LES CREATURES INFERNALES BAAL Figure principale du panthéon Cananéen, adoré en Phénicie et à Carthage où on lui offrait des sacrifices humains; assimilé par les Grecs à Apollon et par les Romains à Saturne, Baal, d'abord considéré par les démonologues connue le général en chef des années infernales, devint, sous la plume des écrivains puritains du XVII~ siècle, un anti-Dieu, autrement dit, une figuration nouvelle de Satan. BAALBERITH. Démon de second ordre, maître ou seigneur de l'alliance. Il est, selon quelques démonomanes, secrétaire général et conservateur des archives de l'enfer. Les Phéniciens, qui l'adoraient, le prenaient à témoin de leurs serments (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). BABA. Démon d'origine très ancienne qui, dans l'Egypte antique, représenté par un singe d'Afrique Centrale, manifestait son pouvoir dans le domaine sexuel en privant les défunts des plaisirs de l'amour. Il y est déjà fait allusion au XIIIC chapitre du Livre des Morts, où le défunt est censé prononcer la formule suivante : «O phallus de Râ, échappé au malheur Mon impuissance pour ces millions d'années à venir est l'oeuvre de Baba, qui a employé contre moi la force au-dessus de la force, la puissance au-dessus de la puissance... « (cité par B. de Rachewiltz in Eros noir, p. 31). BABAU. "Espèce d'ogre ou de fantôme dont les nouai- ces menacent les petits enfants dans les provinces du Midi de la France, comme on les effraie à Paris de Croquemitaine, et en Flandre de Pier-Jan Claes, qui est polichinelle. Mais Babau ne se contente pas de fouetter, il mange en salade les enfants qui sont méchants. BABUCES. Démons mal définis, qui tiendraient à la fois des esprits familiers et des incubes. Jean Cassien, cité par Pierre Le Loyer dans son Discours des Spectres (Paris, 1608, p. 196), dit qu'ils sont "tantôt les honorant, tantôt se haussant, tantôt s'humiliant. Et ces Babuces ne seraient-ils pas simplement les démons familiers des maisons, ou ceux qui se laissent inclure dans les chiffres et les anneaux, voire les démons incubes des sorcières ? BACCHUS. Fils de Jupiter et de Sémèlé, princesse thébaine, Bacchus, assimilé tantôt à Dionysos et tantôt à Brahma, passait auprès des démonologues pour un démon incarné présidant l'assemblée des sorcières sous le nom de Sabazius. De ce dernier à sabbat, il n'y avait qu'un pas, qu'ils franchirent allégrement, comparant ses cérémonies aux cultes rendus aux divinités du paganisme. Ce nom de Sabazius fut ainsi longtemps consi deré comme l'origine même du terme de sabbat, avec lequel il n'entretient en fait que des rapports phonétiques.(A bien parler qu'était-ce chose des orgies de Bacchus que le sabbat des sorciers et sorcières ? Quand les bacchanales se célébraient en Grèce de trois ans en trois ans sur le mont Parnasse.., on voyait des satyres assemblés en grandes bandes, et était remarquée leur parole bien intelligible et articulée, et oyait-on des cymbales :c'est propremeent le sabbat et danse des sorcières et diables mêlés l'un parmi l'autre. Aussi ne suis-je non plus ignorant que d'autres... que Bacchus ne soit le dieu Sabazius même «(Pierre Le Loyer, Discours des Spectres... Paris, 1608, p. 706). BAEL. Démon cité dans le Grand Grimoire, en tête des puissances infernales. C'est aussi par lui que Wierus commence l'inventaire de sa fameuse Pseudomonarchia daemonum. Il appelle Baél le premier roi de l'enfer; ses Etats sont dans la partie orientale. Il se montre avec trois têtes dont l'une a la figure d'un crapaud, l'autre celle d'un' homme, la troisième celle d'un chat. Sa voix est rauque : mais il se bat très bien. Il rend ceux qui l'invoquent fins et rusés, et leur apprend le moyen d'être invisibles au besoin. Soixante-six légions lui obéissent. (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863.) BAKOU. Esprit néfaste, mangeur de songes, dans la mythologie japonaise, souvent représenté par le peintre- graveur Hokusaï. BALTAZO. Démon qui, s'étant glissé dans le cadavre d'un homme, se fit inviter à dîner par le mari de Nicole Aubry et lui proposa, s'il lui laissait passer la nuit avec elle, de la délivrer de Belzébuth, qui alors l'obsédait. Ayant pris l'avis d'un exorciste amateur, le mari conduisit son épouse dans l'église de Vervins, où il força Belzébuth à révéler que Baltazo n'était autre qu'un suppôt de Satan qui, si l'on avait accédé à sa demande, aurait emporté la femme et son âme. Ce qui, dans cette affaire, étonne le plus Pierre Le Loyer, auteur du Discours des Spectres (Paris, 1608), ce n'est pas que Baltazo ait momentanément animé un cadavre (chose fréquemment admise par les théologiens), mais qu'il ait refusé de boire de l'eau au cours du souper. L'élément de l'eau, assure-t-il, est simple « ennemi de tout fard, et découvre facilement l'imposture diabolique, qui se farde d'un corps cadavéreux et infect, et lui baille les couleurs d'une personne pleine de vie. BAPHOMET. Idole mystérieuse que les Templiers furent accusés de vénérer et dont le nom proviendrait peut-être d'une forme francisée de Mahomet. Représentation diabolique, statuette androgyne, reliquaire en forme de tête barbue ou symbole phallique, on ne le saura probablement jamais. Dessiné et décrit par Eliphas Lévi (l'abbé Constant) dans Dogme et Rituel de la Haute Magie, le Baphomet serait une « figure panthèistique et magique de l'absolu. Le flambeau placé entre les deux cornes représente l'intelligence équilibrante du ternaire; la tête du bouc, tête synthétique qui réunit quelques caractères du chien, du taureau et de l'âne, représente la responsabilité de la matière seule et l'expiation, dans les corps, des péchés corporels. Les mains sont humaines, pour montrer la sainteté du travail, elles font le signe de l'ésotérisme eH haut et en bas, pour recommander le mystère aux initiés et elles montrent deux croissants lunaires, l'un blanc qui est en haut, l'autre noir, de la miséricorde et de la justice. Le bas du corps est voilé, image des mystères de la génération universelle, exprimée seulement par le symbole du caducée. Le ventre du bouc est écaillé, et doit être coloré en vert; le demi-cercle qui est au-dessus doit être bleu ; les plumes, qui montent jusqu'à la poitrine, doivent être de diverses couleurs. Le bouc a un sein de femme, et ne porte ainsi de l'humanité que les signes de la maternité et ceux du travail, c'est-à- dire les signes rédempteurs. Sur son front, entre ses cornes et au-dessous du flambeau, on voit le signe du microcosme ou le pentagramme, la pointe en haut, symbole de l'intelligence humaine, qui, placé ainsi au- dessous du flambeau, fait de la flamme de ce dernier une image de la révélation divine. Ce panthée doit avoir pour siège un cube, et pour marchepied soit une boule seule, soit une boule et un escabeau triangulaire... BARBATOS. Grand et puissant démon, comte-duc aux enfers. Il se montre sous la figure d'un archer ou d'un chasseur; on le rencontre dans les forêts. Quatre rois sonnent du cor devant lui. Il apprend à deviner par le chant des oiseaux, le mugissement des taureaux, les aboiements des chiens et les cris de divers animaux... Ce démon qui était autrefois de l'ordre des venus des cieux ou de celui des dominations est réduit aujourd'hui à commander trente légions infernales. Il connaît le passé et le futur (Wier, Pseudomonarchia daemonum). Collin de Plancy, pour sa part, le compare à Robin des Bois. BARBE-BLEUE. Titre d'un conte de Perrault. Le sire de Barbe-Bleue, modèle d'un satyre féroce, égorgeur de ses six épouses, a parfois été assimilé, bien à tort, à Gilles de Laval, seigneur de Rays, qui, négligeant les femmes, s'en prenait au contraire à la vie des jeunes garçons. Il se peut aussi que les parents desdits enfants leur aient vivement conseillé de s'écarter du chemin où passait «Cassenoix ", le cheval barbe aux reflets bleuâtres du sire de Rays... BARBET. Chien d'arrêt à poils longs et frisés, émissaire de Méphistophélès dans le Faust, de Goethe. Le surnom de barbets fut donné aux Vaudois du Dauphiné et du Piémont, puis aux Calvinistes des Cévennes (dictionnaire Larousse). BARON-SAMEDI. Divinité du Vaudou haïtien, fréquemment assimilée à Satan par le clergé catholique, le Baron-Samedi - Baron-La-Croix, ou Maître-Cimetière chef des esprits de la mort associée à la luxure, protègele les nécropoles où il réside. C'est à lui qu'il convient en premier de s'adresser, en lui sacrifiant un bouc noir, lorsqu'on désire "fabriquer" un zombie. "Son temple est le cimetière ", écrit C.-H. Dewisme, " à l'entrée duquel il f est souvent représenté par une croix latine sur laquelle est gravée une tête de mort placée au-dessus d'une croix de Saint-André. Parfois, comme je l'ai vu au cimetière de Bois-Verna, près de Port-au-Prince, il s'agit d'un véritable r monument de briques peintes, avec inscriptions et feuilles d'orme stylisées, emblème du Baron (Les Zombis ou le secret des morts-vivants, Paris, 1957, p. 55). BARRABAM.Nom donné au grand Diable qui présidait au xvïîe siècle les cérémonies du sabbat dans la province basque du Labourd. Pierre De Lancre écrit à son sujet que les sorcières "faisant semblant d'avoir leur maître en horreur, l'appellent par dédain Barrabam. Mais quelquefois aussi elles l'appellent également notre seigneur Barrabam (Tableau de l'Inconstance... Paris, 1612, liv. 6, disc. 3). BARRON.Né du cerveau de Francesco Prelati, pour complaire à son maître, le démon Barron devait, en principe, révéler à Gilles de Rays l'existence de trésors cachés, et lui enseigner la magie noire. Il se montra, paraît-il, à dix ou douze reprises à Prelati, sous la forme d'un beau jeune homme, lui fit voir une grande quantité d'or en lingots, puis se changea en un énorme serpent qui disparut soudain. Pour le contenter, Cilles de Rays signa une cédule qui n'engageait ni sa vie, ni son âme, et lui sacrifia les mains, les yeux et le coeur d'innombrables enfants. Barron cependant resta muet à ses demandes de science, pouvoir et richesse, et ne fit plus jamais parler de lui. BASILIC. Animal fabuleux fréquemment représenté dans les Bestiaires et dans la sculpture romane, sous la forme d'un dragon ailé muni d'ergots de coq et d'une queue de serpent entortillée; né de l'oeuf d'un coq âgé de sept ans, couvé par un crapaud. Avec le lion et l'aspic, le basilic passe pour l'un des symboles les plus évidents de la prèsence diabolique. Son regard est capable de foudroyer celui qui a le malheur de le contempler trop longtemps; lui-même n'y peut résister et meurt rien que de s'apercevoir dans un miroir. On prétend que les basilics vivent au fond des puits, que d'ailleurs ils empoisonnent. BATHORY (Erzébeth). Née en 1560 dans une illustre Maison hongroise, qui compta plusieurs souverains, mais aussi un bon nombre de pervers sexuels et de dégénérés, la Comtesse Bathory se rendit célèbre à jamais par la saignée à blanc d'environ six cents jeunes filles, dont l'hémoglobine était censée assurer la pérennité de sa réelle beauté. Profondément sadique, lesbienne, épileptique (?) et scoptophile, la « Comtesse sanglante « se plaisait à martyriser au préalable les genitalia de ses victimes, au moyen de tenailles, de ciseaux et de pincettes, en attendant qu'un groupe de sorcières et de rabatteurs spécialisés fasse disparaître leurs restes exsangues. Une quête visuelle, comme l'écrit Cécile Collée, l'avait d'ailleurs entraînée à animer la construction d'une « Vierge de fer « ; objet « diabolique « s'il en fut... « Cette grande dame de fer nue, fardée, d'une chevelure abondante, se mettait à sourire lorsque ses bras, refermés sur une jeune fille, la transperçaient alors de cinq poignards érigés à la place des seins. Le sang, là aussi, était recueilli afin d'alimenter des bains pour une peau blanche et sans rides « (revue Frénésie, n5 1, p. 99). Lente à réagir, la Justice se décida enfin à intervenir en janvier 1611, contre cette goule, cette louve mauvaise, cette femme dont « la cruauté si monstrueuse et la tyrannie tellement satanique fut sans exemple chez la femme depuis le commencement du monde chrétien «, selon l'accusation. Enfermée à vie, Erzébeth périt d'ennui quatre ans plus tard dans l'un de ses châteaux... « Ce que Sade sut d'Isabeau de Bavière, devait écrire Georges Bataille, l'exalta. Erzébeth Bathory aurait tiré de lui un hurlement de fauve. BEFANA. Vieille sorcière mythique, plus païenne que chrétienne, vraisemblablement héritière de celles qu'au Moyen Age on chassait des villages à grand renfort d'instruments musicaux discordants, Befana (corruption du mot Epiphanie) continue d'attirer chaque année la foule romaine et étrangère vers la Piazza Navona, où le charivari atteint des proportions « infernales « BÉHMOTH.Démon qui dans le Livre de Job (XL et XLI) est désigné comme un gigantesque hippopotame qui, à l'instar du dieu Seth, de l'ancienne Egypte, « se couche sous les lotus au milieu des roseaux et des marécages. Sa force réside dans ses reins et sa vigueur dans les muscles de son ventre, et personne n'ose se mesurer à ses terribles mâchoires. « Il est, confirme Boguet, dans son Discours des Sorciers (p. 22), « le Roi de tous les enfants d'orgueil et de superbe «, et le P. Surin affirme que par haine de Dieu « il a vraiment une obstination et une dureté très remarquable « (Science expérimentale, p. 223). Comme l'hippopotame dévore de grandes quantités de nourriture, on en a fait le démon de la gourmandise et de l'intempérance; ainsi Béhémoth aime-t-il à fréquenter les marins qui blasphèment dans les cabarets, ce qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de satisfaire toutes sortes de lubricités. D'aucuns prétendent qu'il s'amusait jadis à tenter les pieux ermites dans le désert, et qu'il n'épargna point saint Antoine. Le Livre de Job ayant précisé que sa queue était aussi ferme qu'un cèdre, Léo Taxil devait surenchérir en émettant cette ineptie, donnée à titre purement anecdotique: « Les 1100 légions d'insexuels commandés par Bébémoth ont aussi le nom de "frétillants " ou daimons qui frétillent de la queue ". En effet, s'il faut en croire certains conférenciers palladistes, les autres daimons n'ont pas de queue; ceux-ci, anciens maléachs déserteurs, sont seuls à en posséder; queues énormes, pleines d'écailles, que Lucifer, au surplus, a considérablement allongées... « (Le Diable au XIXY siècle, tome Il, p. 902). BELIAL Démon adoré des Sidoniens. L'enfer n'a pas reçu d'esprit plus dissolu, plus crapuleux, plus épris du vice pour le vice même. Si son âme est hideuse et vile, son extérieur est séduisant. Il a le maintien plein de grâce et de dignité. Il eut un culte à Sodome et dans d'autres villes ; mais jamais on n'osa trop lui ériger des autels (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). Jean Wier ajoute que, créé immédiatement après Lucifer, Bélial entraîna la plupart des anges dans la révolte aussi futll renversé du ciel un des premiers (Pseudoznonarchia daemonum). Une légende veut que le roi Salomon soit L'horrible démon Belphégor, venu à bout de ses sortilèges, et qu'il ait réussi à trônant sur sa chaise percée,enfermer dans une bouteille Bélial et son armée de tet que le dépeint L. Breton, 522 290 démons «d'aprés des documentstormels «. pour te(Voir: Salomon.) Dicrionnaire infernal de collin de Plsncy. BELPHEGOR. Démon des découvertes et des inventions ingénieuses. Il prend souvent un corps de jeune femme Il donne des richesses. Les Moabites, qui l'appelaient Baalphégor, l'adoraient sur le mont Phégor. Des rabbins disent qu'on lui rendait hommage sur la chaise percée, et qu on lui offrait l'ignoble résidu de la digestion; c'était digne de lui. C'est pour cela que certains doctes ne voient dans Belphégor que le dieu Pet ou Crepitus; d'autres savants soutiennent que c'est Priape... Wierus remarque que c'est un démon qui a toujours la bouche ouverte; observation qu'il doit sans doute au nom de Phégor, lequel signifie, selon Le Loyer, crevasse ou fendasse, parce qu'on l'adorait quelquefois dans des cavernes, et qu'on lui jetait des offrandes par un soupirail (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). BELZÉBUTH (BELZÉBOUL ou BEELZÉBUB). Premier en pouvoir et en crime après Satan, pour le poète Milton; qualifié de prince des démons par les Evangélistes (Matthieu XII, 24; Luc XI, 15; Marc III, 22), Belzébuth, qui appartient à la première Hiérarchie des mauvais anges, fut jadis appelé dans le pays de Canaan: «Seigneur de l'ordure » et «Seigneur des mouches «. Il chassait, en effet, ces dernières des moissons qu'elles infestaient, et son temple s'en trouvait tout à fait libéré. On ignore cependant l'aspect qu'il prend devant ses adorateurs. Certains le comparent à une énorme mouche; d'autres le confondent avec Priape ou Bacchus. Le monarque des enfers, dit Palingène (cité par Collin de Plancy, édit. de 1825), « est d'une taille prodigieuse, assis sur un trône immense, ayant le front ceint d'un bandeau de feu, la poitrine gonflée, le visage bouffi, les yeux étincelants, les sourcils élevés et l'air menaçant. Il a les narines extrêmement larges, et deux grandes cornes sur la tête; il est noir comme un maure, deux grandes ailes de chauve-souris sont attachées à ses épaules; il a deux larges panes de canard, une queue de lion, et de longs poils depuis la tête jusqu'aux pieds ». Mais il peut aussi revêtir bien d'autres aspects, séduisants parfois, témoin: Biondetta... Signalons que les Encyclopédistes, par plaisanterie, se donnèrent parfois le surnom de «Frères en Beelzébub". (Voir : Baltazo, Biondetta, Nicole Aubry.) BERICH. Démon spécialisé dans la découverte des trésors, que l'abbé de Sarcelles évoquait autour de l'année 1325. BHENG. Démon, maitre du monde souterrain, dans la tradition bohémienne. BIONDETTA. Séduisante, voluptueuse et redoutable émanation de Belzébuth, capable de changer de sexe comme d'apparence (chameau, épagneul, succube. ..~ Biondetta vient charmer, dans le Diable amoureux de Jacques Cazotte, les loisirs d'Alvare, capitaine aux gardes du roi de Naples. Alors qu'ils s'apprêtent à faire l'amour, Biondetta lui révèle sa véritable nature diabolique, en ces termes passionnés : » Laisse couler dans tes veines un peu de cette flamme délicieuse, qui par les miennes sont embrasées; adoucis, si tu peux, le son de cette voix si propre à inspirer l'amour, et dont tu ne te sers que trop pour effrayer mon âme timide; dis-moi enfin, s'il t'est possible, mais aussi tendrement que je l'éprouve pour toi : mon cher Belzèbuth, je t'adore... » Charles Baudelaire devait reprendre cette dernière expression dans son poème » le Possédé » (Fleurs du Mal, XXXVII): » Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore; Il n'est pas une fibre en tout mon corps tremblant Qui ne crie : O mon cher Belzébuth, je t'adore » BISCLAVRET. Terme breton désignant le loup-garou, notamment mentionné dans les Lais de Marie de France (XII» siècle), à propos d'un baron qui, chaque semaine, disparaissait pendant trois jours entiers, vivant dans la forêt de rapines et de proies. Lui ayant arraché son secret, sa femme épouvantée voulut se séparer de lui. Elle engagea donc un amant à voler les habits du mari, qui se devait mettre nu pour opérer la métamorphose. Du coup, le malheureux bisclavret devint loup pour de bon, tandis que la femme épousait son amant. Au cours d'une chasse, le roi l'ayant épargné, le loup s'humilia en criant merci, et devint désormais l'un des plus beaux ornements de la cour. La dame et l'amant invités à une fête, se trouvèrent tout à coup exposés aux fureurs du loup, qui voulut dévorer l'homme et croqua le nez de son ex- épouse. Le bisclavret ayant récupéré ses vêtements expliqua tout au roi qui, au lieu de le faire brûler (comme cela se passerait quatre siècles plus tard), le courut baiser plus de cent fois, lui rendit ses domaines et fit exiler les deux adultères : » Et celui-là partit avec elle, pour qui elle avait trahi son seigneur. Elle en eut beaucoup d'enfants; mais on reconnaît toutes les femmes de ce lignage à ceci : c'est qu'elles naissent sans nez, et qu'elles vivent ainsi énasées. L'aventure que vous avez ouïe est vraie d'un bout à l'autre, n'en doutez pas... » (les Lais de Marie de France, transposés en funçais moderne par Paul Tuffrau. Paris, 1959). BISCORNET. Démon auquel on doit, selon la légende, la fabrication des serrures et des ornements métalliques des portes de Notre-Dame de Paris. » .., Un ouvrier serrurier s'étant présenté pour être reçu maître dans sa corporation, on lui imposa pour chef-d'oeuvre de ferrer les portes de Notre-Dame de Paris. Cet ouvrage étant au- dessus de ses forces, un démon parut devant lui et s'offrit à lui faire son chef-d'oeuvre s'il voulait bien lui vendre son âme. L'ouvrier y consentit. Le lendemain les quatre portes des deux portails de droite et de gauche étaient terminées; mais le démon Biscornet se déclara incapable de faire celles du portail du milieu, parce que détail par là que passait le Saint-Sacrement lors des processions. L'ouvrier se trouva donc délié de son serment vis-à-vis du Diable, mais il garda néanmoins les quatre portes faites, et fut reçu maître » (Grillot de Givry, le Musée des Sorciers, pp. 153-154). BITHIES. Sorcières de l'antique Scythie qui, dit-on, pouvaient tuer de leur seul regard. Pline (VII, 17) prétend qu'elles possédaient deux globes oculaires différents : l'un avait une prunelle double, l'autre renfermait l'image d'un cheval. BUER. Démon de seconde classe, présidant aux enfers, il a la forme d'une étoile ou d'une roue à cinq branches, et s'avance en roulant sur lui-même. Il enseigne la philosophie, la logique et les vertus des herbes médicinales. Il se vante de donner de bons domestiques et de rendre la santé aux malades. Il commande cinquante légions (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). BYLETH. Démon fort et terrible, l'un des rois de l'enfer, selon la e Pseudomonarchie e de Wierus. Il se montre assis sur un cheval blanc, précédé de chats qui sonnent du cor et de la trompe... On doit avoir soin, lorsqu'il paraît, de lui faire un accueil gracieux, de le complimenter sur sa bonne mine, de montrer qu'on fait cas de lui et des autres rois ses frères : il est sensible à tout cela... Il était autrefois de l'ordre des puissances ! Il espère un jour remonter dans le ciel sur le septième trône, ce qui n'est guère croyable. Il commande quatre-vingts légions (Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863).