LES CREATURES INFERNALES FARFADETS. Esprits élémentaires, proches des lutins, souvent assimilés mais, par erreur, aux fées, dans les croyances populaires, les farfadets, dont les actions relèvent directement de l'autorité de Béelzébuth, se plaisent, invisibles, ou sous les aspects les plus divers, à semer le désordre dans les ménages, susciter des bruits et des terreurs nocturnes, voler des objets, lutiner les filles, et se glisser, à l'instar des incubes, dans le lit des femmes mariées, même en présence de l'époux. Nous sommes admirablement renseignés à leur sujet grâce à la parution des trois volumes qu'Alexis Vincent Charles Berbiguier leur consacra sous ce titre : les Farfadets ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde (Paris, 1821). Ainsi apprenons-nous que les ~ monstres fadadéens» sont capables de rendre les hommes impuissants en utilisant un merveilleux talisman; qu'ils se glissent, en se jouant, entre la jarretière et la culotte des dames les plus honorables, et surtout qu'ils engrossent, comme par inadvertance, les trop confiantes épouses et les vierges innocentes.« Ce que vous regardez en elles comme le fruit et le gage de leur honte ne peut plus porter la moindre atteinte à leur vertu. Apprenez, puisqu'il faut vous le dire et déchirer le voile opaque qui vous environne, que ce qui vous abuse est l'ouvrage des farfadets. Ces coquins vont la nuit surprendre les dames, ils entrent invisiblement dans leur lit, les endorment par l'effet du magnétisme, et par l'opération farfadèenne, elles mettent au monde un enfant bâtard ou adultérin (...), Les veuves et les demoiselles sont exposées au même danger elles vivent tranquilles dans leur manoir ou chez leurs parents personne ne s'approche d'elles et pourtant leur ventre grossit sans savoir à quoi en attribuer la cause. Les unes sont traitées comme hydropiques par les médecins ignorants, les autres croient avoir des obstructions, et ce n'est qu'après neuf mois de souffrances qu'elles mettent au monde le fruit du plaisir farfadéen. C'est en vain qu'elles veulent se disculper, personne ne veut croire à leur justification. La femme mariée se voit abandonnée par l'époux auquel elle n'a jamais cessé d'être fidèle la veuve ne peut plus se remarier; la demoiselle est maltraitée par ses père et mère, et au milieu de ce conflit d'injustice on entend parfois le vulgaire ignorant proférer des hérésies, car tel est le propre des méchants qui n'ont pas de religion. Lorsqu'on leur dit qu'une femme mariée dont l'époux est absent, qu'une veuve qui est en deuil depuis quinze mois, qu'une demoiselle qui approche de l'âge nubile viennent de mettre au monde un enfant sans la participation d'aucun homme, les incrédules refusent de croire à cette vérité et s'éloignent des victimes farfadérisées en s'écriant : " Elles voudraient nous faire croire que cela leur a poussé comme une verrue pousse sur le nez I " Ah I mon Dieu que je suis indigné quand j'entends de pareils propos et qu'il ne m'est pas permis de les réfuter Berbiguier, dont le zèle jamais ne se ralentit, a heureusement trouvé le moyen de mettre un frein aux infestations des farfadets, en lardant d'aiguilles et d'épingles des foies de boeuf préalablement rissolés dans un mélange de soufre et d'huile d'olive... Puis il a découvert le baquet révélateur qui lui permet de contempler l'ennemi à défaut pourtant de le saisir: «Mon baquet-révélateur est un vase en bois que je remplis d'eau et que je place ensuite sur ma fenêtre. Il me sert à dévoiler les farfadets quand ils sont dans les nuages. Les farfadets sautent sur le bouc émissaire pour s'élever dans les airs lorsqu'ils veulent s'occuper de leur physique aérienne. C'est donc pour les voir travailler en l'air que j'ai inventé mon baquet-révélateur. Il répète dans l'eau toutes les opérations de mes ennemis : je les vois se croiser, se disputer, sauter, danser (...). Je les vois lorsqu'ils conjurent le temps, lorsqu'ils amoncellent les nuages, lorsqu'ils allument les éclairs et les tonnerres. L'eau qui est dans le baquet suit tous les mouvements de ces misérables. Je les vois tantôt sous la forme d'un serpent ou d'une anguille, tantôt sous celle d'un sansonnet ou d'un oiseau-mouche. Je les vois, et je ne puis les atteindre. Enfin, la divine Providence lui a suggéré l'emploi de bouteilles prisons où enfermer l'engeance farfadéenne; ce qu'il réalise d'ailleurs non sans un certain sadisme:«Autrefois, je ne tenais captifs mes ennemis que pendant huit ou quinze jours. A présent, je les prive de la liberté pour toujours si on ne parvient pas à casser les bouteilles qui les renferment, et je les y emprisonne par un moyen très simple : lorsque je les sens pendant la nuit marcher et sauter sur mes couvertures, je les désoriente en leur jetant du tabac dans les yeux : ils ne savent plus, alors, où ils sont; ils tombent comme des mouches sur ma couverture où je les couvre de tabac. Le lendemain matin je ramasse bien soigneusement ce tabac avec une carte et je les vide dans mes bouteilles dans lesquelles je mets aussi du vinaigre et du poivre. C'est lorsque tout cela est terminé que je cachette la bouteille avec de la cire d'Espagne et que je leur enlève par ce moyen toute possibilité de se soustraire à l'emprisonnement auquel je les ai condamnés.«Ainsi ils vivent dans un état de gêne et ils sont témoins de mes triomphes journaliers : je place mes bouteilles de manière à ce qu'ils puissent voir tout ce que je fais journellement contre leurs camarades.Conscient du service immense que de tels récipients pourraient rendre à l'humanité tout entière, Berbiguier veut d'ailleurs faire profiter le directeur du Museum de sa précieuse invention : "Je veux faire présent d'une de mes bouteilles au Conservateur du cabinet d'Histoire Naturelle, Il pourra la placer dans la ménagerie des animaux d'une nouvelle espèce C...).Pour convaincre les incrédules de l'existence des malins esprits dans la prison, le Conservateur n'aurait qu'à remuer cette bouteille et on entendrait, comme je Ventends journellement, les cris de mes prisonniers qui semblent me demander grâce.Il est peu probable que le Conservateur en question ait pris très au sérieux l'offre de Berbiguier; toujours est-il qu'il laissa éclater son triomphe en ces vers de mirliton dignes, nous semble-t-il, de figurer dans une anthologie de la folie littéraire « Je vous tiens,je vous y tiens, Dans la bouteille, A merveille, Farfadets, magiciens, Enfin je vous y tiens Je vous donne vinaigre à boire, abac et poivre pour manger; Un tel régal, je dois le croire, Ne doit pas trop vous arranger Pour mieux vous régaler encore Mes coeurs de boeuf et de mouton Sur un grand feu qui les dévore Grillent souvenr sur du charbon.Mes lardoires sont très pointues,Elles vous percent, c'est fort bien; Si mes aiguilles sont aigués,Elles ne le sont pas pour rien.Vous combattre a pour moi des charmes,Je vous brave et ne vous crains plus; Le sel, le soufre sont mes armes Et vous serez toujours vaincus.Vos cris dans la bouteille, Rendent mon coeur joyeux, Et la nuit, quand je veille, Je suis moins malheureux.je vous tiens, je vous y tiens, Dans la bouteille, A merveille, Farfadets, magiciens,Enfin je vous y tiens. FASCINATEUR (FASCINATRICE). Personne qui a le mauvais oeil. Par extension : sorcier ou sorcière. FAUDOUX. « Le Faudoux ou Faudeur - de fouler, action de fouler le foin pour l'entasser - est le lutin spécial des greniers à foin; on l'appelle aussi le lutin des senâs (greniers à foin, du vieux français sanail). Le Fouloux est aussi le lutin des senâs, qui semble le même que le Faudoux; il foule les garçons, se couche sur eux, les chatouille, leur dépend l'estomac. Le Fouloux passe même pour être pédéraste» (Claude Seignolle, les Evanpiles du Diable. Paris, 1964, p. 89). FAUNES. A l'inverse des satyres qui fréquentent les forêts et les bois profonds, les faunes, compagnons de Faunus (le Pan des Latins), avec leurs cornes et leurs pieds de chèvres sont principalement des demi-dieux champêtres : « rustica nomma «, comme dit Ovide. Eux aussi s'en prennent à la vertu des filles, et épouvantent les jeunes garçons en gardant l'entrée des jardins sous la forme de termes ithyphalliques. A la fin de l'Antiquité, les faunes finirent par être confondus avec les satyres et Faunus fut assimilé à Pan; mais à l'origine, ainsi que Jules Berger de Xivrey le remarque dans ses Traditions témtologiques (Paris, 1836, p. 475) : « Au lieu des pan et des satyres, dont la poésie grecque dépeint gaiement les exploits champêtres et les entreprises amoureuses, nous voyons, surtout dans le Faune des latins, une divinité sombre et mystérieuse dont l'adoration et les oracles sont environnés d'un appareil effrayant. Non seulement c'est à lui, comme les Grecs à Pan, que les Romains attribuaient ces terreurs soudaines et sans motif apparent de toute une multitude; mais Denys d'Halicarnasse nous apprend qu'il ne bornait pas là sa terrible influence : « Les Romains lui attribuent, dit-il, et les terreurs paniques et tous les fantômes qui, sous diverses formes, viennent porter l'épouvante parmi les hommes, Saint Augustin ayant par la suite affirmé l'existence de ces "fantômes", de ces faunes perturbateurs luxurieux des nuits conjugales, théologiens et démonologues en firent des démons incubes auxquels ils prêtèrent des aventures aussi scabreuses que fantaisistes. FIGUA. Figua est la diablesse brésilienne de la concupiscence et de la luxure sans vergogne. On rencontre la nuit dans les rues carioques des quartiers de La Lappa et de Santa Clara sa croupe onduleuse> ses reins tendus et sa sanglante bouche charnue de mulâtresse. Si vous avez le malheur de succomber à ces tentations, elles vous entraîneront dans un taudis qui pourra devenir votre tombeau» (Félix Labisse, le Sorcier des Familles, Paris, 1957). FLAUROS. Grand général aux enfers. Il se fait voir sous la figure d'un terrible léopard. Lorsqu'il prend la forme humaine, il porte un visage affreux, avec des yeux enflammés. Il connaît le passé, le présent et l'avenir, soulève tous les démons ou esprits contre ses ennemis les exorcistes, et commande vingt légions (Wier, De prestigiis daemonum et Collin de Plancy, Dictionnaire, 1863). FLORON. Démon familier de Cecco d Ascoli (1257- 1327), auteur de l'Acerbo, sorte d'encyclopédie; brûlé à Florence sur ordre de l'Inquisition, pour s'être moqué de la religion catholique. Floron appartenait pour sa part à l'ordre des chérubins damnés. FOCALOR. Général aux enfers. Il se montre sous les traits d'un homme ayant des ailes de griffon. Sous cette forme il tue les bourgeois et les jette dans les flots. Il commande à la mer> aux vents> et renverse les vaisseaux de guerre. Il espère rentrer au ciel dans mille ans ; mais il se trompe. Il commande à trente légions, et obéit en rechignant à l'exorciste (Wier, De prestigiis daemonum). FORCAS. Chevalier grand président aux enfers; il apparaît sous la forme d'un homme vigoureux, avec une longue barbe et des cheveux blancs... Il rend l'homme invisible, ingénieux et beau parleur. Il fait retrouver les choses perdues ; il découvre les trésors, et il a sous ses ordres vingt-neuf légions de démons (Wier, De prestigiis daemonum). FURFUR. Comte aux enfers. Il se fait voir sous la forme d'un cerf avec une queue enflammée; il ne dit que des mensonges, à moins qu'il ne soit enfermé dans un triangle... Il fait tomber la foudre, luire les éclairs et gronder le tonnerre dans les lieux où il en reçoit l'ordre. Il répond sur les choses abstraites. Vingt-six légions sont sous ses ordres (Wier, Pseudomonarchia daemonum). FURIES. Divinités infernales dites Dirae, chez les Romains ; filles de la Nuit et de l'Achéron, chargées de punir les crimes des hommes aussi bien aux Enfers que sur la terre (Oreste compte parmi leurs victimes). Elles étaient au nombre de trois, à savoir : Tisiphone, Alecto et Mégère, représentées avec des yeux flamboyants, des cheveux entrelacés de serpents, tenant chacune une torche d'une main, et de l'autre un poignard. A ces trois soeurs les Grecs avaient donné le nom d'ERINNYES, mais on les désignait le plus souvent par antiphrase sous celui d'EUMENIDES (les Bienveillantes).