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La dissonance cognitive

La dissonance cognitive est un gros sujet de sciences cognitives et sociales qui ne s'appréhende pas si facilement.  Il s'agirait, par exemple, de l'inconfort mental ou psychologique que l'on rencontrerait face à la contradiction opposée à une croyance antérieure.  Placé dans cette situation dans laquelle les arguments de l'Autre, même solidement établis, détruisent manifestement la croyance en question, l'individu développe diverses stratégies afin de réduire cet inconfort, ou de réduire cette dissonance cognitive.

On cite généralement cet exemple du renard et des raisins.  Un renard, dans cette fable d'Esope, désire manger des raisins qui se trouvent hélas hors de sa portée.  Il déploie des efforts conséquents pour essayer de les attraper mais ne peut pas y arriver.  Frustré, le renard s'en va en prétendant que "de toute façon, ces raisins n'étaient pas mûrs et auraient donc été trop acides".

Soit, on voit plus ou moins de quoi il s'agit.  Mais quelle incidence cela a-t-il dans le domaine de l'inexpliqué ?

Il nous semble assez facile d'imaginer que confronté à une contradiction cuisante d'une hypothèse farfelue, extraordinaire, merveilleuse, l'individu va opposer des arguments de réponse qui seront eux-mêmes hypocrites, fallacieux, litigieux, etc. ou adopteront des comportements adaptés de telle manière à réduire la dissonance.

Ici, on cite cet exemple de ces gens qui croyaient dur comme fer en une fin du monde orchestrée par des extraterrestres pour une date précise.  Ils se réunissent en un lieu en attendant le déclenchement des opérations terribles qui devaient survenir à partir de minuit, mais strictement rien ne se passe...

Ici, par rapport à ce qui est communément exposé, nous ajouterons certains exemples que nous avons parfois nous-mêmes vécus, afin d'illustrer le sujet (et démontrer notre bonne foi...) :

L'heure de minuit étant passée en l'absence de tout événement particulier en rapport avec une fin du monde, les individus imputent le retard de la catastrophe à leurs montres qui ne seraient pas à l'heure.  Ensuite à une référence erronée : avec l'heure d'hiver, il y a un décalage.  On pourrait éventuellement aussi envisager une différence de fuseau horaire ou, pourquoi pas, une différence d'interprétation de l'heure entre le temps terrestre et le temps extraterrestre...  Dans notre cas, les choses se passaient au château de Rhode Saint-Pierre et concernaient également l'heure de minuit.  En vue d'apercevoir d'éventuels fantômes à étudier, nous avions choisi l'heure de minuit et, en plus, la nuit de Walpurgis.  Rien ne s'est passé, aucun fantôme n'est apparu dans ce château pourtant réputé hanté.  C'est ici aussi que l'on percevra sans doute mieux les différence de comportements entre sceptiques purs et durs (ou zététiciens), le croyant et les membres du CERPI.  Les premiers, les sceptiques auraient dit, à minuit trois : "Vous voyez bien : il n'y a pas de fantômes, cela n'existe pas !"  Les croyants auraient subi l'inconfort de la dissonance cognitive car, pour eux, il s'agit d'un fait accompli : les fantômes existent bel et bien !  Ils auraient donc prétendu que l'on n'était pas vraiment à l'heure de minuit, que celle-ci n'était pas encore atteinte, qu'il y avait un décalage, etc. et puis d'autres prétextes encore.  Les gens du CERPI ne croient pas que les fantômes existent (le fait n'est pas de croire mais d'étudier la question) mais ils veulent laisser au phénomène une chance de se manifester si, le cas échéant, toutes les conditions favorables n'ont pas été respectées.  Ainsi, contre toute attente, une erreur d'estimation de l'heure aurait pu se produire.  Celle-ci est très peu probable mais on s'en voudrait d'avoir conclu trop vite.  Dans ce dernier cas, aucune croyance n'est impliquée, l'absence de fantôme ne génère aucun inconfort et il n'est nullement question de dissonance cognitive.  Le phénomène ne s'est pas produit, point à la ligne.

Ensuite, cela permet-il de conclure en l'inexistence des fantômes ?  A priori oui.  En réalité, non.  En tous cas pas si vite.  Cela représente en effet un cas (mais non des moindres il est vrai puisque nous avions bien choisi le lieu et le moment) négatif en regard duquel d'autres cas positifs pouvaient se produire.  Dans la chanson de Jacques Brel, Madeleine n'est pas venue, elle n'est pas venue plusieurs fois, il est même probable qu'elle ne viendra jamais, mais cela ne signifie pas que Madeleine n'existe pas... Par contre, cette réponse pourrait constituer une stratégie pour réduire la dissonance cognitive car le raisonnement, pour logique qu'il paraisse à première vue, n'en est pas moins inapproprié (Il n'y a pas de rapport entre la Madeleine de la chanson de Jacques Brel et les fantômes).  Ce n'est toutefois pas le cas car il n'y a pas de contradiction par rapport à une croyance préalable et l'exemple de Jacques Brel reste valable, bien que la comparaison soit bancale.

Revenons-en à nos extraterrestres et leurs adorateurs déçus.  Au bout d'un certain temps, leur chef de file reçoit un message par écriture automatique.  Ce dernier explique que face à "la lumière" dégagée par le groupe, les extraterrestres ont changé d'avis, à charge pour le groupe en question de transmettre l'avertissement au reste du monde et à l'inciter à modifier son comportement.  Dans ce cas, les adorateurs trouvent une réponse à leur frustration, même si celle-ci est stupide.  Il est bien question d'une croyance préalable mise à mal et d'un biais fallacieux (du moins sommes-nous raisonnablement en droit de le penser, il existe ici une certaine nuance, certes infime, à ne pas négliger.  Cette pensée semble fondamentalement valable parce qu'elle se rattache sans aucun heurt à ce qui nous semble cohérent, acceptable.  C'est bien entendu ce que soutiennent les adorateurs qui paraît hautement farfelu, sans préjudice de ce qu'aurait pu - contre toute attente - être la réalité.  Nous n'irons pas plus loin dans le développement de cet exemple car nos explications finiraient par être interprétées comme une réponse de notre part à une dissonance cognitive.  Ce qui serait faux puisqu'il s'agit d'un simple problème de logique et de probabilités.  A la limite, toutefois, nous pourrions considérer qu'une attaque en ce sens ferait l'objet, de la part de nos détracteurs, de la réponse à une dissonance cognitive... Hum !