La rétrocausalité
La
rétrocausalité est un sujet qui a été abordé à de nombreuses
reprises dans les livres de Philippe Guillemant ainsi que dans ses
conférences. C'est un sujet controversé dans lequel la causalité
traditionnelle est inversée, c'est-à-dire qu'elle ne précède plus
forcément la conséquence ou les effets. Voici ce qu'en dit Wikipédia
:
La causalité inversée (ou rétrocausalité) est une hypothèse discutée
en philosophie, en particulier depuis les années 1950, et en
physique (en particulier à l'échelle quantique et avec les
spéculations, dans les années 1960 et 70, sur les tachyons, qui se
déplaceraient à une vitesse supérieure à celle de la lumière).
En neurologie, la causalité à l'échelle des interactions neuronales,
qui est corrélée avec l'expérience subjective du temps qui passe,
est contrastée avec des interactions neuronales non- ou
anti-causales qui y feraient obstruction.
Il s'agit de disjoindre la causalité du sens ordinaire du temps, et
donc d'affirmer la possibilité qu'une cause future ait un effet au
passé, ou en d'autres termes de remettre en cause l'axiome selon
lequel toute cause précède temporellement son effet. Il s'agit d'un
problème proche, mais distinct, des spéculations sur le voyage dans
le temps. La discussion philosophique du problème diffère de sa
discussion en physique : le philosophe danois Jan Faye a notamment
montré que les arguments à l'encontre de la causalité inversée à
l'échelle macroscopique ne valaient pas nécessairement à l'échelle
quantique. La discussion philosophique qui suit concerne donc
principalement l'échelle «macroscopique».
Le problème philosophique
Depuis les Grecs, la philosophie a conçu la causalité inversée comme
une contradiction logique dans les termes. Hume est l'un des auteurs
ayant formalisé cette hypothèse, en posant l'axiome selon lequel
toute cause précède son effet (Enquête sur l'entendement humain,
section VII). Ceci fut ensuite élevé par Kant au statut de jugement
synthétique a priori, n'ayant besoin d'aucune preuve empirique pour
être démontré en tant que nécessairement vrai.
Cependant, au xxe siècle, certains philosophes ont tenté de
conceptualiser une causalité inversée; d'autres, en particulier le
jésuite Luis Molina, avaient toutefois abordé ce problème
antérieurement, en relation, notamment, avec la prière rogatoire
rétrospective (je prie aujourd'hui pour qu'un événement n'ait pas eu
lieu hier). Le Talmud a également envisagé une réponse.
Plusieurs objections importantes s'élèvent contre la possibilité de
la causalité inversée, dont notamment le paradoxe du grand-père,
exposé par l'écrivain René Barjavel dans Le Voyageur imprudent
(1943) : si je voyage dans le passé pour tuer mon grand-père, alors
je ne suis jamais né, donc je n'ai pu voyager dans le passé pour
tuer mon grand-père. L'effet (la mort de mon grand-père et par
conséquent ma non-naissance) aurait été causé par une cause future
(mon voyage dans le passé).
En 1954, le philosophe Michael Dummett tenta de démontrer la
possibilité conceptuelle de la causalité inversée (Can an Effect
Precede its Cause ?, publié in Proceedings of the Aristotelian
Society (en)), sans pour autant affirmer qu'il était effectivement
possible de changer le passé. Il faut en effet distinguer entre le
fait qu'une cause future puisse influencer le passé, et le fait de
changer le passé (cf. la discussion sur Molina ci-dessous) :
accepter la causalité inversée, ce n'est qu'admettre la première
possibilité, pas la seconde laquelle semble irrationnelle aux yeux
de tous les philosophes. En d'autres termes, ceci découle d'une
conception réaliste du temps : si l'effet précède sa cause, il
existait réellement au moment où il a eu lieu ; il n'a pas été créé
de toutes pièces, après coup, par la cause future.
Cela lui attira une objection, la même année et dans la même revue,
d'Antony Flew.
Deux ans plus tard, Max Black (en) argumenta aussi pour faire valoir
que l'observateur d'un effet pourrait agir afin d'empêcher sa cause
à venir, et donc annuler l'effet (on parle du bilking argument).
Deux réponses principales ont été apportées à cet argument. On peut
en effet dire que, si B ayant eu lieu, l'agent X essaie d'empêcher
que sa cause, A, n'advienne, et réussit à le faire, B pourra avoir
été causé par un autre événement C (et donc toujours avoir eu lieu).
L'autre solution consiste à dire que puisque A est la cause de B,
toute tentative d'empêcher que A n'advienne est vouée à l'échec. En
ce cas, la causalité ne permettrait plus notre agir instrumental
(nous ne pourrions pas manipuler ces causes de façon à prévoir tel
effet).
On peut aussi poser le problème ainsi : si un événement A a lieu au
temps t1, alors après t1 je dois pouvoir savoir si A a eu, ou non,
lieu, indépendamment de l'événement B en t2 qui aurait été
soi-disant sa cause. Ainsi, A en t1 ne pourrait être causé par B en
t2. Michael Tooley (en) a montré que cet argument présupposait
l'axiome de Hume au lieu de le démontrer. En effet, selon lui,
l'objection ici apportée contre la causalité inversée ne parvient
pas à montrer la fausseté d'énoncés contrefactuels tels que :
Si E n'a pas eu lieu en t1, alors, s'il avait eu lieu, B en t2
aurait pu le causer. Seul le caractère postérieur de B à A, donc la
logique temporelle, nous empêche de penser ceci, ce qui soumet donc
la logique de la causalité à la logique temporelle, empêchant de
penser celle-là indépendamment de celle-ci, et par suite de
démontrer la validité de l'axiome de Hume sans faire appel au
présupposé de la flèche du temps.
Si E a eu lieu en t1, qu'est-ce qui nous empêche de penser que s'il
n'avait pas eu lieu, il aurait pu être causé par B en t2 ?
Les paradoxes
Le paradoxe de Newcomb a aussi été utilisé pour penser ce problème :
mon choix présent peut-il influencer la prédiction passée du devin,
laquelle détermine la somme d'argent contenue dans les boîtes entre
lesquelles je dois choisir ? Selon la réponse apportée à cette
question la solution du paradoxe diffère.
Selon certains auteurs, les paradoxes de boucles de causalité (ou
paradoxe de l'écrivain) rendent toute conception de la causalité
inversée (ainsi que du voyage dans le temps) intrinsèquement
incohérente (c'est la position de Hugh Mellor (en) en 1991). Une
boucle de causalité consiste à dire : A cause B ; B cause C ; et C
cause A. La cause présuppose donc son effet, et on peut donc se
demander comment elle a pu advenir. Mais certains affirment qu'une
boucle de causalité pourrait être conçue de façon cohérente. La
physique inclut des évènements indéterminés un par un, mais qui
obéissent à une loi de probabilité. L'observation permet de prédire
un effet collectif selon une formulation statistique, mais ne permet
pas de détecter un lien causal individuel (il n'existe pas de
paramètre caché). Ainsi, la négation de la causalité inversée
conduit à refuser à ces évènements considérés individuellement, une
raison déterminée. La prise en compte de la causalité inversée
permet de considérer la part d'aléatoire des évènements comme
déterminée (par une cause postérieure).
Un autre paradoxe, de cohérence, est proche du paradoxe du
grand-père : il consiste à se tuer soi-même dans le passé via un
effet provoqué par une cause postérieure (causalité inversée et non
par voyage dans le temps). Or, si on accepte la causalité inversée,
il serait physiquement possible de se tuer dans le passé ; mais ceci
est physiquement impossible dans le monde d'où l'on vient, puisque
justement on en vient. Le paradoxe vient donc de cette possibilité
physique d'agir sur soi via la causalité inversée et de son
impossibilité physique (David Lewis (1976) a tenté de répondre à ce
paradoxe), sauf à adopter l'interprétation d'Everett dite des mondes
multiples.
Influencer ou agir sur le passé
Pour le jésuite Luis Molina, l'omniscience de Dieu est telle
qu'avant même la Création, il sait à l'avance tous les actes que je
vais faire, théorie que Molina parvient à concilier avec
l'affirmation du libre arbitre. Molina nie que nos actes exercent
une influence causale sur la volonté divine, mais accepte une forme
d'effet contrefactuel de ceux-là : si j'avais décidé de ne pas faire
certaines choses, la connaissance divine aurait été modifiée. Selon
le philosophe Alvin Plantinga, ce pouvoir contrefactuel (non causal)
peut s'exercer en direction du passé : en fonction de ce que je
décide de faire, Dieu choisirait tel état du monde (antérieur à mon
choix) plutôt que tel autre.
Une théorie similaire est rendue possible par la théorie des
physiciens Daniel Greenberger et Karl Svozil (en) (2005). En bref,
elle voudrait qu'il ne soit possible de rétroagir sur le passé que
si cette rétroaction n'empêchait pas le présent d'advenir. Donc de
n'agir que sur des points locaux et mineurs, voire anecdotiques,
n'influençant pas fondamentalement l'Histoire. Une telle solution
fait place à une certaine contingence des événements : tous ne sont
pas nécessaires ni liés ensemble de façon nécessaire et univoque. On
peut encore formuler ceci sous la conjecture de protection
chronologique théorisée par Stephen Hawking.
Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 4.0. Source : Article Causalité inversée de Wikipédia en français (auteurs)
L'AVIS DU CERPI
Les auteurs de ce texte de Wikipédia n'ont probablement pas lu
Philippe Guillemant. Ils ne connaissent vraisemblablement pas le
CERPI non plus et pas davantage Connie Willis... En fait, dès le
départ, on parle bien de rétrocausalité et en même temps on est à
côté de la plaque en envisageant surtout les effets probables du
voyage dans le temps (alors que le temps n'existe pas) via ses
paradoxes.
Bien qu'il ne soit pas nécessairement opportun d'abonder dans ce
sens, nous répondrons au problème du paradoxe du grand-père en
signalant qu'il s'agit d'un faux problème puisque nous manquons
actuellement d'informations quant aux voyages dans le temps réels
(comme on n'a, jusqu'ici, pas encore rencontré de voyageur temporel,
on semblerait en droit de penser que le véhicule ou l'appareil
permettant ce genre de prouesse n'existe pas et n'existera donc
jamais puisque, le cas échéant, on devrait déjà l'avoir rencontré et
ce indépendamment de l'époque concernée, précisément à cause des
caractéristiques générales du voyage dans le temps). Toutefois, il
est permis de supposer ceci :
Soit Joseph, voyageur temporel, fils de Marcel et petit-fils de
Marc.
Le problème présuppose que si Joseph rencontre Marc dans le passé et
le tue, il disparaîtrait immédiatement car il ne pourrait pas avoir
vu le jour. A noter que dans ce cas, si Marcel avait inventé la
machine à remonter le temps, Joseph ne pourrait pas tuer Marc parce
que, ce faisant, il empêcherait indirectement la découverte de la
machine qui lui aurait permis de remonter le temps pour rencontrer
Marc qu'il ne pourrait donc pas tuer. Mais s'il le tue effectivement
malgré tout, qu'est-ce qui se produirait ?
Peut-être, en effet, y aurait-il paradoxe et impossibilité. Mais
quelles conséquences ? Disparition immédiate du meurtrier ? Pas
forcément !
Expliquons nous !
Il faut distinguer d'une part les voyages temporels courts et les
voyages longs : les courts seraient ceux qui se dérouleraient vers
un passé rapproché ; les longs concerneraient un passé éloigné. Dans
les deux cas, l'influence sur la capacité du temps à se réparer est
différente.
En effet, on sait que pour les voyageurs du temps un impératif
fondamental consisterait à ne surtout pas modifier le cours de
l'histoire. Or donc, tout acte inconsidéré devrait être banni et
Joseph commettrait donc un acte grave et répréhensible à plus d'un
titre (parricide + faute "professionnelle"). On sait cependant que ce
n'est pas cela qui l'empêcherait de le faire quand même. Imaginons
donc qu'il le fasse. Si l'on se trouve dans un passé récent, le
problème sera probablement grave et insoluble. Mais dans l'autre cas
(il ne s'agirait alors plus de son grand-père mais bien de son arrière-arrière-arrière grand-père par exemple. Le problème serait
théoriquement le même. Sauf que le temps aurait le temps de se
réparer. Ce serait, d'après nous (et Connie Willis) ce qu'il ferait
en cas de paradoxe. En fin de compte, on s'apercevrait que Joseph
n'aurait plus le même père, ni le même grand-père, etc. jusqu'au
moment où les choses rentreraient dans l'ordre dans le sens inversé
du temps. Joseph changerait aussi de nom de famille et les
inscriptions dans les registres des états civils seraient aussi
instantanément modifiés. On remarquerait aussi certaines différences
dans le cours du temps mais, au fur et à mesure que l'on reviendrait
vers l'instant présent, le déroulement des opérations redeviendrait
sensiblement le même. Tout cela parce que le temps aurait eu la
possibilité de se réparer. C'est la raison pour laquelle le problème
serait différent en cas de voyage court, ou dans un passé récent.
Là, les choses seraient plus problématiques. Mais il faudrait faire
avec.
La machine aurait été inventée. Joseph est là, en 2016. Le voilà
parti en 1990. Il est bel et bien présent en 1990, en même temps que
son grand-père, pourtant théoriquement décédé (en 2016). C'est déjà
un paradoxe que l'on semble avoir oublié ! Il peut y en avoir bien
d'autres, y compris par exemple le fait qu'il se trouverait en une
année où il ne serait même pas supposé être au monde car pas encore
né. Ce serait un autre paradoxe instantané. La théorie du Chaos
voudrait alors que d'innombrables détails viendraient alors à se
trouver modifiés lesquels rendraient toutes sortes de choses
possibles (et paradoxales) et notamment que sa grand-mère se remarie
immédiatement (ou très vite) avec ce satané oncle Adolphe qu'elle ne
pouvait pourtant pas supporter (à ce qu'elle disait quand Marc était
vivant !) Elle donnerait alors naissance à un certain Marcel...
Quelques années plus tard, les journaux annonceraient une nouvelle
sensationnelle : le professeur Untel aurait découvert un engin
capable de permettre les voyages temporels. Le voyou n'aurait rien
inventé du tout mais simplement découvert, par hasard, un étrange
appareil accompagné de notes qu'il aurait vite comprises et mises à
profit pour récolter toute la gloire du travail des autres. La
boucle serait bouclée et les paradoxes "réparés". Au prix de toutes
sortes d'aventures, certains voyageurs arrivant à point nommé
découvriraient à leur tour le pot aux roses et pourraient rétablir
la vérité. Certains empêcheraient Joseph de commettre son forfait où
le dissuaderaient de le faire, d'autres traîneraient le professeur
dans la boue en mettant la supercherie à jour, etc. Quelques années
plus tard encore, tout cela serait devenu anecdotique, de l'histoire
ancienne. Tout serait rentré dans l'ordre et on verrait bien que
cette affaire de paradoxe était fondée mais que, en réalité, cela ne
se passait pas exactement comme on le croyait...
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