Le Vril (et tout ce qui va
avec...)
La « Société du Vril », telle qu’elle est décrite
dans l’imaginaire populaire (une puissante organisation secrète
d'ingénieurs et de médiums construisant des ovnis pour le Troisième
Reich), n'a jamais existé. C'est une pure invention littéraire de
l'après-guerre.
Cependant, comme souvent dans les mythes, il existe un infime point de
départ réel que les auteurs ont déformé.
La réalité historique : la « Société pour la
Vérité »
L'historien britannique Nicholas Goodrick-Clarke, spécialiste de
l'ésotérisme nazi, a mis en lumière la seule trace réelle de cette
histoire :
• Un petit groupe excentrique : Au début des années 1930, il a
existé à Berlin un cercle très restreint appelé la
Reichsarbeitsgemeinschaft « Das kommende Deutschland » (Communauté de
travail du Reich « L'Allemagne à venir »).
• Leur croyance : Ce groupe, parfois surnommé officieusement
Société pour la Vérité, s'inspirait de thèses théosophiques. Ses membres
croyaient que le roman de science-fiction de Bulwer-Lytton disait vrai
et qu'il était possible de développer une énergie infinie (le Vril) par
la méditation.
• Leur importance réelle : Ce cercle n'avait aucun poids
politique, aucun lien avec Adolf Hitler, et aucun ingénieur aéronautique
dans ses rangs. C'était un simple club d'amateurs d'occulte comme il en
existait des dizaines à l'époque de la République de Weimar. Le groupe a
d'ailleurs rapidement disparu.
La métamorphose en mythe planétaire
La transformation de ce groupuscule insignifiant en une redoutable
société secrète s'est faite en trois étapes majeures :
Petit cercle berlinois (1930) ➔ Article de Willy Ley (1947) ➔ Le Matin
des magiciens (1960) ➔ Mythe de la Société du Vril
(Croyance ésotérique)➔(Alerte sur l'irrationalité)➔(Amplification
romancière)➔ (Ovnis et complotisme)
1. L'alerte de Willy Ley (1947) : Cet ingénieur allemand émigré
aux États-Unis publie un article pour se moquer de l'irrationalité de
certains Allemands avant la guerre. Il y mentionne brièvement ce petit
groupe qui cherchait l'énergie du "Vril".
2. L'invention de Pauwels et Bergier (1960) : Dans Le Matin des
magiciens, les auteurs reprennent l'article de Ley. Par choix
littéraire, ils amplifient massivement le récit. Ils affirment que ce
groupe s'appelait la « Société du Vril », qu'il s'agissait de l'ordre
intérieur de la célèbre Société de Thulé, et qu'il dirigeait secrètement
le nazisme.
3. La dérive conspirationniste (années 1990) : Des auteurs de
fiction et des théoriciens du complot d'extrême droite (comme Jan van
Helsing) ajoutent de nouveaux éléments. Ils inventent les personnages de
médiums comme Maria Orsic, prétendant qu'elle recevait des plans
de soucoupes volantes par télépathie depuis l'étoile Aldébaran. Or, les
archives administratives allemandes prouvent que cette femme n'a tout
simplement jamais existé.
Ce qu'il faut retenir
La « Société du Vril » est le fruit d'un effet de loupe : un roman de
science-fiction britannique qui inspire un minuscule club de passionnés
d'ésotérisme, lequel est ensuite transformé par des écrivains en une
conspiration mondiale.
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