LES CREATURES INFERNALES EBLIS. Dans la religion musulmane : chef des esprits rebelles et des mauvais génies, hâtivement identifié avec Satan. "Je suis, déclare-t-il dans les Mille et une Nuits (Histoire du Pêcheur, dixième nuit), un de ces esprits rebelles qui se sont opposés à la volonté de Dieu. Tous les autres génies reconnurent le grand Salomon, prophète de Dieu, et se soumirent à lui. Nous fûmes les seuls, Satan et moi, qui ne voulûmes pas faire cette bassesse... EGÉRIE. Fille présumée de la déesse Vesta, cette nymphe, avant d'inspirer les poètes, donnait au fond d'une grotte des conseils politiques à Numa Pompilius, second roi légendaire de Rome. Au XVI» siècle les démonobogues la tenaient pour un démon succube, et Numa pour un magicien couronné. EGREGORE. Créature maléfique et indéfinissable, ni larvaire, ni vampirique qui, dans le silence des nuits, vient exercer une action exécrable sur les cellules cervicales des dormeurs, ainsi que Jean Lorrain l'explique dans un conte intitulé l'Egrégore : » L'incube épuise et tue de voluptés sa maîtresse; le succube aspire et boit la vie de son amant; l'un et l'autre ont ici-bas pour complices et l'attraction des sexes et l'éternelle luxure. Mais l'Egrégore, oh c'est tout autre chose : c'est l'insensible et délétère influence d'un être de ténèbres, d'un mort ou d'une morte s'installant auprès de vous sous l'aspect d'un vivant, s'insinuant dans votre vie et vos habitudes, s'immisçant dans votre coeur, dans vos admirations et y prenant une odieuse racine, vous soufflant de sa bouche damnée une passion fatale, une folie quelconque, folie d'artiste ou d'amateur, et d'étapes en étapes, sous son hallucinante et fascinante obsession, vous couchant un beau soir dans le froid d'une fosse... » ÉGYPANS. Divinités sylvestres qui accompagnaient le cortège du dieu Pan, les êgypans étaient représentés sous la forme de petits hommes très velus, portant des cornes et munis de pieds de chèvre. ÉLÉMENTALS. Dans l'univers magique: esprits de la nature, semi-intelligents, inconsistants mais réels » coagulations vivantes de la lumière astrale ». Selon les théories professées par Jung, ils traduiraient les stades antérieurs de notre évolution; stades résumés dans chaque individu par l'inconscient collectif. EMPUSES. - Curieuse variété de démons méridiens du sexe féminin dont le pied gauche, selon Suidas, se terminait par un sabot d'âne ou un morceau d'airain. Démons à la forme terrifiante envoyés par Hécate pour effrayer les sceptiques. Démons déguisés en habit de veuve qui, dans l'ancienne Russie, se plaisaient à casser les bras et les jambes des moissonneurs. Créatures mythiques proches des spectres et des vampires. polbonius de Thyane délivra notamment Menippos de Lycie, un superbe athlète de vingt-cinq ans, de la présence d'une empuse qui l'attirait par de savantes caresses, dans la ferme intention de le dévorer par la suite. Sous la menace du magicien, écrit Phibostrate dans sa Vie d'A pollonius, » elle finit par reconnaître qu'elle était une empuse qui avait voulu gorger Menippos de plaisirs pour se nourrir ensuite de son corps; qu'elle avait coutume de se nourrir ainsi des corps des beaux jeunes gens parce qu'ils ont le sang très pur... » ENARQUE. Personnage de l'Antiquité qui, revenu des enfers, informa Plutarque au sujet de ses habitants: pluton, Minos, Eaque, les Parques, Cerbère, etc... ENCHANTEUR. Magicien attiré davantage par le Bien que par le Mal. Le prototype français en est Merlin. On rencontre beaucoup d'enchanteurs dans les contes de fées et dans les Contes d'Hoffmann. ENGRAISSEURS. Nom donné aux sorciers et aux sorcières qui, à l'occasion d'une épidémie, prélevaient une partie de la graisse des cadavres de pestiférés pour graisser les serrures et les portes des personnes qu'ils ou elles cherchaient à faire périr. Ils oignent celui qu'ils veulent empoisonner pendant qu'il est endormi », écrit Paul Grilland, > avec un onguent contenant plusieurs venins, tantôt les cuisses, tantôt le ventre ou la tête, la gorge, l'estomac, les côtes et autres parties du corps, et si grande est la force et puissance de cet oignement que petit à petit, il entre en la chair et pénètre enfin jusqu'au coeur» (Tractatus duo de Sortilegiis et Lamiis... Franc- fort, 1592, Quest. III). Pour sa part, Ambroise Paré confirme que, grâce à la signature du pacte, les sorciers et les empoisonneurs C' vénéfiques ») peuvent corrompre la santé des gens : »Il y a des sorciers, enchanteurs, empoisonneurs, vénéfiques, méchants, rusés, trompeurs, lesquels font leur sort par la paction qu'ils ont faite avec les démons qui leur sont esclaves et vassaux, soit par moyens subtils, diaboliques et inconnus, corrompant le corps, l'entendement, la vie et la santé des hommes et autres créatures. FAPHIALTÉS (ou HYPHLAIJTÉS). Démon d'origine grecque, qui provoque le cauchemar ou des sensations d'oppression durant le sommeil. D'après Le Loyer (Discours des Spectres. Paris, 1608, Livre III, ch. V, p. 196), YEphialtés se dénommait Ephélés chez les anciens Eoliens, et passait en général pour une sorte d'incube ou de démon domestique. ERICHTO. Sorcière nècromancienne qui, à l'instar de la pythonisse d'Endor, évoque dans la Pharsale, de Lucain, les mânes d'un soldat mort, pour répondre à une demande formulée par le fils de Pompée, avant la bataille « Euménides, et vous, crimes et tourments du Tartare; et toi, Chaos, toujours avide d'engloutir des mondes sans nombre; et toi, monarque des Enfers, que tourmente pour jamais ton immortalité, Styx, Champs Elyséens refusés à l'Hémonide; et toi qui, pour les Enfers, as quitté le ciel et ta mère, Proserpine, toi, le dernier emblème de notre triple Hécate, par qui j'entretiens un commerce secret avec les Mânes; et toi, gardien du vaste empire, qui jettes à Cerbère nos entrailles pour apaiser ses fureurs; et vous, Parques, qui briserez une fois encore le fil que je vais renouer; et toi, cocher du brûlant Phlégéthon, triste vieillard, las, sans doute, de repasser les ombres que j'évoque, entendez tous ma prière : Si je vous parle ici d'une bouche assez criminelle, assez impure; s'il ne m'arrive jamais d'entonner ces chants magiques sans m'être repue de fibres humaines; si plus d'une fois je vous présentai les flancs tout sanglants d'une mère avec son enfant; si, sur l'autel, dans les bassins où ils vous étaient offerts, j'aspergeai des flots d'une cervelle palpitante, la tête, les chairs disséquées de l'innocent qui allait recevoir le jour, accomplissez mes voeux. Nous ne demandons pas une ombre dès longtemps enfermée dans l'antre du Tartare et habituée à vos ténèbres; celle que j'évoque, à peine a-t-elle quitté la lumière : elle descend, elle n'a pas franchi le seuil du pâle séjour. Rendue à mes charmes, elle ne verra néanmoins qu'une fois l'empire des Mânes. Que l'ombre d'un soldat qui naguère fut à nous instruise donc le fils de Pompée des desseins de son père, si la guerre civile a du prix à vos yeux. ESPRIT DE LA FORNICATION. Nom emprunté par le Diable qui, sous la forme d'un enfant noir, venait harceler et persécuter le saint ermite Antoine, dans le désert. « Interrogé par ce dernier, il répondit d'une voix gémissante : "Je suis l'ami de la fornication. Je tends des pièges aux jeunes gens pour les faire tomber dans le vice, et on m'appelle l'esprit de la fornication... C'est moi qui t'ai tourmenté tant de fois, et qui ai toujours été repoussé. " Antoine, après avoir rendu grâces à Dieu, répondit à son ennemi avec assurance: " Tu es profondément méprisable : ton esprit est noir, et tu es comme un enfant sans force. Désormais je ne m'inquiéterai plus de toi, car le Seigneur est mon aide et je puis mépriser mes ennemis. " En entendant ces paroles, le noir s'enfuit aussitôt et n osa meme pas approcher de cet homme « (saint Athanase, Vie de saint Antoine, V, 6). ESPRIT DE VIE. C'est le Démon, notamment, dans l'univers romantique. « Je suis l'esprit de vie et c'est moi qui console «, dit Méphistophêlès, dans la Légende dramatique de Berlioz. ESPRITS DE MALICE. Nom donné aux démons par le « Catéchisme du saint Concile de Trente «, parce qu'il y a « une malice de l'esprit, comme il y a une malice de la chair ESPRITS ÉLÉMENTAIRES. D'après les Cabalistes, les gnomes habitent la terre ; les Ondins ou Nymphes résident dans l'eau ; les Sylphes dans l'air, et les Salamandres dans le feu. ESPRITS PLANÉTAIRES. On désigne sous ce nom les anges déchus qui, selon Henoch, se virent contraints de vivre sur des astres errants, à l'issue du Grand Combat céleste. De son côté, Anna Katharina Emmerich, célèbre mystique, visionnaire et stigmatisée de Dùlmen (1774- 1824), écrivait : « J'ai vu souvent, dès mon enfance et à un âge plus avancé, que trois choeurs d'anges, qui étaient plus élevés que les archanges, tombèrent tout entiers, mais que tous ne furent pas précipités en Enfer, Ce sont les esprits habitant les planètes qui viennent sur la terre pour égarer les hommes. Au dernier jour ils doivent être jugés et condamnés... « Certains ont cru devoir conclure à partir d'une telle citation que les anges en question n'étaient autres que les conducteurs d'objets volants non identifiés, doués d'intentions néfastes à l'égard des humains. D'autres ont dit le contraire. Cependant l'apparition de Bay-Side (New York, 13 avril 1974) tendrait à confirmer les propos de Katharina Emmerich: «C'est Satan qui envoie ces véhicules devant vos yeux. Leur but est de vous embrouiller. Ces objets qui volent dans l'espace de votre terre viennent de l'enfer. Ils ne sont que les faux miracles de notre époque. Ils ne sont pas inventés par l'imagination de l'homme; ils sont présents dans votre atmosphère et leur présence se fera plus dominante... Sachez maintenant qu'ils sont l'effet d'une illusion, une tromperie pour les hommes.» ESPRITS VENIMEUX. Le savant Pierre Borel (1608- 1679), médecin du roi et académicien, assure qu'il a vu des esprits venimeux sortir des yeux de certaines personnes. Ces dernières endommageaient par leur regard tout ce qu'elles contemplaient et faisaient même tarir le lait aux nourrices. Il ajoutait que des regards étaient corrosifs au point d'attaquer le verre, les miroirs, les glaces, et bien entendu, les lunettes. ESPRITS VOLANTS. Elémentaux mis à contribution en vue de la réussite d'une opération d'envoûtement. EURYNOME. Prince de la mort régnant aux enfers et présentant un aspect particulièrement horrible. Le géographe grec Pausanias nous dit Pierre Le Loyer « fait mention d'un Diable vraiment infernal nommé Eurynomos qui mangeait les charognes des morts et ne leur laissait que les os. Il était figuré de couleur noire tirant sur le bleu, comme les grosses mouches de boucherie> et montrait les dents, et était assis en un siège paré et couvert d'une peau de vautour. Ce n'était que la mort qui dévore la nature universelle à elle sujette, la nature dis- je, mère de ce qui vit au monde> désignée des Egyptiens par le vautour. « (Discours des Spectres, Paris, 1608, Livre III, ch. 5, p. 198). EXORCISTES. Médecin sceptique, et protestant de surcroît, Jean Wier n'hésite pas à comparer les exorcistes catholiques à des sorciers qui confirmeraient l'impiété parmi des populations étonnées par le faste et l'imprévu de leurs cérémonies : "Il y a des hommes sots, téméraires et audacieux qui s'appellent gens d'église, mais mondains par trop, à raison de leur ordre (mauvaise) et sale vie, tels que les demande celui qui joue le principal personnage en cette farce, qui étant appelés pour guérir ceux que l'on pense être ensorcelés ou démoniaques, par leurs exorcismes accoutumés et par la fotmule de certaines cérémonies observées, accourent pour guérir la maladie et pour chasser le Diable, lequel quelquefois se retire de sa propre volonté au moyen de leurs exécrables blasphèmes, et se joue ainsi pour toujours établir et confirmer l'impiété. Ce sera bien fait de mettre ces exorcistes au nombre des enchanteurs et sorciers.