Interview 2

Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Interview sur les arts martiaux (suite 1)


Que pouvez-vous nous dire sur les a priori quant aux arts martiaux ?

Oufti ! Ce n'est pas ça qui manque ! Ça c'est vraiment un vaste sujet... il faudrait préciser votre question. On peut l'envisager au point de vue spirituel, philosophique, pratique, relationnel... Mais il faut encore distinguer ce que l'on a appréhendé des arts martiaux à partir du cinéma et la réalité.

Je vais vous aider : on a présenté jadis le judo comme une sorte de mafia se proposant de dominer le monde...

Personnellement, je n'ai pas connu cette époque, ce n'est pour moi qu'un ouï dire. Probablement cela provient-il de l'aspect plus ou moins secret que certaines techniques d'arts martiaux ont conservées et qui se remontées jusqu'à nous, de l'aspect un peu mystérieux ou inattendu des résultats des techniques du judo (le petit qui terrasse le grand, profiter de la force de l'adversaire, le kiaï, etc.) Comme l'arrivée de certaines techniques orientales en Europe date environ de l'après guerre, on pouvait aussi faire un certain parallèle avec celle-ci et extrapoler en parlant d'une forme de revanche orchestrée par les Japonais, je ne sais pas ! En tous cas, cela ne repose évidemment sur aucun fondement. Le judo est la voie de la souplesse, son fondateur est Jigoro Kano et il s'agit d'un sport de combat (et non plus réellement d'un art martial) provenant du jiu jitsu. Il se compose de "prises" (d'épaule, de hanche, de balayages), d'immobilisations, d'étranglements, de clefs de bras. On peut faire beaucoup de choses avec le judo en combat singulier et en self défense. Pourtant, je considère qu'il n'est que relativement peu adapté au combat de rue. Sauf si vous avez affaire à un seul adversaire qui vous attaque de manière très classique. Je pense qu'on a tellement présenté les films karaté en mettant en scène toutes sortes de clans rivaux, des représentants de la pègre nippone, comme adversaires des héros qu'il y a eu amalgame. C'est du moins une possibilité, je ne peux pas vous en dire plus.

Au karaté, on passe son temps à casser des briques...

Voilà qui est extrêmement réducteur ! La casse n'est qu'une toute petit partie de l'entraînement et, encore une fois, n'est pas un passage obligatoire. Non, c'est une partie spectaculaire de l'art mais ce n'est aussi que la plus petite partie de l'iceberg. Comme l'aurait dit Fantasio dans une BD : "Non mais... qu'est-ce qu'ils ont contre les briques, ces Japonais ?"

Il y a toute une rivalité entre les différents styles et écoles...

C'est vrai et c'est faux. Les principes généraux sont sinon les mêmes du moins très parents. Un peu comme les religions. Mais il existera toujours des pratiquants ou des néophytes pour prétendre que l'un est supérieur à l'autre avec, pour cela, des tas d'arguments. C'est un faux débat. Dès le départ, on apprend des techniques tout en assimilant l'idée de ne pas s'en servir. "L'homme sage ne se trouve pas sur les lieux d'un combat". En principe donc, les pratiquants de différentes écoles ne devraient pas en venir aux mains mais se respecter, comme pour les autres d'ailleurs.

Les judokas apprennent des coups ou des prises qui ne laissent pas de traces...

Ce serait bien pratique dans certains cas, pour les personnes mal intentionnées. Mais essayez une fois de faire un ippon-seoi-nage à quelqu'un en rue et que cela ne laisse pas de traces ? Bien sûr, vous pouvez faire une clef de bras, en randori par exemple et cela ne laissera aucune trace bien que cela vous ait valu la victoire. Si vous insistez un tout petit peu, le bras casse comme du verre. Une question de contrôle, c'est tout. Le judo n'a pas la vocation de combattre dans l'ombre pour servir de noirs desseins ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Les pratiquants des arts martiaux n'ont pas le droit de se battre et, s'ils le font, ils peuvent être accusés d'attaques à main armée...

Mais oui. Il est clair que vous n'avez pas le droit de vous servir du judo, du karaté, etc. pour malmener les gens. Vous ne pouvez pas non plus les découper en rondelles à coups de machette. Il reste qu'en cas de nécessité, un pratiquant utilisera naturellement ses connaissances pour se défendre, mais uniquement dans ce cas là. Jamais pour l'attaque ! En cas de défense, celle-ci doit être pondérée et proportionnelle à l'attaque. Si quelqu'un veut vous flanquer une gifle et que vous l'envoyez à l'hosto avec des fractures multiples, il va falloir expliquer... Pour le reste, on peut accuser n'importe qui de n'importe quoi, il faut le prouver. Sur un plan légal, si votre main ne contient pas d'arme, vous n'êtes pas considéré comme "armé". Mais vous pouvez avoir des circonstances aggravantes si l'on fait état de votre aptitude sportive et on peut vous retirer votre licence. Mais vous savez, en combat singulier, un judoka dispose de beaucoup de moyens de dissuader un adversaire de poursuivre son engagement belliqueux, sans pour autant le massacrer.

On a parlé d'un jeune garçon de 5 ans qui était ceinture noire 2è dan, est-ce possible?

Certainement. Il a aussi son permis de conduire et est le PDG de plusieurs multinationales... Mais enfin, où donc vont-ils chercher tout cela ? Il faut environ 5 ans pour faire une ceinture noire d'une personne normalement constituée. Dans ce cas, il aurait commencé son apprentissage dès la naissance ? Étant devenu ceinture marron (mais quel professeur donnerait un tel grade à un enfant de quatre ans ?), il gagnerait tout ses matches en shiaï ? Allons bon ! Non ! Il existe d'ailleurs des âges minimum à atteindre pour obtenir les ceintures. Cela dit, les couleurs de ceintures peuvent varier de beaucoup d'une discipline à l'autre, d'un pays à l'autre. Il existe aussi des professeurs complaisants qui attribuent donc les ceintures à tors et à travers. Il y a des règles à respecter et tous ne le font pas scrupuleusement. De plus, pour les ceintures noires, ce n'est pas le professeur du club qui les octroie, mais un jury. Cela devient donc encore plus difficile. et improbable. En somme, le système des ceintures a été développé de beaucoup à l'usage des européens. En effet, ceux-ci ont plus besoin de voir leur progression sanctionnée par des encouragements visibles. Cette façon de procéder est très discutable, mais soit, le débat n'est pas là non plus. La ceinture sert avant tout à tenir son pantalon, le reste doit être évalué sur la valeur réelle d'un pratiquant. Une ceinture verte qui porterait une ceinture noire ne serait pas meilleure pour autant... Donc, pour répondre à votre question : oui, c'est "hélas" théoriquement possible, mais c'est très, très louche, suspect. Ce serait un cas à mettre dans le Guiness book et encore faudrait-il que l'on me renseigne sur les critères qui ont été évoqués ! Chez nous, en Belgique, ce n'est en tous cas pas envisageable.

La casse, ce n'est que du chiqué, du trucage...

Non, c'est tout à fait réel.

Une ceinture noire est invincible.

Voilà encore une idée qui provient essentiellement de l'esprit populaire. Contrairement à ce que l'on peut prétendre, la ceinture noire n'est pas le grade ultime d'un art martial. Il existe ensuite les dans et selon les écoles, les pays, etc. ils peuvent aller jusqu'au 12è dan... On peut donc considérer qu'une ceinture noire est un "bon débutant".  Il faut aussi considérer un autre point important c'est que pour le budoka, l'adversaire principal ne doit pas être recherché dans son entourage ou au loin. Le principal adversaire, c'est soi-même.