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L'affaire Loraine Allison

Dans son film Titanic de James Cameron, le réalisateur s'inspire de l'histoire d'un diamant, le Cœur de l'Océan. Ce fameux bijou qui sert à la trame de fond à l'histoire. En incluant ce diamant dans son scénario, Cameron n'était pas loin de la vérité; car même si il a été avéré que le fameux Cœur de l'Océan n'est pas monté à bord comme on l'a longtemps cru à l'époque du drame, il s'en est fallu de peu.
Voici son histoire :

Légende ou réalité, bien des propriétaires successifs du Diamant bleu de la Couronne semblent avoir fini tragiquement.

Le 19 avril 1912, voici ce que l’on pouvait lire dans le journal « L’Humanité »: «Plusieurs journaux anglais annoncent que le fameux diamant bleu, qui porta malchance à tous ceux qui l’ont possédé, et dont la valeur dépasse un million et demi de francs, se trouvait à bord du Titanic.»
C’est ainsi que se répand la légende, mais une légende enracinée dans une certaine réalité. Ce diamant bleu existe toujours, c’est le fameux Hope, aujourd’hui exposé au Smithsonian Institution de Washington. Et il est vrai que la plupart de ses propriétaires successifs ont connu une fin tragique. D’un bleu gris sombre, il aurait été dérobé en Inde sur une statue de la déesse Shiva et pesait à l’origine plus de 112 carats! Jean-Baptiste Tavernier, grand voyageur de son époque, le rapporta en France pour le vendre à Louis XIV qui le fit retailler. Plus tard, Louis XV le fit monter sur le collier de la Toison d’or.
C’est avec Louis XVI, et sa fin sur l’échafaud, que semble se manifester pour la première fois la malédiction. Le diamant, placé au garde-meuble, est volé en 1792. Après une longue éclipse, pendant laquelle il a peut-être fait des victimes inconnues, il réapparaît à Londres au début du XIX e siècle dans les mains de Hendriks Fals, qui vient de le voler à son père, un joaillier d’Amsterdam. Celui-ci meurt de chagrin et le fils, pris de remords, se suicide.
Puis, le joyau va rejoindre, 1901, la collection de Henri Philip Hope, qui lui donne son nom. Apparemment, ce milliardaire est épargné, mais le propriétaire suivant, un Français, Jacques Colot, se suicide peu après l’avoir acheté.
Voici le joyau au cou de Mademoiselle Ladres, une danseuse des Folies Bergères. C’est un prince russe que le lui a offert, mais pas pour longtemps. Elle est assassinée par un jaloux et le diamant bleu, encore une fois, s’envole vers d’autres lieux. Un joaillier grec vient le proposer à Abdul-Amid, cruel sultan ottoman peu fréquentable, ce qui fait deux nouvelles victimes: le joaillier meurt dans un accident de la route et le sultan est chassé par son peuple en 1909. Si l’on en croit «L’Humanité» du 19 avril 1912, le collectionneur, Salomon Habib, qui a quand même le temps de vendre le diamant au marchand Rosenau, meurt noyé… Quelle hécatombe ! Dans toutes ses pérégrinations, le Hope, que l’on appelle aussi le Diamant bleu de la Couronne, a perdu du poids. Il ne pèse plus que 45 carats et demi, mais sa taille est parfaite et met en valeur un éclat incomparable.
Pierre Cartier, l’un des trois frères qui constituent la plus prestigieuse maison au monde, l’achète en 1909, non sans songer à la riche cliente américaine qui devrait se laisser tenter. Il s’agit de Mrs Evalyn Walsh MacLean, fille d’un chercheur d’or qui a réussi, et femme d’un richissime héritier. Le bijoutier lui a déjà vendu l’Etoile de l’Est, une autre pierre mythique. En 1912, après plusieurs voyages des MacLean à Paris, il parvient à leur faire acquérir le Hope. Mais pour faire oublier la malédiction, Pierre Cartier doit s’engager à reprendre le diamant en cas de fatalité. Pour plus de sûreté, Mrs Walsh MacLean fait bénir son acquisition par Monseigneur Russel. Dernière manifestation de la déesse Shiva, un orage éclate pendant que l’évêque se prépare.
«En tout cas, Mrs Walsh MacLean n’a pas embarqué sur le Titanic» assure-t-on aujourd’hui chez Cartier. Sans doute que, pendant cette période, des bals et des réceptions l’avaient retenue à New York. D’ailleurs, pour la même raison, bien des gens fortunés avaient renoncé à se rendre en Europe pour embarquer sur le paquebot.
Ainsi, Mrs MacLean a-t-elle échappé au sort de ses prédécesseurs, ce qui se confirme quand on consulte la liste des passagers du Titanic. La presse anglaise s’est trompée, mais on ne peut douter que le Cœur de la Mer soit pour une large part le Diamant bleu de la Couronne: «Il est aujourd’hui difficile de fixer sa valeur, elle est inestimable, dit un responsable de chez Cartier. C’est l’une des cinq pierres les plus précieuses au monde.»
La voici aujourd’hui dans un musée. Pour un joyau aussi turbulent, c’est comme une maison de retraite.

L'Affaire Loraine Allison

Cette histoire n'est pas sans rappeler celle de la célèbre Anastasia. Fille impériale du Tsar de Russie Nicolas II tuée avec sa famille en 1918 suite à la Révolution Russe. Plus tard, une certaine Anna Anderson se disait être la petite Anastasia et la polémique suivie des médias se déchaînèrent.
Le 21 juillet 1909, des poseurs de rails travaillant sur une ligne de la compagnie de chemins de fer North London Railway, font une macabre découverte : le corps d’un bébé probablement jeté d’un train au cours de la nuit précédente. Après quelques semaines d’enquête, Alice Mary Cleaver, de Tottenham, est arrêtée pour le meurtre de son enfant. Bien qu’elle soutienne avoir donné son fils à une «Mme Gray» d’un orphelinat de Kilburn, on ne retrouvera jamais ni une femme ni un établissement de ce nom. Alice est accusée d’infanticide mais le jury recommande la clémence et elle est acquittée. En avril 1912, elle embarque sur le Titanic en qualité de nurse des enfants de la famille de Hudson Allison, de Montréal. La nuit du drame, elle réussit à se sauver ainsi que le bébé, prénommé Trévor. Mais Loraine Allison, âgée de deux ans, périt avec ses parents.

Au cours de l’automne 1940, une femme nommée Loraine Kramer se présente à une émission de la radio américaine «Nous, le Peuple» affirmant qu’elle est Loraine Allison. Elle déclare qu’au moment du naufrage du Titanic, elle a été confiée à un homme nommé Hyde qui l’a mise en sûreté et l’a ensuite emmenée puis élevée dans le Midwest américain. Cette dame Kramer se met aussitôt en rapport avec les deux branches de la famille Loraine Allison. Ses prétentions sont contestées par Mme Hudson Allison, qui demeure à Montréal. En leur qualité de tuteurs de Trevor Allison qu’Alice Cleaver avait sauvé du naufrage, George et Lilian Allison ont recueilli l’essentiel de la fortune immobilière des parents de l’enfant après le décès de ce dernier survenu en 1929 des suites d’une intoxication. Si Loraine Kramer est réellement Loraine Allison, elle peut prétendre à la succession des «parents», au détriment de Lilian. Loraine Kramer insiste cependant, affirmant qu’elle veut seulement retrouver une famille, comme tout un chacun. A l’appui de sa réclamation, elle fait état de souvenirs assez extraordinairement précis pour une enfant âgée de deux ans et demi et affirme détenir encore plusieurs bijoux de la famille (ceux-ci sont envoyés à la sœur de feue Bess Allison qui constate que ce ne sont que des imitations sans valeur.) Elle prétend également être en possession d’un journal intime que son sauveteur, Mr Hyde, aurait tenu pendant des années.
Rapidement, Mme Kramer confie ses intérêts, à un homme de loi, Arthur Flynn, de Morrisburg dans l’Ontario, et à la suite de ses recherches, l’affaire devient de plus en plus rocambolesque. Le «Mr Hyde» qui aurait sauvé l’enfant ne serait autre que Thomas Andrews, le constructeur du paquebot. Il aurait partagé, ainsi que la fillette, la cabine du médecin du Carpathia avec Bruce Ismay. Ce dernier aurait payé Andrews pour qu’il «disparaisse» afin que personne ne puisse affirmer que le Titanic naviguait à trop vive allure. Plus tard, Loraine et Thomas Andrews auraient reçu les visites de Bruce Ismay, de l’oncle George Allison (qui aurait payé Hyde/Andrews pour qu’il dissimule Loraine et l’empêche d’hériter la fortune de sa famille) et encore d’une «Mme Gray», sœur de Thomas Andrews. Il est symptomatique de relever que cette dame «Gray» porte le même nom que celui de la femme inconnue à laquelle Alice Cleaver a déclaré avoir confié son enfant lors de son procès pour meurtre en 1909.
Lilian Allison, tante de l’enfant, déclare qu’elle a été en contact avec Alice Cleaver et que l’ancienne nurse lui a confirmé qu’elle n’avait pu sauver Loraine du naufrage du Titanic. Pourtant nulle lettre, nulle adresse de cette Alice Cleaver ne seront communiquées. Il semble plus probable – en raison de la relation avec de «Mme Gray» - qu’Alice Cleaver a fourni à Loraine Kramer des informations sur la famille Allison, informations dont cette dernière a «fait» des souvenirs. En tout cas, la soi-disant Loraine Allison persistera dans sa démarche pendant plus de dix ans, jusqu’à la mort de son conseiller, Arthur Flynn, survenue en 1951. Elle affirmera, à cette époque, ses dossiers, y compris le «journal» d’Andrews, ont été détruits dans un incendie. Puis elle partira dans l’Ouest et la famille Allison n’en entendra plus jamais parler.