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On parle aussi de "la main empoisonnée" comme d'une technique propre au karaté et qui présenterait la particularité d'avoir des effets à retardement. Qu'en est-il ?
Voilà un sujet plutôt
difficile. Il faut tout d'abord, à mon sens, faire la distinction
entre deux possibilités. S'il s'agit par exemple de porter un coup
à un adversaire et que celui-ci vienne à être terrassé plus tard
(combien ? quelques secondes, un jour ? une semaine ? davantage ?) je
dirais que c'est évidemment possible mais on n'en voit pas bien
l'intérêt. C'est logiquement au moment même du combat qu'il
convient d'assurer, il me semble échevelé de spéculer sur une vengeance
ou une "revanche" ultérieure en cas de défaite supposée: "Argh ! Je
meurs ! Mais tu ne l'emporteras pas au paradis, tu vas subir le
même sort... mais plus tard... argh ! Je t'ai mortellement frappé, mais
tu ne le sais pas encore ! et re-argh !" Il faut avouer que
cela ne tient pas tellement debout... Par contre, il peut arriver, et ce
n'est un secret pour personne, que le fait de porter un coup à quelqu'un
n'entraîne pas sa mort immédiate mais qu'il finisse par décéder
ultérieurement, par exemple en raison de séquelles internes. Dans
ce cas, tout le monde est au courant puisque l'individu se trouve à
l'hôpital, dans un triste état.
S'il s'agit de coups relativement
anodins, mais qui seraient susceptibles d'entraîner un décès ultérieur,
dans ces conditions on voit par contre tout à fait l'intérêt pour des
personnes mal intentionnées ! La technique pourrait passer
inaperçue et suivre de sombres desseins. Mais est-ce possible ?
Ce n'est hélas pas moi qui pourrai vous fournir une réponse bien
tranchée à ce sujet car ce n'est pas réellement de mon ressort. Ce
n'est pas le genre de choses que l'on apprend couramment dans les salles
classiques. Tout pratiquant en a déjà plus ou moins entendu parler
mais est-ce une réalité réservée à certains maîtres qui ont pu avoir
accès à des connaissances particulières et secrètes venues de l'Orient ?
That's the question ! Ce qui est sûr, en revanche (si j'ose dire !)
c'est que certains grands maîtres peuvent parfois réaliser des choses
très étonnantes et parfois même très spectaculaires en rapport avec ce
dont vous parlez. Cela ne veut
toutefois pas dire que cela appartienne exactement au même domaine.
Je citerai volontiers ce maître de Taekwondo qui parvient très
facilement à plonger son vis-à-vis dans un état de syncope tout à fait
convaincant et immédiat par une simple pression de très faible amplitude
alors que, il est vrai, il le tient déjà en arm lock un peu étriqué.
En fait, le mouvement commence par une forme de clef de bras assez
classique en self défense (défense contre une saisie au revers), on
prend tout simplement le poignet adverse pour le tourner (le tordre) et
la suite va pratiquement de soi. C'est dans cette position que le
maître place simplement un doigt sur la tempe de l'individu et celui-ci
tombe instantanément dans les pommes. S'en suit alors une autre
technique, de réanimation celle-ci.
Cela signifie qu'avec de bonnes connaissances anatomiques, on peut
allier certaines techniques de sports de combat et les mettre à profit
pour réaliser des trucs assez incroyables. Dans le cas présent, il
s'agit de recherche d'énergie, de provocation d'une dépression
respiratoire générée à la fois par la torsion du bras (la clef) et la
pression temporale. Il est certain que les connaissances conjuguées que
je viens de citer peuvent être utilisées dans le cadre de la self
défense. Dans ce contexte, de nombreuses possibilités peuvent être
envisagées, éventuellement à retardement. Mais comme je l'ai
signalé, l'intérêt est plus que mitigé dans un cadre sain.
On présente aussi, dans de nombreux films de karaté, des coups de pied sautés qui défient la vraisemblance...
Les
techniques de coups de pieds sautés existent dans la plupart des arts
martiaux et c'est assez logique. Parlons tout d'abord des coups de pied
en général. Il faut savoir, et c'est une évidence, que les coups de
pieds sont plus puissants que les coups de poing, ils sont donc aussi
théoriquement plus dangereux et plus "efficaces". En fait, comme le
combat se déroule à mains nues (mais que l'on peut aussi utiliser la
partie inférieure du corps, du moins dans certaines disciplines), il
convient de faire directement la distinction entre les adversaires en
présence, leur taille, leurs facultés, leurs "spéciaux" (techniques
favorites) et de réagir en fonction de ces critères. Si votre adversaire
est particulièrement fort des poings, il peut être utile d'utiliser les
pieds pour attaquer son niveau inférieur, surtout s'il y a une
différence de taille. Mais cela peut servir aussi à le tenir à distance,
à préparer des enchaînements ou des techniques de balayages, de
compenser la disproportion, etc. Il est aussi évident que, en dehors de
toute considération de déséquilibre et d'opportunités offertes à
l'adversaire, un coup de pied sauté confère encore plus de puissance. Ce
type de coups existe bel et bien, c'est une certitude et ils peuvent
effectivement être parfois très spectaculaires. Si certains semblent
défier la vraisemblance, je suppose que vous sous entendez que "cela ne
soit pas possible parce qu'il y a une sorte de défi aux lois de la
pesanteur", il est bon de souligner que l'apprentissage de techniques
évoluées permet tout à fait d'arriver à ce type de résultat. Il ne
s'agit donc pas d'affabulation.
Le principe, pour réaliser des coups de pieds sautés
spectaculaires repose sur trois points : l'entraînement, l'entraînement
et l'entraînement. Bon, plus sérieusement, il faut évidemment de
la souplesse, mais aussi et surtout une bonne maîtrise des déplacements
et principalement ceux des pieds (logique !) Pour schématiser,
disons q'un enchaînement judicieux dans les déplacements des pieds,
doublé d'un pivot (taï sabaki) provoque un subit déséquilibre qui donne,
par réaction, une impulsion que l'on met à profit pour "monter".
En combat réel, ce type
de technique peut assurer un effet de surprise remarquable et y mettre
un point final (ou un pied...) mais il représente aussi un risque pour
celui qui le porte. Personnellement, je réserverais ce genre de
choses aux démonstrations de galas et aux katas. Mais il est vrai
que je suis quelqu'un d'assez terre à terre !
Cela dit, il ne faut pas se leurrer non plus : le cinéma a largement
exagéré certaines scènes qui en deviennent parfois loufoques ! Deux
adversaires se battent, ils échangent une quantité incroyable de coups
qu'ils bloquent réciproquement, tentent aussi bien sûr des coups de pied
traditionnels. L'"échauffement" passé, les coups commencent à
arriver (accompagnés de cris terribles et de bruits d'impacts
impressionnants (peu réalistes, un seul coup suffit généralement et si
le bruit devait réellement correspondre à l'impact, il y aurait de la
casse et cela mettrait fin au combat, au cinéma, chaque adversaire
reçoit souvent plusieurs dizaines de coups terribles avant de ressentir
une douleur apparente ou... de l'agacement, soyons sérieux !) On en
vient aux choses sérieuses : les deux adversaires s'y mettent aux coups
de pieds sautés (on voit JVD réaliser un mawashi retourné, faut pas
rêver !)... Très fâché désormais, et désireux d'en finir, ils s'envolent
dans les airs ! Après quelques sauts périlleux, on se donne encore
quelques coups de poings (parce qu'on en a trop en stock), on repose sa
tasse de thé, on corrige la tenue de son kimono - nom incorrect
d'ailleurs - et puis, toujours en hauteur (cinq ou six mètres au
moins, voire plus !), on donne le fameux coup qui fracasse le faciès de
l'autre. Bon ! Il est maintenant temps de penser à
redescendre, de demander l'autorisation d'atterrir et de se poser en
douceur. Dans certains films, on en voit même qui s'envolent et se
posent sur un sommet de mur, un toit... à quand l'expulsion des
volatiles ? Là, évidemment, cela devient de la haute fantaisie !
Qu'en est-il du kiaï, ce fameux "cri qui tue"?
Là aussi, on a beaucoup
romancé. Il existe une foule de légendes comme celle ou un grand
maître poussa ce cri de manière inaudible devant un adversaire qui le
menaçait. Le cri était en fait destiné à un scorpion qui fut tué
net. Le combat n'eut finalement pas lieu car l'adversaire en
question fut impressionné par ce fait extraordinaire. C'est une
affaire qui ne manque pas de piquant mais qui est aussi hautement
improbable et les récits de karaté regorgent de ce genre de faits
incroyables. Pourtant, le kiaï existe et n'a rien de si mystérieux
(quoi que...) A la limite, on pourrait dire qu'il ne s'agit pas
d'un cri exclusivement réservé au karaté ou aux arts martiaux. La
plupart des sportifs l'utilisent sans trop savoir qu'il s'agit de cela
et même pas uniquement les sportifs ! Les haltérophiles le poussent
lors de leurs efforts. Maria Sharapova, la (jolie) championne russe de
tennis, était très forte en kiaï, cela ne terrassait pas
ses adversaires, cela avait plutôt tendance à leur casser les oreilles (et
les pieds). Les bûcherons y vont de leur "han" lorsqu'ils
cognent... Les exemples ne manquent pas. C'est donc,
schématiquement, un cri qui accompagne l'effort, voilà tout et vous
remarquerez que cela n'a rien de vraiment mystérieux. Cependant,
si on commence à décortiquer les choses, on va fatalement aboutir à
certaines bizarreries qui rejoignent un peu l'objet du CERPI. Parfois
vu à tort comme le «cri qui tue» des karatékas, il
s'agit d'une «extension du ki», de
l'extériorisation d'un «cri interne», du souffle-énergie
(kokyu-ryokyu) dans une coupe, un mouvement
martial. C'est la concentration de toute l'énergie du
pratiquant dans un seul mouvement. Le kiai
est un cri particulier : l'air est bloqué au niveau de la
gorge ou de la glotte par la contraction des muscles.
Anatomiquement, ce mouvement, s'il est bien contrôlé,
peut provoquer la contraction simultanée de la plupart
des muscles du torse et de l'abdomen, ce qui peut
amortir les coups reçus par le pratiquant.
Certains ont avancé qu'un son correctement produit
puisse provoquer la mise en résonance d'un corps,
jusqu'à sa rupture, d'où le «cri qui tue»; il s'agit
cependant largement d'une tentative de rationalisation
d'un fait souvent rapporté mais jamais établi. La
maîtrise du kiai, le kiaijutsu, demande
une bonne connaissance et un bon contrôle de l'appareil
respiratoire et des muscles de l'abdomen. Le
kiaijutsu développe donc la force, la durée et la
maîtrise de la respiration. Le concept, japonais, vient
cependant de Chine, où les moines du monastère de la
colline Shaolin utilisent un cri similaire pour
l'exercice du qi gong. On retrouve également cette
technique dans les arts martiaux coréens (yatz ou
kihap), vietnamiens et thaïlandais. Comme
on l'entend souvent chez un grand nombre de débutants,
le "kiai" est prononcé "kiaï"... Mais il n'y a pas
vraiment de mot précis pour le dire.
Ce n'est
donc qu'un cri, sans réel mystère... Heu...
oui et non ! L'audition du Kiaï est caractérisée par un
son rauque, guttural, tantôt grave ou aigu, parfois
silencieux (nous ne nous attarderons pas sur ce dernier
point). Ce son est transmis par l'abdomen (hara)
la contraction de ce dernier propulse l'air du
diaphragme vers la bouche la gorge et la bouche et un
son y est créé (pour certaines maladies graves,
des malades apprennent à parler avec «le ventre, c'est
aussi le cas des ventriloques). Disons encore que le Kiaï est étroitement lié avec le
Kimé. Le centre de l'énergie vital (le ki, le Chi
ou le Qui ) qui est situé au niveau de l'abdomen (le
Hara) est très important dans la philosophie et les arts
martiaux asiatiques, ainsi Bouddha est représenté avec
un ventre très gros et rond, renfermant une énergie
immense et infinie. Le développement du Kiaï a été
facilité au Japon car le japonais est une langue
gutturale et beaucoup de sons sont expulsés par le
bas-ventre. Pour revenir sur la notion de mystère à propos du kiaï,
je dirais que, mis à part les légendes rapportées, le
mystère se situe surtout au niveau des pratiquants
eux-mêmes, dans leur apprentissage. Lorsque vous
entrez dans un dojo pour la première fois de votre vie,
vous avez la plupart du temps déjà entendu parler de ce
kiaï, mais vous n'avez qu'une idée très approximative,
livresque ou anecdotique de ce que cela peut être.
Pendant vos premières leçons, vous en serez témoins et
vous tenterez vous aussi de le pratiquer : vous
n'émettrez qu'un "cri ordinaire", sans réelle dimension
ni effet. Avec la pratique et l'enseignement qui
vous sera prodigué, vous allez approcher de plus en plus
la notion et l'accomplissement de la technique.
Cela va venir presque tout seul dans un certain sens et
vous finirez par en être le premier étonné comme je l'ai
été moi aussi à l'époque. Cela remonte maintenant
à bien des années. Je me souviens que, en judo, je
devais alors être ceinture verte je crois, alors que
jusque là mes attaques étaient encore plutôt
stéréotypées (prévisibles, théoriques, "téléphonées", il
est difficile de trouver un terme exact !) j'ai soudain
"senti" plus que "vu" ce qu'il convenait de faire.
Cela s'est passé en une fraction de seconde et cela
relevait plus de l'instinctif, du réflexe, que d'un
mouvement préconçu. J'ai lancé ma prise et, sans
le vouloir il me semble, le kiaï en même temps. La
ceinture marron que j'avais comme adversaire a fait le
vol plané escompté, ippon : point (gagné). C'était
mon premier véritable kiaï, un balbutiement en somme.
Cela m'a travaillé au mental, j'étais ému, étonné, et...
fier. Je venais d'entrebâiller une porte
vers la maîtrise. Mais ce n'était qu'un début et cela ne
veut pas dire parce que je venais de réaliser une petite
prouesse, que j'étais désormais capable de la renouveler
à chaque fois ! C'est pourtant ce que j'ai essayé,
naturellement, pensez ! C'est là qu'on se rend
compte qu'on a encore beaucoup à apprendre (toujours à
apprendre en fait !) et que la "réussite" ou disons la
progression est surtout question de persévérance et de
travail acharné et assidu. Il y a
un autre aspect du kiaï et je m'étonne que vous ne
m'ayez pas posé la question : c'est qu'il n'est pas
seulement "le cri qui tue" que l'on dit mais aussi "un
cri de vie". Expliquons nous ! Pour parler de
ce sujet, il est pratiquement inévitable de faire
allusion au Katsu (de Ka, vie et Tsu, abréviation de
Jutsu, technique) ou Kuatsu, qui remonte au moyen âge
japonais. Le Katsu est l'art de réanimer et fait partie
du Kappo (ou Kwappo). Ces techniques de secours d'urgence
étaient enseignées dans les écoles traditionnelles
d'arts martiaux dans le plus grand secret.
Alors sur le plan technique, le kiaï est un mot japonais qui se compose
de deux autres mots : ki et aï (qui est en fait une contraction d'un
autre mot encore : awasu, mais peu importe). Ki, c'est l'énergie
interne, la volonté, d'une certaine manière : "l'âme" (cela nous amène
donc vers des implications spirituelles mais nous n'y toucherons pas, du
moins pour l'instant) et aï désigne la réunion (ou l'harmonie). Le kiaï est donc la fusion de l'énergie.
Ce son est donc naturel et n'a rien de magique tout en
ayant quelque chose de déconcertant. Le Kiaï est
le produit d'une intense concentration et de l'énergie,
qui libérées explosent au moment de l'action, tout comme
une grenade dégoupillée explose brusquement après une
inertie sans signe précurseur, le résultat est
identique. Le kiaï est au départ et au cours de
l'action. Un adversaire non averti sera surpris et
restera figé un dixième voire un centième de seconde par
ce cri, ce gain de temps infime soit-il sera suffisant
pour permettre de toucher l'adversaire. Sans arme il
faudra une bonne technique ainsi qu'une forte
détermination pour tuer un adversaire, mais avec un
sabre, un bâton…. Et la légende est là !
D'ailleurs, lorsqu'un pratiquant est bourré de
dynamisme, de combativité (positive, je ne parle pas ici
d'esprit querelleur !), qu'il attaque sans cesse (par
contradiction avec la passivité, laquelle est elle-même
très peu tolérée en compétition, en randori - le randori
est le combat d'entraînement, hors compétition, donc -
), on dit de ce pratiquant qu'il est "plein de kiaï".
Le
Katsu est un système de réflexothérapie basé sur des
manipulations, des pressions et des percussions sur des
points vitaux liés à différents organes; certains
procédés peuvent être accompagnés du Kiaï. Le Kiaï
Jutsu est en vérité un véritable art de l'utilisation
des sons ,soit pour le combat soit pour les Kuatsu, dans
ce cas là il n'est plus un cri qui tue mais un cri qui
redonne la vie. Il était utilisé par les samouraïs sur
les champs de batailles pour se porter rapidement
secours entre eux. Les techniques de soins et les
techniques martiales, indissociables, étaient enseignées
conjointement dans les anciennes écoles de Ju-Jutsu; en
outre les samouraïs étudiaient d'autres arts, dont la
calligraphie, la poésie, l'art du thé, etc... «Les arts
de la guerre de la main droite, les arts de la paix de
la main gauche».
Le Katsu, comme la plupart des arts japonais, aurait des origines en Chine. Il fut élaboré sur plusieurs siècles en s'appuyant sur les connaissances traumatologiques de la médecine traditionnelle chinoise plusieurs fois millénaire, qui a largement fait ses preuves sur un grand nombre d'affections. Pendant une très longue période, la transmission du Katsu, comme pour beaucoup d'autres techniques, s'est faite oralement et dans la plus grande confidentialité. Au Japon, avant la 2ème guerre mondiale, il n'était enseigné secrètement qu'aux instructeurs 5ème Dan et seulement aux plus méritants. Ils juraient de ne jamais divulguer ou même parler de ces techniques sans le consentement du Sensei (maître) et exclusivement à un autre pratiquant ayant au minimum le niveau Shodan.
De nos jours, cette règle est un peu plus souple car en général son enseignement est dispensé à partir du 1er Dan puisqu'une ceinture noire peut être amenée à diriger un entraînement, surtout s'il est l'assistant du Sensei. Il doit être donc capable de porter un Katsu efficace sur un sujet évanoui. En France, dans les années 60, ces différentes techniques étaient bien enseignées et généralisées dans les Dojos. Mais actuellement, le Katsu se perd progressivement car il n'est plus pratiqué sur les tatamis. Pourtant, en se basant sur le simple fait que frapper un point vital (Kyusho) peut tuer mais aussi sauver, il nous enseigne que les Atemis (coups) ne sont pas qu'une arme de destruction mais qu'ils peuvent aussi ramener à la vie...
Autrefois au Japon, il
était de tradition que l'enseignement du Katsu soit
précédé d'une cérémonie d'initiation bien particulière :
l'élève qui allait recevoir le secret des Katsu devait
d'abord être évanoui puis réanimé. En France, dans les
dojos, surtout ceux de Judo, à l'époque où beaucoup de
légendes couraient sur le Kiaï et sur cette technique
japonaise de réanimation secrète enseignée seulement aux
ceintures noires, des pratiquants s'entraînaient souvent
au Katsu en se laissant d'abord étrangler, bien souvent
avec Gyaku Juji Jim (étranglement en croix), car ils
avaient une confiance totale dans cette technique.
L'enseignement et l'efficacité du Katsu étant ainsi
démontrés et appliqués sur des élèves volontaires, les
sceptiques n'étaient pas nombreux... Ces judokas de la
première heure s'entraînaient à résister progressivement
aux étranglements et ainsi à développer leur cou et leur
courage, car pour se laisser volontairement étrangler
jusqu'à l'inconscience, il faut aussi avoir une énorme
confiance dans son partenaire et son maître. L'aphonie,
une toux passagère, une douleur au niveau du larynx et
du cou sont les quelques maux sans gravité qui peuvent
survenir à la suite d'un étranglement brutal exécuté
lors d'un combat d'entraînement ou de compétition. Mais
il peut aussi déclencher une syncope grave entraînant la
mort ou des troubles cérébraux irréversibles. C'est
ainsi qu'à Paris, en 1954, Tran Trun Huong, professeur
d'arts martiaux vietnamiens, mourut des suites d'un
étranglement prolongé pendant une démonstration. Il est
donc très important d'être extrêmement attentif et de
rester prudent dans les disciplines où l'on pratique des
étranglements, et ne jamais oublier que certains points
utilisés en Katsu le sont également en combat.
L'étranglé ne doit surtout pas résister le plus
longtemps possible «pour ne pas s'avouer vaincu», et
celui qui étrangle doit arrêter sa prise dès que son
partenaire frappe ou qu'il sent qu'il «va mal». Lors des
étranglements de type sanguin, dont le but est
d'empêcher l'arrivée du sang au cerveau, les artères
carotidiennes peuvent rester collées même après
l'étranglement et ainsi, empêcher l'apport d'oxygène au
cerveau. Lors d'une syncope, quant le Katsu échoue, le
réanimateur ne doit en aucun cas perdre son sang froid
ni se décourager, mais revoir sa position, sa technique
et l'intensité de ses gestes avant de recommencer. Quand
le sujet revient à lui, il faut rester extrêmement
vigilant et surveiller l'intensité de sa réaction, car
il peut se produire un déclenchement contre réflexe dû à
une excitation trop grande de la zone concernée. Lorsque
le sujet reprend complètement ses esprits, il ne faut
rien précipiter. Il doit d'abord rester couché quelques
instants, jambes surélevées, puis s'asseoir et enfin se
mettre debout en se relevant progressivement, en
veillant à garder une respiration tranquille et
profonde. Les fenêtres de la salle seront ouvertes pour
assurer une bonne oxygénation. Si la personne a des maux
de tête, on peut réaliser des massages de type Shiatsu
ou Do In sur certains points bien précis. Ces techniques
de réadaptation progressive à l'effort nommées Ko-Ryho
sont elles aussi enseignées en Katsu et sont
indispensables. Certes le Katsu n'est pas une médecine
thérapeutique complète comme l'acupuncture, mais il peut
tout de même être très utile. Par ses connaissances en
Katsu, un pratiquant est capable de réanimer une
personne tombée en syncope ou atténuer une douleur suite
à une contusion ou un étranglement. Dans certaines
écoles japonaises, le Katsu est enseigné conjointement
au secourisme, malheureusement ces cours sont souvent
plus théoriques que pratiques; or, dans des mains
inexpérimentées, il est inutile, car il est
indispensable de posséder des réelles connaissances
théoriques et pratiques pour savoir comment et où agir.
Pourtant l'enseignement et la connaissance du Katsu,
combinés intelligemment avec les techniques modernes de
secourisme, ne sont pas négligeables aussi bien au dojo
que dans la vie de tous les jours. Mais il convient,
même si l'on possède le savoir nécessaire, de ne pas
jouer avec les Katsu pour «épater» les autres ou pour
expérimenter les techniques, au risque de mettre la vie
d'autrui en danger. En cas de troubles graves, seul un
médecin compétent et habilité devra donner des soins.