendez-vous à Massabielle. Lucile, une tante de Bernadette lui confie son cierge de congréganiste des Enfants de Marie. Un objet béni qui accompagnera la jeune fille durant toute la quinzaine à la grotte. La Dame apparaît brièvement.
C’est le début d’un mouvement de foule qui ne se démentira pas. Catholiques, curieux et malheureux suivent Bernadette dans son pèlerinage. Arrivés sur place, ils s’agenouillent et guettent les gestes de l’enfant. La petite récite son chapelet et, arrivée à la deuxième ou troisième dizaine, murmure « Qué-y-ey » (elle y est) Son visage s’illumine alors.

Samedi 20 février 1858. Une trentaine de personnes, dont plusieurs « enfants de Marie », attendant Bernadette devant chez elle afin de partir avec elle en direction de la grotte. D’autres la rejoignent sur place après la messe. La Dame apparait. Elle apprend une prière personnelle à Bernadette. A la fin de sa vision, l’enfant est saisie d'une grande tristesse.

Dimanche 21 février 1858. C’est le jour de congé hebdomadaire et les ouvriers se joignent à l’assemblée. Une centaine de personnes assistent à l’extase de Bernadette.
De retour en ville, les témoins racontent ce qu’ils ont vu. Les autorités civiles et religieuses s’alarment. Le soir même, Bernadette est appréhendée par le garde champêtre, Pierre Callet, et conduite devant le commissaire de police, Jacomet. Ce dernier la questionne longuement avant de lui interdire l’accès à Massabielle. François Soubirous, qui rejoint sa fille pendant l’interrogatoire, s’engage à la surveiller.

Lundi 22 février 1858. Bernadette, qui avait promis de se rendre en classe, retourne à la grotte. Une cinquantaine de personnes l’y attend déjà. Mais la Dame ne vient pas. Dommage car ce jour là, Jean-Baptiste Estrade, receveur des contributions, est présent. Il est envoyé en repérage par le curé Peyramale qui ne souhaite pas être vu en ces lieux. L’enfant est si triste que ses parents lèvent l’interdiction.

Mardi 23 février 1858. Environ cent cinquante personnes se pressent à Massabielle. Ce jour là, la Dame révèle un secret à Bernadette, lui demandant de le garder «rien que pour elle».

Mercredi 24 février 1858. Après la masse populaire, c’est au tour de la bonne société de se rendre à la grotte. Médecin, avocat, intendant, arrivent de bonne heure. Deux cents à trois cents personnes voient l’enfant baiser la terre et se diriger à genoux vers l’intérieur de la grotte. Spontanément, les gens l’imitent, n’apprenant que plus tard le message de la Dame : «Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre pour la conversion des pécheurs !»

DSCF5640Jeudi 25 février 1858. C’est probablement le jour le plus important des manifestions. Devant la foule médusée, Bernadette gratte la terre et met à jour une source. Non sans dégoût, elle boit quelques gorgées de l’eau boueuse puis se lave le visage avec. La foule s’indigne mais l’enfant poursuit ses simagrées. Sa tante, Bernarde, la gifle afin de la sortir de sa transe.
Le soir, Bernadette est interrogée, en présence de sa mère, par la Procureur Dufour. Son comportement a choqué les témoins. Pour toute explication, Bernadette répète les propos de la Dame : «  Aller boire à la fontaine, vous y laver et manger de cette herbe qui est là ». L’enfant ajoute : « Je ne trouvais qu'un peu d'eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. ». Bernadette est, de nouveau, interdite de grotte.

Vendredi 26 février 1858. La tante Bernarde encourage sa filleule à braver l’interdiction et à se rendre à Massabielle. Mais la Dame ne se manifeste pas.

Samedi 27 février 1858. Les gens arrivent de bonne heure à la grotte. Ils prient et allument des cierges. Bernadette baise la terre et boit l’eau de la source. L'apparition reste silencieuse.  Le curé Peyramale ne sait que penser de ce regain de foi dans sa paroisse. Il confie ses doutes à Monseigneur Laurence.

Dimanche 28 février 1858. Le commandant de la gendarmerie de Tarbes évalue à mille-cinq-cents le nombre de personnes présentent à la grotte. Il ne peut pas s’approcher de la jeune Soubirous. La petite paysanne renouvelle les gestes de pénitence demandés par la Dame.
Le soir, Bernadette est convoquée par Dufour et Jacomet. Ils tentent de la faire renoncer à sa visite du 04 mars, la dernière de la quinzaine et la plus attendue par la population. L’enfant refuse. 
Et pourtant, la situation est dangereuse. La grotte de Massabielle, d’ordinaire si calme, est prise d’assaut. Jusqu’à six cent personnes se pressent en ces lieux afin de voir Bernadette. C’est trop. Certains montent dans les arbres. D’autres s’entassent sur les rochers et dans les cavités. La seule pierre libre est celle ou s’agenouille l’enfant. Conscients des problèmes d’accessibilité au lieu, plusieurs ouvriers profitent du dimanche pour tailler des escaliers à même la roche et aménager un nouveau chemin d’accès. Ils creusent également un bassin afin de recueillir les eaux de la source.

Lundi 01 mars 1858. Mille cinq cents personnes sont à la grotte dont, pour la première fois, un prêtre. Il ignorait probablement les résistances du curé Peyramale. Bernadette tend son chapelet en direction de la cavité, comme pour l’offrir à sa vision. La foule l’imite, pensant que l’apparition réclame une offrande. À partir de ce jour, les gens commencent à déposer de l’argent sous le rocher. Le sacristain ramasse les dons afin qu’une messe soit dite le 04 mars 1858.

La nuit du 01 au 02 mars 1858, Catherine Latapie, se rend à la grotte et plonge son bras paralysé dans l'eau de la source. Elle est aussitôt guérie.

Mardi 02 mars 1858. La Dame demande à Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu'on bâtisse ici une chapelle  et qu'on vienne en procession ».
Accompagné de ses deux tantes, Basile et Bernarde, Bernadette demande, pour la première fois, à rencontrer le curé Peyramale. Le prêtre ne croit pas aux apparitions. Il s’oppose fermement à la procession et chasse les trois importunes. Plus tard, Monseigneur Laurence, par l’intermédiaire de son secrétaire général l’abbé Fourcade, donnera son autorisation.
Effrayée par l’attitude hostile de Peyramale, Bernadette, oublie de lui parler de la chapelle. Dominiquette Cazenave, sacristine à l’église de Lourdes, arrange une seconde entrevue avec le curé, le soir même, vers 19h00. Payramale est accompagné de ses deux vicaires et d’un aumônier. Plus aimable, il répond : « On ne fera pas bâtir de chapelle si on ne sait pas son nom ».

Mercredi 3 mars 1858. Entre trois et quatre mille personnes sont présentes à la grotte dès le matin. Bernadette casse son cierge dans la bousculade. La vision ne se présente pas. L’enfant pleure. Sa famille, démunie, lui conseille de revenir plus tard. La Dame se manifeste, silencieusement, dans l’après-midi.
Le soir, le curé Peyramale insiste : « Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu'elle dise son nom et qu'elle fasse fleurir le rosier de la grotte »

Jeudi 4 mars 1858. Dernier jour de la quinzaine. La journée est placée sous haute surveillance. Les renforts de gendarmerie sont arrivés de Tarbes. Sept à huit mille personnes patientent devant la grotte, certains depuis la veille au soir. La conversation entre la Vierge et l’enfant dure une heure.
Les témoins sont déçus. Ils attendaient un événement spectaculaire. Qu’importe, ils décident de suivre la voyante jusqu’à son domicile. Sur le chemin du retour, Bernadette croise une petite aveugle originaire de Bagnères. Les enfants se serrent la main et s’embrassent à deux reprises. Eugénie Troy retrouve la vue. Bernadette prend des allures de Sainte. Les gens veulent l’approcher, la toucher. Afin de les contenter, l’enfant parait à la fenêtre des Sajous. Ce n’est pas suffisant. Les badauds pénètrent dans le cachot. Heureusement, le service d’ordre est présent et tout se passe au mieux. Bernadette est aimable mais refuse de donner des reliques (mèches de cheveux, vêtements, objets). Elle encourage la prière à la grotte.
Le soir, Bernadette retrouve le curé Peyramale. La Dame n’a pas livré son nom. Elle s’est contentée de sourire lorsque l’enfant lui a demandé. En revanche, elle a insisté pour la chapelle. Le curé rétorque qu’il n’a pas d’argent et que la Dame n’a qu’en en donner si elle veut une chapelle.
Bernadette ne va plus à Massabielle. La quinzaine est terminée. Pourtant, l’engouement du public ne se dément pas. Certains arrachent des morceaux de roche. D’autres font brûler des cierges. Nombreux boivent l’eau de la source, et s’y lavent. L’intérieur de la grotte est tapissé d’images pieuses, une table est installée en guise d’autel. Une statue en plâtre, représentant la Vierge, est placée dans une niche. La cavité se change en oratoire. Nous ne sommes pas loin de la chapelle réclamée par la Dame.

Jeudi 25 mars 1858. C’est le jour de l’Annonciation. Bernadette se rend à la grotte. Par trois fois, elle demande son nom à la Dame. Elle ne lui répond pas mais porte son regard sur la statue de la Vierge. A la quatrième interrogation, l’apparition lève les yeux au ciel, joint les mains et dit : « Que soy era Immaculada Councepciou ».
Bernadette retient ces mots et court les répéter au curé qui, bouleversé, congédie l’enfant.
Le Pape Pie IX a proclamé la bulle Ineffabilis « Marie conçue sans péché » quatre ans plus tôt, le 08 décembre 1854, mais c’est la première fois que la Vierge se désigne sous ce vocable.
À partir du 26 mars, c’est la police qui ramasse pièces et offrandes laissées à la grotte et les donnent aux œuvres.

Le 27 mars 1858, Bernadette est examinée par trois médecins à l’hospice des sœurs de la charité de Nevers. L’état extatique est diagnostiqué. Le curé Peyramale s’oppose à l’hospitalisation. L’éloignement est vivement conseillé.
Bernadette est attendue à la grotte le 04 avril, jour de Pâques. Elle n’ira pas. Il faudra attendre le mercredi 07 avril 1858 pour la retrouver en extase à Massabielle, devant de nombreux témoins, dont le Docteur Dozous. Ce dernier remarque que l’enfant joint les mains sur la flamme de son cierge. Plus tard, il l’examine sans trouver trace de brulure. Il devient un des plus fervents défenseurs des apparitions de Lourdes.

Le 04 mai, la grotte est vidée.

Le 07 mai, un panneau, à l’entrée, interdit tout nouveau dépôt. Le soir même, des jeunes filles de la Congrégation des Enfants de Marie se rendent en procession à Massabielle, un cierge à la main. Elles recommencent quelques jours plus tard, imitées par la foule. C’est le début des processions aux flambeaux. Le Préfet ordonne au maire de condamner l’accès la grotte. Des barrières sont posées le 11 juin 1858. Plusieurs fois démolies et rebâties, elles ne restent en place qu’à la mi-juillet, lorsque qu’une brèche, pratiquée au milieu, permet aux fidèles de s’approcher. L’interdiction porte ses fruits. Peu d’objets sont déposés à la grotte, mais, malgré les risques d’amende, la population s’y presse toujours. Des étrangers se présentent. Parmi eux, Louis Veuillot, rédacteur du journal catholique « L’univers », et Amirale Bruat, gouvernante du Prince impérial. Difficile pour le garde champêtre de faire preuve d’autorité. Les procès-verbaux sont rares. Les barrières sont retirées le 05 octobre 1858 sur ordre de l’Empereur Napoléon III.

Bernadette ne fut pas la seule voyante à Lourdes, en 1858. Marie Cazenave (22 ans), Joséphine Albario (15 ans), Marie Poujol, Jeanne-Marie Poueyto, Jean Bringeot (7 ans) virent également la Dame. Julien Cazenave (environ 17 ans) fut si convainquant que les gens se déplacèrent, en procession, pour le suivre et lui obéir. Comme Bernadette, Julien baisait la terre. Jean-Marie Laborde (10ans) vit « quelque chose de blanc qui ressemblait à une petite femme ». Jean Labayle, après une vision, demanda un petit oratoire à ses parents. Il y pria pour les pêcheurs pendant 15 jours. Beaucoup de fidèles se réunirent dans sa chapelle improvisée. Pendant la fête Dieu, à Ossen, les enfants du village voyaient la Dame partout. Ils se rendaient en procession à la grotte interdite et déposaient des objets. Le curé d’Ossen intervint afin qu’ils restent chez eux. Les visions cessèrent aussi subitement qu’elles étaient venues, aux alentours du 12 juillet 1858. S’agitait-il d’hallucinations collectives, de plaisanteries ou de simples tentatives d’enfants pauvres pour attirer l’attention des adultes ?

Le 04 mai 1858, le Préfet ordonne « d’arrêter toute personne qui se prétend visionnaire et de la conduire à l’hospice de Tarbes ». Bernadette est concernée par la mesure mais elle est souffrante. Son état de santé s’est tellement détérioré que, le 01 mai 1858, elle reçoit l’extrême onction. Afin de la protéger et de lui permettre de se reposer, Bernadette est envoyée en convalescence à Cauterets. Elle revient  à Lourdes le 22 mai afin de préparer sa première communion, prévue le 03 juin 1858. Finalement, seules deux personnes seront arrêtées et conduites à l’asile : Jean Marre, aussi nommé « le prophète de Maubourguet », qui prêchait dans les cabarets lourdais, annonçant des malheurs si la chapelle demandée par la Dame n’était pas construite. Et Nicolas Clercq qui, en état d’ivresse, accusa le Préfet de détourner l’argent déposé à la grotte. En plus de l’asile, il écopa de 20 francs d’amende.

Jeudi 16 juillet 1858. Bernadette se sent attirée vers la grotte. Elle s’y rend discrètement, accompagnée de sa tante Lucile et de deux congréganistes.  Elle reste en retrait afin de ne pas attirer l’attention des pèlerins. C'est la dernière apparition. Malgré la distance, elle voit nettement la Vierge. Bernadette Soubirous ne mentionnera pas cette dernière apparition dans le récit qu'elle écrira plus tard, à Nevers.
Au cours de ses apparitions, Bernadette reçu une prière et trois secrets, avec interdiction d’un parler. Contrairement aux petits voyants de la Salette, qui confièrent leurs secrets au Pape, jamais elle ne révéla les siens. Et pourtant, les pressions furent nombreuses.


La reconnaissance des apparitions par l'Église


DSCF5575Peu après les apparitions, Bernadette est interrogée par Monseigneur Thibault, évêque de Montpellier, de passage à Lourdes.
Après s’être entretenu avec deux confrères, Monseigneur Laurence, évêque de Tarbes, sort de sa réserve. Le 28 juillet 1858, soit douze jours seulement après la dernière apparition, il réunit une commission épiscopale destinée à enquêter sur les événements de Lourdes. Le 02 août, le chanoine Foucarde est nommé secrétaire de la commission. À ses côtés, deux vices secrétaires et neuf membres dont le curé Peyramale. Le lendemain, 03 août, s’ouvre la première séance.

Le 17 novembre 1858, Bernadette est interrogée par la commission. Sa sincérité semble incontestable à l'Evêque : « Qui n'admire, en l'approchant, la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant ? Elle ne parle que quand on l'interroge ; alors elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante, et, aux nombreuses questions qu'on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, pleines d'à propos, empreintes d'une forte conviction ». Entendre la jeune fille répéter les mots prononcés par la Vierge fut un argument décisif lors de la reconnaissance des apparitions par l’Église.
La commission étudie également les guérisons, consignées dans les rapports du Docteur Dozous. Une analyse de l’eau est demandée. Elle est commune et ne possède pas de valeur thérapeutique. Et pourtant, les témoignages de « miracles » sont nombreux. Dans un rapport, le commissaire Jacomet évoque des centaines de guérisons ! Mystification ? Surestimation ? Il n’empêche que malades et infirmes convergent vers Lourdes. «  Si l'on doit juger l'arbre par ses fruits, nous pouvons dire que l'apparition racontée par la jeune fille est surnaturelle et divine ; car elle a produit des effets surnaturels et divins »
Quatre ans plus tard, le 18 janvier 1862, l'évêque rend un avis favorable : « Nous jugeons que l'Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu à Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et les jours suivants, au nombre de dix-huit fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes ; que cette apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. Nous soumettons humblement notre jugement au Jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l'Église universelle ». Le mandatement reconnait également les sept premières guérisons miraculeuses. Le culte à Notre-Dame de Lourdes est officiellement autorisé. Le modeste chef-lieu des Pyrénées devient la ville la plus fréquentée de la région.
Les principaux critères retenus par la Commission afin de valider les évènements de Lourdes sont :
- Les bienfaits accompagnant les apparitions : Guérisons physiques et spirituelles, conversions, prières, construction d’une chapelle, pèlerinages…
- Bernadette reste fidèle à sa première version et ce, malgré les interrogatoires et les tentatives de déstabilisation. Par exemple, elle a vu une enfant, une «petite demoiselle» (expression également utilisée pour désigner les fées) âgée d’environ douze ans et mesurant un mètre quarante. La fillette était souriante et séduisante. Certes, la taille évoquée par Bernadette correspond approximativement à celles des statues de la Vierge dans les églises locales. Mais c’est bien la seule ressemblance entre l’apparition et l’image traditionnelle de la Vierge maternelle. Qu’importe, la voyante persiste.
- L’étude de la personnalité de Bernadette de démontre pas de fanatisme religieux. Elle parle d’une Dame et non de la Vierge. Malgré sa foi, elle ne possède pas de connaissances : Elle débute à peine le catéchisme.
- Le comportement des foules, qui se déplacent pour aller à la grotte, et ce, même en l’absence de Bernadette et avant la découverte de la source, des miracles et de la révélation de l’identité de la Dame. Une foule nombreuse et recueillie qui brave les interdictions municipales tant elle semble attirée par le lieu. Les pèlerinages à Lourdes débutent pendant la période des apparitions et avant leur reconnaissance par l’Église.
Deux arguments retenus par la Commission sont cependant contestables :
- L’attitude de Bernadette, qui est « transformée » pendant ses visions. Les religieux pensent à un état de transe mystique. Mais il s’agit peut-être d’hystérie, comme l’ont diagnostiqué les médecins.
- L’être entrevu par Bernadette était forcément surnaturel (bien que de forme humaine) puisque seule la jeune fille le voyait. Or, d’autres personnes affirmaient voir la Vierge, à Lourdes, à la même époque et quasi simultanément.

 
D’Autres pistes


Les apparitions mariales à Lourdes furent-elles réelles ou fantasmées ? Les guérisons relèvent-elles du miracle ou de l’auto-suggession ? Évidement, il est hors de question de refaire l’enquête menée par la commission épiscopale en charge du dossier. Juste d’émettre quelques remarques :
Les Pyrénées étaient déjà habitées à l’époque préhistorique. Les grottes servaient de refuges et des rituels y étaient pratiqués. Des objets funéraires ont été retrouvés dans des grottes voisines. Enfin, la tradition raconte que des fées vivaient dans les grottes, et notamment dans celle de Massabielle. C’était une grotte sale à la sinistre réputation. On la disait habitée par « quelque chose ». Les gens se signaient avant de l’approcher. Bref, le lieu est chargé d’histoire et de légendes, ce qui explique partiellement l’engouement du public pour les apparitions. Bernadette était peut-être sensible à la mémoire des murs et percevait en ces lieux des traces du passé.

 Au début du XVIème siècle, Anglèze de Sagazan, douze ans, vit la Vierge à Garaison, tout près de Lourdes. Cette dernière réclama une croix et une chapelle. L’histoire ressemble à celle vécue par Bernadette Soubirous, les miracles en moins.

Elisa Latapie, jeune fille à la vie exemplaire, est morte en octobre 1857, soit peu de temps avant les apparitions. Le curé Peyramale, qui l’avait connu, croyait en sa sainteté. Il espérait des miracles après son enterrement. Elle avait laissé cinq mille francs afin d’achever la construction de la chapelle de la prison. Elle fut ensevelie dans les vêtements de la congrégation des enfants de Marie, qu’elle dirigeait, à savoir une robe blanche, un voile et une ceinture bleus. Seule la couleur du voile diffère de celui de l’apparition. L’idée de Madame Milhet, à savoir que c’était Elisa Latapie qui se présentait à Bernadette, n’était pas absurde.

Certaines études de la personnalité de Bernadette l’ont décrit comme « une jeune fille facilement manipulable, idiote plus qu’analphabète, niaise, soumise, misérable, ignorante et souffreteuse ». Était-elle victime d’hallucinations ? Ce fut le premier avis du curé Peyramale qui l’encouragea à retourner garder les moutons à Bartrès. Était-elle hystérique ? C’est l’avis de plusieurs psychiatres, qui se sont penchés sur l’affaire.

Sans aller aussi loin, il est aisé de supposer que Bernadette Soubirous, enfant pauvre et malade, trouvait refuge dans la rêverie afin d’échapper à son quotidien. « La grotte, c’était mon ciel » dira t’elle plus tard.

Le peuple, également dans la misère, s’identifie facilement à la jeune fille. Elle attire la sympathie. De plus, les événements de Lourdes rasure les gens face aux avancés scientifiques de l’époque. L’homme progresse mais Dieu le précède toujours. Les condamnés par la médecine retrouvent espoir grâce aux miracles enregistrés à Lourdes.  Cette Vierge qui s’exprime en patois semble s’adresser directement aux malheureux et aux affligés.

Suite aux apparitions de la Vierge à Catherine Labouré, en 1830, de nombreuses médailles furent frappées avec la mention « Marie conçue sans pêchés ». Elles furent largement diffusées en France, deux ans plus tard, pendant l’épidémie de choléra. Rappelons que Bernadette a également souffert de cette maladie quelques années plus tôt. Peut-être a t’elle reçu une médaille à cette occasion ? En 1854, le Pape Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception de Marie en s’inspirant des mots entrevus par Catherine Labouré. Dès 1855, des églises et des statues sont dédiées à l’Immaculée Conception. C’est d’ailleurs le cas de la statue placée dans une niche à l’intérieur de la grotte. Statue que la Dame regarde avec un évident plaisir avant de choisir de se présenter sous ce vocable.  L’enfant ignorait-elle vraiment le nom de cette statue ? Ne l’avait t’elle pas entendu de la bouche des pèlerins ? Le 25 mars, jour où la Dame livre enfin son identité, correspond à la fête de l’Annonciation (l’ange Gabriel annonce à Marie que Dieu l’a choisi pour porter le Messie). Il y a un lien direct entre cette fête et l’Immaculée Conception. L’enfant, très fervente, a pu entendre ses termes à la messe ou pendant les cours de catéchisme.


Bernadette après les apparitions

Mi-septembre 1858, la famille Soubirous quitte le cachot et s’installe au moulin Lacadé, un logement récent, financé par le curé Peyramale. Neuf ans plus tard, Monseigneur Laurence achètera le moulin et l’offrira à la famille.
Bernadette garde les enfants d’une famille aisée. Les apparitions ont cessé mais la jeune fille attire toujours l’attention.  Le 05 février 1860, elle fait sa Confirmation. À partir du 15 juillet de la même année, les autorités religieuses l’installent chez les sœurs, pour la protéger. Elle reste proche de sa famille tout en étant à l’abri des curieux. Peine perdue. Les fidèles la sollicitent même dans sa retraite. L’adolescente se montre joyeuse et disponible, malgré la maladie qui ne quitte pas. Son asthme prend des proportions si désolantes que, le 28 avril 1862, elle reçoit l’extrême onction. Aussitôt après, elle s’écrit « Je suis guérie ! » Le même jour, elle s’entretient avec une anglaise, protestante, qui souhaite se convertir. Bernadette reste six ans à l’hospice.
C’est la première Sainte photographiée de son vivant, toujours en costume traditionnel pyrénéen et dans une attitude pieuse. L’objectif est de véhiculer une image « romantique » de Bernadette et du milieu rural. La jeune fille reste modeste. Lorsqu’on lui montre des portraits d’elle en lui disant qu’on les vendra dix centimes, elle répond « c’est plus qu’ils ne valent ».
En 1863, Elfride et Saline de Lacour, des bourgeoises lyonnaises, offrent la statue de marbre blanc qui ornera la grotte. Monseigneur Laurence donne son accord pour le sculpteur Joseph Fabisch, professeur aux beaux-arts et connu pour ses représentations de la Madone. En septembre, l’artiste demande à rencontrer Bernadette afin qu’elle lui décrive la Dame des apparitions. Ensemble, ils établissent un portrait. Pourtant, la jeune fille est déçue lorsqu’elle découvre l’œuvre finale. La statue est inaugurée le 04 avril 1864. Le même jour, Bernadette, qui songeait à intégrer la vie religieuse, choisit de rejoindre la congrégation des sœurs de la charité de Nevers.
Début octobre 1864, Jeanne Vedère, une cousine, invite Bernadette à passer quelques jours à Momères. Bernadette s’y repose pendant sept semaines. Bien que son postulat soit accepté, son départ pour Nevers est retardé à cause de sa santé fragile.
Le 21 mai 1866, Bernadette insiste, avec les Enfants de Marie, à la première messe célébrée à la grotte de Massabielle. Malgré son uniforme et la présence de ses collègues, elle est au centre des attentions.
Avant de rejoindre Nevers, elle offre ses objets personnels à ses proches. La veille du départ, elle se rend une dernière fois à Massabielle puis dîne avec sa famille. Le 04 juillet 1866, l’émotion est vive sur le quai de la gare lorsque Bernadette quitte les siens. Elle ne reviendra pas dans sa ville, qui pourtant lui manquera : « Si j’étais un petit oiseau, j’irais matin et soir à la grotte » confia t’elle à une compagne. Son frère, Jean-Marie, lui rendra visite le 18 décembre 1878 et sa sœur, Toinette, le 18 mars 1879. Bernadette ne reverra jamais les autres membres de sa famille.
Le 07 juillet 1866, elle arrive à Saint-Gildard, Maison-Mère de la Congrégation des sœurs de la Charité de Nevers, et déclare, « je suis venue ici pour me cacher ». Le lendemain, elle est invitée à faire une dernière fois le récit de ses apparitions, avant de rentrer dans le silence. Le 29 juillet 1866, elle reçoit l’habit et choisit le nom, en religion, de sœur Marie-Bernarde. Quinze jours plus tard, sa santé s’aggrave et elle est alitée. Le 25 octobre, elle reçoit l’extrême onction et prononce ses vœux par anticipation. Fausse alerte. Quelques mois plus tard, elle retrouve le noviciat et reprend sa formation. À Nevers, elle est traitée sans égards spéciaux. Au contraire, craignant que la notoriété ne lui monte à la tête, la mère supérieur la blâme et la rabaisse régulièrement. Elle renouvelle ses vœux le 30 octobre 1867. Officiellement religieuse, sœur Marie-Bernarde ne reçoit pas d’autre affectation que la prière. Officieusement, elle occupe le poste d’aide infirmière avant de succéder, en 1870, à l’infirmière en titre. Elle assume cette charge pendant trois ans avant que sa santé ne se dégrade de nouveau. Le 03 juin 1873, elle reçoit l’extrême onction. Le 30 octobre de la même année, elle est déchargée de ses fonctions. Provisoirement rétablie, elle retrouve son premier poste d’aide infirmière, qu’elle cumule avec un emploi de sacristine. Mais elle reste fragile et fait de longs séjours à l’infirmerie Sainte Croix. « Mon emploi, c’est d’être malade », déclare t’elle. Le 28 mars 1879, elle reçoit, pour la dernière fois l’extrême onction. Atteinte de tuberculose pulmonaire et osseuse, elle s’éteint le 16 avril 1879 à l’âge de trente-cinq ans. Elle laisse derrière elle dix-sept manuscrits des apparitions.
Pour les besoins du procès en canonisation, son cercueil est ouvert à trois reprises, en 1909, en 1913 et en 1919. Son corps est intact ! C’est un des cas les plus célèbres d’incorruptibilité physique. Des reliques sont prélevées en juin 1925, à l’occasion de sa béatification. Depuis, sa dépouille est exposée dans une châsse de verre et de bronze, dans la chapelle du couvent Saint-Gildard, à Nevers. Son visage et ses mains sont recouverts d’une fine pellicule de cire. Une statue de Bernadette, également à Nevers, rappelle le passage de la Sainte dans la ville.
Bernadette est canonisée le 8 décembre 1933, par le Pape Pie XI, non pour les apparitions dont elle a été témoin, mais en raison à sa foi et de l’exemplarité de sa vie religieuse.

 
Les intervenants


Plusieurs personnes, étrangères à la famille Soubirous, marquèrent la vie de Bernadette et influencèrent le déroulement des évènements qui se produirent à Lourdes :

Marie Aravant, épouse Basile Laguës. Nourrice de Bernadette, elle reçu la fillette pour la première fois, à la maison Burg, alors qu’elle venait de perdre son bébé. Elle s’attacha à cette enfant, qui lui rappelait douloureusement son fils. Mais lorsque Bernadette retourna à Bartrès, en  septembre 1857, Marie Laguës était devenue une femme sévère et aigrie. Elle venait de perdre son troisième fils (Jean, comme les deux précédents) et, pour la seconde fois, Bernadette se trouvait dans les parages juste après le drame. Marie Laguës tenta d’enseigner le catéchisme à la fillette mais cette dernière comprenait mal le français et peinait à retenir les prières. Finalement, entre la rudesse de ses hôtes et l’éloignement de sa famille, le second séjour à Bartrès fut une épreuve de plus pour Bernadette. Les apparitions commencèrent peu après son retour à Lourdes.

Docteur Pierre-Romain Dozous  fut témoin du « miracle du cierge » le 07 avril 1858. Dès l’heure, il devint un fervent défenseur des apparitions. A partir du 24 mai 1858, il enregistra sur un carnet toutes les guérisons obtenues à Lourdes. Son travail servit de base à la commission d’enquête.

Dominique Jacomet, commissaire de police avait trente-sept ans à l’époque des apparitions. Il jouissait d’une bonne réputation et était considéré comme un homme de devoir et de conscience. Il avait gagné l’estime des lourdais en apportant secours et médicaments aux malades pendant l’épidémie de choléra. Il fut le premier policier à interroger Bernadette. Elle était issue d’une famille connue des forces de l’ordre et il la soupçonnait de mentir. Il déclara même qu’il se ferait protestant si la commission d’enquête créditait les apparitions ! En poste à Lourdes depuis novembre 1853, il prit rapidement la situation en main et chercha à maintenir le calme et l’équilibre. Dès le 21 février 1858, il demanda les renforts du chef d’escadron de Tarbes pour encadrer la foule et des employés municipaux afin de compter les visiteurs. Il dressa des rapports détaillés, qui apportèrent de précieuses informations sur les débuts du pèlerinage lourdais.

 
La « famille » Lacadé


Anselme Lacadé était  maire de Lourdes à l’époque des faits. Alors que les apparitions de la Vierge étaient décriées par les autorités civiles et religieuses, et que l’Empereur lui même ordonnait l’évacuation de la grotte, Lacadé s’opposa à Jacomet. Il souhaitait profiter de la « publicité » faite autour de la source miraculeuse pour transformer Lourdes en ville thermale. Il comptait beaucoup sur les résultats des analyses de l’eau de la grotte. Malheureusement, aucune qualité curative n’y fut détectée…  Monsieur Lacadé était le propriétaire du moulin du même nom, où la famille Soubirous emménagea après les apparitions. En 1860, c’est encore lui qui finança l’installation de Bernadette chez les sœurs de Nevers.

Pendant les apparitions, Anselme Lacadé abriait chez lui une jeune domestique nommée Marie Courrech. Pauvre, analphabète et orpheline, Marie était si peu de choses qu’on l’appelait couramment Marie Lacadé, du nom de son maître. Elle venait du village de Tournous, près de Garaison, et avait été séparée de ses quatre frères et sœurs. Tout comme Bernadette, Marie voyait la Vierge, à Lourdes. Nombreux crurent ses récits et on lui attribua même des guérisons et des conversions. Les expériences des deux jeunes filles étaient si proches qu’un témoin affirma que Marie avait été entendue par la commission épiscopale d’enquête, au même titre que Bernadette (aucun document ne le confirme). Marie Courrech voulait devenir religieuse mais, sans dot, les trois couvents auxquels elle postula la refusèrent. Anselme Lacadé éprouvait de l’affection pour Marie. La présence de la voyante, chez lui, influença probablement ses décisions de maire.

Henri Lassere, écrivain, souffrait de graves troubles oculaires. Sur les conseils d’un ami protestant, il se lava les yeux avec de l’eau de Lourdes et recouvra la vue. Il confia sa guérison au curé Peyramale qui, justement, cherchait quelqu’un pour écrire l’histoire officielle des apparitions. Lassere fut d’accord et, dès 1864, il s’attela à la tache. Il s’adressa à Monseigneur Laurence qui, enthousiaste, lui transmis le dossier. Dans un souci de rigueur, Lassere rencontra ensuite les protagonistes. Il rendit visite à Bernadette dans son couvent, à Nevers. Ses démarches lui prirent du temps. Finalement, son livre, « Notre-Dame de Lourdes », préfacé par le Pape Pie IX, ne fut publié qu’en 1869. Quelle déception pour les gens d’église ! Malgré toutes ses recherches, l’écrivain ne dérogeait pas à la forme littéraire qu’il connaissait le mieux : Le roman… Le jésuite, Léonard Cros, s’opposa à Lassere et se lança dans une étude historique des évènements de Lourdes, sobrement intitulée « Histoire de Notre-Dame de Lourdes ».  De leur côté, Pierre-Rémi Sempé et Jean-Marie Buboë rédigèrent « petite histoire de Lourdes ». Vexé, Henri Lassere chercha l’appui de Bernadette. Il voulait qu’elle discrédite l’ouvrage des missionnaires. Soucieuse d’apaiser les esprits, la religieuse conclura simplement : «Ce qu’on écrira de plus simple sera le meilleur… À force de vouloir fleurir les choses, on les dénature ».

Monseigneur Laurence, était évêque de Tarbes au moment des faits. Avant d’être informé des apparitions, il ambitionnait de faire de Garaison, lieu où la petite Anglèze de Sagazan avait vu la Vierge, un lieu de pèlerinage. Mais, en avril 1858, la jeune Bernadette Soubirous bouleversa ses plans. Laurence était issu d’un milieu rural. Ses parents étaient de riches paysans. Le français ? Il l’avait appris en seconde langue. Cette Vierge, qui s’exprimait en patois, l’attirait. Il ne tarda pas à réunir une commission épiscopale d’enquête et, dès 1862, rendit un avis favorable sur l’authenticité des faits. Il acquit aussitôt des terrains afin de protéger les lieux et de débuter les travaux d’aménagement. Il décéda le 30 janvier 1870.

Marie-Dominique Peyramale était curé de Lourdes à l’époque des faits. En poste depuis mars 1851, il s’était fait remarquer dès son arrivée en soutenant les malades pendant l’épidémie de choléra.  Réputé proche des pauvres, il n’avait jamais rencontré Bernadette avant les apparitions. Immédiatement informé par Pomian, Peyramale, d’abord sceptique, refusa d’aller à la grotte et attendit que Bernadette se présenta à lui. Pourtant, la situation le préoccupait, il s’interrogeait et demanda même conseil à son évêque. Après avoir tenté d’étouffer le phénomène, il en devint un des plus fervents défenseurs. Il prit le destin de Bernadette en mains. Pour la maintenir humble et soumise, il la rabaissait devant les étrangers. « C’est parce que j’étais la plus pauvre et la plus ignorante que la Sainte Vierge m’a choisie » dira t’elle plus tard. Vexé d’être, dans un premier temps, évincé de la commission épiscopale d’enquête, il consacra le reste de sa vie à promouvoir les apparitions. Il décéda en 1877.

Emile Zola : Enthousiasmé par le caractère insolite des apparitions, l’écrivain, déjà célèbre, décida de faire de Lourdes le premier tome de sa trilogie « Les trois villes », mettant en scène les péripéties du Père Pierre Froment. Pour parfaire ses connaissances, Zola participa au pèlerinage de 1892. Il enquêta rigoureusement et rencontra même le Docteur Boissarie, alors Directeur du bureau des constatations. Son passage dans la ville sainte le marqua profondément. Pourtant, son ouvrage, « Lourdes », paru en 1894, remet sévèrement en cause la véracité des miracles.

  
Lourdes, de Bernadette à aujourd’hui


Le cachotL’Ave Maria de Lourdes, composé par l’abbé Gaignet, est chanté pour la première fois le 27 mai 1873.
Au vingtième siècle, une vague anticléricale s’abat sur la France. Les établissements religieux ferment leurs portes. En avril 1903, les pères de l’Immaculée Conception quittent Lourdes. En 1905, la loi de séparation de l’Église et de l’État est votée. Un inventaire des biens de l’Église est dressé. Le 09 avril 1910, un décret vote la dévolution des biens de la grotte à la commune et au bureau de bienfaisance de Lourdes. Le clergé devient simple locataire des lieux. Il conserve le droit d’y exercer le culte et d’y organiser des pèlerinages.

Sous l’occupation, les juifs sont rendus responsables de la prolifération des commerces dans la ville. Ils démystifient la grotte ! Le 12 juin 1940, Monseigneur Méricq met fin au bail unissant le sanctuaire à la commune. Monseigneur Choquet, Évêque de Tarbes, écrit au Maréchal Pétain. Le 25 mars 1941, la rétrocession des biens est accordée. Un mois plus tard, le 20 avril 1941, Pétain est accueilli en héros à la grotte. Lourdes remercie Vichy. C’est la page la plus sombre de l’histoire de la ville.

Dans la nuit du 13 au 14 août 1977, une bombe explose dans la basilique Saint-Pie X. Pas de victime.

Jean-Paul II est le premier Pape à se rendre la grotte, les 14 et 15 août 1983, à l’occasion de la fête de l’Assomption. Vingt ans plus tard, les 14 et 15 août 2004, il revient prier à Massabielle pour le cent-cinquantième anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception. Les 13, 14 et 15 septembre 2008, c’est au tour de Benoît XVI de fouler le sol lourdais.
Lourdes est numéro un des lieux de pèlerinages en France. Chaque année, quatre millions de personnes se pressent à la grotte. C’est deux fois plus qu’à la Mecque ! Les temps forts sont : Le pèlerinage militaire international en mai, le pèlerinage national en août et le rassemblement pèlerinage des anciens combattants prisonniers de guerre en septembre. Les visiteurs sont majoritairement des catholiques, mais pas seulement. On y croise également des malades et des curieux. Lourdes a su se transformer en ville touristique. L’économie de la ville repose sur la vente d’objets pieux, sur l’hébergement et sur la restauration. La commune, propriétaire de plusieurs fonds de commerce, tire profit des locations. Lourdes est aujourd’hui la troisième ville hôtelière de France, après Paris et Nice.
La source miraculeuse des débuts à fait place à des rangées de robinets métalliques. Des piscines ont été installées afin de baigner malades et handicapés. L’eau de la source est gratuite. Seuls les récipients sont payants.
Le commerce des cierges est florissant. En période de forte affluence, la place manque sur les chandeliers d’adoration. À peine allumés, les cierges sont éteints et rangés dans l’attente d’un jour plus calme pour les brûler.
Le cachot de la famille Soubirous est ouvert gratuitement à la visite. Sa petitesse et la pauvreté mettent mal à l’aise.

Un article de Sylviane Putinier