Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Arc-Wattripont : Supercheries - débat


L'enquête menée notamment par des sceptiques et des spécialistes du paranormal a mis en lumière plusieurs mécanismes qui soutiennent la thèse de la supercherie :

  • Le rôle de l'illusionnisme : Des magiciens et prestidigitateurs ont démontré que la plupart des phénomènes observés (objets qui volent, meubles qui bougent) peuvent être reproduits par des techniques de manipulation et de détournement d'attention. Dans un environnement sombre, encombré et chargé d'émotion, il est aisé de ne pas voir le geste qui lance l'objet.

  • La suggestibilité et l'hallucination collective : Les gendarmes arrivaient sur les lieux dans un état de tension, déjà conditionnés par les récits terrifiants de la famille. Dans ce contexte, le moindre bruit suspect ou mouvement naturel peut être interprété comme surnaturel.

  • L'absence de preuves matérielles : Malgré les nombreux témoignages oculaires, aucune vidéo ou photo n'a jamais capturé le moindre mouvement paranormal. À chaque fois que des experts ou des caméras étaient installés de manière rigoureuse, les phénomènes cessaient brusquement.

  • La piste de la "fraude adolescente" : Comme dans beaucoup de cas de poltergeist (comme celui d'Enfield), l'attention s'est souvent portée sur un jeune membre de la famille. Le besoin d'attention ou de manifester un mal-être peut pousser à élaborer des supercheries de plus en plus complexes. 

L'ouvrage de Michel Vanbockestal, "Le poltergeist d'Arc-Wattripont, vérité, scandale et désinformation, analyse justement comment cette affaire a été alimentée par une certaine forme de "désinformation" et comment le mystère a été définitivement résolu pour beaucoup d'enquêteurs.


Débat :

Certes, l'affaire d'Arc-Wattripont a comporté certaines (petites) supercheries.  Il ne serait pas honnête de prétendre le contraire.  Cependant, celles-ci ne sont pas de nature à pouvoir expliquer les nombreux phénomènes qui sévirent dans "La maison du Diable" en 1993.  Dans une certaine mesure, dans le développement de la théorie PKSR elles ne feraient même que confirmer le processus qui a l entraîné tout le chamboulement.  On pourrait résumer ce point de la manière suivante : un enfant venant d'être émerveillé de la puissance de sa baguette magique se trouve très dépourvu lorsqu'il s'avère que son jouet ne fonctionne plus.  Dès lors, il tente de reproduire frauduleusement ce qu'il avait obtenu précédemment.
Mais voilà pour ce qui concerne le modèle de l'information pragmatique de Walter Von Lucadou.  Laissons-le de côté pour l'instant et voyons les arguments sceptiques et zététiques.
Le rôle de l'illusionnisme.  Bien sûr, la "magie" de music-hall peut tout faire.  Mais si les sceptiques et autres zététiciens savaient (bien et tout) lire, ils sauraient que nous avons interviewé les principaux illusionnistes concernés dans cette affaire.  Il s'agit notamment de Jean-Pierre Hornecker et de Claude Isbèque (alias Klingsor), un magicien célèbre belge également membre du jury du grand prix défi zététique.  Le premier, dans un article de journal, se faisait fort de pouvoir "hanter" artificiellement toute maison comme à Arc-Wattripont.  Lors de nos échanges, il a cependant précisé que cela n'aurait pas été possible dans le cas d'Arc-Wattripont.  En effet, un tour de magie (et dans le cas présent il aurait été multiple et très élaboré) nécessite de la préparation, un travail ardu de professionnels qui aurait coûté cher et pris du temps puisqu'il aurait aussi fallu compter sur les répétitions.  Ce n'était pas envisageable chez les Dubart en se rappelant qu'il aurait aussi fallu faire tout cela à leur insu.  En outre, au music-hall les spectateurs sont tenus à l'écart, un complice vient vérifier les éléments utilisés lors de l'opération ou bien un quidam n'a accès qu'à ce que le prestidigitateur lui laisse vérifier.  Cela n'a rien à voir avec le fait d'évoluer au milieu d"une caserne de gendarmerie" dont les agents viennent tout fouiller et surveiller. Dans les grandes lignes, Klingsor ne dit pas autre chose, sauf qu'il ajoute que les capacités naturelles humaines sont insoupçonnées.

Le rôle de l'illusionnisme : Des magiciens et prestidigitateurs ont démontré que la plupart des phénomènes observés (objets qui volent, meubles qui bougent) peuvent être reproduits par des techniques de manipulation et de détournement d'attention. Dans un environnement sombre, encombré et chargé d'émotion, il est aisé de ne pas voir le geste qui lance l'objet.

OK.  C'est bien connu que le prestidigitateur chevronné va détourner habilement l'attention des spectateurs pour pouvoir procéder.  Cela aurait pu être mis en oeuvre à Arc-Wattripont.  Mais lorsque l'on considère qu'une dizaine de gendarmes se sont évertués avec zèle à découvrir les mécanismes ou artifices qui auraient pu générer les phénomènes, sans succès, au même titre que cinq policiers et ceci lors d'un travail de près de 48 heures, il est inconcevable qu'ils n'aient strictement rien trouvé ni remarqué de probant.  Il ne faut pas non plus prendre les gendarmes pour des imbéciles et s'imaginer qu'ils aient accepté de travailler dans la pénombre, avec une visibilité réduite : ce sont des professionnels et, on l'a vu, ils n'avaient pas intérêt ni à raconter des sornettes ni à bâcler leur travail puisque deux corps de police rivaux étaient confrontés (la gendarmerie et la police existaient encore conjointement à l'époque et il existait bien une "guerre des polices".  Une défaillance des uns n'aurait pas manqué d'être pointée du doigt par les autres, or les témoignages sont unanimes.
Quand on reprend le témoignage d'un gendarme premier intervenant, en l'occurrence celui de Monsieur Bernard Baguet (que nous n'hésitons pas à citer nommément puisqu'il s'agit du seul gendarme qui ait accepté de témoigner face caméra à visage découvert) on voit que celui-ci raconte entre autres que lorsqu'il est arrivé dans la cuisine (après avoir eu le spectacle d'une maison dévastée) et avoir constaté l'implosion du double vitrage, qu'une chaise s'est renversée juste à côté de lui.  Il l'a donc redressée et la chaise s'est aussitôt à nouveau renversée !  Il était donc juste à côté de la chaise et avait tout le loisir de vérifier si elle était truquée d'une manière quelconque ou si un système particulier était mis en oeuvre.  De même, sur la table juste à proximité immédiate, un paquet de café s'est mis à "se balader".  Comment imaginer que les (deux) gendarmes n'auraient rien pu remarquer en fait de tricherie éventuelle ?

La suggestibilité et l'hallucination collective : Les gendarmes arrivaient sur les lieux dans un état de tension, déjà conditionnés par les récits terrifiants de la famille. Dans ce contexte, le moindre bruit suspect ou mouvement naturel peut être interprété comme surnaturel.

Négatif !  Les gendarmes premiers intervenants sont arrivés sur les lieux à l'appel du dispatching qui, vers 22h30, leur signalait "un important tintamarre troublant l'ordre public et des objets se déplaçant apparemment seuls".  Ce n'était donc pas vraiment le genre de choses particulièrement effrayant, tout dépendant naturellement du niveau de sensibilité de tout un chacun, mais rappelons que nous avons ici affaire à des gendarmes et pas des majorettes effarouchées !  Les habitants n'ont guère eu le temps de les abreuver de récits terrifiants (cela allait arriver par la suite seulement) et, en entendant le descriptif du dispatching les gendarmes riaient bien de cette histoire de maison hantée à laquelle ils ne croyaient absolument pas.  Ils se sont dit qu'ils allaient bien voir et sans doute bien rigoler des sornettes qu'on allait leur raconter.  On ne peut donc pas parler de "conditionnement" ou de tension des gendarmes.  Encore une fois, ce sont des gendarmes qui arrivaient sur les lieux, pas des fillettes prépubères !

L'absence de preuves matérielles : Malgré les nombreux témoignages oculaires, aucune vidéo ou photo n'a jamais capturé le moindre mouvement paranormal. À chaque fois que des experts ou des caméras étaient installés de manière rigoureuse, les phénomènes cessaient brusquement.

Cette phrase a quelque chose "d'amusant" !  Elle suggère que des experts auraient pu installer plusieurs fois des caméras et que les phénomènes cessaient immédiatement.  Le cas échéant on aurait donc pu évoquer une certaine furtivité.  Cependant, quel expert aurait donc installé ne serait-ce qu'une seule fois une caméra ?  La réponse, c'est : AUCUN !  Il se dit que Jacques Léon Théodor aurait passé une nuit seul dans la maison avec tout un appareillage.  Or cela s'avérait tout à fait impossible pendant les pics d'intensité des phénomènes (5-6 et 6-7 janvier) tout simplement parce que l'accès était refusé par les officiels qui étaient en mission et aussi parce que l'intéressé n'a pas été disponible lors des premiers jours de "l'enquête" (générale).  Finalement, seuls les gendarmes ont utilisé une caméra et l'enregistrement a été immédiatement transmis au Parquet du Procureur du Roi.  L'unique copie qui a été transmise révèle une falsification grossière dans le but de décrédibiliser l'affaire.  Or quand on cache, c'est qu'il y a à cacher !
Enfin, il ne faut pas oublier que nous étions donc en 1993 et que les capacités techniques de l'époque étaient bien différentes.  S'ils existaient seulement, les APN étaient bien rares et il est très difficile de prendre en photo un phénomène soudain.

La piste de la "fraude adolescente" : Comme dans beaucoup de cas de poltergeist (comme celui d'Enfield), l'attention s'est souvent portée sur un jeune membre de la famille. Le besoin d'attention ou de manifester un mal-être peut pousser à élaborer des supercheries de plus en plus complexes. 

C'est ce que nous avons évoqué plus haut.

L'ouvrage de Michel Vanbockestal, "Le poltergeist d'Arc-Wattripont, vérité, scandale et désinformation, analyse justement comment cette affaire a été alimentée par une certaine forme de "désinformation" et comment le mystère a été définitivement résolu pour beaucoup d'enquêteurs. (cf.I.A)

La désinformation a surtout été alimentée par une émission télévisée belge de sinistre mémoire.  C'est dans celle-ci que l'on entendait le journaliste conclure : "Il ne s'est jamais rien passé à Arc-Wattripont sauf dans les agissements d'un doux dingue", formulation ô combien fallacieuse.  L'épisode des exorcismes a également contribué à désinformer l'instruction vu que d'une part les habitants n'avaient jamais sollicité le diocèse de leur paroisse et que l'Évêque intervenant ne relevait même pas de leur confession.  En fait, en quelque sorte il s'était invité lui-même et s'était donné l'autorisation d'officier.  Mais, nous l'avons vu et c'est explicitement analysé dans le livre en question : les signes idiopathiques n'étaient pas présents ou bien étaient-ils absolument insuffisants : il n'y avait donc aucune possession démoniaque et il n'était nullement question de surnaturel dans cette affaire.  La désinformation, on la retrouvait encore dans l'épisode de la cassette vidéo prise par les gendarmes, ce qui en a été fait par le Parquet du Procureur du Roi et ce qui en a été dit par Jacques Léon Théodor, le chef zététicien par excellence qui a réussi l'incroyable prodige de se laisser prendre à se contredire tout en attestant de la réalité des phénomènes.  Mieux : dans son livre, "Un regard normal sur le paranormal" n'écrit-il pas : "Plus étonnant a été le comportement des policiers (Ransart) et des gendarmes (Arc-Wattripont), eux dont on aurait pu attendre une certaine froideur "face à des phénomènes quelque peu surnaturels". Somme toute, Mister Zèt accepte de donner un caractère au moins "un peu surnaturel" à des phénomènes qu'il conteste !  Fort de café !

En fait de solution de l'affaire pour beaucoup d'enquêteurs on peut citer la gendarmerie qui s'est "simplement" retirée, le surnaturel n'étant pas de leur ressort.  Compréhensible mais "facile"... On ne pouvait pas déposer plainte contre "un fantôme" ou un "poltergeist" et on ne disposait d'aucune preuve contre... euh... contre qui ?  Pour d'autres il n'y avait strictement rien sur la cassette vidéo (ce qui était faux), ou les images étaient brouillées (ce qui l'était tout autant) mais pas pour Jacques Théodor et Jean-Marie Tesmoing qui avaient été priés de prêter serment sur l'honneur de ne jamais rien en révéler.  Mais pourquoi donc s'il n'y avait rien de spécial sur l'enregistrement vidéo ? (Vous êtes priés de ne jamais rien révéler de ce que vous n'avez pas pu voir ?)

Somme toute, résumons-nous : "Il ne s'est jamais rien passé à Arc-Wattripont (mais que fallait-il donc, alors ?) sauf "dans les agissements d'un doux dingue".  Un "doux dingue"? Ce n'est pas ce que disait Madame Dierkens, psychologue clinicienne, ni son mari, psychanalyste hautement réputé.  Ce n'est pas non plus ce que l'on pouvait voir dans l'émission "Controverse" de B. Cartuyvels, ni la conclusion de l'analyse psychologique demandée par le Parquet.  Certes, ses propos pouvaient être délirants en parlant démons, Vierge et possession.  Mais les expressions verbales ne sont pas connues pour être responsables de la culbute de meubles lourds, le déplacements d'objets, la lévitation d'autres, les combustions spontanées ou l'envol de bibelots.
"On" a dit beaucoup de choses. 
Mais parfois "On" ferait mieux de se taire !