Interview 3

Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Interview sur les arts martiaux (suite 2)


Bruce Lee a énormément fait parler de lui, mais était-il le maître que l'on a dit ?

Bruce Lee est une personne très controversée et d'ailleurs controversable. Certains l'adulent comme un dieu, d'autres le détestent, mais en général sa cote de popularité est excellente. Cela provient sans doute du fait que, contrairement à beaucoup de professeurs d'arts martiaux, il n'a pas toujours fait dans le philosophique. Il était bagarreur, aimait la "castagne" et a fait partie de petits gangs. Par son caractère ou son comportement, il ne s'est pas fait que des amis et il avait effectivement maille à partie avec la mafia. D'autre part, il lui arrivait de se permettre des écarts un peu douteux (alcool, drogue et... filles). Mais là encore il faut distinguer les choses. On ne peut pas comparer ce qu'il était dans l'adolescence et en tenant compte de certains facteurs défavorables et ce qu'il est devenu par son travail acharné, ses capacités physiques, son sens quasiment inné de l'action dans le style et la fondation du Jeet kune do. Quoi que l'on puisse dire de lui, il faut reconnaître que cela a été un grand monsieur, un être d'exception et un pratiquant redoutable.

Il est incontestable qu'il ait été le plus grand acteur de films d'arts martiaux du XXème siècle. Il a influencé beaucoup de monde et même d'écoles. Pour tout vous dire, il fut une époque de mon enfance, ou plus exactement de mon adolescence où je l'admirais et le prenais comme modèle. Mais en cela, je crois avoir seulement copié des milliers d'autres "gamins" de mon âge. C'était l'époque où l'on mimait le grand Bruce en poussant le même genre de cris suraigus.

Le premier film que j'ai vu de lui a été Big Boss. Je n'ai pas pu le voir lors de sa première sortie car je n'avais pas encore l'âge, mais je me suis rattrapé après ! Ce n'est que bien des années plus tard que je me suis aperçu que certaines scènes de combat avaient été "au moins un peu" arrangées, accélérées. Là aussi, il faut faire la part des choses : Bruce Lee était un pratiquant extrêmement rapide (et puissant malgré sa petite taille), mais on a un peu poussé le bouchon pour les besoins de ses films. Il n'empêche que ses mouvements étaient incroyablement rapides, même les coups de pied et il parvenait à donner la bagatelle de huit coups à la seconde ! Je me souviens qu'à l'époque où je le copiais et qui a généré chez moi une véritable obsession pour arriver sinon à le battre du moins à l'égaler, je me suis entraîné comme un dingue et suis arrivé à six coups à la seconde (euh... je parle de karaté, bien sûr !) Il s'agit là de l'un de mes records personnels et ce n'est certes pas mal. Néanmoins, je me suis aperçu récemment que j'avais été battu par un inconnu (et certainement encore bien d'autres de par le monde). Ce dernier arrive aussi aux six coups mais parfois aux sept. Ah ben zut alors !
Je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui aurait dépassé les huit... Je n'ai donc jamais battu Bruce Lee.

J'aimais beaucoup les films de Bruce Lee et il faut dire que tout en respectant la trame habituelle du genre, il a su révolutionner le style et il a été le premier à faire réaliser un tournage en Europe, en Italie notamment. Il se permettait aussi d'y inclure l'humour ce qui n'est pas plus mal. Son combat avec Chuck Norris, sept fois champion du monde de karaté, fondateur de sa propre école également, dans les ruines du Colisée est un grand moment de cinéma. Pour la petite histoire, il paraîtrait que les deux hommes se sont aussi affrontés en dehors des plateaux, afin de savoir qui était vraiment le meilleur car, pour les besoins du film "La fureur du dragon", Chuck Norris avait accepté de se laisser battre. On raconte que Bruce Lee a gagné aussi ce second combat mais, jusqu'ici, je n'ai trouvé aucune confirmation émanant de source officielle. "Opération dragon" est également un excellent film du genre. Bruce Lee n'en a fait que cinq mais ils lui ont assuré un succès sans précédent.

On pourrait citer de nombreuses anecdotes à propos du petit dragon. J'en retiendrai une : alors qu'il assistait à une émission regroupant des grands maîtres de différentes écoles qui vantaient chacun la supériorité des unes sur les autres, arriva un hurluberlu qui défia tout le monde de le faire tomber en le poussant. Chacun des maîtres essaya à son tour et, à leur grande humiliation, n'y parvinrent pas ! Bruce Lee était le dernier, il se leva et assomma le plaisantin aussi sec.
Après coup (c'est le cas de le dire !) on lui demanda pourquoi il avait fait ça puisque les choses n'étaient pas prévues ainsi et il répondit : "Moi, je ne pousse pas. Je frappe !"

Plus intéressant dans l'optique du CERPI, il subsiste un mystère sur les causes de sa mort. La vérité sur celle-ci ne semble pas avoir encore été mise à jour. La thèse officielle est celle d'une allergie à l'aspirine, une hypersensibilité à l'un des composants du médicament qu'il avait pris un peu avant de mourir. Je me pose des questions quant à savoir si ce genre de choses peut vraiment provoquer un gonflement spectaculaire du cerveau ! En tous cas l'autopsie n'a pas relevé de traces relatives à un empoisonnement, mais cela reste possible car à en juger par les documents qui m'ont été fournis, celle-ci a été incomplète. Par contre, c'est Linda, son épouse, qui a annoncé qu'il arrivait à Bruce de fumer de la marijuana... Seulement voilà, les choses ne sont pas encore aussi simples : Bruce Lee n'était pas chez lui lorsque c'est arrivé, contrairement à ce qui avait été annoncé de source officielle. On peut se demander aussi pourquoi, vu l'état d'urgence, il a été transféré dans un hôpital lointain alors qu'il en existait un autre bien plus proche. D'autre part, peu avant sa mort, le grand maître était très nerveux, se sentait et se disait menacé. Il a d'ailleurs fait l'objet de plusieurs attaques et était désormais armé d'un revolver ! Un jour, lors d'une conférence, la porte claqua et il se jeta aussitôt au sol... Tout cela est assez bizarre et suspect, surtout quant on connaît ses relations avec la mafia (réelles ou supposées, "actuelles" ou passées ?) Bien sûr, on a aussi introduit la composante occulte dans les circonstances de sa mort. Lors d'un tournage précédent, ou lors d'un entraînement quelconque, il aurait reçu un coup de la "main empoisonnée", un vieux sage lui aurait lancé un défi duquel il ne pouvait s'en sortir, il aurait fait l'objet d'un sort, une malédiction. Ce qui est sûr, c'est que son décès survint lors du film "Le jeu de la mort", une coïncidence ?

En ce qui me concerne, c'est un coup de chapeau que je lui réserve, tant pour sa vie intense et bien remplie que pour sa réussite et son parcours. Je lui rends hommage, il le mérite.

Si Bruce Lee était si exceptionnel et si la plupart des grands maîtres sont asiatiques, ne peut-on pas se poser des questions sur les maîtres européens ?

Ce qui était vrai il y a quelques décennies a bien changé ! Jadis, il était indispensable de s'être rendu au Japon pour réellement évoluer dans les arts martiaux et cela représentait un problème. Aujourd'hui, bien que cela ne soit pas donné à tout le monde, les kilomètres semblent s'être estompés, toutes les destinations du monde semblent être devenues plus proches. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elles soient plus démocratiques... Les asiatiques sont bien sûr toujours redoutables, ce sont leurs techniques, c'est leur terrain, leur philosophie. Un peu comme le football et l'Angleterre ! Mais par la force des choses et aussi à force de temps, les européens ont bien rattrapé leur retard. Il devient fréquent que des asiatiques, des Japonais, se fassent battre par des européens. Voilà pour ce qui est de la compétition du moins. Dans une autre optique, je pense qu'un maître européen aura beaucoup de mal à valoir son équivalent asiatique sur le plan philosophique car là je crois que c'est inscrit dans les gènes. Depuis qu'ils sont au monde, ils vivent d'une manière très différente avec des conceptions, une culture, des habitudes qui s'écartent de beaucoup des nôtres. Néanmoins, même dans ce domaine nos progrès sont incontestables et je peux vous garantir qu'il existe chez nous de grands maîtres dont la valeur intrinsèque et celle de leur enseignement est tout à fait remarquable.

A mes débuts en karaté, j'ai assisté à une démonstration d'un cinquième dan dont j'ai oublié le nom (j'espère qu'il m'excusera !) Il m'avait pris pour partenaire afin de montrer un coup que j'étais sensé bloquer. Cependant, étant débutant à cette époque, je m'attendais au contraire à ce qu'il stoppe son coup avant l'impact. Je lui ai donc servi de punching-ball ! Ah ! Je peux vous assurer que ça déménage ! Il n'y a eu qu'un seul coup et je n'étais pas du style gringalet, mais c'est un peu comme si j'avais été transpercé par un marteau piqueur ou que j'avais refusé la priorité à un poids lourd.
Par la suite, j'ai forcément été en contact avec d'autres sommités belges et non belges mais européennes et, franchement, je trouve que la mentalité est excellente et que nos bases sont plus que rassurantes.

Vous même, comment vous situez-vous par rapport aux autres grands maîtres ?

Holà ! Ici, il convient d'évoluer avec plus de modestie ! Tout d'abord je ne me considère pas comme un grand maître en arts martiaux, pas même un "maître" et je n'ai d'ailleurs pas ce titre non plus ! Il faut savoir que l'on peut dire "maître" à un professeur si celui-ci a atteint au moins le cinquième dan, ce qui n'est pas mon cas. Ensuite...

Oui mais, vous êtes tout de même quatrième dan de karaté, non ?

D'accord, mais d'une part je ne pratique plus depuis plusieurs années, notamment faute de temps et à cause de ma sphère professionnelle. Je n'ai donc de toute façon plus le niveau ni la condition physique, loin s'en faut. D'autre part, on ne passe pas au dan supérieur comme on accède à une couleur de ceinture supérieure, de l'orange à la verte par exemple. Plus on évolue, plus cela devient long et difficile et, encore une fois, le principal adversaire, c'est soi-même.
Donc, s'il vous plaît, soyons réalistes. Disons qu'il fut un temps où j'étais plutôt bon. J'ai eu l'occasion de faire mes preuves et largement. J'ai vécu une belle expérience mais à présent il faut laisser la place aux jeunes. Vous savez, je crois que je n'accepterais même plus une occupation de portier ou de sorteur si on me la proposait (et en admettant que j'aurais du temps à y consacrer). D'ici peu, je serai septantenaire et je commence à avoir des bobos un peu partout. Mon accident de 1985 ne m'a pas aidé non plus. Bref : s'il devait arriver un jour de me faire agresser, il y en a qui risquent d'avoir une drôle de surprise. Cela dit, il n'est plus question pour moi de remonter sur les tatamis. Par contre, il m'arrive de répéter des katas dans mon jardin. C'est bon pour le mental.

Vous avez très peu parlé de la boxe. Pas du tout même... Pourtant, là aussi vous vous êtes distingué.

Oui, mais je n'aime pas beaucoup parler de cette période de mon existence.

C'est donc surtout la philosophie des arts martiaux qui vous attire ?

Pas seulement celle des arts martiaux et d'ailleurs cela fait partie d'un tout. De tout temps j'ai été fasciné par l'Orient, les art martiaux bien sûr, mais aussi le zen, le yin et le yang, la culture, la mentalité. Vous pouvez m'inviter tous les jours au resto chinois (et, mieux encore : le resto japonais !) vous serez fatigué avant moi (et je mange avec des baguettes s'il vous plaît !) Si cela ne dépendait que de moi, l'intérieur de ma maison serait décoré en style chinois ou japonais, je trouve cela très joli. C'est aussi l'austérité et l'ascèse que j'apprécie. Vous savez, je pense sincèrement que nous avons encore beaucoup de choses à apprendre des peuples asiatiques, que ce soit en général ou dans l'optique du CERPI et ce n'est pas pour rien que j'ai décidé d'ouvrir la présente rubrique.