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Le Soi

(Voir considérations préliminaires, page précédente)

Soi (psychologie)

Soi signifie dans l'acception courante la personne, ou l'individu qui se désigne lui-même.

Carl Gustav Jung utilise le terme Soi pour désigner l'archétype de l'entièreté psychique qui distingue une personne au-delà de ce qu'elle perçoit d'abord (cette perception étant le Moi). Ce concept du Soi est utilisé en psychologie et en psychanalyse avec des nuances d'acceptions en fonction des courants de pensée. C'est en particulier un des piliers de la psychologie analytique et de la psychologie sociale. En psychanalyse post-freudienne, c'est notamment Heinz Kohut qui en a théorisé et développé le concept.

Le Soi dans la psychologie analytique

L'archétype du Soi selon Carl Gustav Jung

Si le point central représente l'ego, le soi enveloppe à la fois le cercle et le point.

« le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi. Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même. » Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l'inconscient : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l'expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d'une conscience englobant de plus en plus d'éléments inconscients. Le Soi intervient dans le processus d'individuation : il en est le moteur, l'organisateur et, dans une certaine mesure, le but.

Le Soi est ainsi l'archétype de la conscience et du Moi. Le rapport du Moi au Soi est décrit par Jung soit comme celui de la Terre tournant autour du Soleil, soit comme celui d'un cercle inclus dans un autre cercle de plus grand diamètre, soit encore comme le fils par rapport au père. Dans ce dernier cas, l'image n'est complète que lorsque l'on considère que le Soi n'advient à la conscience que par un travail de confrontation du Moi avec ses autres archétypes (animus etanima, persona, etc.) , un travail de « décantation » du Moi : le Soi, ou du moins la conscience que l'on acquiert du Soi, est donc aussi, à la fin du processus d'individuation, d'une certaine manière, le fils du Moi (“Filius Philosophorum”).

En tant que totalité, le Soi est nécessairement paradoxal : toute qualité qui lui est attribuée s'y voit accompagnée de son opposé : seule la capacité de direction de la conscience du Moi permet la différenciation entre les contraires, et révèle donc cet aspect paradoxal du Soi, plus précisément de la conscience que l'on peut en avoir.

Caractéristiques structurelles et dynamiques du Soi

Apparu dès le texte de 1902 (Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes) le terme de Soi ne prend valeur conceptuelle pour Jung que dans les Métamorphoses de 1912. Si ses caractéristiques s'affineront et se compléteront par la suite, l'essentiel de ce concept y figure déjà.

  • D'un point de vue topique, le Soi est un ensemble regroupant tous les constituants du psychisme. Il serait donc ainsi synonyme de l'âme.
  • D'un point de vue dynamique, il exprime un double aspect :
    • La tendance des contenus inconscients à parvenir à la conscience, soit sous forme de prise de conscience, soit, quand celle-ci est rendue impossible par l'attitude du Moi, sous forme de symptômes ou d'inflation du Moi qui s'identifie à la totalité du psychisme. Jung insiste particulièrement sur les dangers d'une telle inflation qui peut mener jusqu'à l'éclatement des limites du Moi, c'est-à-dire à lapsychose.
    • La capacité de compensation de l'inconscient, qui propose au Moi le pendant de son attitude dirigée. La compensation ne peut jouer que dans la mesure où le rapport du Moi et du Soi est suffisamment différencié. Si le Moi est en état d'inflation, s'identifiant au Soi, la compensation s'inverse, et il y a emballement dans le sens de la direction du Moi, ou dans le sens inverse.
  • D'un point de vue génétique, le Soi est à l'origine de la constitution du Moi, première étape du processus d'individuation. Il est initialement indifférencié de l'imago maternelle, mais il est néanmoins moteur de la différenciation. Enfin, Jung dit aussi que “la pensée est fondée sur l'autorévélation du Soi” (Essai d'interprétation psychologique du dogme de la trinité 1940/1948).
  • D'un point de vue structural, le Soi est “la somme et la quintessence de tous les archétypes”. Il est donc à la fois l'archétype qui structure tous les autres, et celui qui est structuré par tous : dans la mesure où son rapport au Moi détermine, par son dynamisme compensateur, son influence organisationnelle dans le psychisme, il peut ainsi être tout aussi bien facteur de regroupement (liaison) que d'éclatement (déliaison). Facteur de liaison il permet l'union des contraires, et facteur de déliaison, il permet la différenciation : c'est ce double dynamisme qui anime le processus d'individuation.
  • D'un point de vueépistémologique, Jung insiste sur le fait que le Soi est un concept limite : « Je reste conscient du fait qu'il est fort possible que, formulant cette hypothèse, nous restions encore prisonnier d'une image […] tout bien pesé, je ne doute pas qu'il s'agisse encore d'une image, mais d'une image telle et si essentielle qu'elle nous englobe et nous contient.1916/1934) : et plus tard : « dans la mesure où quelque chose de l'inconscient existe, il n'est pas assignable : son existence n'est qu'un pur postulat […] la totalité n'est empirique que dans ses parties, et seulement dans la mesure où celles-ci sont contenus de la conscience. En conséquence le « soi » n'est qu'un concept limite » (Psychologie et alchimie 1935/1951).
  • Par rapport à la religion, et aux multiples accusations de mysticisme qui ont été portées contre lui, Jung est on ne peut plus clair : “Comme le Christ n'a jamais signifié pour moi plus que je pouvais comprendre de lui et que cette compréhension coïncide avec le savoir empirique que j'ai du Soi, je dois reconnaître que c'est le Soi que j'ai en tête lorsque je m'occupe de l'idée du Christ. Au demeurant, je n'ai pas d'autre accès au Christ que le Soi, et comme je ne connais rien qui soit au-delà du Soi, je m'en tiens à ce concept” (Jung et la croyance religieuse1956/1957).
  • Par rapport aux concepts Freudiens, le Soi de Jung est tout à fait original :
    • Par rapport au Surmoi : “Le Surmoi est un succédané nécessaire et inévitable de l'expérience du Soi. […] Tant que le Soi est inconscient, il correspond au Surmoi de Freud” (Le symbole de la transsubstantiation dans la messe1941/1953).
    • Par rapport au Moi idéal et à l'idéal du Moi— tous deux avatars du Surmoi — Jung insiste sur le fait que le Soi, en tant que totalité, inclut les aspects les plus bas de la personnalité. Il ne peut donc être confondu avec le Moi idéal que dans la mesure où une inflation du Moi annule son activité compensatrice, et avec l'idéal du Moi que dans celle où la dissociation de la personnalité maintient dans l'inconscient ses aspects sombres (l'ombre).
  • Du point de vue de ses représentations les images du Soi apparaissent dans les rêves et les productions spontanées (fantasmes, dessins, danse etc.) sous des formes doublement symétriques et centrées (carré, cercle) : les mandalas. Jung a constaté que ces formes de représentations se retrouvent dans toutes les cultures aussi bien que dans les productions individuelles. Il estime que l'apparition des images du Soi dans les rêves est souvent liée à de profondes tensions ou ruptures de l'équilibre psychiques.

Le soi primaire (Michael Fordham)

Soi primaire

Le soi primaire est l'état originel du soi, un concept de Michael Fordham.

Il le décrit comme l'état psycho-sensori-moteur du nouveau-né (voire du fœtus intra-utero en fin de grossesse), un état d'homéostasie indifférenciée : il n'y a pas de différenciation entre moi et non-moi, entre l'interne et l'externe, entre différentes composantes du monde interne. C'est cet état qu'il a nommé soi primaire, faisant ainsi référence au concept jungien du soi, archétype de la totalité. Il a travaillé sur ce modèle dès 1947.

Cet état psycho-corporelle du nouveau-né est un état intégré et destiné à se perdre lors des phases de dé-intégration, phases où l'équilibre homéostatique caractéristique du soi primaire se perd, et où les dynamiques archétypes se mobilisent, permettant au bébé d'entrer en relation avec le monde extérieur alors partiellement perçu comme tel. Le processus de différenciation du monde intérieur se déroule aussi durant cette phase. L'alternance de phases de dé-intégration et de ré-intégration permet la constitution progressive d'un psychisme différencié du bébé.

Michael Fordham est un élève anglais de Jung qui s'est intéressé au développement de l'enfant. Il appelle soi primaire l'état d'homéostasie psycho-corporelle du nouveau-né, un état où différenciation n'existe pas, ni entre un monde intérieur et un monde extérieur, ni au sein même du monde intérieur.

Le self (Donald Winnicott)[

Self (psychanalyse)

Le terme self est la traduction anglaise du soi. Il est utilisé en psychologie selon plusieurs acceptions, pas toutes compatibles. En psychanalyse, il se réfère à la notion de Donald Woods Winnicott qui a notamment distingué le "vrai self" du "faux":

  • Le vrai self désigne l'image que le sujet se fait de lui-même et qui correspond effectivement à ce qu'il est et perçoit à travers une réaction adaptée.
  • Le faux self désigne une instance qui s'est constituée pour s'adapter à une situation plus ou moins anormale et contraignante. L'image qui est alors en cause est défensive et fonction de réactions inadaptées de l'environnement et est surtout représentative d'un rôle qu'on lui aurait imposé.

Origine du vrai self et du faux self

Dans le développement le plus courant (non pathologique), à mesure que les capacités du très jeune enfant progressent, la mère initialement parfaite cesse de l'être (pour celui-ci). Des inadaptations adviennent, inévitablement, mais qui sont en partie rattrapées, et progressivement compensées par les capacités intellectuelles grandissantes de l'enfant. L'enfant fait tout d'abord l'expérience illusoire de l'omnipotence. En effet, sa mère s'adapte parfaitement à lui. Lorsque survient une tension ou un besoin, la mère fournit au nourrisson de quoi le soulager.

Ce dernier a alors l'illusion d'avoir créé, précisément au moment où il en avait besoin, ce qui allait le satisfaire. Il prend ainsi confiance en une réalité extérieure dans laquelle se trouvent les moyens de répondre à ses besoins. Le monde vaut ainsi la peine d'être connu et la vie vaut la peine d'être vécue puisque (à ce stade), ils répondent à ses besoins ordinaires. Ils participent «magiquement» à son bien-être. C'est l'origine de la pensée magique qui correspond à un stade archaïque du développement du nourrisson. Grossièrement, il lui suffit de demander ce qu'il désire pour l'obtenir.

On peut dire qu'après s'être activement adaptée afin d'assurer un environnement le plus parfait possible, la mère «good enough» (suffisamment bonne) s'adapte activement à assurer un environnement imparfait, mais pas trop, l'imperfection progressant en fonction des capacités croissantes de l'enfant qui apprend inconsciemment que, dans le monde qui l'environne, il existe quelque chose qui fait que la vie vaut le coup d'être vécue. Et le bébé fait l'expérience de la réalité : la vie vaut bien la peine d'être vécue, mais tout ne survient pas magiquement dès qu'on le désire.

L'origine du faux self se situe pendant la période où le bébé ne différencie pas encore le « moi » et le « non-moi », c'est-à-dire que cette différence est la plupart du temps non intégrée, et lorsqu'elle l'est, elle ne l'est jamais complètement. Il arrive alors parfois que le bébé esquisse un geste spontané (qui « ...exprime une pulsion spontanée... »), celui-ci manifeste qu'existe un vrai self, potentiel. Selon la manière qu'a la mère de jouer son rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou au contraire du faux self. Une mère suffisamment bonne est celle qui a pu rendre la toute-puissance du nourrisson effective en lui donnant l'illusion de trouver-créer le monde, permettant alors le développement d'un self authentique. À l'inverse, une mère qui n'est pas suffisamment bonne est celle qui n'aura pas permis que s'instaure une aire tierce dans laquelle le nourrisson aurait pu expérimenter le trouver-créer, il en résulte alors un faux-self c'est-à-dire un individu qui n'existe pas car il est soumis à l'environnement

Le vrai self

Si la mère répond à ce qui se manifeste comme l'expression de l'omnipotence du nourrisson, à chaque occasion, elle lui donne une signification et participe à l'établissement du vrai self. On peut dire aussi, qu'ainsi elle permet à son bébé de faire l'expérience de l'illusion de l'omnipotence. Cette expérience de l'illusion, qui n'est possible qu'à la condition d'une adaptation active de la mère, est le préalable à l'expérience des phénomènes transitionnels, au sein desquels s'établit la créativité.

Le vrai self est défini comme : « ...position théorique d'où proviennent le geste spontané et l'idée personnelle. Le geste spontané est le vrai «self» en action. Seul le vrai «self» peut être créateur et seul le vrai «self» peut être ressenti comme réel ».

C'est celui-ci dont D.W. Winnicott se préoccupe en séance, qu'il vise. Seul le vrai self est à même de faire l'expérience de l'espace potentiel. C'est dans celui-ci qu'il est possible de jouer (playing), ce qui pour D.W. Winnicott correspond à la santé et qui se développe jusqu'à englober toute l'aire culturelle, toute activité créatrice.

Le faux self

Développement du faux self

Si, au contraire, la mère est incapable de répondre à cette manifestation, elle substitue au geste spontané du bébé le sien, auquel ce dernier est alors contraint de se soumettre. Cette situation maintes fois répétée participe à ce qu'un faux self se développe d'une manière prépondérante.

« Il y a séduction du nourrisson qui en vient à se soumettre et un faux « self » soumis réagit aux exigences de l'environnement que le nourrisson semble accepter. »

L'enfant, au lieu de pouvoir faire l'expérience de l'action libre et spontanée qui trouve un écho dans la réalité extérieure est contraint à la réaction. L'environnement le détermine. En grandissant, il s'adapte et peut ressembler à la personne qui occupe alors le premier plan.

On comprend que l'expérience des phénomènes transitionnels, puis de toute expérience créative, soient compromises. En effet, ceux-ci ‘’s'originent’’ d'un complexe d'activités [geste spontané - fragment de la réalité extérieure]. En s'adaptant, le nourrisson ne peut alors pas faire l'expérience des phénomènes transitionnels, puisqu'il s'est constitué en s'adaptant à son environnement. Ne faisant pas, ou trop peu l'expérience illusoire de l'omnipotence, le bébé ne pourra pas connaître l'aire intermédiaire, lieu de la plus grande créativité.

Il convient de garder à l'esprit que « Le faux self a une fonction positive très importante : dissimuler le vrai « self », ce qu'il fait en se soumettant aux exigences de l'environnement ». En le dissimulant il est clair qu’il le protège d’une certaine manière ce vrai-self apparemment trop fragile. Le faux self a donc une fonction d'adaptation et de protection du vrai self. Ce qui compte c'est le rapport entre les deux. Il ne s'agit pas de l'opposition normal / pathologique. C'est plutôt le déséquilibre des rapports entre les deux self qui peut induire et indiquer un état pathologique. Donc, lorsqu'une scission trop importante pour être rattrapée s'est instaurée entre les deux self.

Les cinq degrés d'organisation du faux self

D.W. Winnicott distingue cinq degrés d'organisation du faux self :

  1. 1.À l'extrême, c'est le faux self que l'on prend pour la personne, le vrai self inapparent restant dissimulé. Cependant, il manque au faux self « ...quelque chose d'» (Ibid., p. 121.). Socialement la personne est ressentie comme fausse.
  2. 2.Le faux self protège le vrai self qui reste virtuel. C'est « ...l'exemple le plus clair d'une maladie clinique organisée dans un but: la préservation de l'individu en dépit des conditions anormales de l'environnement. » (Ibid.).
  3. 3.Plus proche de la santé, le faux self prend en charge la recherche des conditions qui permettront au vrai self de « recouvrer son» (Ibid.). Son bien: c.à.d. son identité propre.
  4. 4.Encore plus proche de la santé, le faux self « ...s'établit sur la base d'identifications... »(Ibid.).
  5. 5.Chez une personne en bonne santé, le faux self est constitué de ce qui organise « ...une attitude sociale polie, de bonnes manières et une certaine ré» (Ibid.). C'est cette politesse qui permet la vie en Société.

Rôle du potentiel intellectuel

Dans le cas d'un faux self établi chez une personne avec un potentiel intellectuel important, l'esprit tend à devenir le siège du faux self. On peut ainsi observer des réussites scolaires brillantes qui sont l'œuvre de faux selfs. La souffrance de l'individu, pour être difficile à percevoir, n'en est pas moins réelle. Il est possible même qu'elle s'accroisse à la mesure de la réussite académique et sociale, avec un sentiment de « fausseté » apparente. Il arrive un moment, inévitable, où les tensions (entre le vrai et le faux) devenant trop fortes ces personnes rentrent alors, tôt ou tard, dans un processus d'autodestruction qui s'exprimera, de manière diverse, sur un mode mixte: somatique par des affections psychosomatiques, auto-mutilations, etc. ou purement sur un mode psychiatrique.

Ce point, (la réussite scolaire et/ou sociale) que D.W. Winnicott rappelle à plusieurs reprises est difficile à comprendre puisque, par ailleurs, il affirme qu'une caractéristique du faux self est une capacité plus faible à employer les symboles. Pourrait-il y avoir des personnes avec un intellect brillant, réussissant un parcours académique brillant, tout en ne pouvant que faiblement employer des symboles et en ayant une vie culturelle pauvre ? Ou bien, peut-être s'agit-il de plusieurs modalités d'organisations possibles d'un faux self. Par ailleurs, une grande intelligence permettrait de compenser de beaucoup la faillite de l'environnement et ainsi, même dans un environnement assez peu convenable, d'assurer un développement psychoaffectif relativement satisfaisant. Une piste de réponse se trouve peut-être dans La nature humaine où il écrit :

«  Le clinicien a affaire à l'enfant dont l'intellect est mû par l'angoisse et sursollicité, ce qui, là encore, est le résultat d'un trouble émotionnel (menace de confusion), et dont le Q.I. élevé chute lorsque - résultat de la psychothérapie ou modification contrôlée et réussie de l'environnement - la peur du chaos qui était imminente, recule. »

Rôle de l'environnement

Dans une conférence, il indique de plus que lorsque l'environnement n'est pas suffisamment adapté,

« Le bébé survit au moyen de l'esprit. La mère exploite le pouvoir du bébé de penser à des choses, de les corriger, et de les comprendre. Si le bébé possède un bon dispositif mental, cette pensée devient un substitut pour les soins et l'adaptation de la mère. Le bébé « se materne » lui-même au moyen de la compréhension, c'est-à-dire en comprenant trop. Il s'agit d'un cas typique de « Cogito, ergo dans mea potestate sum » (je pense, donc je suis en possession de mon pouvoir). A l'extrême, l'esprit et la pensée ont permis au bébé, qui maintenant grandit et suit le modèle développemental, de se passer de l'aspect le plus important de soins maternels dont tous les bébés ont besoin, à savoir la fiabilité et l'adaptation [de la mère] aux besoins fondamentaux »

— Introductory Lecture for « New Light on Children's Thinking » conférence au Devon Center for Further Education), cité dans Winnicott, Introduction à son œuvre, M. Davis & D. Wallbridge, op. cit., p. 96

Différents types de faux self

Ainsi, Winnicott envisage qu'une grande intelligence puisse résulter de l'environnement. Il y aurait au moins deux types de faux self, certains ne pouvant que faiblement employer des symboles et d'autres avec une grande intelligence, résultat d'une sursollicitation du cerveau afin de compenser les trop importants défauts de l'environnement. Par suite, il y aurait au moins deux types d'intelligence : saine ou bien pathologique.

Si une organisation de faux self se met en place très tôt dans la vie, il convient de garder à l'esprit que sa relation avec le vrai self est susceptible d'évoluer, notamment en fonction de l'environnement de la personne considérée et des soins adaptés qu'elle reçoit ou non. Ainsi, le travail thérapeutique de Winnicott visait, en premier lieu, à établir un contact avec le vrai self de son patient. Dans un autre cadre, celui d'un établissement sanitaire, le psychiatre P. Charazac, s'appuyant sur les travaux de Winnicott, montre que la vie en établissement (dans son cas pour personnes âgées) peut conduire au renforcement du faux self des personnes accueillies. Ainsi, alors que leur état de santé s'aggrave, ces personnes, du fait même de leur bonne adaptation (une des principales caractéristiques d'un faux self), sont au contraire considérées comme se portant bien 6. Quant à D. Winnicott : « La créativité chez l'individu est détruite par des facteurs de l'environnement intervenant tardivement dans la croissance personnelle. »

Les avis sur la distinction du vrai et du faux self

Les propositions de vrai self et de faux self de Winnicott ne sont pas acceptées sans réserves. Le premier obstacle, pour les français tout au moins, tiendrait à la référence au « self », au « soi », qui est moins courant dans la théorie française. J.-B. Pontalis explique que la difficulté peut être située au niveau culturel lui-même.

Pour Winnicott lui-même, la différence entre « moi » et « soi » (self) n'était pas assurée, cependant il tenait à cette distinction, déclarant que l'utilisation du terme « self » concernait directement le fait de vivre.

Jean-Bertrand Pontalis et Maud Mannonisont très réservés quant à la validité théorique de la distinction du vrai self et du faux self établie par D.W. Winnicott, mais ils reconnaissent la justesse et la nécessité d'un point de vue clinique.

Winnicott distingue le vrai self et le faux self

Le soi (Heinz Kohut)

« Il était l'humeur probable de chaque instant, le véritable soi. »

Le soi dans la psychologie sociale

En psychologie sociale, le Soi est défini comme un ensemble d'informations sur un individu, auquel cet individu peut avoir accès ainsi que les mécanismes intrapersonnels et interpersonnels qui gèrent cette information d'un point de vue cognitif, émotionnel, comportemental et social. La connaissance de soi comme telle comprend deux dimensions soit le concept de soi et l'estime de soi.

Concept de soi

Le concept de soi est l'ensemble des connaissances qu'un individu possède à propos de lui-même. Cet ensemble de connaissance dépend de la manière dont l'individu perçoit l'information. Cette information peut provenir de différentes sources:

  • La conscience réflexive.  À l'âge de 18 mois, un bébé peut se reconnaître dans un miroir : c'est ce qu'on appelle le stade du miroir. À partir de ce stade, l'individu développe ce qu'on appelle la conscience réflexive c'est-à-dire la capacité de se distinguer dans l'environnement comme objet distinct.
  • Les inférences basées sur le comportement.  Un individu peut développer une conception de lui-même en inférant des caractéristiques individuelles à ses comportements.
  • Les inférences basées sur les émotions.Il est également possible d'inférer des caractéristiques de soi aux émotions et aux pensées propres, et ces inférences ont généralement beaucoup plus d'impacts sur la conception de soi que les comportements puisque ces derniers sont, d'une manière générale, beaucoup plus soumis aux pressions sociales que les émotions.
  • Le soi relationnel ou l'impact de la réaction des autres.  Les autres peuvent évidemment influencer la conception que l'on a de soi par leurs réactions et leurs critiques, ce qui peut appeler un comportement qui cherche à correspondre à l'image demandé. (Ce qui correspond au principe du faux self de Winnicott).

Il existe d'autres méthodes d'acquisition d'information sur soi comme la comparaison avec les autres.

Page recopiée de Wikipédia : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Soi_(psychologie)