Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

 

Kenneth Arnold, le pionnier ?


Comme nous allons le voir dans ce qui suit, il serait nettement abusif de considérer Kenneth Arnold comme le père de l'ufologie, bien que son intervention remonte à l'année 1947. En effet, et nous y viendrons ultérieurement, les témoignages d'apparitions d'OVNI sont largement antérieurs à cette date. On en trouve au moyen âge et même dans l'antiquité, c'est dire si le phénomène n'est pas vraiment récent. Pourtant, Kenneth Arnold mérite toute notre attention pour plusieurs points très particuliers.

KENNETH ARNOLD ET LES "SOUCOUPES VOLANTES"

Kenneth Arnold est surtout connu pour son observation d'engins volants non identifiés qu'il nomma "Flying saucers" (soucoupes volantes en français).

Le 24 juin1947, Arnold, un pilote privé de Boise, dans l'Idaho et faisant partie du «Search and Rescue Mercy Flyer», rapporta avoir vu neuf objets volants inhabituels près du Mont Rainier dans l'État de Washington alors qu'il effectuait un vol de reconnaissance à bord de son appareil - un CallAir A-2 - à la recherche d'un avion militaire manquant. Il décrivit les objets comme «brillants», et leur vol comme «irrégulier» avec une «extraordinaire vitesse». Son histoire fut largement diffusée par l'Associated Press.

Une heure après avoir effectué son observation, Arnold atterrit à Yakima, dans l'état de Washington (à l'extrême Nord-ouest des USA, à ne pas confondre avec Washington D.C qui se trouve à l'opposé) où il décrit ce qu'il a vu à des amis pilotes. Puis il se rend à Pendleton, dans l'Oregon, où il répéta son histoire à un groupe de pilotes apparemment avertis par Yakima. Arnold tente de contacter le bureau local du FBI, sans résultat, passe la nuit dans cette petite ville du nord-est de l'Oregon et le lendemain, après avoir discuté avec un inconnu qui lui dit avoir lui aussi observé des phénomènes étranges quelques temps plus tôt, il décide de se rendre à la rédaction du quotidien local, l'East Oregonian. Il y rencontre Nolan Skiff et Bill Bequette, deux journalistes à qui il décrit à nouveau son observation. Il dit notamment aux reporters que les objets volaient de façon irrégulière, "comme une soucoupe qui ricocherait sur l'eau". Bill Bequette rédige un petit article qui paraît dans l'édition du jour de l'East Oregonian et adresse une dépêche Associated Press à Portland. Il apprendra plus tard que la dépêche a été diffusée sur le réseau national de l'AP, ce qui provoque l'intérêt général et donnera lieu à l'invention de l'expression «soucoupe volante» et "disques volants", bien que cette description se référât au déplacement des objets plutôt qu'à leur forme. Dans la semaine qui suivit, des centaines d'observations similaires inondèrent le monde entier, la plupart d'entre elles décrivant des objets avec une forme de soucoupe. Arnold ressentit toujours avoir été cité inexactement, et maintint que les objets avaient la forme d'un demi cercle à l'avant et étaient triangulaires à l'arrière. L'un d'eux ressemblait à un «boomerang» ou un «croissant», (photo ci-contre).

Ajoutant de l'intrigue à l'histoire d'Arnold, l'US Air Force affirma toujours n'avoir eu aucun avion dans la zone du Mont Rainier au moment de l'observation. Arnold n'a pas affirmé que les objets étaient des astronefs extraterrestres, bien qu'il ait dit: «étant de nature non américaine, si ce n'est pas fabriqué par notre science ou une autre force aérienne, j'incline à croire que cela est d'origine extraterrestre.» Après, il ajouta «je ne pense pas que c'est quelque chose qui peut provoquer une hystérie populaire.» Les spéculations extraterrestres peuvent avoir été motivées par un désir d'apaiser les peurs du public de l'apparente réelle possibilité d'une invasion étrangère. L'observation d'Arnold se déroula moins de deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans la première phase de la guerre froide. SI on comprend ici entre les lignes, à l'époque les gens redoutaient davantage une attaque humaine ennemie qu'une invasion extraterrestre. Selon nous, cela suppose une méconnaissance totale du problème (et pour cause, puisqu'on commence seulement à s'y intéresser!) étant donné que nos connaissances actuelles veulent que si des êtres extraterrestres devaient visiter notre planète, ils seraient vraisemblablement beaucoup plus évolués que nous et donc potentiellement bien plus dangereux que toute force humaine. Pour autant bien entendu que l'on puisse comparer les deux sur un terrain d'entente, ce qui n'est pas si évident.

Arnold affirma également avoir vu les mêmes objets trois autres fois, et au moins huit autres pilotes volant dans le nord-ouest des États-Unis firent des observations similaires. Cependant, l'histoire originale ne fut jamais corroborée, en fait, un pilote de DC-4 quelques 15 kilomètres plus loin ne constata rien d'inhabituel. Néanmoins, Arnold était un pilote expérimenté qui n'avait apparemment rien à gagner en fabriquant cette histoire. En effet, il ne semblait pas apprécier la publicité qui s'ensuivit, remarquant qu' «aucun d'entre nous n'apprécie les moqueries.» En outre, sa description resta justement cohérente, alors que d'autres pas, comme les autres premières histoires de rencontre d'OVNI, comme l'incident de Roswell.

En 1952, Kenneth Arnold publia le livre «The Coming of the Saucers», en compagnie de Raymond Palmer, un rédacteur-en-chef de magazine de science-fiction populaire, qui lui avait écrit dès le lendemain de la publication de son observation par la presse, et qui se tournera plus tard vers la publication de magazines consacrés au paranormal et aux ovnis. Dans cet ouvrage, Arnold décrit son observation du 24 juin 1947 ainsi que les événements qui ont suivi, notamment l'enquête qu'il a effectué quelques temps plus tard à Tacoma sur une autre observation qui se révéla par la suite être un canular (malgré la controverse entretenue par certains auteurs qui ont, à diverses reprises depuis 1947, tenté de relancer cette histoire).

Nous ignorons sur quoi l'on se base pour infirmer l'observation en question et pourquoi on affirme qu'il s'agit bien d'un canular.

EXPLICATIONS SCEPTIQUES

Depuis 1947, de très nombreuses explications ont été proposées pour rendre compte de l'observation de Kenneth Arnold. On a évoqué un mirage, des bolides, des avions expérimentaux, etc. Un journaliste écrivant dans le magazine L'Illustration en 1952 a même soupçonné que Kenneth Arnold lui-même était une invention de la presse américaine. Pour certains sceptiques, elle s'explique par une méprise complexe avec un troupeau de pélicans blancs américains (retenir cette information!).  Ils volent dans le type de formation observée par Arnold et ils ont un plumage blanc qui reflète la lumière. De plus, ils ont une queue très petite, ce qui correspond aussi à l'aspect de boomerang que le témoin a donné à l'un des engins (mais pas aux huit autres, à la forme générale plutôt circulaire). Enfin, leur observation n'est pas courante, ce qui rend très probable qu'Arnold n'en ait pas vu auparavant. En fait, la seule chose que le témoin ait mal évalué, c'est leur taille et par là leur vitesse. Mais on sait que l'être humain n'est pas capable d'évaluer la taille réelle d'un objet dont il n'a pas de référence cognitive (il ne sait pas ce qu'il est en train d'observer, comme un ovni), particulièrement sur un fond uni comme le ciel (où il n'y a pas d'autres objets pour faire la comparaison). En ce qui concerne les pélicans d'Arnold, il est probable qu'ils soient passés un moment devant la montagne, mais comme elle était couverte de neige, ils disparaissaient aux yeux de l'observateur ce qui lui a donné l'impression subjective que les objets étaient loin derrière... C'est à cause de cette explication du cas fondateur du phénomène ovni que les sceptiques sont parfois surnommés, particulièrement dans le monde anglo-saxon, des pélicanistes.

Un autre point important dans le cadre du modèle psychosociologique du phénomène ovni est que l'expression soucoupe volante résulte d'une méprise par les journalistes et non de l'observation d'Arnold. Il a décrit aux journalistes le mouvement des objets comme similaire à ceux de soucoupes qu'on lancerait sur l'eau (un déplacement par ricochets). En rédigeant hâtivement son article, le journaliste Bill Bequette a attribué le terme "soucoupe" à la forme au lieu du mouvement, ce qui donna le terme de "soucoupes volantes". Or, dans les semaines qui suivirent, des dizaines de témoins se manifestèrent, pour dire qu'ils avaient vu des soucoupes volantes. Ils décrivirent non pas la forme réellement observée par Arnold (circulaires à l'avant et triangulaires à l'arrière), mais celle véhiculée par la presse. C'est un exemple parfait de l'importance de la suggestion des médias, et de l'influence qu'ils ont lorsqu'ils façonnent les témoignages fortéens en général, ou d'ovni en particulier...

Mais, il faut aussi noter que d'autres témoins ont décrit au cours de cet été 1947 des "soucoupes volantes" sans leur attribuer la forme de soucoupes. Certains récits diffusés par la presse ont donc pu résulter du même genre de rédaction hâtive que l'article initial de Bill Bequette. Seule une enquête précise permettant de faire la part entre la description des témoins et la retranscription donnée par les journaux permettrait de trancher ce point.

Source Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth_Arnold 

L'AVIS DU CERPI :

Qu'on le veuille ou non, Kenneth Arnold restera dans les annales de l'ufologie comme étant le fondateur du terme désormais célèbre de "soucoupes volantes".  L'observation  qu'il a relatée est intéressante dans la mesure où elle s'accompagne d'éléments initiateurs (pélicanistes, intérêt particulier pour l'ufologie) mais aussi par sa proximité temporelle avec l'affaire Roswell (juillet de la même année).  On peut évidemment se perdre en propos contradictoires au sujet de ces deux affaires, dont la deuxième est sans conteste l'une des plus retentissantes en la matière, rejeter le tout en bloc ou tout accepter.  Il paraît toutefois difficile d'admettre que les observations de Kenneth Arnold, celles de collègues, très similaires, et celles de Roswell, ajoutées à d'autres observations moins connues mais datant de la même époque, fassent l'objet d'une hallucination collective.  L'intervention de "Men's in black" à ces occasions (occultée dans certains cas) et le développement même de l'affaire Roswell (sur laquelle nous reviendrons bien sûr) font plutôt penser à un ensemble d'observations réelles dont l'incidence a soigneusement été atténuée par les objections sceptiques et les autorités.