Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Les orbes, un phénomène auto régénéré


Il semble nécessaire de revenir, plus en détails, sur un point très important de l'étude des orbes (que nous nommerons pompeusement "orbologie"), à savoir son caractère auto régénéré.

Il y a de cela quelques décennies, la présence d'orbes sur les photos argentiques était anecdotique et ne suscitait guère d'émoi, à part - nous l'avons dit - un fifrelin de superstition, elle même issue de personnes favorables à ce genre de comportements. Lorsque le système numérique a vu le jour, il était encore trop peu implanté pour avoir un impact quelconque sur la population qui d'ailleurs était loin de disposer d'un APN dans tous les foyers.

En dépit d'un prix initialement prohibitif, l'APN s'est rapidement développé. Question de mode d'abord, en parallèle avec celle de l'informatique, et directement après pour son aspect pratique : l'APN présentait de nombreux avantages par rapport à son prédécesseur. Il était désormais notamment possible d'obtenir ses photos immédiatement sans devoir transiter par la boutique du photographe qui aurait dû en assurer le développement. Si l'on faisait beaucoup de photos, le prix d'achat était très vite compensé par cet avantage. Par ailleurs, il était possible de mettre ses épreuves sur le PC et de les visionner de cette manière. Les possibilités de stockage devenaient virtuellement infinies. En outre, on pouvait également rapidement avoir un aperçu de ses photos et, par conséquent, éliminer aussitôt les ratées et recommencer les prises de vues. Dès sa naissance, le numérique se posait comme révolutionnaire et il ne faisait aucun doute qu'il supplanterait inexorablement son vis-à-vis. Ce fut bien le cas, même s'il existe encore d'inconditionnels de l'argentique dont les photographes font d'ailleurs eux-mêmes souvent partie.

Dans ces conditions, avec la démocratisation des appareils en prime, il était prévisible que le succès des APN allait être phénoménal. Il suffit de juger de la situation actuelle pour s'en convaincre. Et comme de fait, le nombre total de photos qui étaient prises dans le monde explosa également de manière exponentielle. Alors qu'hier on en tirait quelques millions, c'était désormais de centaines de milliers de milliards dont il était question. (Et ce n'est pas l'arrivée des smartphones qui allait changer les choses, que du contraire !)

Par conséquent, il devenait également plus facile de remarquer la présence d'orbes, celle-ci se conjuguant à la sensibilité bien supérieure des APN. En toute logique, il aurait été facile de remarquer que le nombre d'orbes avait augmenté proportionnellement au nombre total de photos et que la raison de la présence de ces orbes devait être liée à l'exploitation d'un nouveau système photographique.  La sensibilité même des appareils devait être en cause et peut-être aussi ces mêmes appareils présentaient-ils des péchés de jeunesse, des particularités qui - dans certains cas - provoquaient l'apparition des orbes. En tout état de cause, ce parallélisme qui isolait logiquement l'apparition des orbes au seul fonctionnement des APN paraissait tellement évident qu'il n'aurait dû échapper à personne.

L'une des objections des partisans des orbes mystérieux résida dans le fait que la sensibilité des nouveaux appareils permettait désormais de mettre en évidence des présences qui, jusque là, passaient inaperçues.  Ce point est toutefois balayé par le fait que les anciens appareils fonctionnaient sur base d'une réaction chimique quand les nouveaux utilisaient des capteurs. Dans les deux cas, les orbes étaient présents mais leur nombre était différent. Les cibles concernées dans le premier cas pouvaient donc parfaitement être captées, elles ne l'étaient toutefois que bien plus rarement. On en revient ici à la question du nombre de photos : plus on augmente le nombre d'itérations, plus on a de chances d'obtenir un résultat x. S'il s'agissait d'une question de sensibilité, alors il faudrait admettre l'existence de macro entités qui, seules, auraient pu être mises en relief par les appareils argentiques.

Une deuxième objection fut que dans le cas d'une imperfection technique, les fabricants n'auraient pas pris le risque de voir leur réputation entachée et auraient rapidement remédié au problème, ce qui ne fut pas le cas, les orbes continuant d'apparaître même après plusieurs générations d'APN et les améliorations qui y avaient été apportées. Cependant, les orbes n'apparaissent pas toujours, pas systématiquement, loin s'en faut, même s'il est vrai qu'ils se montrent bien plus volontiers qu'auparavant. Il est tout à fait possible de faire des dizaines de photos, voire des centaines, sans rencontrer le moindre orbe. Par ailleurs, l'objection ici citée ne tient pas bien longtemps lorsque l'on se rappelle que la conception même des appareils permet de corriger le défaut : il suffit d'examiner le cliché et en cas de présence indésirable, de le recommencer sans frais, gratuitement et immédiatement.

Le deuxième volet de la question est encore une question de logique. Ainsi, en s'apercevant de la présence des orbes et de l'explosion de leur nombre, les amateurs de l'étrange se sont crus obligés de tirer la sonnette d'alarme et d'attirer l'attention de la multitude sur ce phénomène. Ce dernier ne se contentait donc pas d'apparaître, il fallait encore qu'on le souligne et qu'on le mette sous le feu des projecteurs !

Conséquence logique, toute la clique des bidouilleurs de l'étrange se mit à étudier la question et le phénomène reçut une attention décuplée, laquelle allait transpirer auprès de Monsieur-tout-le-monde, par le bouche à oreille mais aussi par le puissant moyen de l'Internet et recevoir une publicité débridée mais aussi usurpée. Sauf, naturellement, s'il y avait vraiment anguille sous roche et cette seule éventualité obligea les associations plus sérieuses à s'y intéresser elles aussi. Dans le même élan, les plus zélés se livrèrent donc à des expérimentations comparatives, ce qui augmenta considérablement le nombre de prises de vues, avec ou sans orbes, sauf que celles qui en présentaient furent publiées sur le Net, etc. Nous connaissons ainsi des personnes qui s'amusent à prendre entre cinq cents et mille photos par jour, si ce n'est davantage !

Un autre phénomène est donc né, celui de l'auto régénération du phénomène d'origine, lequel s'entretient donc de manière totalement autonome.

Il ne restait plus qu'à lui trouver une myriade d'explications possibles, vraisemblables ou sensationnelles pour entraîner, en sus, l'explosion et la polémique. Cela n'allait pas manquer. Désormais, il allait falloir beaucoup de lucidité et de travail pour en venir à bout - pour autant que l'on y arrive - alors que le point expliqué ici aurait probablement dû suffire à éviter sa propagation.

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