Dans la bibliographie de l'enquête sur l'affaire
d'Arc-Wattripont, on trouve donc le livre "L'Exorciste", chef d'œuvre désormais
archiconnu. A vrai dire, nous n'avons pas lu ce livre pour l’enquête en
question : nous l'avions évidemment déjà lu bien avant (et c'est d'ailleurs un
très bon livre que le fait d'avoir vu le film ne devrait pas dispenser de la
lecture !).
Il ne nous était pas nécessaire de le relire encore tant le domaine nous était
connu, nous l'avons pourtant fait, par principe. Bien évidemment, la
lecture elle-même ne nous a rien apporté qui soit directement déterminant. Mais
il convenait d'approfondir encore et encore.
Soyons clairs : bien que l'on ne puisse l'écarter complètement pour des raisons
qu'il nous appartiendra de développer ultérieurement, le domaine religieux
n'apporte rien si ce n'est le côté théâtral des événements. Le fait qu'il soit
question d'un côté de l'Église traditionnelle et de l'autre de la Gallicane ne
change rien ou pas grand chose. Mais nous étions déjà fixés quant à l'utilité de
l'exorcisme suite à notre étude fouillée des signes idiopathiques indispensables
à la réalisation du rituel, absents ou insuffisants en l'occurrence dans le cas
d'Arc-Wattripont. Il n'est donc pas nécessaire de revenir sur ce point que nous
tenons pour acquis.
Il existe cependant dans la trame de l'histoire de l'Exorciste (basée sur des
faits réels rappelons-le) certains points qui doivent interpeller les plus
lucides et qu'il faut pouvoir replacer dans le contexte. L'explication est
laborieuse sur ce sujet mais les conclusions intermédiaires qui se trouvent
ainsi amenées sont primordiales même si elles ne permettent pas à elles seules
de trouver la solution de l'énigme : il ne s'agit que de l'une des (multiples)
clés.
Premier point : dans l'Exorciste (que nous abrégerons E) la famille de la
jeune Reagan est athée, dans celle d'Arc-Wattripont (A-W), elle (la famille
adoptive) est au contraire très pieuse et celle de l'épicentre des phénomènes
est croyante sans plus. C'est aussi le cas d'Éric par simple induction. En
parlant d'induction, l'idée principale de ce paragraphe aura une conséquence
très inattendue dans le cas d'A-W.
Deuxième point : on remarque aussi l'utilisation de la planchette ouija
(que l'on accuse parfois de tous les maux et pas toujours à tort non plus
d'ailleurs !) et, plus bizarrement, ce qui apparaît comme un premier signe de
psychokinèse. Ne perdons pas de vue qu'il n'est pas indispensable d'être croyant
pour pratiquer le spiritisme et que, comme nous l'avons maintes fois répété :
tous les médiums n'ont pas le livre d'Alan Kardec sur leur table de chevet. Or,
Éric est réputé pour avoir pratiqué le spiritisme dans sa région natale
(Braine-le-Comte).
Troisième point : comme dans de nombreux cas (notamment d'hystérie
somnambulique ; cf. Jung : l'Énergétique psychique), Reagan (E) se trouve et
attribue cette psychokinèse à un compagnon imaginaire. Ici, nous renverrons le
lecteur à l'ouvrage de Jung quant aux archétypes et à l'inconscient ainsi qu'à
leur redistribution. Il nous serait ici impossible de synthétiser un travail
aussi magistral, pour le cas où nous en serions seulement capables, mais cela ne
sera pas nécessaire puisqu'il en découle seulement ce qui est aussi une des
conclusions du Commandant Tizané, à savoir que l'origine des phénomènes peut se
concevoir dans le vivant et non par le biais d'êtres désincarnés en provenance
d'un hypothétique au-delà. Mais, jusqu'ici, force est de constater que ce n'est
toujours pas ça qui nous donnera l'explication quant à ce qui aurait bien pu
faire se mouvoir les meubles comme par enchantement à A-W. Les meubles, les
bibelots et tout le reste.
Venons-en donc au quatrième point : le film E a eu un impact
considérable, c'est devenu un film culte, chacun le sait. C'est une évidence. Ce
qui est moins connu, en revanche, réside dans le pourquoi de cet impact.
Aujourd’hui, les jeunes ne comprennent pas que ce film - qui a largement été
dépassé en horreur entre temps - ait pu à ce point faire peur, toucher le
public. Cela résidait notamment dans le fait que, le film (basé sur des faits
réels, donc...) démontrait que les athées pouvaient aussi bien être atteints que
les croyants, ce qui ne mettait personne à l'abri. Désormais, le phénomène
concernait potentiellement tout le monde, ce qui était loin d'être innocent.
D'autre part, une constatation terrible se faisait - très claire à l'écran - à
savoir que les forces des ténèbres étaient - contrairement à ce que le petit
peuple croyait alors fermement - pratiquement aussi puissantes que les forces
célestes ! Ce seul point, replacé dans le contexte de l'époque, était réellement
redoutable. On croyait jusqu'alors qu'il suffisait à un prêtre de se présenter,
qu'il fasse l'une ou l'autre prière et asperge les lieux d'eau bénite pour que
le diable ou le démon s'enfuie la queue entre les pattes, vite fait bien fait.
Or, ce n'était pas du tout ce qui apparaissait à l'écran et cette constatation
était épouvantable, en fait : insupportable ! (A l'époque). En effet, en
conclusion le type d'horreur visible à l'écran était susceptible de s'inviter
chez tout le monde sans distinction et on ne voyait plus qui pouvait encore
protéger le petit peuple. Certainement pas la police, ni les parents, ni les
médecins et pas même les prêtres ! Pourtant, cela n'expliquerait encore qu'une
partie du succès du film et semblerait bien hors propos avec notre affaire
d'A-W. Nous allons y venir, soyez sans crainte !
Peu nous importe, en fait, que le film ait connu un franc succès à Paris, à
Liège, à Rome ou à Tombouctou, nous allons au contraire prendre le cas de la
petite ville de Lessines et ce pour deux raisons : la première c'est que la
ville en question se trouve à peu près à mi-chemin entre Braine-le-Comte et
Arc-Wattripont (et que lors des événements d'A-W, c'est (entre autres) une
patrouille de cette ville qui est intervenue). La deuxième, c'est que Lessines
est la ville natale du peintre surréaliste René Magritte. Et ici, nous imaginons
bien vos sourcils se froncer. C'est tout juste si nous ne vous entendons pas
maugréer : "Mais ils sont devenus fous au CERPI, quel rapport ?"... Le rapport,
c'est " L'Empire des lumières ", une toile dudit Magritte, qui représente une
maison avec un réverbère et un jeu d'ombre et de lumière (d'où le titre) assez
particulier. William Friedkin, le réalisateur de E s'est inspiré de cette toile
pour l'affiche de son film, celle très célèbre, où l'on voit le prêtre qui
approche de la maison où sévit la possédée ! Mais alors, faudrait-il en
conclure, comme le supposent peut-être nos Sherlock Holmes en herbe, que
l'impact de E proviendrait de ce que les Lessinois se seraient sentis (peut-être
plus ou moins inconsciemment) plus concernés par cette particularité artistique
locale ? Soit, mais on ne verrait toujours pas le rapport et l'on pourrait aussi
objecter que non seulement cela n'expliquerait toujours rien mais que, en plus,
l'effet aurait dû être rétrograde, sauf peut-être auprès des cinéphiles très
avertis, si l'on voulait appliquer cela à A-W puisque E est sorti vers 1974 et
que les faits de A-W datent de 1993. Le détail de la toile de Magritte n'a fait
surface que bien plus tard. Donc, conclusion apparente : invraisemblable ! Mais
pas si vite !
Reconstituons les faits : au moment de la sortie de E, Éric B (l'épicentre
supposé) était encore un bambin qui ne fréquentait certainement pas les cinémas.
(Pensez : il avait 24 ans en 1993), L'affaire passe complètement au-dessus de sa
tête. Mais le film reste dans toutes les mémoires et, en plus d'avoir des suites
(désastreuses d'ailleurs) on continue de le repasser, inlassablement, même des
décennies plus tard. Le temps passe. Nous sommes à présent en présence d'un
adolescent qui s'intéresse peut-être au spiritisme, voire qui le pratique. Il
est plus que très probable que comme des milliers, voire des millions de gosses
de son âge, il ait complété ses connaissances cinématographiques en regardant le
film " L'Exorciste ". Mais pour qui s'intéresse aux phénomènes inexpliqués, au
spiritisme et à toutes ces choses, il est logique aussi de voir ce qui - dans le
domaine - concerne sa région. Bon sang ! Il est très intéressant de savoir ce
qui aurait pu se passer à Amityville, de trouver de la théorie dans des livres,
mais n'est-il pas prioritaire de prendre connaissance de ce qui aurait bien pu
se passer dans le coin où l'on habite, concrètement - du moins à ce que l'on
raconte ? Cela semble évident. Tout le monde ferait (fait) pareil... C'est là
que dans un contexte qui n'est alors plus du tout anachronique, apparaît la
toile de Magritte et l'inspiration suscitée à William Friedkin ainsi qu'un
rapport de cause à effet au moins inconscient.
Le présent paragraphe fait l'objet de plusieurs articles détaillés que l'on peut
trouver dans
le sommaire général du dossier, lesquels vous sont livrés en guise de
préambules.
Nous poursuivons en rappelant qu'Éric est victime d'un grave accident de la
circulation sur la route qui mène à... Lessines (et qui se poursuit en direction
d'A-W) Pour arriver à A-W, il passe immanquablement par Flobecq et Ellezelles,
la terre de prédilection du mystère sous toutes ses formes. Même si ce n'est pas
le cas et qu'il ait fait le tour par Ostende, (ce qui serait stupide !) il ne
peut pas avoir manqué l'aura sulfureuse qui se dégage de la ville d'Ellezelles,
toute proche d'A-W. Il ne peut pas avoir raté ou au moins avoir entendu parler
du grand sabbat des sorcières de Jacques Vandewattyne et de l'ensemble de ses
œuvres qui jalonnent le terrain, même au milieu des champs, ou de celles de
Christian Pieman ou de Serge Hustache. Il n'a peut-être pas entendu parler des
procès en sorcellerie menés par l'Inquisition sous le règne d'Albert et
d'Isabelle mais il est indéniable qu'il fait irruption dans une région très
fortement imprégnée de mystère. C'est dans cette région que le grand Friedkin a
trouvé sa source d'imagination pour le film le plus terrifiant de tous les temps
! S'il fallait encore enfoncer le clou de cette affirmation, nous citerions
encore le rôle particulier joué par Ellezelles lors de la fameuse vague d'OVNI
sur la Belgique, l'apparition des deux premiers crop circles (agroglyphes ou
cercles de blés) à proximité de la maison fatidique peu avant les événements,
etc. Mais ne nous égarons pas dans l'ufologique : concluons simplement par cette
évidence, Éric arrive à A-W avec de lourds antécédents, dans un contexte chargé,
peut-être certaines prédispositions aux perceptions particulières, lesquelles
lui auraient éventuellement été suggérées bien plus que réellement prouvées et,
de surcroît dans une région nettement imprégnée, chez une famille à la
religiosité à fleur de peau, prompte à mettre les choses sur le compte du
surnaturel. Éric ne connaît très probablement pas la centième partie de toute
l'histoire de la région, peu importe. Chacun sait, chacun sent, que la région
est une région " à part ", très centrée sur le sujet. Si on en connaît les
détails, c'est pis encore. Cependant, c'est aussi le cas des milliers de
personnes qui habitent dans le coin. C'est vrai. Mais chacun réagit avec sa
personnalité, avec sa sensibilité et son vécu. Pour beaucoup, c'est peut-être :
" Bof ! Sornettes, légendes et compagnie, passé et rumeurs, folklore...". Pour
lui, il peut en aller tout autrement, car un individu n'est pas l'autre. Ce qui
est à retenir ici réside dans le terme " imprégnation ". (Si on était dans un
contexte judiciaire on parlerait de "casier judiciaire chargé", c'est évidemment
juste une image !) Pour schématiser, disons que le concept du surnaturel lui est
entré de partout, par tous les moyens, du plus direct au plus indirect. Dans le
même ordre d'idées, on pourrait aussi ajouter qu'à la faveur de la nuit,
l'imagination aidant, l'esprit ou l'inconscient peuvent interpréter certains
stimuli visuels et les traduire par des " hallucinations ", c'est un phénomène
connu, mais il ne nous mènera pas loin. Dans le contexte qui nous occupe, le
concept d'imprégnation va plus loin encore, toujours via la même toile de
Magritte. L'Empire des Lumières ! Le mot est lâché : lumière ! Derrière ce terme
se cache toute la symbolique impliquée : l'opposition entre le Bien et le Mal,
le blanc et le noir, la clarté et l'obscurité, l'ange et le démon, le "dexter"
(droite) et le sinister (gauche) latins... Et pour terminer de vous donner
matière à réflexion sans vous donner la clé de l'énigme pour le moment
(qu'est-ce que vous espériez ?) il faut se rappeler du moment où les habitants
appelleront finalement les forces de l'ordre : le 5 janvier 1993, tard au soir.
Vous croyez que l'on tourne en rond ? Détrompez-vous ! Nous venons de vous
fournir une belle pièce du puzzle.
Et surtout si vous êtes arrivés sur cette page via un moteur de recherches,
nous vous conseillons de reprendre depuis le début avec
le sommaire de cette
enquête vraiment extraordinaire !
C'est tout pour le moment, car l'enquête n'est pas encore
terminée (le sera t'elle un jour ?)
