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L'incorruptibilité physique

Ste-Valentine1Surprenantes reliques que ces dépouilles entières, intactes, miraculeusement préservées des méfaits du temps. Pourquoi certains cadavres ne se décomposent pas? Comment ne pas s'interroger sur la réalité d'un phénomène aussi troublant que l'incorruptibilité physique? Quelle est la part du mythe? Superstitions, ferveur religieuse, miracle ou mensonge? Tâchons d'y voir plus clair.

Évolution:

Des cadavres retrouvés indemnes dans leur cercueil? Le phénomène n'a rien de récent. Il fut même à l'origine de monstrueuses croyances. Dès l'antiquité, les Grecs pensaient que les morts, "préservés de toute corruption cadavérique” pouvaient sortir de leur tombe. Dans les pays slaves, le mythe allait plus loin encore. Si les morts sortaient de leur tombeaux, c'était pour sucer le sang des vivants. Légendes archaïques qui firent sourire la «vieille Europe» jusqu'au XIIème siècle. À cette époque, les îles britanniques furent victimes d'une série de morts suspectes. La faute aux "cadaver sanguisugis"? Des fouilles furent entreprises dans les cimetières et des dépouilles intactes (mais maculées de sang!) furent mises à jour. Panique générale. La psychose prit de l'ampleur au fil des siècles. Des procès eurent lieux. La médecine et le clergé dissertèrent. Des traités furent écrits...

Si nous nous permettons ce bref aparté aux frontières de l'horreur, c'est pour mettre en évidence les similitudes entre les «incorruptibles» et les morts-vivants. Le «vampire» n'est pas un fantôme. C'est un revenant au sens propre du terme. Mort depuis plusieurs années, il a conservé son apparence physique. Son corps est gorgé de sang, il a gardé toute sa souplesse.
Au XVIIIème siècle, la Pape Benoît XIV revient sur la position de l'Église face aux morts-vivants. Contrairement à ses prédécesseurs qui avaient conclu à une réalité du vampirisme, il interdit les exorcismes, considérant ces croyances populaires comme de simples superstitions. Certes, les progrès de la science lui donnent raison, mais est-ce le seul motif?
À cette époque, l'Église se trouve confrontée à un dilemme. Plusieurs Saints, exhumés lors de procès en béatification, sont trouvés intacts dans leur cercueil. Phénomène satanique ou divin? La prudence s'impose.
Il faut attendre le XIXe siècle pour que les autorités religieuses ordonnent une étude sérieuse sur les cas d'incorruptibilité physique. L'enquête est confiée au jésuite Herbert Thurston. Le célèbre ecclésiastique détermine alors les caractéristiques propres à l'incorruptibilité. Évidemment, le corps ne doit pas avoir souffert de putréfaction. Il doit avoir conservé sa souplesse et sa tiédeur. Parfois la dépouille émane un parfum. Plus rare, elle saigne ou est animée de mouvements post-mortem (à priori, de «simples» contractions musculaires mécaniques). Les travaux du prêtre anglais furent complétés en 1977 par une Américaine, Joan Cruz. Son ouvrage, «The Incorruptibles», dénombre cent deux cas authentifiés par la Congrégation des rites de l'Église catholique romaine. Ce nombre n'est pas exhaustif.

Des exemples:

St-Jean-Marie-Vianney1- Catherine de Sienne, Sainte d'origine italienne qui affirmait souffrir la passion du Christ. De santé fragile, elle rendit l'âme en 1380. Des plaies, semblables à des stigmates, apparurent alors sur sa dépouille.
 
- Sainte Catherine de Bologne, religieuse italienne morte en 1463. Son corps fut déterré et exposé au public dix-huit jours seulement après son décès. Siégeant sur un trône au monastère du «Corpus Domini» à Bologne, elle est l'une des rares incorruptibles à être présentée assise.

- Sainte Rita, patronne des causes désespérées, décédée (à priori) en 1457 et dont le corps est préservé dans une châsse en verre à Cascia, en Italie. En 1628, ses yeux se seraient ouverts (enfin, quelques secondes seulement). En 1682, elle se serait soulevée «jusqu'à toucher le plafond de la châsse» (c'est en tout cas ce qu'affirme un document officiel daté du 16 mai de la même année). Enfin, la dépouille dégagerait un parfum suave dont l'intensité augmenterait à chaque miracle attribué à la sainte.

- Thérèse d'Avila, sainte d'origine espagnole, grande réformatrice de l'ordre du Carmel. En avril 1560, un ange lui serait apparu et lui aurait transpercé le cœur avec un dard en or! Aucune marque physique ne confirma alors le délire extatique de la mystique. Elle décéda une vingtaine d'années plus tard, dans la nuit du 04 au 05 octobre 1582. À l'ouverture de son cercueil en 1583, son corps fut retrouvé intact, souple, encore flexible. Lors de l'examen médical, le chirurgien décrira une plaie au niveau du cœur.

- Maria Anna Ladroni, sainte espagnole décédée en 1624. Cent sept ans après, lors de son procès en béatification, sa dépouille fit l'objet d'un examen médical scrupuleux… et surprenant: ses organes étaient parfaitement conservés, humides et fermes au toucher. De son corps émanait une «agréable» odeur de fleurs.

- Saint Charbel Makhlouf, ermite libanais décédé en 1898. Quelques semaines après sa mort, des lumières apparurent près de sa tombe. Les autorités ecclésiastiques ordonnèrent l'exhumation du corps: Il était intact mais transpirait d'un liquide ayant l'apparence du sang. Sa sépulture devint alors un haut lieu de pèlerinage. En 1950, son tombeau fut rouvert en présence d'un comité médical. Son corps parfaitement conservé, suintait encore...

La France n'est pas exempte du phénomène. Le cas le plus célèbre est celui de Sainte Bernadette Soubirous. Décédée en avril 1879, son cercueil fut ouvert une première fois en 1909, dans le cadre de son procès en béatification. Son corps était intact. L'expérience fut renouvelée en 1919 puis en 1925. L'incorruptibilité fut alors confirmée par l'Église. Le corps fut placé dans une châsse en verre et exposé à la chapelle Saint Gildard à Nevers.

- Sainte Catherine Labouré, décédée le 31 décembre 1876, fut exhumée 57 ans plus tard à la demande du Cardinal Verdier. Le corps était intact et les membres encore souples. Sa dépouille repose aujourd'hui dans la chapelle Notre-Dame de la médaille miraculeuse à Paris.

- Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, décédé en 1859. Son corps, retrouvé intact, est exposé dans une châsse de verre à la basilique d'Ars-sur-Formans.

Ce phénomène touche toutes les religions comme en témoigne le cas du chambo lama Dashi-Dorzho Itigilov, moine bouddhiste bouriate mort en 1927. Conformément à sa volonté, il fut enterré en position du lotus puis exhumé quelques années plus tard (une première fois en en 1955 et une seconde en 1973) par des membres de sa congrégation. Les moines constatèrent alors l'incorruptibilité physique mais gardèrent le secret face aux autorités communistes Russes. Il fallut attendre l'année 2002 pour que la dépouille soit analysée par des scientifiques. Le rapport officiel fut surprenant: Le corps était «dans l'état de quelqu'un qui est mort il y a 36 heures», il n'aurait jamais été embaumé ou momifié.
 Les saints échapperaient-ils à la putréfaction? Loin d'être une généralité, ce «miracle» n'est officiellement pas suffisant pour obtenir la béatification (sauf pour l'Église orthodoxe russe)… Il joue cependant un rôle important. Sainte Germaine Cousin, jeune bergère décédée en 1601, n'a rien fait de spectaculaire durant sa vie. Elle ne doit sa béatification qu'à la découverte de son corps, intact, quarante années plus tard.

Mise en garde:

Le culte des reliques mériterait un article à lui tout seul tant il est riche en symboles et en superstitions. Pour faire court, rappelons simplement qu'une relique est un objet ayant appartenu à un saint. Consacré au contact de son vertueux propriétaire, il garde une charge émotionnelle puissante. La relique offre un support visuel à la prière. Il s'agit de la trace matérielle d'une histoire qui ne repose souvent que sur des récits invérifiables. Nous avons beaucoup parlé du christianisme durant cet article, cependant, la vénération des reliques touche toutes les religions (Judaïsme, Islam, Bouddhisme…) et parfois même d'autres formes d'idéologies (conservation du cadavre de Lénine dans l'espoir d'une résurrection grâce aux progrès scientifiques).
Afin de constituer des reliquaires, de nombreux cadavres de présumés saints ont été charcutés puis embaumés (seul moyen de combler le vide laissé par l'ablation des organes). Les momies ont ensuite été encastrées dans des statues de cire à leur effigie. Ces «représentations au vrai» étaient en vogue au Moyen-Âge (exemple: Saint Vincent de Paul).
De même, certains corps ont été endommagés par les procédés en vigueur à l'époque du décès. Ainsi, la dépouille de Sainte Marguerite-Marie Alacoque, a été recouverte de chaux vive, conformément aux règles d'hygiène appliquées en 1690. Aurait-elle fait partie des «miraculés» ? Ses reliques, exposées dans la chapelle de la visitation à Paray-le-Monial, ont subi trop de soins pour pouvoir l'affirmer.
Enfin, par soucis d'esthétisme, les visages des «incorruptibles» sont souvent cachés sous un fin masque de cire afin de le pas effrayer les fidèles. Les années au contact de la terre et de l'humidité ne sont pas totalement sans effet sur l'épiderme…

Des brides d'explications:

Vous l'avez compris, le but de cette recherche est de mettre en lumière un phénomène précis: La non putréfaction d'un cadavre. Pourquoi un corps, enterré dans des circonstances banales, reste intact alors que les autres, à ses côtés, se décomposent?
Évidement, nous connaissons l'existence de procédés permettent de ralentir la décomposition des tissus:
- L'embaument préalable du corps (intervention humaine).
- La lyophilisation (réaction chimique). Le corps est congelé, puis réchauffé à basse pression. L'eau s'évapore presque totalement. Le corps conserve son volume. Ôtzi, le chasseur préhistorique, retrouvé dans les Alpes autrichiennes en 1991, est un parfait exemple de lyophilisation.
- La saponification (réaction chimique): L'hydrolyse des graisses transforme les tissus en une masse savonneuse nommée «adipocire» (ou gras du cadavre). Concrètement, la peau se durcit, se brunit et devient huileuse tandis que les organes internes se déshydratent. La saponification, nécessite la présence de beaucoup d'eau.
Cette observation n'est pas anodine. Elle rappelle que les lieux aussi ont leur importance. Les tourbières, par exemple, sont gorgées d'eau stagnante, ce qui prive les bactéries de l'oxygène nécessaire à leur développement et ralenti de façon significative le processus de décomposition. De même, des endroits confinés tels que les nécropoles, les cryptes, les catacombes (notamment celle de Palerme en Sicile), privés d'oxygène et de lumière, conservent les corps plus longtemps.
D'autres facteurs interviennent également dans le processus de décomposition: L'herméticité du cercueil, la morphologie du cadavre...

Conclusion:

L'incorruptibilité physique fut observée à toutes les époques et dans toutes les civilisations. Le dégoût face à la mort, le peu d'autopsies réalisées, l'indifférence du milieu scientifique ont engendré une méconnaissance du problème. Seule l'Église a tenté un recensement des «saints» concernés. Mais cette étude n'est pas complète. Le phénomène fut maintes fois observé sur des gens «banals», sans faire l'objet de la moindre enquête sérieuse.

Nous remercions cordialement Sylviane, correspondante du CERPI, pour cet article.