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COMMENT ENQUÊTER 2PRÉPARATION D'UNE ENQUÊTEa) la stratégie : puisque nous n'envisageons pas le cas des enquêtes "sauvages" (voir nos pages précédentes), nous supposons que les requérants ont pris contact avec nous par téléphone, par écrit, par email, etc. Que ce soit par écrit (courrier classique ou électronique), il y aura (en principe) toujours (par la suite) un premier contact par téléphone. On peut considérer que l'enquête commence dès la réception du courrier (prise en considération des éléments éventuellement cités) sur le plan passif et lors de cet entretien téléphonique sur le plan actif. Dès cet entretien, en effet, le bon enquêteur tentera de distinguer de premiers éléments sur la personnalité du requérant, son niveau social (on peut avoir des surprises : des gens de la Haute qui s'expriment comme des chiffonniers et des individus modestes qui adoptent un langage élaboré, avec un vocabulaire étonnant), son bagage culturel, son objectivité relative (est-il croyant, de nature sceptique, hyper-cartésien, illuminé ?) la logique (cohérence) et la chronologie des faits (dans quel ordre se sont-ils déroulés, à quelles dates ?), leur nature (bien sûr !), les conditions dans lesquelles les observations ont été faites, l'existence de témoins éventuels, les preuves disponibles, dans certains cas il exprimera déjà (mais avec prudence, tact, etc.) des possibilités d'explications rationnelles s'il en trouve, il se fera une idée sur l'authenticité probable du ou des phénomènes, la sincérité du narrateur, son degré émotionnel. Mais il tentera aussi d'établir un climat de confiance. Il complètera les points qui n'étaient pas clairs et aboutira, dans son rapport, à l'exposé d'une situation globale aussi précise que possible qu'il s'agira par la suite d'affiner. En fonction de la totalité de ces éléments, une stratégie d'enquête sera déterminée avec le responsable de réseau. En fonction des cas, un modus operandi spécifique pourra être établi. Il ne nous appartient pas ici de dévoiler les procédés qui sont les nôtres. Comme nous le disions lors de l'émission "Beau fixe" de BEL-RTL, avec Jean-Michel Zecca, le CERPI prend - en principe - en considération tous les témoignages, même ceux qui se présentent a priori comme les plus farfelus. Il s'agit d'une vérité dangereuse à exposer sur un média public car d'aucuns auraient vite fait de cataloguer notre organisme comme empreint d'une grande naïveté. Or, il ne s'agit pas de cela du tout. En effet, il convient de considérer dans un premier temps que tout témoignage constitue potentiellement un substrat précieux. Que feraient les associations telles que la nôtre sans témoignages et cas concrets, sauf de la théorie pure ? Ce n'est certes pas pour rien si nombre d'émissions et de journalistes s'emploient à ridiculiser ces mêmes témoins. Leur démarche consiste à dissuader les observateurs de se manifester afin de priver la sphère associative de ces mêmes témoignages. "Et le combat cessa, faute de combattants !" Toutefois, il va de soi que, dès la réception, un tri s'opère (lequel n'a rien à voir avec les apriorismes traités plus loin), les récits traversent des filtres, des grilles, etc. et la naïveté exposée plus haut cède le pas à la vraisemblance. Mais il ne faut pas aller trop vite ! Ainsi, si un individu apparemment peu sobre expose des faits abracadabrants, son cas sera affublé d'une crédibilité voisine du point zéro. Malgré tout, que se passerait-il si le poivrot du coin, sortant en droite ligne (pardon, en zig zag !) de l'estaminet venait à rencontrer un extraterrestre se livrant à des opérations incroyables ? Personne ne le croirait... évidemment... et l'on passerait à côté d'une opportunité formidable ! Il faut donc un minimum de vérifications, afin de ne pas passer à côté de la montre en or ! Même si nous ne dévoilerons pas nos stratégies, il convient d'en dire un mot. Une maison hantée, ce n'est pas forcément seulement une maison dans laquelle quelqu'un prétend que sévissent des fantômes ! D'ailleurs que sont vraiment les fantômes, sinon des bizarreries que les gens n'arrivent pas à définir et qu'ils attribuent, dans une certaine généralité à ce qu'on leur a dit être des fantômes ? Une maison hantée, cela peut être une résidence dans laquelle on ressent des présences, la sensation d'être observé (et peut-être est-ce le cas !), où sévissent des phénomènes de poltergeist qui ne sont pas forcément liés au concept du "fantôme", ou seulement des bruits étranges quand il ne s'agit pas d'apparitions (personnes, fantômes, monstres, démons, formes floues, extraterrestres supposés, anges, divinités, objets, etc.) Ne perdons pas de vue qu'une maison nous a été signalée hantée parce que dans le restaurant des requérants il était impossible de conserver les fleurs qu'ils achetaient presque quotidiennement. Celles-ci étaient systématiquement coupées au ras de la corolle. Jusque-là, les choses semblent simples et on croit facilement pouvoir impliquer un rongeur, ou un mauvais plaisant. Seulement voilà, ni les caméras de surveillance, ni la surveillance très attentive des propriétaires, ni le placement de pièges, ni même l'intervention d'un détective privé n'avaient réussi à le démontrer. Cerise sur le gâteau : on trouvait, sur l'un des pièges, une fleur coupée ! Agatha Christie aurait difficilement pu trouver meilleure intrigue ! Aucun rongeur au monde n'allait évidemment pousser le bouchon jusqu'à narguer son entourage de telle façon... Le champ d'investigation peut donc rapidement s'élargir de façon notoire et s'écarter très sensiblement de la classique affaire de "fantômes". Rappelons cette histoire, rapportée par Von Lucadou, dans laquelle il investiguait à propos d'une théière qui "parlait" ! Par une configuration tout à fait exceptionnelle, l'ustensile captait en fait des émissions radio ! Mais le contraire aurait également pu être vrai : un individu pourrait par exemple émettre des sons à son insu et ceux-ci être captés par une instance (par exemple) militaire qui, dès lors, s'inquiéterait de leur provenance. En fonction du type d'émission, ceci pourrait beaucoup les intéresser au point de justifier la surveillance discrète de l'individu en question. Par pur hasard, l'intéressé surprendrait alors un sbire camouflé et nanti d'un appareillage sophistiqué qu'il prendrait d'aventure pour un extraterrestre ! Messieurs du CERPI, enquêtez donc ! Or donc, oui : dans certains cas, une enquête sur une maison hantée pourrait devenir une investigation aux portes de l'espionnage et du contre-espionnage et il serait facile d'imaginer des dérives. Heureusement, pour que cela se produise il faut de fameux concours de circonstances. De manière très claire, les probabilités sont bien plus élevées dans le cadre d'enquêtes menées en ufologie. Mais il ne faut pas non plus perdre de vue les possibles accointances entre apparitions mariales et observations ufologiques, entre phénomènes parapsychologiques et hypothèse extraterrestre généralisée (voir sur ce point HETG de Claude Lavat + transformation sténopéique et livres de Jean Sider), entre RR3 et RR4 et possessions démoniaques, entre surnaturel et psychiatrique, etc.) dans tout cela, comment ne pas penser aussi à l'intervention ou les interférences éventuelles (ou expériences) dans le cadre d'armes secrètes, prototypes, etc. et même coups de marketing ! On est souvent loin de savoir, au début d'une enquête "sur une maison hantée", jusqu'où celle-ci peut mener, surtout si on a la patience et le savoir-faire requis pour la mener correctement. Dans le même ordre d'idées, il ne faut évidemment pas non plus avoir l'imagination trop fertile et s'envoler tout de go vers des hypothèses dignes de la science-fiction. C'est pourquoi l'équilibre est difficile entre rationalisme, ouverture d'esprit, prudence et imagination ou inventivité. b) Utilisation d'instruments de mesure, appareillage, etc. Il faut ce qu'il faut, c'est entendu. Mais le propre des ghosbusters farfelus (c'est presque un pléonasme) est de se munir de tout un arsenal de matériel sophistiqué et souvent hors de prix. Nous pensons par exemple au "ghost radar", un appareil juste bon pour les gugusses. Nous restons songeurs en nous souvenant de ce vendeur qui avait confondu un ghostmètre avec un gaussmètre (champs magnétiques). Cependant, il faut prendre garde à la signification des mesures et à leur interprétation. Sur base de quelles données irez-vous prétendre que telle ou telle mesure serait représentative de la présence d'un fantôme ? En fait, tout au plus pourriez-vous, le cas échéant, noter des différences de mesures sans toutefois pouvoir leur donner une signification particulière qui tienne la route sur le plan scientifique par rapport aux fantômes. Par contre, certains instruments très classiques et simples permettent au contraire d'objectiver des différences de mesures et ce sont précisément ces mesures et leurs différences qui auront ensuite une incidence particulière. Expliquons-nous : Au cours d'une visite dans une maison supposée hantée, vous (ou les requérants) pourriez remarquer un froid glacial soudain qui sera peut-être mis (abusivement ou non) sur le compte d'un fantôme. Cependant, rien ne dit que le froid soudain que vous (ou les requérants) avez ressenti émane bien d'un fantôme. Vous ne devez pas l'ignorer : en vous transformant momentanément en Sherlock Holmes de l'étrange, vous n'êtes pas à l'abri de "la pétoche" ! Peut-être vous trouvez-vous à ce moment dans un endroit particulièrement lugubre et obscur, peut-être entendez-vous des bruits sinistres et les requérants vous mettent-ils très mal à l'aise, peut-être aussi avez-vous subitement cru voir une forme passer et, l'ambiance aidant, avez-vous tout à coup ressenti ce qui n'était qu'un frisson (car oui, la peur n'enlève pas le danger mais reste un sentiment humain qui ne se contrôle pas toujours si facilement), ou un courant d'air, etc. La première chose à savoir dans ce cas réside dans l'objectivation de la sensation. Le thermomètre indique-t-il une différence de température ? Dans l'affirmative, cela signifie que cette dernière est objective, réelle et non seulement psychologique ou physiologiquement réactionnelle et limitée à l'individu particulier. Après, attribuer cela à un fantôme, c'est encore autre chose mais au moins est-on sûr de ne pas naviguer dans le subjectif. Il faut être très prudent avec les appareils (qui doivent être en parfait état de marche, vérifiés avant l'enquête, les batteries chargées complètement, des unités d'énergie de rechange prêtes à l'emploi et elles-mêmes vérifiées), leurs mesures, la connaissance des unités, leur signification et leur interprétation, surtout si vous entendez axer votre enquête sur le plan scientifique. De ce côté il ne vous sera fait aucun cadeau et des armées entières se tiennent prêtes à vous descendre en flammes ! Le premier conseil que nous puissions donc formuler à des débutants serait de s'en tenir au matériel de base et à l'objectivation. Il sera temps par la suite de discuter de la "valeur de la preuve", mais ce qui est généralement demandé (sans même que ce soit déterminant) réside souvent dans une ou des photos (n'oubliez pas l'argentique, le numérique et le polaroïd !), la vidéo, l'enregistrement audio (notamment pour l'anamnèse) et... c'est à peu près tout ! Du moins dans un premier temps. Les personnes très familiarisées avec ce genre de choses pourront avoir recours à leur pendule, mais - de grâce - considérez son aide comme la formulation de l'amplification de votre propre ressenti (l'intervention d'un guide serait alors une référence circulaire car qui serait ce guide, sinon une entité de l'au-delà ?) et en aucune manière une preuve ni même un argument scientifique en parlant de taux vibratoire en unités Bovis (ou pis encore : en Angström pour les longueurs d'ondes des radiations lumineuses ou les dimensions nucléaires). Sur le plan scientifique pur, vous vous feriez tuer ! Considérez donc ce que vous "dira" votre pendule comme étant purement subjectif et n'oubliez pas que, jadis, les médecins s'en servaient pour poser leurs diagnostics ! (Et toc !) Pour la petite histoire, citons ce cas où nous avions doublé l'enregistrement audio de réceptions radiophoniques en bruit blanc dans le but de recevoir d'éventuels messages de transcommunication instrumentale avec un décibelmètre en vue d'objectiver lesdites réceptions. Quelle ne fut pas notre surprise d'obtenir un résultat négatif ! Comprenez donc que la valeur mesurée était située sous zéro. Dans notre optique de l'époque, nous pensions qu'il s'agissait d'une impossibilité et que, à tout le moins, une mesure nulle (égale à zéro) aurait signifié l'absence de bruit (et donc de réception, ce qui était contraire à l'observation !) En réalité, il s'agit de mesures logarithmiques dont l'échelle ne se présente pas sous un mode classique et que notre observation concernait la réponse à un pic de décibels. On voit donc à quel type de confusions on s'expose ! Comme pour le reste de cet article, il nous est impossible d'être exhaustifs et nous serons obligés de compléter ces pages au fur et à mesure que les cas nous reviennent en mémoire. 3) L'anamnèse. L'anamnèse est un terme souvent employé en médecine et auquel nous avons recours pour désigner l'ensemble des questions que nous posons aux requérants au début de l'enquête sur les lieux. Est-ce à dire que nous nous prenons pour des "médecins de l'inexpliqué" ? Certainement pas, bien entendu ! Mais nous considérons bien que l'ensemble des définitions relatives au mot "anamnèse" convient bien à la situation. Jugez plutôt : L'anamnèse (en grec « souvenir ») est le récit des antécédents. Il s'agit d'un substantif féminin. En médecine, l'anamnèse, synonyme d'histoire de la maladie, retrace les antécédents médicaux et l'historique de la plainte actuelle du patient, avec les résultats des différentes explorations déjà faites et les traitements entrepris. (En transposant cela au contexte présent, on conçoit la parfaite adéquation avec le travail d'enquête primaire : l'enquêteur demande effectivement au requérant de faire le récit (l'histoire) de son cas, ce qui s'est passé avant (les antécédents), comment les choses ont commencé et donc si l'on peut mettre le début des événements en corrélation avec un fait bien particulier, etc.) En psychologie, l'anamnèse signifie histoire du sujet. (Idem, sauf que l'aspect psychologique - très important - est ici mis en avant). En liturgie, l'anamnèse fait référence à la mémoire du ressuscité (Jésus-Christ). Référant au Missel romain qui établit l'anamnèse comme l'acclamation après la consécration. (On semble s'écarter du sujet mais le rapport entre les requérants et la religion est loin d'être négligeable et s'il devait être établi que les faits seraient en relation avec le surnaturel, alors par définition nous serions bien sur un même niveau.) En ésotérisme, l'anamnèse est le fait de recouvrer la connaissance totale de ses propres existences antérieures (incarnations précédentes). Théoriquement, la réincarnation pourrait faire l'objet d'une hypothèse (osée) plutôt que partie de l'anamnèse, mais cette hypothèse peut elle-même être formulée par le(s) requérant(s) en tant que conviction personnelle profonde et donc devenir l'alter ego d'un antécédent à investiguer, confirmer ou infirmer en fonction des antécédents généraux. Toute la difficulté dans l'anamnèse consiste, dans un premier temps, à l'amener. La demande d'enquête a été formulée par les requérants, la demande en question a été examinée quant à sa vraisemblance a priori, contact a été pris avec les intéressés et une première analyse a été réalisée lors de cet entretien téléphonique (qui est, en fait, une forme de pré-anamnèse ou anamnèse superficielle). Il faut ensuite prendre rendez-vous, se rendre sur place et procéder au reste de l'enquête qui commencera donc par l'anamnèse proprement dite. Nous verrons plus loin comment s'y prendre avec les questions à poser, procéder à l'état des lieux, etc. Dans l'immédiat, il y a plus important à faire et notamment établir un climat de confiance entre enquêteur(s) et requérant(e(s)). Car si vous jaugez vos vis-à-vis, il ne faut pas perdre de vue que cela risque aussi d'être le cas dans le sens inverse. C'est-à-dire que les requérants vont également vous évaluer. Mais peut-être aussi l'entité qui sévirait éventuellement en ces lieux ! L'aspect relationnel n'est pas du tout négligeable et peut se présenter comme un casse-tête : bien sûr, il est préférable de bien se présenter, dans une tenue soignée (car d'un côté on représente tout de même le CERPI - cela dit, l'habit ne fait pas le moine) mais la tenue vestimentaire peut déjà être source de quiproquos. Ainsi le costume cravate pourrait plaire et mettre en confiance par son aspect bon chic bon genre, mais il pourrait aussi paraître exagérément pompeux et manquer de modestie en indisposant des gens éventuellement modestes qui, dès lors, s'exprimeraient moins facilement. Ce n'est qu'un exemple et on pourrait ici en citer cent ! On vous jugera (peut-être hâtivement) sur votre look, votre démarche, votre assurance, votre prestance, votre âge... Ce qui est important reste la faculté de briser la glace, se mettre au diapason, inspirer confiance, bref : favoriser le dialogue. L'humour, utilisé à bon escient, s'avère souvent une bonne arme (mais aussi à double tranchant) qui présente en outre la vertu de faire un bon remède contre la timidité. Qui le pratique bien dispose d'un net avantage, mais il faut pouvoir en user sans en abuser. Car directement après le visuel vient le verbal et, là aussi, le phrasé peut revêtir une importance capitale et être différemment perçu des uns et des autres. J'ai connu un couple de français qui ont trouvé savoureux mon accent... belge ! Mais cela aurait pu (cela a pu ?) en gêner d'autres. Si vous développez un vocabulaire de professeur de psychologie analytique, le croiriez-vous ? vous risqueriez de ne pas être compris, de lasser très rapidement et de ne même plus guère être écouté ! Il existe tout un art dépendant de l'expérience et du feeling pour se mettre sur une même longueur d'ondes que celles de ses hôtes. Cela ne marche pas non plus à tous les coups. L'important est d'y veiller. Dans une importante affaire menée en France il y a quelques années, on pourra voir toute l'importance que représente le premier contact et l'espèce de "combat" (dans certains cas le mot n'est pas trop fort) qui a pu avoir lieu entre un enquêteur et l'un des protagonistes dont l'un se présentait comme une sorcière hyper-puissante capable même de détruire complètement l'enquêteur en question ! On verra par la même occasion les stratégies qui auront été mises en œuvre et le déroulement perfectionniste, réglé comme du papier à musique, qui y a été appliqué, ainsi que la formidable anticipation osée, risquée par l'enquêteur avec succès : un cas d'école ! De haute école ! |