Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Souvenirs de jeunesse : les trains fantômes


Toute foire d'importance et digne de ce nom se doit d'avoir au moins un train fantôme parmi ses attractions. C'est une évidence ! On ne peut pas faire une fête foraine en oubliant la joie de se faire peur et reléguer le domaine de l'étrange aux oubliettes ! Même les petites kermesses locales (sauf peut-être celle de Triffouillis-les-Oies, célèbre localité perdue au milieu de nulle part) disposent de leur "boîte à horreurs" "où-l'on-va-à-pied à défaut d'un réel petit train qui vous emmène, au gré de ses rails et sans espoir de marche arrière.

Dans les années 60, la foire du Midi à Bruxelles proposait deux attractions de ce type et, à peu de choses près, elles demeurèrent rigoureusement semblables d'année en année au niveau de leur contenu. Cela ne m'empêcha pas de les fréquenter assidûment et d'en conserver un souvenir inoubliable. On peut justement remarquer, si l'on s'en réfère à l'époque actuelle, une différence notable qui réside dans le fait que désormais toute la visite se déroule "au rez-de-chaussée". (Après recherches, il s'agit d'une affirmation à revoir puisque les images reçues de Wipeout prouvent que, du moins en France, ce genre de caractéristique a subsisté !)

Jadis, le wagonnet dans lequel il fallait prendre place franchissait à grand fracas une première double porte. Aussitôt celle-ci franchie, le véhicule se mettait à grimper au premier étage. On passait dans ce qui représentait deux tours et on passait même le nez à la fenêtre ce qui donnait une vue aussi subite que vertigineuse. Ensuite, on plongeait pour remonter illico de l'autre côté et s'en était fini pour la partie éclairée de la visite !

Le wagonnet allait alors redescendre lentement dans les ténèbres : encore deux images fluorescentes représentant le diable et puis c'était le noir absolu ! On avait alors droit à toute une série d'apparitions, un squelette sortant d'une malle, un ours gigantesque, le monstre de Frankenstein qui se déboîtait la tête pour vous saluer, une entité indéfinissable mais horrible, encore l'un ou l'autre zombie décharné et puis déjà la sortie s'annonçait ! Hé oui ! Déjà à l'époque, il y avait une question de rentabilité et les tours allaient vite ! Mais avant de sortir, le wagonnet venait frapper un grand nombre de doubles portes battantes installées à la suite les unes des autres pour provoquer un épouvantable vacarme final qui saluait la fin de la visite.

Je me suis souvent demandé quelle était la signification de ce passage des portes et si, aujourd'hui, je me hasarde parfois à imaginer le franchissement de vortex ou la représentation de portes de l'enfer, je dois bien avouer que je n'ai jamais trouvé de réponse satisfaisante. Ce qui est sûr en revanche, c'est que cela faisait partie intégrante des plaisirs de la visite et que, à défaut de réelle utilité, cela créait toute une ambiance.

Vu de l'extérieur, le train fantôme était finalement très différent de ce que l'on voit de nos jours. Bien sûr, les monstres qui y sont à présent représentés ont gagné en crédibilité. Il ne s'agit plus (aussi) manifestement de pantins grossièrement "habillés" et arrosés de ketchup, l'imagination d'antan (qui se perd au fil du temps ?) est avantageusement remplacée par des procédés technologiques. Là où de simples fils pendus au plafond étaient placés sur le chemin obligé du visiteur pour simuler le passage au travers de toiles d'araignées ou de quelque abomination on reçoit à présent de fausses bestioles en latex, articulées, gesticulantes et sonores ! Tout évolue. Les monstres aussi ! Frankenstein a pris sa retraite et Dracula vieillit. Les démons anthropomorphes, hybrides animaliers et autres rescapés de films d'horreur dépassés sont remplacés par des terreurs extra-terrestres, des aliens mythologiques haut en couleurs et détails.

Tout cela est certes beaucoup plus beau (et plus horrible à la fois), le réalisme est de la partie et pourtant il manque deux points essentiels à cette visite ainsi revue et corrigée. Le premier a parfaitement été perçu par les concepteurs d'attractions foraines : en prenant le wagonnet, le visiteur s'en remet au parcours imposé. Il n'a pas le choix et ne peut pas moduler le temps de sa visite. Tout se jouera donc sur l'effet de surprise : en fait, on n'aura pas forcément peur mais on sera saisi (du moins est-ce le but mais ne soyons pas trop naïfs !) Mais les participants d'aujourd'hui veulent pouvoir expérimenter et vivre pleinement leurs visites, pouvoir apprécier les détails d'une composition, ,l'oeuvre d'une mise en scène, ils désirent s'investir davantage et de manière plus physique à leur incursion. Ils aiment se sentir concernés et ne pas se contenter d'être de passage. C'est l'une des raisons pour lesquelles on a marié le concept du train fantôme à celui du cake-walk, sorte de parcours d'obstacles fantaisistes où les marches des escaliers se dérobent sous vos pas, où le sol se met à avancer et à reculer alternativement à gauche et à droite ou que l'on vous propose la traversée d'un grand tonneau en mouvement latéral. Les possibilités sont nombreuses évidemment. A cela, les plus fripons ajouteront la soufflerie qui permet "l'effet Marilyn" (utile seulement en cas de mini jupes !) et l'obscurité relative ou le noir complet qui permettent des échanges... euh... plus intimes.

Le deuxième point, lui, a complètement échappé aux fabricants. Voici de quoi il s'agit :
Même si le domaine a un rapport très étroit avec la mort (les zombies, les revenants, les squelettes) la représentation du lieu visité (ou traversé) doit être nantie d'une dimension supplémentaire : la vie ! Le visiteur ne peut pas entrer dans un hangar sombre, il doit être englouti dans un "monde". Pourquoi une succession de tunnels composés de cloisons parfois mal jointes où le jour paraît et filtre pour crucifier toute l'authenticité ? Et pourquoi pas l'imitation d'un boyau tissulaire et mouvant ? Des projections ectoplasmiques ne pourraient-t-elles pas être envisagées sous la forme d'hologrammes aléatoires qui constitueraient non seulement des fantômes très crédibles mais aussi autant d'attractions à chaque fois différentes et fantasmagoriques ? Il le s'agirait donc plus d'animations figées si on me passe le paradoxe. Quelques arrangements de décors kaléidoscopiques habilement mêlés à des jeux de miroirs et un peu de recherche agrémenteraient le tout d'une féerie surprenante qui aurait alors la variété produite par son mouvement propre, celui du wagonnet et celui du regard du voyageur. Si on peuplait ensuite ce contexte surréaliste de créatures tangibles dont le mouvement corporel serait fluide et débarrassé des saccades automates et que le voyage ne se déroulait plus sur un même plan horizontal, on obtiendrait la traversée d'un réel enfer de sensations multiples, le cheminement dans un chaos apocalyptique où le visiteur se sentirait le jouet d'une attention diabolique, momentanément impressionnante, contextuellement horrible et "génialement cauchemardesque"! Encore que l'on puisse y ajouter toute une panoplie d'effets sonores et de variations musicales.

Du point de vue du CERPI, le sujet des trains fantômes peut susciter les remarques suivantes :
Attraction foraine sensationnelle mais "calme", le train fantôme ne présente pas de risques particuliers, les accidents y sont rarissimes. On ne dénote pas (ou très peu) de cas remarquables dans lesquels le surnaturel ou le paranormal puisse être mis en cause. Il faut aussi considérer que l'obscurité qui règne dans lesdits manèges peut provoquer des tentations quant à des actes malveillants qui jouiraient d'impunité mais l'endroit est peu propice par l'affluence qui règne habituellement sur les champs de foires et il existe d'autres endroits obscurs! Seuls d'éventuels malfaiteurs originaux, empreints de fantaisie et de mise en scène ont pu, très éventuellement, user de ce lieu. Bien que les "locaux" utilisés pour les attractions aient évidemment un rapport direct avec l'objet du CERPI, ceux-ci ne se distinguent pas particulièrement quant à une activité quelconque. Il y a à cela des raisons qui sautent aux yeux: trop de bruit, trop d'affluence, rapidité du passage des visiteurs, manque de concentration ou d'opportunité de type de concentration (paradoxalement, les visiteurs peuvent difficilement provoquer une séance de spiritisme dans ces conditions. On serait tenté de dire que seule une influence venant "de l'extérieur" serait envisageable mais les cas qui auraient pu être observés sont d'une part trop isolés, d'autre part ne peuvent être étudiés dans des conditions valables: influence réelle ? Affabulation des visiteurs ? Élément réel de l'attraction ? Élément fortuit sans connotation ?)

Lieux d'amusement en rapport avec la peur provoquée par l'apparition de monstres, représentés le plus souvent par des mannequins plus ou moins grossiers, ou d'autres procédés, le train fantôme ne provoque que très rarement des traumatismes chez l'enfant. Mais celui-ci peut être marqué très longuement par la fréquentation du manège sans que cela ne le perturbe outre mesure. Dans le cas qui nous concerne, peut-être s'agit-il de l'un des éléments qui ont entraîné notre attirance pour le mystérieux et l'occulte. Il est notoire que la plupart des gens aiment à se faire peur et à faire peur aux autres et les trains fantômes ne sont que des moyens parmi tant d'autres.

SUITE : APPAREILS DIVINATOIRES DE FOIRES


REMARQUE: les photos qui illustrent ce dossier proviennent de l'excellent site de Wipeout qui traite des attractions foraines et dont nous vous conseillons vivement la visite: https://wipeout.free.fr  Lesdites photos sont SOUS COPYRIGHT. Nous remercions tout particulièrement David de Wipeout pour son aimable autorisation !