LES CREATURES INFERNALES TAP (ou GAAP). Grand président et grand prince aux enfers. Il se montre à midi lorsqu'il prend la forme humaine. Il commande à quatre des principaux rois de l'empire infernal ... Gaap ou Tap excite à l'amour, à la haine... Il transporte très promptement les hommes dans les différentes contrées qu'ils veulent parcourir. Il commande à soixante légions (Wier, Pseudomonarchia daemonum). TARENTULE. Grosse araignée du groupe des lycoses européennes dont la piqûre passe à tort pour provoquer le tarentisme, autrement dit la possession, sous forme de chorée ou danse de Saint-Guy. Les personnes mordues par cette araignée sont dites tarentuièes ; on les rencontre principalement dans les Pouilles et la Calabre. TERRAGON. Démon familier ardent au déduit, et tout spécialement attaché à la personne du roi de France Henri III, protecteur des devins, sorciers et autres suppôts de l'enfer.«Henri, vous savez que lorsque vous donnâtes liberté à tous sorciers et enchanteurs et autres divinateurs, de tenir libres écoles en chambres de votre Louvre, et même dans votre cabinet, à chacun d'iceux une heure le jour, pour mieux vous instruire, vous savez qu'ils vous ont donné un esprit familier nommé Terragon. Henri, vous savez qu'aussitôt que vous vîtes Terra gon, vous l'appelâtes votre frère en l'accolant, et, la nuit suivante il coucha dans votre chambre, seul avec vous dans votre lit... Henri, vous savez bien que ce dit Terragon eut affaire un jour à une fille de joie, en la chambre secrète; de quoi icelle cuida mourir, suivant le récit qu'elle a fait à ses privés amis, certifiant que Nogaret ou Terragon n'est pas un homme naturel, parce que son corps est trop chaud et trop brûlant; c'est pour charme et sortilège que vous avez donné pour époux à la comtesse de Foix votre démon favori. Elle a dit que la première nuit de ses noces fut Terragon d'elle évanoui; et puis le matin se trouva couché prés d'elle, et alors icelui Tenagon la voulait dépuceler; elle ne sut endurer sa chair si chaude qu'elle était, dont le jour ensuivant ne cessa de pleurer devant sa tante.' (Remontrances â Henri de Valois. Paris, 1589). TI-MONSTRE. Déformation antillaise de petit monstre. Pour l'obtenir, il faut, nous disent Maurice Mességué et André Gayot, » couver sous son aisselle, pendant vingt et un jours consécutifs, sans la moindre interruption, l'oeuf d'une poulette de trois mois, pondu le soir du Vendredi saint. Il en sort une créature étrange, qui ne ressemble en rien à un poulet. Cet homoncule procure fortune et amour à son propriétaire » (Ce soir le Diable viendra te prendre, p. 34). TINTINILLUS. Démon qui, au cours de l'ère médiévale, avait pour mission » de recueillir dans un grand sac les versets des psaumes que les moines sautent en bredouillant, les syllabes mangées, les oraisons écourtées. Un moine prétendit l'avoir aperçu un jour; il était d'une taille colossale et il portait un grand sac qu'il disait remplir mille fois par jour » TIRÊSIAS. Devin d'origine thébaine auquel il est fait llusion aux Chants X et XI de l'Odyssée, d'Homère, jusque ayant gagné les rivages de l'Hadès, Ulysse sacrifie aux morts des vaches stériles dont le sang les attire. Tenant le sceptre d'or, l'ombre de Tirésias s'approche du héros, et lui parle en ces termes : » Pourquoi donc, malheureux, abandonner ainsi la clarté du soleil et venir voir les morts en ce lieu sans douceur ? Allons écarte-toi de la fosse et détourne la pointe de ton glaive tue je boive le sang et te dise le vrai Il dit : je m'écartai et remis au fourreau mon glaive à clous d'argent. Il vint boire au sang noir... » (traduction de Victor Bérard). leaucoup d'autres morts suivent d'ailleurs Tirésias, et ingestion du sang leur fait retrouver la parole, à défaut fun retour momentané à un semblant de vie, comme :ela pourrait être le cas avec le vampirisme. TLAZOLTEOTL. Déesse mexicaine, que l'on représentait cheval sur un balai, nue, et volant vers une assemblée assimilable au sabbat. Comme leurs consoeurs d'Europe, iote Lewis Spence dans Magic and Mysteries ofMenco, les sorcières précolombiennes s'oignaient le corps d'un onguent spécial qui facilitait leur voyage; leur tisage était poudré de cendre blanche et parfois l'image d'un papillon était dessinée autour de leur bouche Grande Déesse Dévoratrice d'Immondices », Maîtresse des Sorcières », Tlazolteotl, symbolisée par le serpent, le balai et le mille-pattes, régnait sur la Lexualité, dont elle absolvait d'ailleurs les excès pour ies fidèles sachant se repentir à leur heure dernière. )ans The Gods of Mexico, C-A. Burland estime que cette divinité pourrait se rapprocher de Koré, d'Artémis, de Perséphone et d'Hécate, liées chacune à une phase de la hune; cette dernière, remarque Jean Marqués-Rivière, jouait le rôle d'un grand réservoir, d'une puissance nagique hautement vénérée. Et il ajoute que le dieu du sabbat était souvent Tezcatlipoca, le Satan américain : Un de ses instruments de musique préférés était une iûte faite d'un os du bras d'une femme morte... Un : entre de Magie noire était établi au croisement de quatre chemins; des gâteaux en forme de papillon et des "pierres de tonnerre" étaient offerts. Des rites astrologiques, maléfiques étaient associés à ces cérémonies. Un collège de sorcières existait dans la région de Huaxtec, près de la côte; ces sorcières étaient les amazones qui conquirent Rollan, la capitale de la Vallée de Mexico, à !époque des Toltec et qui, à cette occasion, offrirent de rembreux sacrifices humains à leur patronne. Les sorcières avaient un chef : l'Homme Noir » (Amulettes, Talisrnans et Pantacles... Paris, 1950, pp. 180-182). TOURNECUILLÊRE. Démon polymorphe et bien nommé puisqu'il apparaissait, au début du XIX» siècle, dans la boutique d'un épicier de Sézanne, Tournecuillène » dansait au milieu des verres, sous forme humaine avec des échasses, sans en casser un seul, puis il disparaissait... D'autres fois il prenait la forme d'un crapaud monstre, avec une tête de crocodile et le bec d'un oiseau de proie; ses jambes torses, de longueur inégale étaient terminées par des griffes... Les griffes des pattes de devant avaient de trois à quatre centimètres de long. Les griffes de derrière étaient plus longues encore, elles avaient huit centimètres. Tout cet ensemble faisait de cet animal le plus singulier crapaud que l'on puisse voir » (Bizouard. Des rapports de l'homme avec le démon, tome IV, pp. 498 et suiv.). Il existe de fortes présomptions qu'à l'instar de Berbiguier, obsédé parles farfadets, l'épicier de Sézanne ait eu de singulières hallucinations, dues peut-être à un abus d'alcool, voire au delirium tremens... TRAGOPHANADES. Démon fabuleux, revêtant l'aspect d'un bouc-oiseau, que Pline et Pierre Le Loyer nous décrivent de cette étrange manière : "Ce n'est autre qu'un des satyres diables, et un bouc ailé qui se montrait aux païens. Et hormis les ailes que je crois avoir été de chauve-souris, Pline dépeint son Tragophanades comme on peint les diables. Car le Tragophanades est affirmé de ceux qui l'ont vu, plus grand qu'un aigle, avoir au droit des tempes deux cornes courbées et retortillées comme le bélier, être de couleur brune tannée par tout le corps, et avoir la tête et la face rouge et de couleur sanguine. » (Discours des Spectres, Paris, 1608, Livre III, ch. 5, pp. 193-194).