L'ORAGE (et tout
ce qui va avec...)
Un
orage supercellulaire sur la Belgique...
La nuit du 25 au 26 mai
2009, vers les 2 heures du matin, mon épouse et moi-même dormions du
sommeil du juste, avec la fenêtre de la chambre entrouverte. Pour une
fois, je ne m'étais rendu compte de rien alors que d'habitude je réagis
au moindre bruit dans la maison. Ma femme s'était levée et m'avait
appelé car quelque chose d'anormal se passait. Je me rendis compte
immédiatement qu'elle avait raison.
On pouvait entendre, venant de loin mais se rapprochant certainement à
toute allure, un bruit très surprenant, je dirais même étrange. On
aurait dit qu'un immense aspirateur s'était mis à fonctionner, c'était
comme un vrombissement sourd que l'on pouvait incontestablement
attribuer au vent tout en reconnaissant la singularité du son et la
puissance qu'il supposait. Instantanément, une petite lumière
rouge s'alluma dans les circonvolutions de mon cerveau: "danger!"
Quoi? Qu'est-ce que c'était que ça? Une tornade? Un raz de
marée? Un tremblement de terre? Rien de tout cela. Nous allions
rapidement en être avisés. Il s'agissait "seulement" d'un orage, mais en
l'occurrence, c'était d'un orage supercellulaire dont il s'agissait.
Je me suis donc levé, comprenant qu'il fallait tenter de faire face à
toute éventualité et que, en même temps, je ne pourrais pas faire grand
chose. Comme dans la plupart des manifestations naturelles, on ne
peut qu'observer, prendre les précautions d'usage et attendre que cela
passe en espérant que rien de fâcheux ne se produise.
Sans qu'il n'y ait quoi que ce soit de réellement progressif dans le
déchaînement des opérations, nous nous sommes retrouvés au milieu d'un
formidable spectacle son et lumière, assez ahurissant. Il
s'agissait bien d'un orage, mais d'une puissance telle que j'en avais
rarement vu de pareils ! En moins de deux, le ciel s'est illuminé
de toutes parts, il y avait souvent plusieurs éclairs à la fois, de
toutes les formes, de toutes les couleurs, où que l'on regarde.
Les enfants s'étaient levés également et étaient naturellement très
excités. Quant aux chiens, faut-il le dire, ils n'en menaient pas
large. Les uns comme les autres sont souvent très sensibles à ce
genre de choses, et ils ne sont pas les seuls.
Le petit groupe s'était organisé du mieux qu'il pouvait, les yeux encore
gonflés de sommeil, l'un s'en allant chercher une lampe de poche pour le
cas où, l'autre fermant les fenêtres et les volets, un autre encore
débranchant les appareils électriques... Il ne fallait d'ailleurs aucun
éclairage tant l'ambiance était électrique, survoltée. Les éclairs
étaient si puissants qu'on y voyait comme en plein jour, ou presque et
quasi en permanence. Les yeux n'avaient pas le temps de s'habituer
à l'obscurité. Par ailleurs, à certains moments, nous avons même
pu voir des boules de feu traverser le ciel ! Mais par dessus tout cela
régnait un bruit de fond qui donnait tout son relief à l'étrangeté de la
situation. Certes, avec un tel orage, les imaginations pouvaient
s'en donner à coeur joie. Un cinéaste n'aurait eu besoin d'aucun
artifice supplémentaire pour mettre en scène un Dracula ou un
Frankenstein, il avait tout ce qu'il fallait sous la main. Mais au
lieu d'entendre les classiques coups de tonnerre on entendait comme un
long roulement continu, avec parfois des à-coups plus secs et par dessus
tout cela, l'aspirateur monstrueux qui continuait son travail. Le
vent était très fort et soufflait en rafales nerveuses, les arbres du
fond du jardin dansaient, partaient dans tous les sens. Il y eut
un bruit de ce côté et on ne comprit que plus tard que le toit de l'abri
de jardin venait d'être arraché. La pluie commença à s'abattre,
calmement d'abord, avant de se transformer en averse accompagnée de
grêles.
L'orage dura une heure ou deux sans faiblir. Nous pensions qu'il y
en avait plusieurs qui se suivaient, un train d'orages somme toute et
puis tout s'arrêta, presque d'un seul coup, comme si quelqu'un avait
appuyé sur l'interrupteur.
Tout le monde était sain et sauf, il n'y avait apparemment aucun dégât
mais nous étions conscients d'avoir eu de la chance et que la radio et
la télévision ne manqueraient pas de parler de l'événement et, hélas
aussi, de sinistres survenus un peu partout dans le pays.
Le lendemain, effectivement, tout le monde ne parlait que de cela !
La Belgique, et plus spécialement le Hainaut et le Brabant avaient
essuyé un orage supercellulaire, un phénomène en principe réservé aux
pays tropicaux. Il y avait eu entre 15 et 30.000 éclairs, ce qui
est énorme. Des quantités très importantes d'eaux s'étaient
abattues, jusqu'à 34 litres par mètre carré en certains endroits, mais
en seulement une heure ou deux ! Certaines localités avaient été
plus durement touchées encore et on avait du déplorer des chutes de
grêles de la taille d'une balle de golf, qui avaient massacré des
voitures, les toits, les baies vitrées. On ne comptait plus les arbres arrachés, les voitures
qui avaient été aplaties ou criblées d'impacts, les toitures envolées,
les inondations... mais assez miraculeusement il n'y avait aucune
victime humaine.
Devant de telles manifestations, pourtant tout ce qu'il y a de plus
naturelles, on ne peut qu'être partagé entre de multiples sentiments :
inquiétude sinon peur, émerveillement devant la beauté de certains
éclairs, sentiment d'impuissance et d'humilité face à tant de puissance.
Comment ne pas comprendre qu'en certains lieux et certaines époques, des
humains primitifs aient pu craindre ces turbulences particulièrement
impressionnantes et les aient attribuées au courroux des dieux ou à
quelque entité démoniaque ? Comment ne pas comprendre que des gens
superstitieux relient tout cela au surnaturel ?
Rapport privilégié
Ma famille et moi-même
devons probablement entretenir un rapport privilégié avec les orages.
Lorsque j'étais gosse et que nous habitions Lessines, localité toute
proche de la région des collines et de son fameux sabbat des sorcières
d'Ellezelles, nous étions souvent impressionnés par la violence des
orages. Certains prétendaient qu'en passant dans la région, les
orages se trouvaient comme emprisonnés par un relief assez accidenté (le
mur de Grammont, la région des collines) et qu'ils y tournaient en rond,
ce qui prolongeait leur durée ou leur puissance. J'ignore si
ce point peut se confirmer par une quelconque réalité météorologique,
mais ce qui est sûr en revanche, c'est que nous avons vécu de très
nombreux orages d'une violence parfois inouïe.
Lors de la
naissance de mon fils, Jonathan, depuis belle lurette passionné de
météorologie sans que je n'y soit pour rien, le phénomène ne fit pas
d'exception. Nous étions en pleine retransmission de la coup du
monde de football (1994) et je regardais Brésil-Suède, si mes souvenirs
sont bons. L'orage se déclara et ce fut un fameux. Je me
souviens avoir redouté la coupure de courant qui aurait mis fin au
suspens sportif et la course à l'hôpital pour ladite naissance. Au
lieu de cela, j'ai eu droit à un double spectacle : celui qui se
déroulait à la télévision et celui qui avait lieu dehors. Quant au
fiston, il eut la décence d'attendre encore quelques jours; à l'époque,
il était obéissant ! Qu'importe, ma soirée se termina trempé
jusqu'aux os et prenant des risques considérables lorsqu'au paroxysme de
l'orage, je dus aller m'occuper de nos deux molosses qui se trouvaient
dans l'enclos du fond du jardin et qui étaient tous deux terrorisés.
Plus tard, le même fiston vit une tornade
se former juste au dessus de sa tête, ou en tous cas vraiment tout près
de lui, et me reprocha longtemps d'avoir
emporté l'appareil photo. Une tornade à Soignies, pensez donc !
Mais outre le côté insolite de l'événement, il y avait aussi une
remarquable coïncidence : le commandant des pompiers qui s'était occupé
des opérations était M. Haumont. Ce nom est une homonymie parfaite
de la petite localité française qui subit une tornade dévastatrice peu
de temps après !
La foudre a également "honoré" notre domicile en le prenant pour cible.
Nous en avons été quittes pour la peur et la coupure de courant, aucun
dégât majeur si ce n'est quelques raccords électriques grillés.
Celle-ci a aussi décidé de prendre son point de départ en un point que
je situe approximativement sur le capot de ma voiture. Je relate
ce point un peu plus loin... Bref, on dirait bien que l'orage nous colle
aux basques !
Glissement des inquiétudes
Si jadis l'homme était terrorisé par les
orages et les attribuait à toutes sortes de divinités ou d'entités, les
choses ont bien changé. De nos jours, plus personne ne tient évidemment
ce genre de discours. Par contre, on s'étonne de plus en plus de
la fréquence des perturbations météorologiques et on les attribue au
réchauffement climatique. Il est vrai que l'Homme en a déjà fait
tellement voir à notre bonne vieille planète que, comme n'hésitent pas à
le dire certains, il n'est pas étonnant qu'elle se "venge".
Doit-on donc s'attendre à un afflux de tornades, d'orages,
d'inondations, de chutes de grêles et autres calamités dans notre petit
pays déjà si bien servi par les pluies ? Nous n'en savons rien et
cela s'éloigne d'ailleurs de nos objectifs. Quoi qu'il en soit,
qu'il s'agisse d'une manifestation naturelle spectaculaire ou d'une
question d'ambiance particulière propice aux imaginations les plus
débridées, l'orage mérite que l'on s'y intéresse parce qu'il
s'accompagne d'une multitude de phénomènes connexes, telle
la foudre en
boule ou les feux de Saint-Elme, les orages magnétiques et l'influence
éventuelle d'extraterrestres, le mythe de la vie et de la créature
fantastique créée via l'électricité (le monstre de Frankenstein), et
enfin parce que, aujourd'hui encore, on se pose mille questions à son
propos: peut-on vraiment calculer la distance qui nous sépare d'un orage
et dans l'affirmative comment s'y prend t'on ?
Est-on protégé dans
une voiture, un avion ? Est-il vraiment dangereux de téléphoner
pendant l'orage ? Comment se protéger ? Etc. Le présent
n'a d'autre prétention que de répondre à ces questions. Mais il
serait étonnant que vous n'appreniez rien lors de sa lecture !
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