Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Enfield, la complexe


Rassurez-vous (ou désolez-vous, c'est selon), nous l'avons dit : nous n'allons pas rouvrir le dossier Enfield, que le CERPI n'a d'ailleurs jamais ouvert. A l'époque où cette histoire de poltergeist commençait, la première mouture de ce qu'allait devenir le groupement n'existait même pas encore ! Il aurait donc été bien en peine d'étudier ce cas sur place, d'autant que cela se situait hors de nos frontières. Qui plus est, avouons-le en toute humilité, nous n'avions pas à l'époque ni les connaissances ni l'expérience requises pour aborder un cas aussi complexe et ardu.
Car Enfield est assurément un cas complexe. Nous n'avons pas dit qu'il était pour autant authentique. Et nous n'avons jamais prétendu le contraire non plus ! S'il est complexe, c'est d'abord par la quantité incroyable des manifestations que l'on eut à y déplorer. C'est par centaines que les interventions du poltergeist ont été consignées et, au bout du compte, c'est par dizaines que se sont succédées les personnes qui en ont été témoins. Bien que certains points soient discutables, on a rarement disposé d'autant de "preuves" (et, hélas, cette fois-ci les guillemets ont bel et bien leur importance) enregistrées, que ce soit sur bandes magnétiques, sur photos ou en vidéos. Il y a aussi la diversité des phénomènes. S'il s'agissait bien d'un poltergeist, le moins que l'on puisse dire est qu'il était imaginatif ! Il ne s'est pas contenté de faire se déplacer des objets (y compris des objets lourds) sans aucune intervention apparente (et sans trucage la plupart du temps), il les a aussi empilés, agencés de manière remarquable, il a parlé (la fameuse Voix) et il a écrit. Mais pas seulement en général et dans l'absolu : il s'agissait de véritables communications, telles que des discussions à bâtons rompus. Difficile, dans ces conditions, de prétendre qu'il n'y avait pas une intelligence derrière tout cela. Il n'a pas seulement utilisé le langage et l'écriture, il s'est aussi exprimé par aboiements. Il s'est montré tantôt utile tantôt dangereux, voire agressif au point d'en devenir meurtrier (épisode des rideaux, notamment et entre autres). Le poltergeist a aussi résisté à l'éloignement de l'épicentre supposé (Janet), il a suivi - au moins partiellement ou superficiellement - les protagonistes en voyage à la mer, ou plus simplement chez l'épicier du coin. Il a également rameuté ses petits copains puisque Guy Lyon Playfair et Maurice Grosse ont signalé des cas similaires en d'autres endroits, relativement proches, à la même époque (poltergeists simultanés). Il se distingue aussi par sa puissance et sa longévité (dix-huit mois, c'est énorme pour un poltergeist nanti d'une telle densité d'activité, parfois bourrée de punch !) Il se distingue aussi par ses combustions spontanées (débuts d'incendies ou combustions particulières : seules les allumettes brûlent à l'intérieur d'une boîte intacte) ou par la présence d'entités des deux sexes et d'âges situés aux extrêmes opposés. Tout cela n'est pas courant, c'est le moins que l'on puisse dire. D'un côté tant mieux d'ailleurs car notre quotidien serait très différent si tout le monde vivait ce genre d'événements chez soi : on ne s'ennuierait pas !

Et puis, il y a encore un point - encore que nous n'ayons pas la prétention d'avoir été exhaustifs, nous en avons certainement oubliés ! - c'est la possibilité sérieuse d'un cas de possession. Là aussi les choses sont pour le moins troublantes et l'on trouve sans peine des signes idiopathiques. Il y a notamment le langage obscène que l'auteur a très bien mis en évidence tout en signalant de manière très opportune le syndrome de Gilles de la Tourette. C'était bien joué et il n'était pas inutile de signaler aussi la proximité temporelle et géographique de son découvreur avec Alan Kardec - rapport au spiritisme - même si les deux compères ne se sont jamais rencontrés... Malheureusement, c'est insuffisant car ce syndrome est impuissant à expliquer les autres phénomènes - sauf bien sûr si - comme suggéré - il n'a pas été étudié à fond, ou plutôt si l'on en a pas révélé toutes les facettes potentielles au nom d'une certaine éthique (ou rigidité) scientifique. Ce point ne s'accompagne toutefois pas réellement d'une aversion marquée pour les choses pieuses ou la religion. Tout au plus y avait-il de l'indifférence, voire du dédain, mais pas de l'aversion franche. Par contre, sur le plan des manifestations paranormales, là on était servis ! En revanche, il ne semblait pas y avoir de propension à l'utilisation de langues étrangères, mais bien la révélation de données théoriquement totalement inaccessibles au sujet. Nous ne voulons certes pas minimiser les possibilités et les astuces dont certaines jeunes personnes peuvent être nanties, mais il y a des limites aux facultés déductives et aux réparties spontanées de jeunes adolescents et ces limites semblent ici franchement dépassées...

Nous pouvons admettre que la nature des phénomènes - dûment observés on croit pouvoir le dire, et y compris par les forces de l'ordre ! et leur nombre aient suffit pour qu'une église puisse envisager l'exorcisme, même si l'Église traditionnelle chrétienne ne s'y serait pas résolue et que le rituel n'a finalement pas été appliqué en la forme (d'autres méthodes ont été utilisées).

Là où les choses ne correspondent plus avec toute l'adéquation voulue, c'est dans la version cinématographique qui en a été tirée dans Conjuring 2, version dans laquelle les fameux Warren interviennent énergiquement pour repousser un certain démon dans les profondeurs ténébreuses de l'enfer. Nous avons fini par visionner le film, sans devoir nous déplacer au cinéma, grâce à la magie technologique d'une clef USB, plus par curiosité que toute autre chose et sans trop nous faire d'illusions. Cela dit, nous avons trouvé le film plaisant (dans le genre) mais s'écartant trop de la vraisemblance pour les besoins de sensationnel !

Pardi, il fallait être culotté, dans pareil cas, pour vouloir en rajouter encore une couche ! Nos talents de détectives ne sont apparemment pas encore émoussés et nous allons voir si vous êtes nantis de la même sagacité. Nous vous proposons ci-contre deux images tirées du film et nous allons bien voir si vous allez pouvoir en tirer le nom du démon. Vous devez savoir, sans pour cela être démonologue(s), que le fait de connaître le nom d'un démon qui serait à l'œuvre est particulièrement important si l'on désire s'en débarrasser. Il est exact que ce point est supposé conférer à l'officiant un certain pouvoir, voire un pouvoir certain, qui mettrait le démon en fâcheuse posture.

Pour la petite histoire (attention spoiler !), madame Warren va se trouver très désemparée face à la puissance démoniaque (et pour cause !) des phénomènes lorsque son cher mari va lui-même frôler une mort qu'elle lui avait prédite... Pour se tirer d'affaire, il lui fallait le nom du démon en question. Mais, bien évidemment, il ne fallait pas s'attendre à ce que ce dernier le lui donne de bonne grâce, "pour ses beaux yeux". C'est là que madame Warren, l'épouse de Ed, va s'apercevoir que, en fait, elle dispose déjà de ce nom pour l'avoir rencontré auparavant. Elle l'a en effet dans la bible qui se trouve dans le coffre de sa voiture. Mais... arrivera-t-elle à temps pour changer le cours des événements que l'on imagine imminement tragiques ? Sauf que... comme le réalisateur l'a voulu (et on se demande bien pourquoi !) le spectateur attentif pouvait prendre connaissance du nom en question avant même que l'on en arrive à cette scène. Peut-être s'agit-il d'une forme d'utilisation du principe de l'image subliminale, façon "l'exorciste" accommodée à une autre sauce ? Et vous, avez-vous maintenant trouvé ce nom ? Si vous donnez votre langue au chat, alors voilà. Le nom du démon, c'est Valak. En effet, on distingue très clairement - dans la bibliothèque - les lettres L, A et K (près de la tête de la jeune fille, à sa gauche), les deux autres lettres, V et A, sont moins faciles à trouver mais y figurent belle et bien. Le V est près du lampadaire et le A un peu plus bas et à droite. Dans l'image du dessus, vous trouverez les lettres au niveau des objets se trouvant sur l'appui de fenêtre... A vous de jouer (D'accord, il faut de bons yeux et un agrandissement de l'image serait le bienvenu...) Le problème, c'est que si l'on procède à une recherche, on voit que les caractéristiques du démon ne correspondent en rien à la nonne défigurée que l'on nous sert à l'écran. Le problème, c'est aussi que des personnes non habilitées ne s'en sortiraient pas aussi aisément, surtout dans une sorte d'exorcisme improvisé et face à un démon puissant. Même avec le nom du démon. La bravoure c'est bien, mais dans le cas présent cela reste aussi du cinéma ! Donc, nous avons été très contents de remarquer qu'un site faisait la même remarque que nous à propos des lettres du nom du démon et d'avoir relevé ce point avant même d'en avoir pris connaissance sur Internet. Voilà qui satisfait les egos et rassure quant aux facultés d'observation des enquêteurs. Mais c'est aussi remarquablement inutile. Au même titre que cette version sensationnaliste de l'affaire Enfield. Un film à voir seulement pour le fun si vous aimez ce registre. Mais il ne convient absolument pas pour se donner une idée des faits réels. (En dehors des connotations relatives au démon, ce film est cependant relativement fidèle à la trame générale, nonobstant certaines libertés à prendre en compte). En conclusion : mieux vaut se fier au livre de Guy Lyon Playfair. Il vaut toujours mieux se fier aux livres qu'à ce que l'on peut voir à l'écran, car dans ce dernier cas il n'est que trop évident que "le surnaturel, ça fait vendre !".
Pour enfoncer le clou à propos de Valak, lisez donc ceci...

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