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The conjuring

conjuringRien de tel, pour assurer la promo d'un film que de conduire le fiston au cinoche  avec sa très chère et de recueillir les impressions.

Dans le cas présent, cela semblait convaincant et même si j'étais loin de disposer d'un résumé complet de l'intrigue, il ne m'était pas nécessaire d'avoir suivi de longues études spécialisées pour comprendre que cela avait fait son effet.  Les bras de fauteuils avaient été soumis à rude épreuve, les zones d'ombre n'étaient pas les bienvenues et la superbe gaillardise du mec réconfortant et rassurant sa dulcinée (mais pas très rassuré lui-même) étaient très explicites.
Peu de temps après, plusieurs correspondants m'ont fait part de leurs commentaires sur le dernier chef d'oeuvre de Wan et achevaient de m'inviter à aller voir à mon tour ce truc qui, paraissait-il, prenait vraiment les tripes.  Il était dit qu'à côté d'une telle affaire, Arc-Wattripont était une joyeuse plaisanterie !  Ah bon ?  A ce point là ?

Je ne suis pas allé faire la file pour pénétrer la salle obscure.  Je me suis contenté de regarder cela en streaming, à la maison.  C'est que, au cinéma, il n'est pas possible de faire "pause", ni de revenir sur une scène.  L'image par image est aussi interdit et, surtout face à de tels films, par "déformation professionnelle" je réalise aussi ma petite enquête "comme si j'y étais", sauf qu'il ne m'est évidemment pas possible d'interroger les protagonistes, de vérifier ce qu'ils disent, de procéder à ma manière, comme sur le terrain.  Bref : un monde de différence.

conjuring2Mon appréciation du film ?  Plutôt bonne, voire très bonne (et pourtant, je suis très exigeant).  Non seulement parce que le film fonctionne, on marche dans l'histoire, on s'y laisse prendre et on sursaute comme prévu, mais aussi parce que l'on ne décèle pas trop d'invraisemblances ou d'erreurs coupables sur le plan parapsychologique.
Pourtant, les choses commencent assez mal, avec une poupée grimaçante qui me fait un peu penser à "Poltergeist" - un navet à mes yeux - et avec un couple douteux (parce que je connais l'affaire d'Amityville et me permets de mettre leur verdict en doute)  Et là, retournement de situation : l'explication tient assez bien la route de même que la suite au niveau démonologique.  Contrairement au très décevant "Paranormal Activity" à deux sous, ces gens sauraient-ils donc de quoi ils parlent ?

Par la suite, le tableau se dresse de manière plutôt bien ficelée: une vieille maison située à Rhodes Island (et d'un style semblable à celle de Long Island); un chef de famille attentif mais qui devra s'absenter; une famille nombreuse composée essentiellement de filles, comprenant sept personnes (tiens, tiens !); la découverte d'une cave "secrète", étrangement condamnée par les anciens habitants sur lesquels on ne sait initialement rien (la transaction s'est faite par la banque); et puis... les premiers phénomènes, relativement mineurs, précurseurs d'un crescendo attendu.

THE CONJURING - Bande-annonce VF par CoteCine

 

L'arrivée d'Ed et Lorraine Warren, l'un démonologue et l'autre médium, que l'on a vite compris faire autorité, laisse un court répit au spectateur qui s'imagine désormais sauvé : les choses sont prises en mains par des connaisseurs, armés de tout un matériel imposant.  Pour achever de rassurer, la maison est à présent investie par toute une petite équipe, dont un flic armé.  Rien ne peut plus leur arriver. 

Erreur !  Nous savons bien que les fanfarons risquent d'en être pour leurs frais et que même lorsque les forces de l'ordre sont là, tout peut arriver, la preuve par Arc-Wattripont !

Par la suite, on a beau être averti que l'histoire s'inspire de faits réels, on a du mal à imaginer que l'ensemble des phénomènes que l'on nous propose à l'écran aient réellement pu se produire, devant témoins et avec preuves cinématographiques et photographiques à l'appui.  Car, tout de même, qu'un habitant soit "véhiculé" par une force mystérieuse, ce n'est pas inouï, mais d'une telle manière voilà qui est autre chose !  En effet, la jeune fille est ici violemment projetée dans la pièce, traînée et tirée avec force et plusieurs adultes doivent conjuguer leurs efforts pour la "rattraper" !  Dans le final, la mère de famille que l'on comprendra forcément être possédée (par l'esprit d'une sorcière, cette fois, ce qui est assez nouveau), entrera elle aussi dans une très forte lévitation, assise sur sa chaise et, nouvelle innovation, se retrouvera au plafond après un retournement qui nous laisse sans dessus-dessous. A Arc-Wattripont, deux habitants sont supposés avoir été vidés de leur chaise ou même transportés sur une courte distance, une table semble avoir subi une lévitation spectaculaire, mais ces points n'ont pas été corroborés par les officiels, qui pourtant en ont vu tant d'autres !

conjuring3Nous sommes maintenant loin de l'épisode certes angoissant de la petite somnambule qui se frappe le front contre les portes d'une vieille armoire dans laquelle - on le sait maintenant -  se trouve (parfois) une entité que l'on aperçoit ou que l'on entre aperçoit.  Nous sommes plus proches du monstre qui se tenait tapis au-dessus de celle-ci, prêt à surgir en prenant les spectateurs à la gorge et en les faisant sursauter en dépit de l'aspect un peu kitsch.

Quant au final, il est pour le moins discutable.  Certes, les amateurs du genre en auront leur compte : on se trouve face à une situation très tendue, une course contre la montre, dans laquelle le démonologue est obligé d'improviser un exorcisme auquel il n'est théoriquement pas autorisé.  L'épouse du propriétaire, désormais nantie de pouvoirs extraordinaires, risque de tuer l'un des leurs - au même titre que quiconque s'y opposerait - la lutte est acharnée et apparemment disproportionnée et la catastrophe semble imminente, quel que soit l'épilogue.  La happy end paraît très difficile à envisager, si l'on parvient seulement à sauver les meubles ce sera déjà inespéré.  Mais il y a aussi une sensation de déjà vu à laquelle l'Exorciste de Friedkin nous a préparés, une sorte de surenchère déplacée qui discrédite assez le reste de la prestation.

Critique cinématographique

Nous l'avons dit, sur le plan du divertissement The conjuring est d'excellente facture et sauve le genre des griffes d'un très mauvais Paranormal Activity (A ce sujet, nous sommes heureux de constater qu'avec un peu de recul la critique rejoigne notre opinion là où certains parapsychologues en (mauvaise) herbe ne nous suivaient pas et se lançaient dans de ridicules extrapolations.  Quant à nous, nous persistons et signons : Paranormal Activity était bien en-dessous de tout !) Le spectateur n'en sort pas indemne et à moins d'être gavé de tranquillisants il est difficile de ne pas sursauter à l'une ou l'autre reprise tant l'ambiance est propice (quelques situations un peu cliché malgré tout, mais inévitables dans le sujet).  Certains procédés sont éculés mais fonctionnent toujours aussi bien : le grand bruit qui surprend, le courant d'air subit, le sceptique mystifié à qui il faut venir en aide (nous apprécions !)  Le scénario, à défaut d'être vraiment original, est solide.  La mise en scène est irréprochable au même titre que le jeu des personnages.  Le dénouement peut faire sourire les spécialistes mais le commun des mortels passe un bon moment de cinéma.  Malgré les petits bémols pointus, on peut - sans risque - conseiller ce film autour de soi et son succès est mérité.

critique parapsychologique

Au risque de nous répéter, il y a souvent un monde de différence entre ce que l'on nous présente au cinéma et la réalité. Dans le film, Ed et Lorraine Warren apparaissent comme deux grands spécialistes de la question, sur lesquels on peut compter pour démêler les intrigues les plus complexes et débarrasser les gens des situations les plus cauchemardesques.  Ils rassurent d'ailleurs, quant à leur sérieux, en enfonçant encore un clou sur lequel nous ne cessons de frapper: la plupart des phénomènes trouvent finalement des explications rationnelles.  Malgré cela, il existe encore et toujours des cas réfractaires, certains particulièrement inquiétants.
Malheureusement, nous ne pouvons - en dépit de tout notre respect pour ces personnes - vouer une admiration inconditionnelle à ces deux enquêteurs qui semblent bien être passés à côté de leur sujet dans l'affaire d'Amityville.  Nous leur laisserons bien volontiers le bénéfice du doute, mais sous toutes réserves.

D'après l'étude réalisée sur place, nous nous trouvons dans une configuration très particulière, un endroit "lourdement chargé" où l'on peut supposer que les manifestations du surnaturel sont "naturellement" très favorisées.  Mais qu'est-ce que cela signifie, en fait, lorsque l'on sait que ce genre de situation se retrouve ad nauseam un peu partout dans le monde sans que forcément se déclenchent l'horreur et le mystère ? A contrario, ces mêmes manifestations peuvent apparaître dans des endroits en principe "neutres".  Nous ne pouvons qu'un peu tiquer sur le fait que cela se passe, une fois encore, aux States - pays où Hollywood a une furieuse tendance à se trouver les cas les plus terribles.  Comme le signale en effet l'auteur des Phénomènes Inexpliqués en Belgique, de petits pays tels que le nôtre, présentent bien plus d'antécédants, de possibilités logiques de déclenchements des hostilités maléfiques.  Est-ce que donc les belges en feraient moins état, parce qu'ils garderaient une bonne part pour eux par peur du ridicule ou parce que certaines autorités occulteraient soigneusement la question?  Mais nous nous écartons du sujet... Posons-nous plutôt la question de savoir si le fait d'avoir condamné la cave pouvait être suffisant pour endiguer les phénomènes là où l'on sait - ou croit savoir - qu'aucun mur n'est étanche aux forces démoniaques ?

Puisque l'histoire semble inspirée de faits réels, une autre question vient à l'esprit: le Vatican a-t-il réellement donné son accord, in fine, pour un exorcisme, sur base de preuves photographiques (notamment) très déroutantes et du témoignage d'un policier ?  Que devient, une fois de plus, l'étude scientifique dans toute cette histoire ?  On peut hélas supposer que l'urgence de la question ait court-circuité toute intervention sur ce qui se présentait comme un si beau cas et l'on pourrait s'écrier: "dommage !"  Rétrospectivement donc, on peut en conclure qu'il est bien rare que les scientifiques puissent arriver sur les lieux en temps opportun.  En même temps, cela laisse ouvertes toutes les portes...

Quant à l'exorcisme ?  Si, à la fin, les choses semblent évidentes (et l'on nous assure que les choses étaient encore beaucoup plus terrifiantes dans la réalité qu'au cinéma !) en fait, elles le sont moins.  D'abord parce qu'aucun prêtre n'a réalisé lui-même le rituel, ensuite parce que l'autorisation du Vatican ne serait arrivée qu'ultérieurement (si elle est vraiment arrivée), et enfin parce qu'un démonologue n'est - en principe - pas autorisé à réaliser un tel rituel.  Cependant, ce point est lui-même contestable, en revanche risques et implications sont telles que cela toucherait à l'invraisemblable.  Mais d'un autre côté, y avait-il une autre solution ?

Ici encore, nous ne pourrions mieux nous forger une opinion qu'en consultant la littérature ad hoc de l'époque, originale, c'est-à-dire en anglais ce qui, hélas, ne vaudra jamais une enquête sur place.

Comparatif avec Arc-Wattripont

Seules les personnes qui auront lu la totalité de nos pages sur le sujet pourront avoir une idée de la comparaison que l'on pourrait faire entre ces deux histoires.  En principe, à ce que l'on voit à l'écran, il n'y a pas photo et l'affaire des Perron surclasse celle de la localité de l'entité de Frasnes-lez-Anvaing.  Mais il faut comparer des choses comparables.

Ainsi, dans le cas de Conjuring, on est (en principe) en présence d'une possession réelle, ce qui n'était pas le cas à Arc-Wattripont.  Le passé de la maison était sans commune mesure non plus.  Le cinéma présente les choses de manière bien plus grandiloquente et spectaculaire, avec tout le recours aux effets spéciaux d'une grande production.  Par contre, pour la petite Belgique on a surtout eu droit à une belle occultation, un écran de fumée, de la négation (abusive, parfois).  Mais nous osons prétendre que s'il faut accorder foi aux paroles des habitants (qui ne contredisent en rien les propos des gendarmes et policiers) les phénomènes étaient bien plus riches par leur quantité et parfois par leur incidence.  Mais quoi qu'il en soit, nous n'en ferons pas une compétition.  Pour nous, les choses auront été bien suffisamment étranges et on ne soutiendra pas la comparaison entre ce que le cinéma aura produit et ce qui aura été interdit sur simple vidéo amateur...

 

 

En savoir plus: http://www.celineonline.fr/conjuring-dossiers-warren-vraie-histoire/

http://www.konbini.com/fr/culture/ed-et-lorraine-warren-enqueteurs-du-paranormal/

http://www.usatoday.com/story/life/movies/2013/07/22/conjuring-true-story-perron/2457209/