Interview 1

Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Interview sur les arts martiaux (suite)


On parle aussi de "la main empoisonnée" comme d'une technique propre au karaté et qui présenterait la particularité d'avoir des effets à retardement. Qu'en est-il ?

Voilà un sujet plutôt difficile. Il faut tout d'abord, à mon sens, faire la distinction entre deux possibilités. S'il s'agit par exemple de porter un coup à un adversaire et que celui-ci vienne à être terrassé plus tard (combien ? quelques secondes, un jour ? une semaine ? davantage ?) je dirais que c'est évidemment possible mais on n'en voit pas bien l'intérêt. C'est logiquement au moment même du combat qu'il convient d'assurer, il me semble échevelé de spéculer sur une vengeance ou une "revanche" ultérieure en cas de défaite supposée: "Argh ! Je meurs ! Mais tu ne l'emporteras pas au paradis, tu vas subir le même sort... mais plus tard... argh ! Je t'ai mortellement frappé, mais tu ne le sais pas encore ! et re-argh !" Il faut avouer que cela ne tient pas tellement debout... Par contre, il peut arriver, et ce n'est un secret pour personne, que le fait de porter un coup à quelqu'un n'entraîne pas sa mort immédiate mais qu'il finisse par décéder ultérieurement, par exemple en raison de séquelles internes. Dans ce cas, tout le monde est au courant puisque l'individu se trouve à l'hôpital, dans un triste état.
S'il s'agit de coups relativement anodins, mais qui seraient susceptibles d'entraîner un décès ultérieur, dans ces conditions on voit par contre tout à fait l'intérêt pour des personnes mal intentionnées ! La technique pourrait passer inaperçue et suivre de sombres desseins. Mais est-ce possible ?
Ce n'est hélas pas moi qui pourrai vous fournir une réponse bien tranchée à ce sujet car ce n'est pas réellement de mon ressort. Ce n'est pas le genre de choses que l'on apprend couramment dans les salles classiques. Tout pratiquant en a déjà plus ou moins entendu parler mais est-ce une réalité réservée à certains maîtres qui ont pu avoir accès à des connaissances particulières et secrètes venues de l'Orient ? That's the question ! Ce qui est sûr, en revanche (si j'ose dire !) c'est que certains grands maîtres peuvent parfois réaliser des choses très étonnantes et parfois même très spectaculaires en rapport avec ce dont vous parlez. Cela ne veut toutefois pas dire que cela appartienne exactement au même domaine. Je citerai volontiers ce maître de Taekwondo qui parvient très facilement à plonger son vis-à-vis dans un état de syncope tout à fait convaincant et immédiat par une simple pression de très faible amplitude alors que, il est vrai, il le tient déjà en arm lock un peu étriqué. En fait, le mouvement commence par une forme de clef de bras assez classique en self défense (défense contre une saisie au revers), on prend tout simplement le poignet adverse pour le tourner (le tordre) et la suite va pratiquement de soi. C'est dans cette position que le maître place simplement un doigt sur la tempe de l'individu et celui-ci tombe instantanément dans les pommes. S'en suit alors une autre technique, de réanimation celle-ci.

Cela signifie qu'avec de bonnes connaissances anatomiques, on peut allier certaines techniques de sports de combat et les mettre à profit pour réaliser des trucs assez incroyables. Dans le cas présent, il s'agit de recherche d'énergie, de provocation d'une dépression respiratoire générée à la fois par la torsion du bras (la clef) et la pression temporale. Il est certain que les connaissances conjuguées que je viens de citer peuvent être utilisées dans le cadre de la self défense. Dans ce contexte, de nombreuses possibilités peuvent être envisagées, éventuellement à retardement. Mais comme je l'ai signalé, l'intérêt est plus que mitigé dans un cadre sain.

On présente aussi, dans de nombreux films de karaté, des coups de pied sautés qui défient la vraisemblance...

Les techniques de coups de pieds sautés existent dans la plupart des arts martiaux et c'est assez logique. Parlons tout d'abord des coups de pied en général. Il faut savoir, et c'est une évidence, que les coups de pieds sont plus puissants que les coups de poing, ils sont donc aussi théoriquement plus dangereux et plus "efficaces". En fait, comme le combat se déroule à mains nues (mais que l'on peut aussi utiliser la partie inférieure du corps, du moins dans certaines disciplines), il convient de faire directement la distinction entre les adversaires en présence, leur taille, leurs facultés, leurs "spéciaux" (techniques favorites) et de réagir en fonction de ces critères. Si votre adversaire est particulièrement fort des poings, il peut être utile d'utiliser les pieds pour attaquer son niveau inférieur, surtout s'il y a une différence de taille. Mais cela peut servir aussi à le tenir à distance, à préparer des enchaînements ou des techniques de balayages, de compenser la disproportion, etc. Il est aussi évident que, en dehors de toute considération de déséquilibre et d'opportunités offertes à l'adversaire, un coup de pied sauté confère encore plus de puissance. Ce type de coups existe bel et bien, c'est une certitude et ils peuvent effectivement être parfois très spectaculaires. Si certains semblent défier la vraisemblance, je suppose que vous sous entendez que "cela ne soit pas possible parce qu'il y a une sorte de défi aux lois de la pesanteur", il est bon de souligner que l'apprentissage de techniques évoluées permet tout à fait d'arriver à ce type de résultat. Il ne s'agit donc pas d'affabulation. Le principe, pour réaliser des coups de pieds sautés spectaculaires repose sur trois points : l'entraînement, l'entraînement et l'entraînement. Bon, plus sérieusement, il faut évidemment de la souplesse, mais aussi et surtout une bonne maîtrise des déplacements et principalement ceux des pieds (logique !) Pour schématiser, disons q'un enchaînement judicieux dans les déplacements des pieds, doublé d'un pivot (taï sabaki) provoque un subit déséquilibre qui donne, par réaction, une impulsion que l'on met à profit pour "monter".


Cela dit, il ne faut pas se leurrer non plus : le cinéma a largement exagéré certaines scènes qui en deviennent parfois loufoques ! Deux adversaires se battent, ils échangent une quantité incroyable de coups qu'ils bloquent réciproquement, tentent aussi bien sûr des coups de pied traditionnels. L'"échauffement" passé, les coups commencent à arriver (accompagnés de cris terribles et de bruits d'impacts impressionnants (peu réalistes, un seul coup suffit généralement et si le bruit devait réellement correspondre à l'impact, il y aurait de la casse et cela mettrait fin au combat, au cinéma, chaque adversaire reçoit souvent plusieurs dizaines de coups terribles avant de ressentir une douleur apparente ou... de l'agacement, soyons sérieux !) On en vient aux choses sérieuses : les deux adversaires s'y mettent aux coups de pieds sautés (on voit JVD réaliser un mawashi retourné, faut pas rêver !)... Très fâché désormais, et désireux d'en finir, ils s'envolent dans les airs ! Après quelques sauts périlleux, on se donne encore quelques coups de poings (parce qu'on en a trop en stock), on repose sa tasse de thé, on corrige la tenue de son kimono - nom incorrect d'ailleurs - et puis, toujours en hauteur (cinq ou six mètres au moins, voire plus !), on donne le fameux coup qui fracasse le faciès de l'autre. Bon ! Il est maintenant temps de penser à redescendre, de demander l'autorisation d'atterrir et de se poser en douceur. Dans certains films, on en voit même qui s'envolent et se posent sur un sommet de mur, un toit... à quand l'expulsion des volatiles ? Là, évidemment, cela devient de la haute fantaisie !

En combat réel, ce type de technique peut assurer un effet de surprise remarquable et y mettre un point final (ou un pied...) mais il représente aussi un risque pour celui qui le porte. Personnellement, je réserverais ce genre de choses aux démonstrations de galas et aux katas. Mais il est vrai que je suis quelqu'un d'assez terre à terre !

Qu'en est-il du kiaï, ce fameux "cri qui tue"?

Là aussi, on a beaucoup romancé. Il existe une foule de légendes comme celle ou un grand maître poussa ce cri de manière inaudible devant un adversaire qui le menaçait. Le cri était en fait destiné à un scorpion qui fut tué net. Le combat n'eut finalement pas lieu car l'adversaire en question fut impressionné par ce fait extraordinaire. C'est une affaire qui ne manque pas de piquant mais qui est aussi hautement improbable et les récits de karaté regorgent de ce genre de faits incroyables. Pourtant, le kiaï existe et n'a rien de si mystérieux (quoi que...) A la limite, on pourrait dire qu'il ne s'agit pas d'un cri exclusivement réservé au karaté ou aux arts martiaux. La plupart des sportifs l'utilisent sans trop savoir qu'il s'agit de cela et même pas uniquement les sportifs ! Les haltérophiles le poussent lors de leurs efforts. Maria Sharapova, la (jolie) championne russe de tennis, était très forte en kiaï, cela ne terrassait pas ses adversaires, cela avait plutôt tendance à leur casser les oreilles (et les pieds). Les bûcherons y vont de leur "han" lorsqu'ils cognent... Les exemples ne manquent pas. C'est donc, schématiquement, un cri qui accompagne l'effort, voilà tout et vous remarquerez que cela n'a rien de vraiment mystérieux. Cependant, si on commence à décortiquer les choses, on va fatalement aboutir à certaines bizarreries qui rejoignent un peu l'objet du CERPI.
Alors sur le plan technique, le kiaï est un mot japonais qui se compose de deux autres mots : ki et aï (qui est en fait une contraction d'un autre mot encore : awasu, mais peu importe). Ki, c'est l'énergie interne, la volonté, d'une certaine manière : "l'âme" (cela nous amène donc vers des implications spirituelles mais nous n'y toucherons pas, du moins pour l'instant) et aï désigne la réunion (ou l'harmonie). Le kiaï est donc la fusion de l'énergie.

Parfois vu à tort comme le «cri qui tue» des karatékas, il s'agit d'une «extension du ki», de l'extériorisation d'un «cri interne», du souffle-énergie (kokyu-ryokyu) dans une coupe, un mouvement martial. C'est la concentration de toute l'énergie du pratiquant dans un seul mouvement. Le kiai est un cri particulier : l'air est bloqué au niveau de la gorge ou de la glotte par la contraction des muscles. Anatomiquement, ce mouvement, s'il est bien contrôlé, peut provoquer la contraction simultanée de la plupart des muscles du torse et de l'abdomen, ce qui peut amortir les coups reçus par le pratiquant. Certains ont avancé qu'un son correctement produit puisse provoquer la mise en résonance d'un corps, jusqu'à sa rupture, d'où le «cri qui tue»; il s'agit cependant largement d'une tentative de rationalisation d'un fait souvent rapporté mais jamais établi. La maîtrise du kiai, le kiaijutsu, demande une bonne connaissance et un bon contrôle de l'appareil respiratoire et des muscles de l'abdomen. Le kiaijutsu développe donc la force, la durée et la maîtrise de la respiration. Le concept, japonais, vient cependant de Chine, où les moines du monastère de la colline Shaolin utilisent un cri similaire pour l'exercice du qi gong. On retrouve également cette technique dans les arts martiaux coréens (yatz ou kihap), vietnamiens et thaïlandais. Comme on l'entend souvent chez un grand nombre de débutants, le "kiai" est prononcé "kiaï"... Mais il n'y a pas vraiment de mot précis pour le dire.

Ce n'est donc qu'un cri, sans réel mystère...

Heu... oui et non ! L'audition du Kiaï est caractérisée par un son rauque, guttural, tantôt grave ou aigu, parfois silencieux (nous ne nous attarderons pas sur ce dernier point). Ce son est transmis par l'abdomen (hara) la contraction de ce dernier propulse l'air du diaphragme vers la bouche la gorge et la bouche et un son y est créé (pour certaines maladies graves, des malades apprennent à parler avec «le ventre, c'est aussi le cas des ventriloques).
Ce son est donc naturel et n'a rien de magique tout en ayant quelque chose de déconcertant. Le Kiaï est le produit d'une intense concentration et de l'énergie, qui libérées explosent au moment de l'action, tout comme une grenade dégoupillée explose brusquement après une inertie sans signe précurseur, le résultat est identique. Le kiaï est au départ et au cours de l'action. Un adversaire non averti sera surpris et restera figé un dixième voire un centième de seconde par ce cri, ce gain de temps infime soit-il sera suffisant pour permettre de toucher l'adversaire. Sans arme il faudra une bonne technique ainsi qu'une forte détermination pour tuer un adversaire, mais avec un sabre, un bâton…. Et la légende est là ! D'ailleurs, lorsqu'un pratiquant est bourré de dynamisme, de combativité (positive, je ne parle pas ici d'esprit querelleur !), qu'il attaque sans cesse (par contradiction avec la passivité, laquelle est elle-même très peu tolérée en compétition, en randori - le randori est le combat d'entraînement, hors compétition, donc - ), on dit de ce pratiquant qu'il est "plein de kiaï".

Disons encore que le Kiaï est étroitement lié avec le Kimé. Le centre de l'énergie vital (le ki, le Chi ou le Qui ) qui est situé au niveau de l'abdomen (le Hara) est très important dans la philosophie et les arts martiaux asiatiques, ainsi Bouddha est représenté avec un ventre très gros et rond, renfermant une énergie immense et infinie. Le développement du Kiaï a été facilité au Japon car le japonais est une langue gutturale et beaucoup de sons sont expulsés par le bas-ventre.

Pour revenir sur la notion de mystère à propos du kiaï, je dirais que, mis à part les légendes rapportées, le mystère se situe surtout au niveau des pratiquants eux-mêmes, dans leur apprentissage. Lorsque vous entrez dans un dojo pour la première fois de votre vie, vous avez la plupart du temps déjà entendu parler de ce kiaï, mais vous n'avez qu'une idée très approximative, livresque ou anecdotique de ce que cela peut être. Pendant vos premières leçons, vous en serez témoins et vous tenterez vous aussi de le pratiquer : vous n'émettrez qu'un "cri ordinaire", sans réelle dimension ni effet. Avec la pratique et l'enseignement qui vous sera prodigué, vous allez approcher de plus en plus la notion et l'accomplissement de la technique. Cela va venir presque tout seul dans un certain sens et vous finirez par en être le premier étonné comme je l'ai été moi aussi à l'époque. Cela remonte maintenant à bien des années. Je me souviens que, en judo, je devais alors être ceinture verte je crois, alors que jusque là mes attaques étaient encore plutôt stéréotypées (prévisibles, théoriques, "téléphonées", il est difficile de trouver un terme exact !) j'ai soudain "senti" plus que "vu" ce qu'il convenait de faire. Cela s'est passé en une fraction de seconde et cela relevait plus de l'instinctif, du réflexe, que d'un mouvement préconçu. J'ai lancé ma prise et, sans le vouloir il me semble, le kiaï en même temps. La ceinture marron que j'avais comme adversaire a fait le vol plané escompté, ippon : point (gagné). C'était mon premier véritable kiaï, un balbutiement en somme. Cela m'a travaillé au mental, j'étais ému, étonné, et... fier. Je venais d'entrebâiller une porte vers la maîtrise. Mais ce n'était qu'un début et cela ne veut pas dire parce que je venais de réaliser une petite prouesse, que j'étais désormais capable de la renouveler à chaque fois ! C'est pourtant ce que j'ai essayé, naturellement, pensez ! C'est là qu'on se rend compte qu'on a encore beaucoup à apprendre (toujours à apprendre en fait !) et que la "réussite" ou disons la progression est surtout question de persévérance et de travail acharné et assidu.

Il y a un autre aspect du kiaï et je m'étonne que vous ne m'ayez pas posé la question : c'est qu'il n'est pas seulement "le cri qui tue" que l'on dit mais aussi "un cri de vie". Expliquons nous ! Pour parler de ce sujet, il est pratiquement inévitable de faire allusion au Katsu (de Ka, vie et Tsu, abréviation de Jutsu, technique) ou Kuatsu, qui remonte au moyen âge japonais. Le Katsu est l'art de réanimer et fait partie du Kappo (ou Kwappo). Ces techniques de secours d'urgence étaient enseignées dans les écoles traditionnelles d'arts martiaux dans le plus grand secret.
De nos jours, cet enseignement reste assez confidentiel et assez marginalisé à cause des systèmes modernes d'urgence, pourtant pendant des siècles ces techniques ont fait leurs preuves. Le Katsu est un système de réflexothérapie basé sur des manipulations, des pressions et des percussions sur des points vitaux liés à différents organes; certains procédés peuvent être accompagnés du Kiaï. Le Kiaï Jutsu est en vérité un véritable art de l'utilisation des sons ,soit pour le combat soit pour les Kuatsu, dans ce cas là il n'est plus un cri qui tue mais un cri qui redonne la vie. Il était utilisé par les samouraïs sur les champs de batailles pour se porter rapidement secours entre eux. Les techniques de soins et les techniques martiales, indissociables, étaient enseignées conjointement dans les anciennes écoles de Ju-Jutsu; en outre les samouraïs étudiaient d'autres arts, dont la calligraphie, la poésie, l'art du thé, etc... «Les arts de la guerre de la main droite, les arts de la paix de la main gauche».

 Le Katsu, comme la plupart des arts japonais, aurait des origines en Chine. Il fut élaboré sur plusieurs siècles en s'appuyant sur les connaissances traumatologiques de la médecine traditionnelle chinoise plusieurs fois millénaire, qui a largement fait ses preuves sur un grand nombre d'affections. Pendant une très longue période, la transmission du Katsu, comme pour beaucoup d'autres techniques, s'est faite oralement et dans la plus grande confidentialité. Au Japon, avant la 2ème guerre mondiale, il n'était enseigné secrètement qu'aux instructeurs 5ème Dan et seulement aux plus méritants. Ils juraient de ne jamais divulguer ou même parler de ces techniques sans le consentement du Sensei (maître) et exclusivement à un autre pratiquant ayant au minimum le niveau Shodan.

De nos jours, cette règle est un peu plus souple car en général son enseignement est dispensé à partir du 1er Dan puisqu'une ceinture noire peut être amenée à diriger un entraînement, surtout s'il est l'assistant du Sensei. Il doit être donc capable de porter un Katsu efficace sur un sujet évanoui. En France, dans les années 60, ces différentes techniques étaient bien enseignées et généralisées dans les Dojos. Mais actuellement, le Katsu se perd progressivement car il n'est plus pratiqué sur les tatamis. Pourtant, en se basant sur le simple fait que frapper un point vital (Kyusho) peut tuer mais aussi sauver, il nous enseigne que les Atemis (coups) ne sont pas qu'une arme de destruction mais qu'ils peuvent aussi ramener à la vie...

Autrefois au Japon, il était de tradition que l'enseignement du Katsu soit précédé d'une cérémonie d'initiation bien particulière : l'élève qui allait recevoir le secret des Katsu devait d'abord être évanoui puis réanimé. En France, dans les dojos, surtout ceux de Judo, à l'époque où beaucoup de légendes couraient sur le Kiaï et sur cette technique japonaise de réanimation secrète enseignée seulement aux ceintures noires, des pratiquants s'entraînaient souvent au Katsu en se laissant d'abord étrangler, bien souvent avec Gyaku Juji Jim (étranglement en croix), car ils avaient une confiance totale dans cette technique. L'enseignement et l'efficacité du Katsu étant ainsi démontrés et appliqués sur des élèves volontaires, les sceptiques n'étaient pas nombreux... Ces judokas de la première heure s'entraînaient à résister progressivement aux étranglements et ainsi à développer leur cou et leur courage, car pour se laisser volontairement étrangler jusqu'à l'inconscience, il faut aussi avoir une énorme confiance dans son partenaire et son maître. L'aphonie, une toux passagère, une douleur au niveau du larynx et du cou sont les quelques maux sans gravité qui peuvent survenir à la suite d'un étranglement brutal exécuté lors d'un combat d'entraînement ou de compétition. Mais il peut aussi déclencher une syncope grave entraînant la mort ou des troubles cérébraux irréversibles. C'est ainsi qu'à Paris, en 1954, Tran Trun Huong, professeur d'arts martiaux vietnamiens, mourut des suites d'un étranglement prolongé pendant une démonstration. Il est donc très important d'être extrêmement attentif et de rester prudent dans les disciplines où l'on pratique des étranglements, et ne jamais oublier que certains points utilisés en Katsu le sont également en combat. L'étranglé ne doit surtout pas résister le plus longtemps possible «pour ne pas s'avouer vaincu», et celui qui étrangle doit arrêter sa prise dès que son partenaire frappe ou qu'il sent qu'il «va mal». Lors des étranglements de type sanguin, dont le but est d'empêcher l'arrivée du sang au cerveau, les artères carotidiennes peuvent rester collées même après l'étranglement et ainsi, empêcher l'apport d'oxygène au cerveau. Lors d'une syncope, quant le Katsu échoue, le réanimateur ne doit en aucun cas perdre son sang froid ni se décourager, mais revoir sa position, sa technique et l'intensité de ses gestes avant de recommencer. Quand le sujet revient à lui, il faut rester extrêmement vigilant et surveiller l'intensité de sa réaction, car il peut se produire un déclenchement contre réflexe dû à une excitation trop grande de la zone concernée. Lorsque le sujet reprend complètement ses esprits, il ne faut rien précipiter. Il doit d'abord rester couché quelques instants, jambes surélevées, puis s'asseoir et enfin se mettre debout en se relevant progressivement, en veillant à garder une respiration tranquille et profonde. Les fenêtres de la salle seront ouvertes pour assurer une bonne oxygénation. Si la personne a des maux de tête, on peut réaliser des massages de type Shiatsu ou Do In sur certains points bien précis. Ces techniques de réadaptation progressive à l'effort nommées Ko-Ryho sont elles aussi enseignées en Katsu et sont indispensables. Certes le Katsu n'est pas une médecine thérapeutique complète comme l'acupuncture, mais il peut tout de même être très utile. Par ses connaissances en Katsu, un pratiquant est capable de réanimer une personne tombée en syncope ou atténuer une douleur suite à une contusion ou un étranglement. Dans certaines écoles japonaises, le Katsu est enseigné conjointement au secourisme, malheureusement ces cours sont souvent plus théoriques que pratiques; or, dans des mains inexpérimentées, il est inutile, car il est indispensable de posséder des réelles connaissances théoriques et pratiques pour savoir comment et où agir. Pourtant l'enseignement et la connaissance du Katsu, combinés intelligemment avec les techniques modernes de secourisme, ne sont pas négligeables aussi bien au dojo que dans la vie de tous les jours. Mais il convient, même si l'on possède le savoir nécessaire, de ne pas jouer avec les Katsu pour «épater» les autres ou pour expérimenter les techniques, au risque de mettre la vie d'autrui en danger. En cas de troubles graves, seul un médecin compétent et habilité devra donner des soins.