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MAIS QUI DONC A VU DES SIRÈNES ?
Le plus connu affirmant avoir vu des sirènes est Christophe
Colomb qui en aurait vu près des côtes de Saint Domingue et vers 1850, près d'Hawaï des marins auraient aperçu une sirène. D'autres personnes ont profité de la légende pour
présenter lors des foires et dans les musées des spécimens de sirènes visiblement desséchés, fabriqués dès le XVIe siècle. On peut noter cependant qu'au XVIIe siècle, à Leyde
un homme du nom de Pavio aurait disséqué une sirène en compagnie d'un autre médecin Joannes de Laet.
L'image ci-contre représente CHRISTOPHE COLOMB
Les histoires de marins foisonnent, les rencontres avec les pêcheurs notamment en Bretagne y sont fréquentes. Ils affirment que l'apparition d'une sirène
souvent annonce le mauvais temps et que si un pêcheur voit une sirène nue ou s'il la touche de façon involontaire, cela peut déclencher un ouragan où il se jette à la mer
pour s'y noyer. Comme quoi, même les sirènes font tourner la tête des hommes !
LES MARINS LES AURAIENT-ILS CONFONDUES AVEC DES ANIMAUX ?
Les lamantins et les Dugons mammifères marins ont pu de par leur
apparence tromper les marins souvent fatigués par leur long voyage en mer.
Certes, ils n'ont rien à voir avec la beauté évoquée des sirènes loin de là, mais leur forme de
loin pourrait faire penser à une tête vaguement humaine, des nageoires ressemblant à des petits bras car dépourvus de
membres postérieurs, une large queue horizontale et des mamelles. Ces animaux massifs, qui se déplacent lentement vivaient il y a des millions d'années sur la terre et s'est
adapté au milieu aquatique et vivent dans les embouchures des fleuves et dans les eaux côtières. On peut supposer que le mythe pourrait venir de là mais ce n'est pas certain.
LES LÉGENDES
Nous avons déjà parlé au début de cet article de l'origine des sirènes et nous pouvons le
constater, il n'y a pas qu'une origine mais plusieurs tout comme les légendes.
LA LÉGENDE D'ORPHÉE
Les Jasons et les Argonautes qui étaient
à la recherche de la Toison d'Or échappèrent aux sirènes
grâce à Orphée. A bord de l'Argo, Orphée triompha des
créatures maléfiques en chantant aussi bien que les sirènes.
Alors comme les sirènes étaient vaincues, elles se
changèrent soit en rochers, ou elles se jetèrent dans les
flots et moururent noyées. Boutès les entendit et décida de
sauter par-dessus bord. Aphrodite amoureuse vint au secours
de Boutès et le sauva mais Parthénope, une des sirènes
musiciennes et jouant habituellement de la lyre, se jeta
furieuse dans la mer, se noya et son corps fut ramené sur la
côte. On éleva donc un monument à l'endroit même de la ville de Naples.
SIRÈNES ET LITTÉRATURE
Inspiré d'un conte romantique allemand écrit par la Motte-Fouqué (1777-1843), Jean Giraudoux a
créé Ondine. L'ondine dans ce récit souhaite sous une forme
humaine assumer une vieille malédiction et elle perd donc
par amour tout ce qu'elle a de surnaturel. Nous retrouvons
ici l'impossibilité d'une relation homme-femme. Ondine offre
son âme pour qu'on l'épouse.
<= ONDINE LA PETITE SIRÈNE
Hans Christian Andersen a écrit la petite sirène en imaginant une
sirène sans son fichu caractère, et elle en a un mauvais
caractère !

Qui ne connaît pas la sirène du port de
Copenhague ?
Installée confortablement sur son rocher, longs cheveux et
queue de poisson, Dame sirène a trouvé sa place sous forme
d'une sculpture sur la promenade du port de Copenhague au
Danemark.
MARGYRG
Margygr, tel est le nom donné par les
Scandinaves pour la sirène considérée comme la géante de la
mer. Nous retrouvons dans une œuvre norvégienne le «Miroir
Royal» la description de Margygr, long bras, longue
chevelure, buste humain et gros mamelons sur la poitrine.
Inutile de fantasmer !
LA LÉGENDE D'ULYSSE
Les sirènes attiraient
par leur chant les marins. Ulysse écoutant le chant des
sirènes s’était accroché au mât du navire mais avait fait
boucher les oreilles de ses compagnons avec de la cire.
LÉGENDE
INUIT
Sedna. Quel joli nom pour une sirène !
Coquette avec de longs cheveux bruns, elle refuse tout
prétendant que son père peut lui proposer. Mais le père
agacé par ses refus décide alors de lui présenter un
chasseur pour lui demander sa main. Mais manque de chance
pour Sedna, le chasseur est franchement laid ! Son père n'en
a que faire, il lui donne alors la main de sa fille et donc
elle dut partir avec lui. Drôle de chasseur ! En fait, il
n'était qu'un mauvais chaman qui vivait la plupart du temps
sous l'apparence d'un oiseau.
SEDNA DÉESSE DE LA MER
Prise au piège, Sedna est malheureuse.
Elle pleure tellement que son père l'entend du continent et
décide d'aller la chercher en Kayak. Mais lorsque le chaman
s'aperçut que Sedna avait disparu, il se mit en colère et
déclencha alors une tempête dans l'océan. Sedna et son père
n'étaient pas encore arrivés. Ils furent pris dans cette
terrible tempête et le père affolé jeta sa fille Sedna dans
l’océan. Elle essaya de remonter dans le kayak en
s’agrippant mais son père lui tapa sur ses doigts gelés avec
une pagaie. Les pauvres doigts de Sedna se cassèrent,
tombèrent à l'eau et devinrent poissons de l'océan. Sedna
épuisée se laissa couler et devint sirène. Dans la tradition
Inuit, Sedna est vénérée par les Inuits, car elle leur donne
la nourriture nécessaire pour leur survie. Les chamans
prennent un grand peigne durant leur transe pour coiffer la
longue chevelure de Sedna et pour la calmer.
LA CITÉ D'YS ET LES SIRÈNES
SAINT MICHEL EN GRÈVE
La ville légendaire d'Ys serait ainsi
peut être située aux abords de Saint Michel en Grève en
Bretagne, une cité que le roi Gradlon avait fait construire
pour sa fille Dahut. La digue était percée d'écluses et les
clefs étaient gardées par le roi. Un jour Dahut reçut la
visite d'un étranger, le Diable dit-on qui s'empressa de la
séduire. Elle prit alors les clefs des écluses de la digue
et les lui donna. L'étranger ouvrit alors toutes les écluses
et ce qui devait arriver arriva, la mer submergea tout et
Dahut fut engloutie et transformée en sirène. Nous pouvons
alors rencontrer des sirènes sur les côtes trégoroises,
sirènes nées de Dahut et de Gradlon le premier roi de
Cornouailles. Elles se peignent avec des peignes en ivoire
ou en or, possèdent de longs cheveux soyeux et une superbe
queue. On dit que l'eau est salée dans la Baie de Saint
Michel parce que ce sont les larmes des sirènes qui sont en
mal d'amour. Les sirènes étouffent les jeunes gens du pays,
elles les embrassent et les empoisonnent avec leur baiser et
les noient sous leurs larmes.
Ma sirène ne chante que pour moi
J'ai beau dire à mes amis de l'écouter
Personne ne l'entendit jamais Excepté un, un seul
Mais bien qu'il ait l'air sincère,
Je me méfie car il peut être menteur
Robert Desnos

TABLEAU DE BERNARD BUFFET
La sirène reste éternellement
redoutable, fabuleuse, énigmatique. Enfants, adultes, qui ne
la connaît pas ? Les histoires de sirènes sont parfois
belles, cruelles, c'est un mythe qui n'est pas prêt de
s'éteindre. Et pourquoi d'ailleurs n'existeraient-elles pas? qui sait ? On peut bien rêver !
COMPLÉMENT SUR LES SIRÈNES
VISION PLUS TERRE À TERRE
Nous
ne cacherons pas notre émerveillement quant aux légendes
précédemment décrites à propos des sirènes.
Bien sûr, certains
points peuvent rester quelque peu troublants mais il n'existe
manifestement plus personne pour encore croire aux sirènes, sauf à
celles des bateaux. Et le CERPI a souvent le pompon lorsqu'il
s'agit de faire descendre des nuées, de casser les beaux rêves et
leur caractère parfois poétique ou romantique. C'est qu'il existe
effectivement une façon beaucoup plus terre à terre d'envisager
l'origine des créatures marines fabuleuses dont il est ici
question. Et quand on parle de "terre à terre", à propos des
sirènes...
Chacun sait, ou devrait savoir que, durant des
siècles, les femmes étaient interdites sur la totalité des bateaux.
Il s'agissait d'une tradition issue de superstitions qui
constituaient finalement un règlement tacite mais formel. Une femme
sur un bateau aurait porté malheur, or la mer, l'océan sont déjà
bien assez redoutables comme ça pour encore prendre des risques !
Or donc, voilà nos marins partis écumer les
immenses étendues aquatiques, là pour du transport de marchandises,
ici en vue de nouvelles découvertes, des terres inconnues, des
trésors...
C'est vrai que l'océan est redoutable : la
maladie, le scorbut souvent, emporte pas mal de camarades; les
tempêtes font des ravages en matériel et en hommes; parfois, ô
comble de l'ironie, c'est l'eau qui vient à manquer et malheur à qui
boira de l'eau de mer ! Ne parlons même pas des pirates ou des
requins...
Il existe cependant un autre problème, bien plus
pernicieux. C'est que les voyages de l'époque ne se comptent pas en
heures, ni en jours, mais en semaines voire en mois. Voilà qui est
long, bien long pour nos vigoureux matelots pour qui les
distractions et les douceurs finissent par manquer. On a beau
prétendre que les marins appliquent le dicton selon lequel "une
femme dans chaque port" (une phrase qu'il y a hélas moyen de
retourner dans tous les sens en faisant de biens cruels jeux de
mots, dont certains ne seraient que très peu du goût des féministes)
ces mêmes gaillards n'en ont cure et l'alcool, le rhum surtout
paraît-il, n'arrive pas forcément toujours à faire oublier certaines
joies de la vie. Peut-être même exacerbe-t-il encore les désirs
sexuels de plus en plus franchement avoués de l'équipage.
Hélas, les jours continuent de passer, nous
devrions dire : de s'étirer sans fin. Cela finit par tourner à
l'obsession même chez les plus aguerris.
Dans toutes ces conditions, il n'est pas étonnant
que la Femme apparaisse comme un mirage intangible, insaisissable,
mais bel et bien souhaité. Le chant des sirènes, envoûtant,
magique, ensorcelant, est donc sans doute à prendre au second degré
pour avoir fait écho à un autre phénomène bien connu celui-là, celui
des pulsions sexuelles. L'instinct sexuel est d'ailleurs réputé
pour constituer l'un des plus puissants qui soit chez la plupart des
êtres humains (voire la totalité des êtres humains, et voire le plus
puissant).
Si l'on peut dire, les sirènes étaient donc en
quelque sorte la manifestation d'un état d'urgence...
Les marins ne sont pas spécialement connus pour
ne dire que la vérité toute nue, n'en déplaise aux marins envers qui
nous avons d'ailleurs beaucoup de respect et de sympathie. Il est
donc très possible qu'ils aient exagéré, enjolivé, romancé leurs
récits pour y inclure l'apparition d'êtres fantastiques, ou plutôt
fantasmagoriques.
Une manière de passer agréablement leurs longues
soirées d'hiver une fois la retraite venue et de raconter leurs
prouesses d'antan sans être obligé de se mettre en fâcheuse posture
devant enfants et petits-enfants (sans compter la régulière et la
belle-mère, une autre entité malfaisante sur laquelle il faudra bien
que le CERPI axe un jour ses investigations ou tente le va-tout de
l'exorcisme !).
Nous n'épiloguerons pas davantage sur ce sujet
scabreux. Mais il nous semble évident qu'avec un bon verre de rhum
bien tassé, les délires de la maladie, les souffrances diverses, les
privations quotidiennes, derrière d'épaisses masses brouillardeuses
certains marins ont effectivement pu croire apercevoir des formes
typiquement féminines. L'imagination aidant, l'écume des mers se
fait chevelure longue et fine, le sac et le ressac vous bercent d'un
mouvement lancinant et évocateur, le hurlement du vent dans les
voiles se fait complainte amoureuse.
On retrouvera cette idée, très fortement
détournée mais très parlante notamment dans le film
Splash", un film sans prétention mais agréable à l'oeil et aux zygomatiques.
Michel Vanbockestal.
NDLR : L'image ci-contre représente Daryl Hannah, au sourire toujours
aussi plaisant, l'héroïne de Splash.
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