LES CREATURES INFERNALES DAEMON. Ce mot désignait à l'origine un esprit ou un génie : témoin celui qui inspirait Socrate. Lactance et Tertullien l'attribuèrent au Mauvais Ange, tandis que, dans la traduction en grec de leurs textes sacrés, les Juifs d'Alexandrie en qualifièrent les idoles païennes. Saint Paul dit également, suivi en cela par les théologiens catholiques et les démonologues, que tous les dieux des Gentils sont des démons : Omnes dli gentium daemonia. DAGON. 1. Ancien dieu agraire de l'Asie antérieure, adoré par la suite chez les Philistins, Dagon offrait l'aspect d'un bormne dont le bas du corps se fût terminé par une queue de poisson. 2. Devenu boulanger et grand pannetier de la cour infemale, Dagon venait au 17 siècle, sous un aspect toujours très étonnant, obséder Madeleine Bavent dans la cellule qu'elle occupait dans un couvent de Louviers : « Le Diable Dagon était apparu à elle en une forme bien horrible, à savoir : la moitié du corps de la partie d'en-haut en homme, ayant les cheveux levés comme des cornes et étincelants, le visage fort noir, et aux deux coudes deux couettes de poil noir, environ un demi-pied de long chacun, et tout nu, et la partie d'en-bas dudit Diable, était d'une bête comme d'un serpent tors et fort noir, sans poil ni apparence de parties honteuses et sans lumière, sinon celle qui sortait de ses yeux... DAIMON. Du grec daimôn (dieu, génie). Génie souterrain qui règne sur les enfers. A pris progressivement le sens d'entité infernale et maléfique. DAKINIS. Déesses vampires de l'Himalaya. Souvent représentées sous les traits de danseuses à tête de lion, elles sont censées déchainer les tempêtes. DAVID-JONES. Nom donné par les matelots britanniques au démon qui préside à tous les esprits malfaisants de la mer. » Il est dans tous les ouragans; et on l'a vu quelquefois, d'une taille gigantesque, montrant trois rangs de dents aiguès dans sa bouche énorme, ouvrant de grands yeux effrayants, et de larges narines d'où sortent des flammes bleues (Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal, édit. de 1825). DÉMON. Du latin: daemonium, venu de daemon, Génie qui, dans le polythéisme gréco-romain, pouvait inspirer aux hommes l'exécution aussi bien de mauvaises, que de bonnes actions - comme, par exemple, le démon de Socrate. Dans le Christianisme : ange déchu, intrinsèquement pervers, dont le prince n'est autre que Satan. DÉMONOLOGUES. On désigne sous le nom de démonoIogues (ou démonographes), les inquisiteurs, théologiens, juristes et savants qui, s'étant trouvés appelés à participer à des procès de sorcellerie, en ont par la suite fait l'exégèse, ou ont utilisé ce prétexte pour développer des théories sur le satanisme, qui leur tenaient à coeur. Théories souvent empruntées à des sources peu vérifiables, folkloriques ou fabuleuses, voire carrément erronées, mais capables d'entraîner la mort par le feu de personnes innocentes. Dans son Apologie (Paris, 1625, pp. 648-650), Gabriel Naudé leur recommande donc un minimum de prudence en matière de poursuite des "sorciers" : « Il serait grandement à souhaiter pour l'honneur de nos démonographes, et la manutention et éclaircissement de la vérité du sujet qu'ils traitent, qu'ils fassent dorénavant plus religieux à n'avancer aucune Histoire ou autorité qu'après en avoir soigneusement examiné toutes les circonstances, et qu'ils voulussent balancer toutes choses à leur juste prix et valeur pour ne laisser induire à faire un jugement sinistre de quelqu'un sans grande occasion, et à forger ces accusations frivoles sans raison, pleines de vents et de mensonges, puisque quand on vient à les examiner de près, et en sonder la vérité, on trouve ordinairement que ce ne sont rien que pures calomnies, que soupçons mal fondés, et que paroles vaines, légères et étourdies, que le Diable fait insensiblement glisser sur la bonne renommée des innocents, afin qu'elles soient cause quelque jour que l'on ne puisse reconnaître ni punir les coupables... « Qu'ils aient été clercs ou laïcs, catholiques ou protestants, les démonologues, en matière de répression, se référaient unanimement à ce passage de l'Exode (XXII, 18): « Tu ne laisseras pas vivre la sorcière. « En scindant la société chrétienne en deux blocs hostiles, comme le remarque Emile Brouette, « la Réforme épousa la hantise satanique... Luther, Melanchton et Calvin croyaient au satanisme et leurs disciples, prédicants fanatiques, ne firent qu'aggraver la crédulité naturelle des populations converties au nouvel Evangile « (Satan, Revue des Etudes carméiitaines, p. 367). Point de vue d'un historien catholique... singulièrement confirmé cependant par ce texte tiré des Deux traités nouveaux très utiles pour ce temps, du pasteur Lambert Daneau (Gien, 1579, p. 100): 11 faut que tous les juges soient soigneux et diligents à les rechercher (les fidèles du Démon) et punir rigoureusement, ne s'amusant à vaines disputes sur ce fait, mais prenant une résolution; que c'est la pire et la plus dangereuse peste qui soit au monde que ces gens-ci, qui sont même appelés ennemis communs du genre et salut humain... » Cet attachement stricto sensu au texte de la Sainte Ecriture explique, en grande partie, la rigueur dont les démonologues et les juges firent preuve en madère de poursuite et d'éradication de la sorcellerie. Mals l'acharnement mis de part et d'autre fut identique, même si les holocaustes furent plus nombreux dans les pays protestants, en Allemagne, notamment. DÉMONS (CLASSIFICATION DES). S'inspirant de la classification initialement établie par Psellos, le R.P. Delrio distingue, à son tour, six sortes de démons « immondes, malins et mortels ennemis des hommes », selon leur lieu de résidence ordinaire, dont il développe, comme suit, la définition « Le premier genre est de ceux qu'on appelle ignés pour ce qu'ils errent autour de la suprême région de Vair et n'ont aucun commerce en terre avec les sorciers pour ce qu'ils ne descendent point de là. « Ceux du second genre ont la qualité d'aériens pour ce qu'ils rôdent par l'air et demeurent fort près de nous. Ceux-ci peuvent descendre et, se formant des corps du plus gros air, paraître aucune fois aux hommes. Ils troublent l'air, excitent des tempêtes et tonnerres et tous ensemble battent en ruine le pauvre genre humain, Ils sont mués de passions tout ainsi que les hommes, d'orgueil principalement et d'envie se laissent emporter aux perturbations. Ils n'ont pas tous une même forme, mais plusieurs, lesquelles ils changent souvent selon la variété des affections qui les font apparaître à l'évocation des Sorcières ou qui les poussent à nuire et endommager quelques-uns. « Les démons du troisième genre sont appelés terrestres, que nous ne doutons point avoir été précipités du Ciel en Terre pour leurs démérites. Les uns habitent dans les bois et les forêts et tendent des pièges aux chasseurs, les autres en pleine et large campagne font égarer les voyageurs, le reste moins furieux se délecte d'habiter obscurément parmi les hommes. Le quatrième genre de démons porte le titre d'Aquatiques pour ce qu'il habite autour des lacs et des rivières, plein de courroux, troublé, sans repos et frauduleux. Il excite les tempêtes sur la mer, submerge les vaisseaux et fait perdre à plusieurs la vie dans le milieu des eaux. Toutes les fois que tels démons empruntent des corps visibles, plus communément apparaissent-ils en sexe féminin.., de là, les naïades, néréides et nymphes des eaux ont-elles été nommées des anciens au sexe féminin plutôt qu'au masculin. » Le cinquième genre est nommé souterrain pour ce qu'il habite ès grottes et cavernes et plus reculées concavités des montagnes. Il est d'une affection très méchante et s'attache principalement à ceux qui fouissent des puits et mines de métaux ou chercheurs des trésors cachés dedans la terre. Au reste toujours prêt à procurer les ruines du genre humain, soit par ouvertures ou par abîmes, par vomissements de flammes ou par croulements d'édifices. De ces démons, les uns sont gardiens des trésors que la malice des hommes a cachés dedans la terre, et, de peur que derechef ils ne viennent à l'usage des hommes, les gardent, les dérobent et bien souvent les transportent de place en autre, » Finalement le sixième et dernier genre est de ceux qu'on appelle Lucifuges pour ce qu'ils refuient le jour, ni ne peuvent prendre ou se former des corps autrement que de nuit « (Les Controverses et recherches magiques. Paris, 1611, livre Il, quest. 27, sect. Il). DÉMONS ANDROPHAGES. Les figurations de démons, ou de dragons androphages, c'est-à-dire : broyeurs, dévorateurs, engloutisseurs de damnés, abondent dans l'Art plastique, aussi bien durant la période romano-gothique, qu'au cours de la Renaissance. Ces figurations sont le plus souvent inspirées par des "Visions" de l'Enfer, transmises par des manuscrits d'origine grecque, romaine, celte ou irlandaise. La citation suivante, extraite d'un texte médiéval britannique, échappe à cette classification. Elle fait allusion à un événement survenu durant la Vie de sainte Marguerite qu'un démon/dragon s'apprêtait à dévorer : «Il sortit rapidement d'un coin dans sa direction un diable de l'enfer sous les apparences d'un dragon, si horrible qu'elle prit peur à sa vue cette créature du mal brillait comme si elle avait été k couverte d'or. Ses boucles et sa longue barbe brillaient d'or et ses horribles dents avaient l'apparence du fer noir Ses deux yeux brillaient plus fort que les étoiles et les pierres précieuses, larges comme des cuvettes dans se tête cornue, des deux côtés de son nez crochu. De sa bouche dégoûtante sortaient des étincelles de feu et de ses narines se dégageait une fumée suffocante, à l'odeur la plus haïssable; il lançait sa langue si loin qu'il l'enroulait derrière son cou. On aurait dit qu'une épée banchante avait surgi de sa bouche, qui brillait comme le fuit la lumière et qui flambait de toute sa flamme. Cet endroit fut tout rempli d'une odeur nauséabonde forte et puissante, et tout brilla et étincela de l'ombre de ce i diable. Il s'étira et se dirigea vers cette faible jeune fille, i il lui lança un regard menaçant et il commença à étirer son cou et à le rentrer comme s'il voulait la dévorer en outre » (texte traduit par Juliette de Caluwe-Dor, in le Diable au Moyen Age. Paris, 1979, p. 101). DÉMONS CATABOLIQUES. "Ceux qui ont lu les Anciens savent que les démons cataboliques sont des démons qui emportent les hommes, les ment, brisent et fracassent, ayant cette puissance sur eux. De ces démons catabohques, Fulgence raconte qu un certain Capester avait écrit un livre particulier qui nous servirait bien si nous lavions pour apprendre au juste comment ces diables traitaient leurs suppôts, les magiciens et les ~sorciers » (Pierre Le Loyer, Histoire et discours des