LES CREATURES INFERNALES CABIRES. Divinités grecques dont l'origine exacte demeure inconnue, que les démonologues ne manquèrent pas, cependant, de transformer en entités infernales. Ce qui est certain, écrit ainsi l'abbé Migne dans son Dictionnaire des Sciences Occultes (Paris, 1846), c'est que les Cabires sont des démons qui présidaient autrefois à une sorte de sabbat. Ces orgies, qu'on appelait fêtes des Cabires, ne se célébraient que la nuit l'initié, après des épreuves effrayantes, était ceint d'une ceinture de pourpre, couronné de branches d'olivier et placé sur un trône illuminé, pour représenter le maître du sabbat, pendant qu'on exécutait autour de lui des danses hiéroglyphiques (?) plus ou moins infâmes.» CACODÉMONS. Nom donné dans l'Antiquité aux esprits malfaisants, par opposition aux Eudémons. Mutatis mutandis, les Cacodémons pourraient se rapprocher des mauvais anges et les Eudémons, des anges gardiens. CAINITES. Secte gnostique qui vénérait Caïn, révolté contre le Créateur et représentant du Mal en ce monde. La secte prenait radicalement le contre-pied de la morale ordinaire et se disait favorable à l'homosexualité. » Gloire à Caïn gloire à Sodome gloire à Judas Caïn fit la race des forts. Sodome épouvanta la terre avec son châtiment; et c'est par Judas que Dieu sauva le monde Oui, Judas ! Sans lui pas de mort et pas de rédemption » (Flaubert, la Tentation de saint Antoine). Pour certains rabbins, Caïn aurait été le fruit des amours d'Eve et du serpent tentateur. C'est ce dernier qui lui aurait appris, en écrasant sur une pierre la tête d'un oiseau, le moyen de se débarrasser de son frère Abel. A la suite de son crime, Caïn se serait souillé de toutes sortes d'infamies et livré passionnément à la sodomie. (Voir : Sodomie.) CAMBIONS. Rejetons diaboliques nés des rapports sexuels entre les incubes et les succubes, les cambions, à en croire Luther, ne vivent guère au-delà de sept ans mais apparaissent, ajoute Bodin, "beaucoup plus pesants que les autres, et sont toujours maigres et tariraient trois nourrices sans engraisser" (Démononanie, Livre Il, ch. 7). CANIDIE. Sorcière romaine qui, au 1»' siècle de notre ère, en compagnie de Sagana, sa consoeur en nécromancie, allait enterrer vivants, au cimetière des Esquilies, de jeunes enfants dérobés, dont toutes deux tiraient ultérieurement les ingrédients nécessaires à la préparation de leurs philtres d'amour. Voici ce qu'en dit Horace dans le premier livre de ses Satires : » Lorsque ayant, d'une bouche tremblante, exhalé ces plaintes, l'enfant fut là, immobile, dépouillé de ses insignes, corps impubère et tel qu'il eût pu attendrir le coeur impie des Thraces, Canidie, les cheveux entrelacés de courtes vipères sur sa tête décoiffée, ordonne que des figuiers sauvages arrachés des tombeaux, ordonne que des cyprès funèbres, et trempés dans le sang du crapaud hideux, les oeufs et la plume du hibou nocturne, que des herbes... et des os dérobés à la gueule d'une chienne à jeun soient brûlés sur des flammes de Colchide. Mais voici, retroussée, Sagana qui va par toute la maison répandant les eaux de l'Averne, les cheveux dressés comme se hérisse un hérisson de mer ou un sanglier courant. Sans qu'aucun remords l'arrêtât, Vèia, d'un dur hoyau, creusait le sol en haletant sous l'effort, pour que l'enfant, enseveli là, pût mourir au spectacle d'une nourriture changée deux ou trois fois au cours d'une longue journée, émergeant du visage comme le nageur suspendu sur l'eau ne la dépasse que du menton : ainsi en prélevant sa moelle et son foie desséchés, on en composerait un breuvage d'amour, quand une fois ses prunelles attachées sur les mets interdits se seraient éteintes » (texte établi et traduit par F. Villeneuve). CAUCHEMARES (ou COCHE-MARES). Sorciers et sorcières qui, à l'instar des incubes et des succubes, viennent, par leurs lubricités, troubler le sommeil des honnêtes gens. "Au pays de Valois, et de Picardie, écrit Jean Bodin, il y a une sorte de sorciers qu'ils appellent coche-mares et de fait Nicolas Noblet, riche laboureur demeurant à Haute-Fontaine en Valois, m'a dit que, lui étant jeune garçon, il sentait souvent la nuit tels incubes ou éphialtes, qu'il appelait coche-mares... Aussi nous lisons une semblable histoire au livre huitième de l'Histoire d'Ecosse, étant quelqu'un toutes les nuits opprimé d'une sorcière, en sorte qu'il ne pouvait crier, ni s'en dépêtrer, enfin il en fut délivré par prières et oraisons» (Démonomanie, Livre Il, ch. VII). CAVALIER NOIR. Appellation populaire du Diable, à rapprocher de celle de Grand homme noir, désignant le même personnage. CAYM. Démon de classe supérieure, grand président aux enfers il se montre habituellement sous la figure d'un merle... C'est, dit-on, le plus habile sophiste de l'enfer; et il peut, par l'astuce de ses arguments, désespérer le logicien le plus aguerri. C'est avec lui que Luther eut cette fameuse dispute dont il nous a conservé les circonstances... Quelquefois il s'est montré en homme coiffé d'une aigrette et orné d'une queue de paon. Ce démon, qui fut autrefois de l'ordre des anges, commande à présent trente légions aux enfers (Wier, Pseudomonarchia daemonum). CERBÈRE. Chien monstrueux auquel Hésiode donnait cinquante têtes : chiffre que doublait Horace; chargé de protéger dans la mythologie gréco-romaine l'entrée et la sortie du domaine de Proserpine et de Pluton. On le représente, en général, armé de trois gueules menaçantes, le dos couvert de serpents venimeux et s'achevant par une queue de dragon. Orphée parvint néanmoins à le charmer par ses chants; Enée le calma en lui offrant un gâteau que la Sibylle avait truffé d'un narcotique, et Héraklès parvint à l'amener pour un temps à Trézène. De là il retourna aux Enfers où Dante le rencontra, si l'on en croit la Divine Comédie... Les démonologues de la Renaissance - jean Wier, notamment, qui l'assimile à un certain Nabérus - firent de Cerbère un démon que l'on conjurait d'ailleurs au cours des exorcismes. A propos de la possession d'une femme du pays de Laon, en 1565, Belleforest écrit dans ses Histoires prodigieuses (Paris, 1575, fol. 119 verso) " Légion et Astaroth, colonels sataniques, étant sortis, restaient les grands capitaines Cerbère et Belzébuth à quitter la place, et lesquels tenaient encore bon contre les adjurations". Cerberus, ajoute-t-il plus loin (fol. 111 verso), " qui se tient en l'air, en l'eau et en la terre, est un démon très pernicieux". CHAMAN (CHAMANISME). Depuis le début du siècle, l'ethnologie a coutume d'appeler shaman, chaman ou chamane, medecine-man, (grand) sorcier, voire magicien, les individus doués de pouvoirs magico-religieux, dont le caractère extatique leur confère un rôle essentiel dans les sociétés primitives. Il existe un chamanisme sibérien, indonésien, océanien, nord et sud-américain. Malgré cette diversité géographique, les traits de ces chamanismes sont si constants qu'on a pu les intégrer dans l'étude de certaines religions de peuples évolués et que l'on a parlé de chamanisme chinois, indien, iranien, germanique pour désigner l'ensemble des éléments primitifs et magiques subsistant dans les religions ou le folklore de ces peuples. Au sens strict, le chamanisme est un phénomène centro-asiatique et il peut se définir comme une technique de l'extase, dotée de pouvoirs miraculeux. Dans son extase, le shaman communique avec les Esprits de la Nature ou avec les morts, pour devenir, à l'issue d'une sorte de " possession " l'instrument docile de leur volonté. Le shaman est un élu, appelé par vocation. Car il n'est pas seulement magicien, mais également mystique, prêtre, poète, responsable des âmes et de la vie religieuse de la communauté (dans la mesure où l'âme est impliquée). La vocation se manifeste de différentes manières : par hérédité de la ligne féminine chez les Vogouls, par hérédité masculine et reconnaissance des Esprits, chez les Ostyaks et les Samoyèdes sibériens par révélation en rêve d'un shaman défunt, chez les Toungouses transbaïkaliens; par un don inné du ciel, chez les Ostyaks orientaux et les Vasiuganes, etc. Comme les médiums, le shaman est souvent affecté d'états morbides qu'Ohlmarks qualifiait d'hystérie arctique Cependant le shaman est toujours maître de sa transe. Il ne faut donc pas le confondre avec l'épileptique; il demeure, comme l'a écrit Eliade, "un malade qui a réussi à guérir, qui s'est guéri lui-même ", et qui prétend guérir les autres. L'expérience du shaman est riche en extases, états fébriles et rêves, " venus du ciel ", ou provoqués. Elu, ayant subi sa "maladie-initiation» (souffrance, mort et résurrection symboliques), le shaman devient le grand maître de la transe extatique. Cette extase lui permet notamment : de discerner les âmes des mortels, de les suivre lorsqu'elles quittent leur corps (sommeil ou mort) et de les ramener éventuellement dans ce corps ; de descendre aux Enfers pour racheter les âmes d'accidentés ou de malades, et les ravir aux démons voraces; de monter au Ciel et de converser avec les dieux. Bref, elle le libère des servitudes de l'espace et du temps. Elle lui accorde d'étonnants pouvoirs : lévitation, vol dans les airs, invisibilité, maîtrise du feu, dépècements initiatiques, etc. Guérisseur et "conducteur d'âmes", le shaman dompte les éléments, comprend le langage secret des dieux et des démons, prend à volonté des formes animales, se rend invisible à son gré, maîtrise la chaleur, et, produisant pour lui-même une sudation magique, dompte le froid et brave les blessures (Julien Tondriau). Il est impossible, aujourd'hui encore, de contrôler scientifiquement, ou même d'estimer les résultats atteints par les chamans, dans les sociétés primitives. Tout au plus peut-on imaginer qu'ils ont inspiré, à l'origine, certaines techniques du yoga. Techniques qui permettent d'arriver à une telle maîtrise de soi, corporelle et mentale, que les résultats peuvent revêtir quelque apparence magique. CHAMPIS. Nom, originaire du Centre de la France, donné aux enfants trouvés dans les champs et dont on attribuait la paternité au Diable. Il ne semble pas que ces enfants aient revêtu des aspects particulièrement horribles ou monstrueux; on ne saurait donc les confondre avec les cambions. On donnait également le nom de champis aux fils des prêtres et aux bébés issus d'un concubinage. CHARUN. Impitoyable démon - au sens antique de ce terme - personnifiant la mort à l'entrée des tombeaux étrusques, où il se trouve représenté avec un long nez crochu, une bouche au rictus cruel, une barbiche noire et des cheveux ébouriffés. Sa chair bleu-verdâtre (putrifiée) est recouverte d'une tunique qui laisse parfois passer les plumes jaunâtres de ses vastes ailes. Charun, que des serpents accompagnent, porte fréquemment un maillet sur l'épaule gauche, pour assommer les moribonds. Le fait qu'il apparaisse couronné d'une auréole - insigne divin - le distingue d'une créature infernale, au sens chrétien du terme (ce qui n'empêchera pourtant pas saint Grégoire le Grand de donner encore un marteau pour emblème au Diable...). C'est un personnage psychopompe, qui contrôle le passage des âmes dans l'Au-delà à l'instar d'Hermès et de Charon, auquel on l'assimilera par erreur. CHAT. Mammifère carnassier de la famille des félins; très vénéré en Egypte pharaonique; protégé par Mahomet le Prophète ; ayant rendu d'immenses services en détruisant les rats lors de la terrible épidémie de peste qui sévit en Europe, de 1346 à 1353, le chat, et tout spécialement le chat noir - le gattus niger-, fut par la suite regardé comme un animal maléfique. On prétendit que le Diable et les sorciers se métamorphosaient en chats pour se rendre au sabbat et que, sous cette forme, les stryges allaient étouffer les enfants au berceau. De leur côté, les démons-chats s'en prenaient audacieusement aux prêtres et aux nonnes. Ainsi vit-on un chat gigantesque sodomiser le curé Picart à la fin d'une messe noire, tandis qu'un autre s'en prenait à la vertu de Madeleine Bavent. "Il m'est arrivé, écrit-elle dans sa Confession (Paris, 1652), par deux fois d'avoir rencontré, entrant dans ma cellule, ce maudit chat sur mon lit en une posture la plus lascive qui se puisse dire, et portant tout le semblable des hommes. Il m'effraya, et je pensai à m'échapper : mais en un moment il saute sur moi, m'abat violemment sur le lit, et jouit de moi par force, me faisant sentir des tourments étranges. Pour conjurer le mauvais sort, on enfermait des chats vivants dans les fondations des forteresses, et on les murait dans les piles des ponts. En Angleterre, le démon prenait le nom du chat Grimalkin, que l'on pendait aux fourches patibulaires. En France, on brûlait vifs les chats au soir de la Saint-Jean. Issue peut-être d'une coutume gauloise, cette barbare distraction dura jusqu'en 1648; on plaçait les animaux dans un sac de toile et, tel le bourreau sur la place de Grève, le roi allumait les fagots, puis on laissait les chats tomber dans le brasier. De son côté, le Diable exigeait, pour apparaître, l'offrande d'un chat noir, lors de l'évocation, et l'on sait qu'Aleister Crowley pratiquait également ce sacrifice au cours de ses rituels sexualo-magiques. A l'inverse, on estimait aussi que certains chats noirs, bien nourris, choyés et caressés pouvaient découvrir des trésors cachés. « Les Péruviens affectionnent le chat qu'ils considèrent comme un démon chargé d'apporter la nourriture ", certifie Lydie Krestovsky dans la Laideur dans l'art à travers les âges (Paris, 1947, p. 56). On lit, par ailleurs, dans le Nouveau Voyage vers le Septentrion (Amsterdam, 1708, ch. XIII, p. 55) que, chez les Lapons, dans chaque maison, "on voit un gros chat noir qu'ils estiment beaucoup, parlant à lui comme s'il avait de la raison. Ils ne font rien qu'ils ne lui communiquent; ils croient qu'il leur aide dans leurs entreprises, et ne manquent point tous les soirs de sortir de leurs cabanes pour le consulter. Ce chat les suit partout où ils vont, tant à la pêche qu'à la chasse. Quoique cet animal ait la figure d'un chat, par son regard qui est épouvantable, j'ai ouï dire et je crois encore que c'est un démon familier En France, on mentionne la présence de chats-sorciers à Pissotte (Vendée) et de chattes à Vernon (Eure). En Bretagne, on prétend que le Chat d'Argent qu'on charge de deux sacs, l'un plein d'or, l'autre vide, revient, après un long voyage mystérieux, avec la somme doublée. Il sert neuf maîtres, mais l'âme du dernier lui appartient et il la livre dès que possible à Satan. Les hérétiques Stadinghiens, les Lucifériens et les Cathares étaient enfin accusés d'adorer le Diable sous la forme d'un chat noir, dont ils baisaient le fondement, avant de se livrer aux pires turpitudes sexuelles, que Grégoire IX stigmatisait en 1233 dans une série de lettres adressées aux évêques allemands. Déjà, au xîie siècle, Alain de Lille, parmi les étymologies très fantaisistes qu'il donne du mot « cathare «, cite celle qui le ferait dériver du bas- latin catro parce que, dit-il, Satan apparaît aux cathares sous la forme d'un chat "cujus posteriora osculantur . Ici la confusion est évidente entre cattus et gattus; confusion que ne faisait pas Grégoire IX lorsqu'il évoquait un "gattus niger retorta cauda... CHAUCHE-POULET. D'abord synonyme de cauchemar, le chauche-poulet (nom vulgaire du milan) fut rapidement assimilé à un démon-incube qui oppressait les dormeurs et n'hésitait pas à dévirginiser les filles. Martin Delrio le regardait comme un suppôt de Belzébuth et le qualifiait d'incubus morbus, capable d'étouffer les dormeuses en leur faisant l'amour. Avec beaucoup de bon sens, Ambroise Paré remarque que le chauche-poulet résulte fréquemment d'un excès de boisson et de nourriture, et recommande, pour l'éviter, les excès de « viandes vaporeuses et de vins forts « « La cause est le plus souvent pour avoir bu et mangé viandes par trop vaporeuses, qui ont causé une crudité, desquelles se sont élevées au cerveau grosses vapeurs qui remplissent ses ventricules à raison de quoi la faculté animale qui fait sentir et mouvoir est empêchée de reluire par les nerfs, dont s'ensuit une suffocation imaginaire, par la liaison qui se fait tant au diaphragme qu'aux poumons et aux autres parties qui servent à la respiration. Et alors la voix est empêchée, tellement que si peu qui leur en demeure, c'est en geignant et balbutiant, et requérant aide et secours, s'ils pouvaient parler... « (Des Monstres et Prodiges, ch. XXXIII). CHAUVE-SOURIS. Petit mammifère de l'ordre des chiroptères, considéré comme de mauvais augure, et stupidement cloué par ses ailes aux portes des étables, à l'instar des chouettes ou des hiboux, par les paysans qui le dénomment Mouche de l'Enfer. Symbolisant les mystères nocturnes et l'androgynie chère à Satan, la chauve-souris est censée participer aux cérémonies du sabbat, Le cinéma d'épouvante devait assimiler cet animal, aux proportions réduites, aux vampires de l'Amérique tropicale qui, à défaut d'autre nourriture, sucent parfois le sang des hommes endormis. De là également la confusion volontairement opérée entre le vampire animal et l'être qui «suivant la superstition populaire sort du tombeau pour sucer le sang des vivants" (Littré). CHEVALIERS DE L'ENFER. Personnages d'un rang Scène de diablerie : le moins élevé que celui des comtes, des marquis et des Chaudron du Diable. ducs qui composent la cour infernale. On peut, nous dit Jean Wier dans sa Pseudomonarchia daemonum, les évoquer depuis le début de l'aurore jusqu'au lever du soleil, et depuis le coucher du soleil jusqu'à la nuit. CHEVESCHE. Petite chouette de couleur grise qui chez les anciens Grecs symbolisait la sagesse d'Athéna, devenue, après la publication de l'Hexameron, d'Antoine de Torquemada, en 1625, l'appellation d'une catégorie de sorcières se plaisant à sucer le sang des jeunes enfants, à l'instar des Vampires. Par analogie l'oiseau - comme le hibou d'ailleurs - fut cloué sur la porte des demeures paysannes afin d'en éloigner les sortilèges et le malheur. CHÈVRE. Les chèvres savantes sont des démons ou des diables déguisés. Témoin Djali, la petite chèvre aux cornes dorées, familière de la ravissante Esmeralda, que Victor Hugo immortalisa dans Notre-Dame de Paris, En Ariège le démon surnommé Pilou, terme synonyme de chèvre ou de bouc, apparaît parfois sous la forme d'une chèvre rouge. CHIEN. Mammifère quadrupède, digitigrade et carnivore, associé aux divinités chthoniennes : Cerbère, le redoutable gardien des enfers, et Hécate dont l'une des trois têtes est celle d'un chien. Les Chaldéens donnaient aux démons le surnom de chiens de la terre, et on les vit par la suite devenir les familiers de "sorciers", tels Jean Faust avec son barbet, ou Corneille Agrippa, toujours accompagné par "Monsieur". Le Diable, quant à lui, se fait suivre par un chien noir. Une légende ayant cours à Briquebec (Manche) assurait que les chiens noirs savaient détecter des trésors cachés. Après un an de vie, ils appartenaient au Diable et on ne pouvait les reprendre qu'en lui sacrifiant un cheval. CHOUETTE. Attribut de la déesse Athéna, dans la mythologie grecque, où il symbolisait la sagesse, cet oiseau de proie nocturne, dont les cris répétés présageraient une mon dans le voisinage, est encore considéré tvr comme un signe de mauvais augure. Il n'est pas rare, de nos jours, de rencontrer des chouettes naturalisées dans le cabinet des canomanciennes où elles font pendant à des hiboux, des pies ou des corbeaux. (pp. 329-330), prouvent combien le danger peut être mortel dans bien des cas: < Un nommé Hulin Petit, marchand de bois d'Orléans, lequel étant ensorcelé à la mort, envoya quérir un (homme) qui se disait guérir de toutes maladies, suspect toutefois d'être grand sorcier, pour le guérir, lequel fit réponse qu'il ne pouvait le guérir s'il ne donnait la maladie à son fils, qui était encore à la mamelle. Le père consentit au parricide de son fils... La nourrice, ayant entendu cela, s'enfuit avec son fils pendant que le sorcier touchait le père pour le guérir. Après l'avoir touché, le père se trouve guéri, mais ce sorcier demanda où était le fils : et ne le trouvant point il commença à s'écrier: je suis mon, où est l'enfant? Ne l'ayant pas trouvé il s'en va; mais il n'eut pas mis les pieds hors la porte, que le Diable le tua soudain... J'ai su qu'au jugement d'une sorcière, qui était accusée d'avoir ensorcelé sa voisine en la ville de Nantes, les juges lui commandèrent de toucher celle qui était ensorcelée, chose qui est ordinaire aux juges d'Allemagne... elle n'en voulait rien faire, on la contraignit, elle s'écria : je suis morte... Elle fut condamnée à être brûlée morte... j'ai encore appris à Toulouse qu'un écolier du Parlement de Bordeaux, voyant son ami travaillé d'une fièvre quarte à rextrémité, lui dit, qu'il donnât la fièvre à l'un de ses ennemis. Il fit réponse qu'il n'avait point d'ennemis. Donnez-la donc, dit-il, à votre serviteur : le malade en fit conscience; enfin le sorcier lui dit : donnez-la-moi. Le malade répondit : je le veux bien. La fièvre prend le sorcier qui en mourut et le malade réchappa.» Même en cas de résultat favorable, ces modes de guérison par l'intermédiaire d'agents maléfiques sont violemment prohibés par les Eglises. Ce qui n'empêcha pas le grand-père de Blaise Pascal d'y recourir, alors que reniant s'apprêtait à périr d'une maladie de langueur; en l'espèce, un malheureux chat périt à sa place... «Il vaudrait mieux mourir mille fois, s'il était possible, que guérir une seule par le moyen d'un péché si énorme que celui-là ", écrit Pierre de Lancre dans son Tableau de l'Inconstance (Paris, 1613, p. 359). CIRCÉ. Magicienne et enchanteresse, fille du Soleil et de l'océanide Perseîs, elle fut chassée de la Colchide, dont elle avait épousé puis assassiné l'un des princes. Transportée par son père dans une île voisine des côtes italiennes, son premier soin fut d'en changer les habitants en toutes sortes d'animaux. Elle transforma de même Scylla en monstre marin, et Picus en pivert. Désireuse de retenir Ulysse dont elle était tombée amoureuse, elle métamorphosa ses compagnons en pourceaux, pour qu'il ne reprenne pas la mer : "Elle accourt, elle sort, ouvre sa porte reluisante et les invite; et voilà tous mes fous ensemble qui la suivent Flairant le piège, seul Euryloque est resté... Elle les fait entrer, elle les fait asseoir aux sièges et fauteuils ; puis, leur ayant battu dans son vin de Pramnos du fromage, de la farine et du miel vert, elle ajoute au mélange une drogue funeste, pour leur ôter tout souvenir de la patrie. Elle apporte la coupe; ils boivent d'un seul trait. De sa baguette, alors, la déesse les frappe et va les enfermer sous les tects de ses porcs. Ils en avaient la tête, et la voix et les soies ; ils en avaient l'allure; mais en eux persistait l'esprit d'autrefois. Ils pleuraient et Circé leur jetait à manger faines, glands et cornouilles, la pâture ordinaire aux cochons qui se vautrent...» (Odyssée, chant X. trad. V. Bérard). Finalement l'amant volage continuera son voyage, laissant deux enfants à Circé. (Voir: Lycanthropie, Meroé.) CLURICAUNE. «Le cluricaune est un démon qui fréquente l'Irlande. Il est quelquefois, en apparence, de l'essence des fées ; mais quelquefois aussi il se présente en esprit familier, en lutin, et s'il rend des services à quelques-uns, il joue des tours à d'autres. Il est de petite taille, et on le range dans la classe des lutins nains (Collin de Plancy, Légendes infernales). COBALES. Déjà connus des anciens Grecs, les Cobales, qui fréquentent les mines et les carrières, sont des démons plutôt doux et paisibles qui, à la manière de leurs confrères domestiques, ne cherchent qu'à aider les travailleurs qui recourent à leurs services. D'aucuns, nous dit Pierre Le Loyer, «les appellent bonhommets de montagne, parce qu'ils se montrent le plus souvent nains, et de basse stature et vieux. Ils sont vêtus et troussés de près... sont mi-nus, la manche de la chemise retroussée sur l'épaule, et un tablier de cuir ceint sur les hanches. Cette sorte de démons est assez plaisante, car tantôt vous les verrez rire, tantôt se gaudir, tantôt sauter de joie, et faire mille tours de singe... A cette heure vous les verrez bêcher ès veines d'or et d'argent, amasser ce qu'ils auront bêché, et le mettre en des corbeilles et autres vaisseaux pour cet effet préparés, tourner la corde et la poulie, afin d'avenir ceux d'en-haut de tirer le métal. Et fort rarement voit-on qu'ils offensent les ouvriers, s'ils ne sont grandement provoqués de brocards, injures et risées dont ils sont impatients tout outre. Alors ils jetteront premièrement de la terre et des petits cailloux aux yeux des pionniers, et quelquefois les blesseront (Discours des Spectres... Paris, 1608, pp. 345-346). COCOTO. Démon-incube des Indes Occidentales qui, à en croire Bodin (Démonomanie, Livre Il, ch. VII), couchait avec toutes les femmes de cette région. COQ. Gallinacé domestique et mâle de la poule, cet oiseau jadis consacré à Hermés, à Apollon et à >Esculape, qui avait proclamé le reniement de saint Pierre, passait également pour dissiper les fantômes nocturnes et faire fuir les démons « Les démons courants qui se mirent Dans les ténèbres de la nuit, Quand du coq ils oyent le bruit Tout épouvantés se retirent « (Prudence).C'est également au coq que revenait le soin d'annoncer aux sorciers la fin du sabbat et l'heure de regagner leur logis dans le plus grand silence. De là le rôle équivoque prêté à cet animal dont l'oeuf - de petite taille -, couvé par un crapaud, donnait naissance au basilic, créature éminemment diabolique. De surcroît, cette ponte maléfique avait souvent lieu le Vendredi saint... En l'an 1474, rapporte Jean Vartier dans les Procès d'Animaux du Moyen Age à nos jours (Paris, 1970, p. 64), « les magistrats de Bâle condamnèrent un coq à être brûlé vif après l'avoir reconnu coupable d'un " crime contre nature ". Il avait tout simplement pondu... un oeuf que l'on plaça sur le même bûcher que lui, au sommet d'une colline dite Kuhlenberg. Le mémorialiste Gross précise, dans sa Kurze Basler Chronik, que l'exécution se fit avec autant de solennité que celle d'un hérétique et qu'elle déplaça une foule immense. CORBEAU. Oiseau vorace et omnivore dont les devins de l'Antiquité romaine interprétaient le vol et le croassement, et qui dans les croyances populaires est généralement considéré comme de mauvais augure, à l'instar de la chouette ou du hibou. Par extension, surnom injurieux donné aux prêtres séculiers et aux employés des pompes funèbres, à cause de la couleur noire de leur costume. COURILS. Démons de petite taille et danseurs acharnés que l'on risque de rencontrer autour des monuments mégalithiques du Finistère. Il faut fuir leur invite car ils vous laissent exténués de fatigue, et peuvent de surcroît s'en prendre à la pudeur des jeunes filles. CRABE. Ce crustacé décapode, dont la carapace rappelle étrangement l'armure des démons, a été représenté maintes fois dans les " Tentations " de saint Antoine. Dans sa Démonolâtrie (p. 273), Nicolas Rémy rapporte les aveux d'une sorcière, brûlée vive par la suite, dont le démon tourmenteur empruntait des pinces de crabe. Voilà le démon, s'écrie-t-elle, c'est lui mon petit maître. Il a le regard féroce, les doigts crochus, fourchus comme des pinces de crabe, sur son front sont deux cornes toutes droites. CRAPAUD. Batracien amphibie au corps couvert de papilles, le crapaud passa longtemps pour un animal fabuleux, qu'Aristote prétendait descendu des nuages, et dont la tête renfermait parfois une pierre magique : la crapaudine, dont la couleur changeait en présence du poison. » L'aspect double et contradictoire sous lequel le crapaud était considéré, fit que la médecine populaire, tout en partant de l'idée que la liqueur que lance le crapaud par-derrière, quand il est excité, est dangereuse, et qu'elle est un poison non seulement pour l'homme, mais pour les plantes sur lesquelles elle tombe, prescrit de porter des crapauds desséchés sous les aisselles en guise d'amulettes contre la peste et les substances vénéneuses. On attribuait aussi la même vertu alexipharmaque à la pierre qu'on appelait et qu'on croyait être la pierre de crapaud (ou la bufonite); elle changeait, disait-on, de couleur quand celui qui la portait était empoisonné. On supposait que la bufonite se trouvait dans la tête du crapaud, mais la science a démontré que la substance que les charlatans vendent sous ce nom provient de la dent d'un poisson fossile » (Angelo de Gubernatis, Mythologie zoologique tome Il, p. 406). Porte-bonheur en Toscane, en Sicile, en Chine et au Mexique, le crapaud, en raison de son aspect repoussant, était partout ailleurs considéré comme un animal malfaisant, familier des sorcières. On assurait qu'elles faisaient baptiser des crapauds dans les cimetières, les habillaient de velours vert, rouge ou noir, ornaient leur cou d'un collier de grelots et les nourrissaient d'hosties consacrées. En échange, les crapauds, doués de la parole, et qui généralement se tenaient sur leur épaule gauche, les réveillaient afin de leur rappeler l'heure de se rendre au sabbat, où d'ailleurs ils surveillaient les enfants qu'on y pouvait conduire. La marque du Diable affectait fréquemment la forme d'une patte de crapaud chez les sorcières basques de la région de Biarritz, à en croire Pierre De Lancre. Le venin de crapaud entrait parfois dans la composition d'un onguent auquel William Shakespeare fait ainsi allusion, dans Macbeth : "Crapaud qui, sous la froide pierre As, pendant une lune entière, Dormant, mijoté ton venin, Bous dans le magique brasier" A l'instar de celui de la grenouille, le squelette calciné du crapaud servait à l'accomplissement de rites d'envoûtement bien précis, cette fois pour la haine. On gavait également l'animal de vert-de-gris pour en tirer un poison prétendument doué de qualités occultes. Ce qui ressort des aveux de la femme Chéron lors de l'Affaire des Poisons : » La Bosse (amie de la Voisin) ayant demandé une fois un crapaud et l'ayant été prendre chez la même herboriste qui avait servi à Belot, et qui demeure près de la barrière, avec elle elles l'emportèrent chez la Bosse, où il fut mis dans un pot, où après l'avoir mis, le fils de la Bosse, qui est soldat, et elle, donnaient des coups de pointe de couteau au crapaud, que l'on tirait cependant pour lui faire ouvrir la bouche, dans laquelle, à mesure qu'il l'ouvrait, on jetait du vert de gris dedans... » (Ravaisson, Archives de la Bastille, tome V, p. 299). Pour l'Eglise, symbole de la luxure, le crapaud était censé dévorer, aux enfers, les seins et les parties génitales des femmes et des filles folles de leur corps - ce que l'on voit notamment représenté à Moissac et à Bourges. Plusieurs affaires de sorcellerie nous entretiennent aussi de femmes accouchant d'un crapaud après des rapports avec un démon-incube. CRIARD (Le). Coursier diabolique dont les marins redoutent la présence, et plus encore les hurlements, au voisinage de Barneville-Carteret (Manche) : « ... Un cri perçant jaillit et siffle, horrible Infernal sifflement Horrible cri, plus horrible présage Pauvre marin détourne le regard Entre tes mains cache bien ton visage C'est le Criard Au toucher de son maître, il hurlait, il volait, Une écume de flamme et verte et sulfureuse De ses naseaux fumants, sans cesse découlait, Horrible aspect, plus horrible présage C'est le Criard ! > (Léon Barbey d'Aurevilly.) CUNNING MEN. Vocable désignant les magiciens blancs : les «hommes habiles", servant d'intermédiaires entre les médecins officiellement reconnus et les sorciers (ou magiciens noirs), qui recouraient jadis, en Grande-Bretagne, à un rituel particulier en faveur des personnes se prétendant victimes de sorts, de maléfices, de philtres ou d'envoûtements. A l'aide de miroirs, les cunning men faisaient notamment apparaître le visage des méchants sorciers - ou sorcières, dont ils pouvaient dès lors supprimer l'action néfaste. Ils n'hésitaient d'ailleurs pas à vendre eux-mêmes d'autres philtres ou d'autres amulettes susceptibles de combattre le mauvais oeil, et recommandaient l'emploi de fers à cheval, pour détourner les sorciers du seuil des habitations. (Il était admis, en effet, que sorciers et sorcières ne pouvaient franchir les espaces où se trouvaient déposés ou fichés des objets en fer tels que : clous, couteaux, ciseaux, etc.) Désireux de créer une confusion entre catholicisme et sorcellerie, le pasteur George Gifford prétendait cependant, dans son Discourse concerning the subtle Practices of Devils bj Witches and Sorcerers (1587), que les Cunning men n'étaient que des sorciers déguisés, qui réclamaient aussi bien le secours des démons que celui des prières de la messe. Leur habileté aurait surtout consisté à faire dériver vers autrui les accusations qui risquaient de les confondre.