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Zététique

Sans doute aurez-vous déjà remarqué qu'il nous arrivait de ne pas être tendres avec la zététique.  Peut-être n'est-ce qu'un juste retour des choses étant donné que la zététique ne se montre jamais tendre avec les phénomènes inexpliqués et leurs défenseurs.  Nous allons avoir l'occasion d'y revenir.  Mais avant tout, voyons ce que Wikipédia dit de cette même zététique :

La zététique est définie comme « l'art du doute » par Henri Broch.   La zététique est présentée comme « l'étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ».

La zététique est destinée aux théories scientifiquement réfutables, c'est-à-dire respectant le critère de discrimination de Popper.  De fait, contrairement aux autres mouvements, elle ne pose pas la question des religions et des croyances non réfutables. Son objectif est la mise à l'épreuve d'énoncés pourvus de sens et de nature scientifique (c'est-à-dire réfutables selon Popper) dont les explications ne semblent pouvoir se rattacher à aucune théorie communément acceptée.

La zététique se réclame aussi du scepticisme scientifique, et plus généralement de la démarche de doute cartésien qu'elle décrit comme nécessaire en science comme en philosophie. Elle se veut, pour reprendre le mot du biologiste Jean Rostand, "une hygiène préventive du jugement ».

Ce n'est pas nous, au CERPI, qui nous inscrirons en faux par rapport à cette manière d'aborder les choses car, pour rappel, la démarche de notre organisation passe inévitablement par l'examen systématique de toutes les possibilités d'explications rationnelles avant d'envisager seulement les possibilités d'hypothèses moins conventionnelles, encore celles-ci devant impérativement se montrer cohérentes.  On ne compte plus, à l'heure actuelle, les cas qui nous ont été exposés et que nous avons pu démystifier, expliquer sans le moindre recours au surnaturel, au paranormal ou à l'ufologique.  En fait, on pourrait même dire que c'est ce qui se présente dans la plupart des cas.  Voici le moment venu de préciser : mais pas tous !

Cela ne signifie pas ipso facto que le reliquat en question puisse automatiquement authentifier les phénomènes comme relevant de l'inexplicable mais seulement que celui-ci demeure momentanément inexpliqué, soit que nous n'ayons pas encore trouvé d'explication rationnelle, soit qu'il n'y en ait apparemment pas. "Apparemment" car il doit forcément y en avoir une et le fait que cette explication ne puisse pas (encore) se trouver dans le faisceau de nos connaissances actuelles n'y change rien.

En elle-même, nous ne trouvons donc rien d'antagoniste entre la zététique et l'étude réalisée par le CERPI.  Nous reconnaissons bien la zététique et ses fondements, ses principes.  A quelques petits bémols près que nous allons évoquer.  Il en va autrement de certains de ses défenseurs, de leurs dérives ou de la manière dont certains (ab)usent de cette même zététique.

Ce n'est pas le cas de Virginie Bagneux qui nous propose ici une remarquable conférence dont nos enquêteurs peuvent tout à fait s'inspirer dans leurs enquêtes.  Les principes qui y sont exposés sont rigoureusement fondés là où, toutefois (dans l'explication de Wikipédia) nous n'admettons pas la réalité de l'appellation "scepticisme scientifique", laquelle est - pour nous - dépourvue de sens, car la science n'est pas sceptique par définition.

Nous exprimerons cependant un tout petit bémol à cette conférence en ce qui concerne l'expérience décrite à partir de la 21è minute.  En effet, cette expérience démontre que notre attention peut être prise en défaut par une focalisation, laquelle risquerait donc de fausser un témoignage.  C'est vrai.  Dans le cas présent, l'attention des spectateurs a immédiatement été centrée sur le nombre de passes réalisées par l'équipe blanche.  Constatation : certains spectateurs n'ont même pas vu le singe qui parcourait pourtant la scène !  Or ce (faux) "singe" est bien présent et il fait même son petit possible pour se faire remarquer !  Quelque part, le procédé est un peu semblable à celui qu'utilisent les prestidigitateurs afin de détourner l'attention des spectateurs pour leur permettre de réaliser leurs tours et c'est bien ce qui donne, en finale, un aspect très insolite au numéro.  On a donc l'impression d'avoir été confronté à de la magie, c'est-à-dire à du surnaturel, ou du paranormal.  Et ce n'est pourtant pas le cas.

Ce que dit Virginie Bagneux est donc correct.

Il ne faudrait toutefois pas oublier cependant que la focalisation a été nécessaire pour la réussite de cette expérience, que même dans ce cas de nombreux spectateurs ont malgré tout bien vu le singe et que le procédé n'implique donc pas forcément, ni toujours, la totalité des témoignages possibles.  Il s'agit ici d'une possibilité de biais cognitif et non d'un écueil inévitable.  Cela nous invite par contre à nous méfier du témoignage humain qui, c'est entendu, est et reste faillible, même en toute bonne foi et indépendamment du statut du témoin

Ainsi, par exemple, nous aurions pu - dans l'affaire d'Arc-Wattripont - croire sur parole les témoignages des représentants des forces de l'ordre lorsqu'ils nous relataient des faits très étranges et cela sous le prétexte qu'il s'agissait de gardiens de la paix que l'on croirait automatiquement au-dessus de tout soupçon.  Non !  Nous ne sommes pas tombés dans ce panneau et l'un de nos premiers soins à précisément été de mettre cette parole en doute, de voir s'il pouvait y avoir d'autres explications.  Car même un gendarme, même un policier, même un scientifique, même un astronome, etc. peut se tromper et être abusé par ses sens.  Dans le cas que nous évoquons ici, il fallait remarquer non seulement le statut des témoins, lequel semblait pouvoir nous orienter vers l'authenticité des faits, mais aussi leur nombre ainsi que la durée des phénomènes.  Il est évidemment plus difficile à 15 personnes de se tromper pendant 48 heures qu'à une seule pendant 30 secondes !  Nous n'en sommes pas restés là et, pour la petite histoire, nous avons soigneusement comparé les différents témoignages entre eux, afin de vérifier leur cohérence, notamment sur le plan chronologique, leur nature propre, leur description dans les détails et la possibilité que certains témoignages rapportent en fait des événements observés par d'autres, c'est-à-dire soient de deuxième main.  Nous avons aussi bien tenu compte d'un témoignage à rebours qui, a lui seul, pouvait être de nature à jeter le discrédit sur le reste.  Nous ne pouvions pas fermer les yeux sur ce point.  Il s'est avéré que ce témoignage sceptique (pour ne pas dire zététique !) était finalement un faux témoignage (ce qui semble étrange, dans le cas présent, et de la part d'un policier !)  Enfin, nous avons non seulement considéré le contexte de guerre des polices conjugué à la présence de deux corps rivaux qui, justement par leur rivalité, se contrôlaient mutuellement.  Nous avons eu la cerise sur le gâteau lorsque les témoignages de sceptiques (pour ne pas dire zététiciens...) sont paradoxalement venus corroborer l'étrangeté des faits.  Nous pouvons donc le dire : nous avons été témoins de cas dans lesquels - en matière de phénomènes que nous qualifierons de paranormaux - un sceptique de statut de crédibilité soi-disant élevé mentait effrontément ou falsifiait la réalité et d'autres sceptiques (pour... vous connaissez la suite) qui, tout en niant farouchement une réalité qu'ils connaissaient parfaitement bien, nous ont apporté la preuve de l'authenticité des faits !  C'est à méditer !  Et nous ajouterons que ces cas ne sont - hélas - pas isolés !  S'il existe donc bel et bien des charlatans d'un côté, nous sommes en droit de prétendre qu'il existe sans conteste des zététiciens véreux de l'autre !

Dans le cas présent, si vous vous êtes livré à l'expérience, vous vous souvenez de l'effort mental que vous avez réalisé afin de mémoriser le nombre de passes, de focaliser votre attention sur les participants blancs (en faisant donc systématiquement abstraction des noirs, en les évitant prudemment : "je ne veux pas entendre parler des noirs, les noirs n'existent momentanément pas !" et en évitant de même toute interaction : "les passes entre blancs et noirs ne comptent pas : le noir élimine le décompte, disqualifie la passe")  Dans ces conditions, il n'est guère étonnant que le singe ait pu passer inaperçu aux yeux de quelques uns... au même titre que n'importe quel participant noir.  Aurait-on d'ailleurs obtenu le même résultat si le singe avait été blanc ?  Il est pourtant possible que l'on aurait alors obtenu un autre résultat, ce qui n'enlève rien à la faillibilité du témoignage humain.  Il reste que, dans la globalité de la perception, nous prétendons que le "singe" a bel et bien été capté par tout le monde (à moins d'être atteint de cécité) mais que l'information a été inégalement perçue et qu'en souffre donc sa restitution.  Mais on peut également conclure que le témoignage ne s'en trouve pas toujours forcément tronqué.  On parle donc d'une possibilité de distorsion mais pas d'une généralisation systématique.  C'est comme sur la route : le risque n'implique pas forcément (et heureusement d'ailleurs !) l'accident.  Mais il le favorise.

Cette petite précision mise à part, et elle se voulait sympathique, nous avons aimé cette présentation de la zététique par Virginie Bagneux.  Là où nous l'aimons beaucoup moins, voire pas du tout, c'est lorsque "l'art du doute" se mue en "entreprise de démolition", avec attaques ad hominem, généralisations abusives, voire manipulations honteuses des résultats en contradiction flagrante avec l'esprit même de la zététique, quand les zététiciens n'usent pas eux-mêmes de procédés déloyaux - ou du moins détournés - dans leurs démonstrations d'hygiène mentale dans le but apparent de satisfaire à tout prix leur désir de "casser du paranormal".  Dans ce cas, ces zététiciens véreux dénaturent la recherche parapsychologique honnête (nous ne parlons évidemment pas des charlatans qui sont hélas légions) et leur démarche, qui se veut pourtant scientifique, nuit finalement à la science ou, à tout le moins, au savoir.

Les pratiques de ces renégats ne sont hélas pas rares non plus.  Elles sont le fait de personnes que certains jugent "illustres" et on leur prête un rôle de salubrité publique.  Leurs manoeuvres sont pourtant tout aussi blâmables que celles des charlatans.

Avant de terminer cette première approche de la zététique et des raisons de nos objections par rapport à celle-ci, nous allons encore apporter l'un ou l'autre bémol à la définition elle-même de la zététique selon Wikipédia (voir plus haut dans cette page)

Il conviendrait en effet de s'entendre, en premier lieu, sur ce que l'on entend par "étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux".  En effet, l'un des critères retenus par Popper réside notamment dans la reproductibilité des phénomènes (en laboratoire, de préférence)  L'étude rationnelle se trouve elle-même directement prise en porte-à-faux lorsque la nature même des phénomènes rend cette reproductibilité malaisée, sinon impossible.  Si l'on part du postulat selon lequel le phénomène obtenu est causé par un contexte particulier, éventuellement catalysé par des potentiels restant à déterminer, de la part d'un individu placé dans des circonstances inhabituelles, mettant en oeuvre une force agissant par un biais rare ou exceptionnel, on comprendra qu'il soit malaisé de le reproduire à volonté.  Cela rend l'étude de la question très difficile, mais cela ne signifie certainement pas que le phénomène soit à classer parmi les supercheries !  De même, nous mettons les zététiciens au défi de trouver un protocole adapté (correctement) à ce type de situation !
Par pseudosciences, qu'entend-on ? Nous revoyons à ce sujet le lecteur à un autre article de Wikipédia sur lequel nous aurons le loisir de revenir (et ici encore, nous sommes d'accord sur la plupart des principes énoncés) mais pas forcément tous ni exactement de la même manière.  Nous ne citerons qu'un exemple, sous la forme d'une question : à partir de quand peut-on qualifier quelqu'un de scientifique ?  On n'aura aucun mal avec un mathématicien, un biologiste, un physicien, mais qu'en serait-il pour un médecin ou un informaticien, pour ne prendre que ces exemples ?  Quel cas doit-on faire des (nombreuses) erreurs et supercheries scientifiques, dont certaines se sont parfois montrées très meurtrières ?  A ce propos, nous n'inventons rien.  Il suffit, pour s'en assurer, d'ouvrir un livre d'histoire.

Sauf, bien sûr, si l'Histoire nous raconte aussi des... histoires !