Herensugue
Herensugue est l'une des entités les plus importantes de la mythologie basque. On le qualifie souvent de dragon, on le dit gigantesque,
on le représente comme un animal fabuleux à sept têtes (généralement de grosse taille) et il s'agirait d'un dragon volant. Cependant, la multiplicité des noms attribués à
ce "joyeux drille", dans laquelle on retrouve inlassablement le suffixe "sugue" (avec ou sans le "u") permet de conclure qu'il s'agit en fait d'un serpent.
Les autres noms de Herensugue sont les suivants : Edensugue (ce qui en ferait une créature du paradis); Edeinsuge (idem), Edaansuge (la même remarque est probablement
d'application), Hensuge, Iraunsuge, Herainsuge, Errensuge, Erensuge, Igensuge ou encore Lerensuge. Les différences sont donc souvent relativement minimes et relèvent sans
doute des prononciations locales ou de transformations au cours du temps.
Il existe cependant encore une autre appellation : le serpent d'Euskadi.
Au début des temps, Herensugue se serait accouplé avec Sugaar, une déesse serpent, et de leurs ébats seraient nés le Soleil et la Lune. Sans conteste, la présente créature
illustre à merveille la terrible puissance des dragons, trop souvent négligée dans les innombrables récits dans lesquels un preux chevalier le met à mal au cours d'un
combat épique. Ces récits témoignent la plupart du temps du célèbre combat des anges déchus et de l'affrontement entre l'archange Saint-Michel et le diable symbolisé par
le dragon (ou le serpent). Pour notre part, nonobstant les démons secondaires et les sous-fifres, nous considérons que le diable dispose d'une puissance presque égale à
Dieu, un point qui pourrait à son tour se discuter à l'infini.
Signalons encore une particularité dans cette histoire, c'est que Sugaar est d'habitude signalé comme un élément masculin. Faut-il en conclure que ces créatures peuvent
d'aventure changer de sexe en fonction des besoins et des circonstances ou bien plutôt que leurs accouplements se déroulent à la mode des incubes et des succubes ? Comme
l'on ne dispose que de très peu de témoins oculaires, cette question restera ouverte !
Comme Herensugue ne fait pas dans le détail, après cette séance haute en couleurs, il aurait avalé la Terre dans sa totalité puis l'aurait recrachée et
se serait ensuite attaqué à la création toute entière pour la régurgiter sous forme de flammes et de lave. Voilà assurément un "ami" que l'on préférerait inviter au cinéma
plutôt qu'au restaurant... d'autant qu'il aurait rassasié son appétit au moyen de la création en seulement dix jours ! Voilà qui en dit long ! Mais, comme on pouvait aussi
un peu s'y attendre, après cela il se serait endormi.
L'histoire prophétise cependant que lorsque Herensugue se réveillera, il détruira le monde dans un énorme incendie. On est donc prié de ne pas faire trop de bruit si
d'aventure on se rapprochait de lui pendant son long sommeil...
Herensugue s'est encore distingué en d'autres occasions. Alors qu'il vivait dans une caverne de montagne, il attirait les troupeaux pour mieux les dévorer. Il séquestra
aussi deux jeunes filles mais il n'est pas précisé à quelles fins. On sait seulement que le rôle du preux chevalier fut joué en l'occurrence par Gaston de Belzunce, lequel
libéra les deux vierges (puisqu'il nous est permis de comprendre que celles-ci l'étaient encore à ce moment, il nous faut croire que ce n'était pas pour ce que vous aviez
en tête et que le terrible dragon s'était encore endormi entre deux repas). Pas de chance pour le brave Gaston qui mourut de ses blessures peu de temps après. Encore un
qui ne profita guère de sa pension de retraite...
Où donc sévissait Herensugue ? "On", grand connaisseur de toutes choses, l'aurait localisé dans les grottes d'Azalegui ou d'Ertzagania, sur la montagne d'Ahuski, dans le
gouffre de Saint-Michel-in-Excelsis sur le mont Aralar, et de nombreux autres lieux de la montagne basque. C'est un avatar de cette légende qui traite du serpent géant du
lac d'Isaby, dans le Lavedan, et qu'on retrouve dans d'autres lieux pyrénéens.
Dans certains contes basques tardifs, il serait le protecteur des Basajaunak.
Au niveau des légendes, Wikipédia nous renseigne ceci :
Dans plusieurs contes, le serpent géant en flammes traverse le ciel et va s'abîmer dans l'Océan : un
Herensugue à sept têtes vole dans un bruit terrible jusqu'à Itxasgorrietas (les mers rouges du couchant). Dans une autre légende, le fils du château de Çaro réussit à
empoisonner
Herensugue qui, s'embrasant, s'envole vers la mer, abattant au passage une partie de la forêt des Arbailles. À Saint-Michel-in-Excelsis du mont Aralar, c'est bien entendu
l'archange tutélaire qui tue cette sorte de dragon. La seule différence avec le dragon traditionnel cracheur de feu, c'est que les serpents pyrénéens meurent du feu
intérieur qui les consume : le forgeron d'Arbouix tue le serpent d'Isaby en lui faisant avaler des barres de fer rouge, les héros des légendes basques lui donnent une
peau de bête remplie de poudre à canon enflammée.
Herensugue a, dans la tradition populaire, supplanté un autre serpent, Sugaar, ou Sugoi, principe mâle vraisemblablement plus ancien.
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