"L'Exorciste"
est aussi et avant tout un livre, et pas n'importe quel livre : un excellent
livre dans le genre. Il s'agit de beaucoup mieux que d'un roman dont on a tiré
un film culte, c'est un véritable ouvrage de référence pour le CERPI d'autant
que, rappelons-le, l'histoire est basée sur des faits réels.
L'histoire, telle qu'elle apparaît dans le résumé, se
présente comme prometteuse d'une histoire surnaturelle comme il en existe tant
d'autres :
Pour Chris MacNeil et sa fille Regan, une adolescente de quatorze ans, la vie
s'écoule heureuse et aisée dans un quartier bourgeois de Washington.
Et puis, un jour, des bruits étranges résonnent dans la calme demeure, des
objets disparaissent, des meubles sont déplacés. Quant à Regan, d'étranges
métamorphoses la défigurent, des mots obscènes jaillissent de sa bouche.
Tandis que peu à peu la personnalité de l'enfant se dédouble
et se disloque face aux médecins impuissants, des profanations souillent une
église voisine, un crime mystérieux a lieu sous la fenêtre des MacNeil. La
police, trop perspicace est saisie d'horreur devant l'atroce vérité. Damien
Karras, prêtre et psychiatre, sera-t-il le seul recours ?
Mais croire que les choses en resteront là serait mal connaître le talent de
William P.Blatty et tout l'art dont il a fait preuve pour mettre en scène des
personnages extrêmement crédibles, dans leur caractère humain, avec leurs
sentiments et leurs faiblesses. Ici, pas de super héros, pas de phénomènes
gratuits. Entendez par là que l'histoire retrace parfaitement tout le
scepticisme, toute la méfiance et la prudence de l'homme d'église qui
intervient, certes, mais non sans avoir soigneusement examiné, analysé au
préalable toutes les possibilités de supercherie ou, disons plutôt, de désordre
psychique découlant plus de la médecine que de la religion.
Tout ceci est très bien expliqué dans le livre que l'on ne
doit pas se contenter de lire et d'oublier ensuite sur le rayon d'une
bibliothèque. Il faut au contraire y revenir et y trouver ce qui nous aura
immanquablement échappé.
L'Exorciste est beaucoup plus qu'une simple histoire de possession démoniaque.
Il ouvre les portes à l'étude d'un démon bien réel si l'on s'en réfère aux
récits historiques babyloniens, s'appuie sur des faits absolument authentiques
et répertoriés (que nous étudierons ailleurs dans ce site), tels que la
glossolalie, la psychokinésie, les transes, séances de spiritisme, la force
herculéenne ou supranormale, le rituel d'exorcisme romain exact, bref : à peu
près tout sauf des divagations romanesques, hélas serait-on tenté de dire !
L'exorciste est aussi doublé d'une enquête policière
(puisqu'il y a eu meurtre) mais ce volet est très peu exploité (on voit mal quel
serait l'épilogue à ce propos : hors de question de mettre un enfant, mineur
d'âge, sous les verrous pour avoir commis un meurtre sous l'influence du démon,
que l'on aura du mal à convoquer à la barre et encore plus à enfermer.) Tout,
absolument tout se retrouve donc dans cette excellente œuvre, y compris les
problèmes de foi que peuvent paradoxalement rencontrer les prêtres exorcistes
(pourtant confrontés directement à une preuve tangible), y compris la notion
sacrificielle finale.
Disons encore que les ajoutes récentes au film initial (ou
plus exactement le rétablissement de scènes qui avaient été coupées lors du
premier montage) n'apportent pas grand chose à l'affaire, si ce n'est quelques
scènes acrobatiques, notamment la fameuse spider-walk (marche de l'araignée,
horrifiante à souhait puisqu'elle présente Regan alors qu'elle descend les
escaliers à l'envers - comprenez : le dos tourné vers les escaliers, la bouche
remplie de sang) un dialogue plutôt court et pas vraiment indispensable et puis,
quand même, quelques images subliminales (comment donc s'est-on débrouillé pour
contourner l'interdiction légale ?)
Revenons
enfin brièvement sur Pazuzu, dont nous avons déjà signalé l'existence réelle,
pour dire qu'il s'agit d'un démon babylonien assimilé au vent du sud-ouest,
semant la malaria sur son passage : « Moi, je suis Pazuzu, fils de Hanpa roi des
mauvais esprits de l'air, qui sort des montagnes, violemment, en faisant rage »
(F. Thureau-Dangin, Rituel et amulettes contre Labartu, p. 190). Une statuette
talisman en bronze, datée du XII siècle av. J-C. et conservée au musée du
Louvre, représente cet ancêtre des démons romano-gothiques sous la forme d'un
être décharné, aux côtes saillantes, muni de deux paires d'ailes, de serres et
d'un visage déformé par un rictus effrayant. Enfin, il est aussi fait allusion,
dans le film, à la médaille de Saint Benoît, réputée pour exercer un effet très
efficace contre les possessions et dont la représentation exacte a également été
soigneusement respectée. (je l'ai utilisée, grâce à l'intervention d'un ami,
dans
"L'affaire de Seclin" (France))
Enfin, on ne saurait passer sous silence le site officiel du
film dont le détour vaudra au moins pour les animations et les sons. Réglez le
volume de votre PC et apprêtez-vous à avoir au moins des frissons dans le dos !
Exorciste. Trouvez ensuite l'affiche TokyVidéo. (Attention : la page
peut avoir changé de place, surfez donc !) Notez que l'intro est en anglais mais
le reste en français...