L' ALCHIMIE, UN
MYTHE ?
Parfois, à lire les recherches passionnées, les écrits
fouillés, à parcourir les sites Internet consacrés au sujet, on pourrait oublier
certains points fondamentaux qui remettent tout en question sur le rêve dont
nous venons de prendre connaissance. Nicolas Flamel et Dame
Pernelle seraient encore aujourd'hui toujours vivants puisqu'ils
auraient découvert le secret de l'élixir de longue vie, l'un des buts de
la pierre philosophale, mais ils seraient aussi immensément riches car
ils auraient également pu transmuter les métaux vils en métaux nobles,
c'est-à-dire par exemple le fer en or, ou le plomb en argent, etc. Il
leur restait à découvrir la panacée (généralement qualifiée
d'universelle, mais les mots "panacée" et "universelle" utilisés
conjointement constituent un pléonasme), entendez par là le remède
miracle contre tous les maux.
Bien sûr, tout ceci fait appel à notre imagination, notre besoin de merveilleux,
besoin de rêver, de se bercer de douces illusions, pas toujours très
raisonnables d'ailleurs comme nous allons pouvoir le voir ici.
Pourquoi les alchimistes ne
pourraient-ils pas avoir trouvé le moyen de transmuter les métaux ?
Il faut tout d'abord exposer un point qu'ignorent
sans doute encore pas mal de personnes à l'heure actuelle, c'est qu'il est tout
à fait possible de changer du fer, du plomb, du mercure, peu importe en or.
De
la même façon d'ailleurs qu'il serait tout aussi possible de transformer du fer
en plomb, de l'or en fer, etc. (Mais dans ce dernier cas, on ne verrait pas
vraiment l'intérêt !) La chose est techniquement et scientifiquement possible.
Mais comment cela se fait-il ?
Pour en donner l'explication, il est nécessaire de faire une petite leçon de
chimie de base. Nous allons nous empresser tout de suite de signaler que ce que
nous allons avancer ici est faux, dans le sens où cette théorie a été rectifiée
ultérieurement aux cours dispensés à l'école dans les années 70, mais cela ne
change rien au principe.
A
l'époque, on nous enseignait que la matière était composée d'atomes,
c'est-à-dire de particules elles-mêmes composées d'un noyau autour duquel
gravitent des électrons, autrement dit une autre sorte de particules, chargées
d'électricité négative, celles-là. 
Le tout formant un ensemble électriquement neutre par l'équilibre des charges
avec le noyau.
Jusque là vous suivez ?
Ceux qui n'admettaient pas cette théorie de l'atome récoltaient des hém - atômes!
Schématiquement, on pouvait dire que chaque élément constitutif du tableau
périodique des éléments de Mendeleïev se caractérisait par un nombre spécifique
d'électrons, lesquels gravitaient sur une ou plusieurs couches périphériques en
fonction de leur nombre.
Dans la théorie au moins, il aurait suffit de modifier cet équilibre et ce
nombre pour obtenir un autre élément que celui de départ. Et le tour était
joué. Mais en théorie seulement car, en pratique, les choses en allaient tout
autrement. En effet, pour arriver à un tel résultat, outre la précision requise,
il était nécessaire de faire entrer en jeu une quantité d'énergie tellement
énorme (sans compter les appareillages sophistiqués indispensables) que
l'opération n'était absolument pas rentable.
En ce qui concerne les alchimistes, qui ne connaissaient forcément rien à la
théorie atomique, loin s'en faut puisqu'ils ignoraient même jusqu'à l'existence
de certains éléments que nous avons découverts depuis, on voit mal comment ils
auraient pu, avec les moyens de leur époque, arriver à produire une énergie qui,
aujourd'hui encore, nous rebute profondément !
Outre cette fameuse théorie atomique, les alchimistes auraient également du
connaître les caractéristiques précises de ces éléments (qui leur échappaient
complètement) afin d'utiliser, de préférence, des substances les plus voisines
possible afin de rendre les choses plus aisées. Leur démarche était donc
certainement louable et courageuse mais vouée à l'échec.
Pourquoi
est-il impossible que les alchimistes aient trouvé l'élixir de longue
vie ?
A
priori, si l'élixir de longue vie existait et si on l'avait découvert, cela
devrait avoir un succès phénoménal. Les gens ne sont généralement pas
pressés de mourir et cette perspective ne les enchante guère.. Cela semble
évident !
Sauf que les personnes déjà un petit peu plus avisées s'empressent aussi de
préciser que "tout dépend de l'état dans lequel on se trouve". Si c'est pour
avoir 130 ans mais vivre un calvaire quotidien, être aveugle et sourd, ne plus
se souvenir du quart de ce qui vient de se passer dans l'heure, être cloué dans
une chaise, voire un lit, au régime... non merci ! Même chose si une vieillesse
prolongée devait s'accompagner de douleurs intolérables et incurables.
En fait, toutes les choses qui nous entourent sont limitées dans le temps. De
l'éphémère à la montagne, toutes ont un début et une fin. Les rythmes de vie
respectifs sont bien sûr différents et il faudra des milliards de générations
d'éphémères avant que la montagne ne commence à s'effriter. Encore ne peut-on
pas vraiment comparer les êtres vivants et le monde inanimé, tels que les
minéraux, qui répondent à d'autres impératifs car constitutifs de la matière.
Le mythe de l'immortalité ne date pas d'hier. Depuis que l'homme est conscient
de sa mort inéluctable, il ne cesse de s'en inquiéter et de tenter de résoudre
ce problème crucial et apparemment incontournable. C'est peut-être là l'une des
raisons de l'existence des religions puisque celles-ci proposent généralement un
au-delà, un après éternel qui a tout de même quelque chose de rassurant.
L'élixir de longue vie, cette fameuse potion buvable que les alchimistes
tentaient de mettre au point grâce à la pierre philosophale serait un moyen de
court-circuiter ce processus et assurerait sinon l'immortalité absolue, du moins
une prolongation de la vie dans des proportions appréciables. Le grand Nicolas
Flamel l'aurait soi-disant trouvé, raison pour laquelle certains personnes
prétendraient l'avoir aperçu récemment en Asie, plusieurs centaines d'années
après son décès officiel.
Nous n'épiloguerons pas sur ce sujet qui est abordé ailleurs dans ce site mais
nous contenterons de répondre à la question.
L'élixir
de longue vie ne peut pas exister pour plusieurs raisons. Tout d'abord, et cela
nous semble la raison primordiale, cela équivaudrait à la résolution de ce
fameux problème impossible à résoudre qu'est le mouvement perpétuel. Toute chose
animée, même si elle est correctement entretenue et alimentée, finit par s'user,
même faiblement, même imperceptiblement. Le temps n'est pas un problème mais une
cause. Il arrive donc fatalement un moment où cela doit s'arrêter. Il en va de
même pour les êtres vivants qui naissent, vivent, évoluent, se fatiguent,
tombent malades, s'usent et, finalement, meurent si un accident n'a pas
précipité les choses.
C'est très simple, mais c'est comme ça ! Désolés, les choses n'ont pas changé
depuis des millions d'années et si l'espérance de vie augmente généralement dans
la plupart des cas, cela ne change rien en finalité, sauf au niveau de la
croissance démographique et donc du surpeuplement.
Article connexe: "La mort vous va si
bien !"
Pourquoi est-il impossible
que les alchimistes aient trouvé la panacée ?
Sous
ses apparences anodines, cette question est beaucoup plus redoutable que les
deux précédentes parce qu'elle découle en fait non pas d'une cause mais bien
d'une orientation, un courant de recherches. Mais pour mieux comprendre nos
propos, il sera nécessaire de revenir "un peu" en arrière (c'est un euphémisme
!) et de prolonger, sinon nos existences, du poins nos connaissances à propos de
l'alchimie, de la chimie et de la médecine notamment.
L'alchimie avait pour but essentiel de découvrir la pierre philosophale qui,
indirectement, (et indirectement seulement, ce détail a toute son importance !)
devait permettre d'autres réalisations telles que la transmutation des métaux
vils en or ou en argent, l'élixir de longue vie (ou élixir de jeunesse) et la
panacée, c'est-à-dire cette substance capable de guérir tous les maux.
Cette pseudo-science dont l'influence traversa allègrement les siècles, partait
d'un principe vieux comme le monde, pas complètement absurde mais loin d'être
adapté aux réels progrès... en la matière. Elle était fondée sur la croyance
qu'il existe quatre éléments fondamentaux (l'eau, l'air, la terre et le feu) et
trois substances (le mercure, le soufre et le sel). De vastes systèmes
métaphysiques et symboliques ont été érigés sur ces sept piliers de l'alchimie,
qui puiserait elle-même ses sources dans certains écrits occultes de l'Égypte et
de la Chine anciennes.
 De
nos jours, la transmutation a été reléguée dans l'ombre, tandis que la
transcendance et la panacée demeurent au goût du jour en homéopathie et en
aromathérapie. Bien des alchimistes modernes mêlent leur art à l'astrologie,
l'acuponcture, l'hypnose, ainsi qu'à toute une gamme de pratiques new wave.
L'alchimie, contrairement à sa descendante, la chimie moderne, se préoccupait
avant tout de métaphysique. Ses praticiens ont sans doute été les premiers à
créer des expériences pour tenter de vérifier leurs hypothèses. Obnubilés par
leur quête spirituelle et leurs croyances, cependant, ils n'ont pas pas su
fonder une véritable méthode scientifique. L'alchimie n'a jamais pu se dissocier
du surnaturel, de la magie et de la superstition. C'est peut-être pourquoi elle
est demeurée populaire, même si elle n'a à peu près rien légué de durable.
Il convient cependant de rappeler que certains alchimistes ont contribué au
progrès des connaissances. Par exemple, Paracelse (1493-1541) introduisit un
concept révolutionnaire en médecine. Il fut le premier à rejeter l'idée,
toujours en vogue chez les alchimistes contemporains, que la maladie résulte
d'un déséquilibre ou d'une absence d'harmonie au sein du corps. Il croyait
plutôt qu'on tombait malade quand l'organisme était soumis à l'agression
d'agents extérieurs, et préconisait l'emploi de divers produits chimiques comme
remèdes. On le voit en effet, Paracelse était donc déjà beaucoup plus près de
nos conceptions actuelles et ce changement d'orientation en fit non seulement un
précurseur heureux de notre médecine moderne mais aussi aurait-il pu contribuer
à un tout autre essor de l'alchimie que le sort qui lui fut finalement révolu, à
savoir l'abandon total.
 Cela
dit, il est bon de préciser que la philosophie asiatique qui préconise
l'harmonie du yin et du yang, étrangement similaire dans le principe puisque ses
adeptes considèrent effectivement la maladie comme un déséquilibre à ce niveau,
n'évolue pas dans le même concept.
L'alchimie demeure actuelle dans les milieux anti-scientifiques. Aux États-Unis,
Robin Murphy, par exemple, a combiné l'alchimie à l'homéopathie, au qigong et à
l'astrologie pour créer sa propre médecine parallèle. L'Alchemical Institute
propose l'hypnothérapie alchimique à tous les adeptes du Nouvel Âge qui
cherchent une thérapie de prise en main personnelle puisant dans les
pseudo-sciences occultes. L'alchimiste John Reid promet santé et succès par la
quête de la quintessence !
Il est bon de remarquer que la science telle que nous connaissons n'a pu
connaître de véritable essor que lorsqu'on a abandonné la recherche de l'essence
et de la quintessence des choses.
  Nous
le savons à présent, la maladie peut provenir d'une foule de causes,
microbiennes, virales, dégénérescentes, psychosomatiques, et même à partir de
générations spontanées. Mais les alchimistes n'avaient bien entendu aucun moyen
de seulement se douter de ce genre de choses avec les moyens dont ils
disposaient, dépourvus qu'ils étaient du moindre microscope et, dans la plupart
des cas, de connaissances élémentaires en anatomie. Paracelse commençait à
frôler le début dune certaine sagesse à ce propos en évoquant, ou plutôt en
faisant allusion à ce qui allait devenir ultérieurement nos antibiotiques,
sulfamides et autres produits issus de l'arsenal pharmaceutique. Il envisageait
seulement l'absorption de produits chimiques mais il n'aurait jamais pu y avoir
accès à défaut de disposer d'une théorie atomique fondamentale et de sérieux
principes chimiques et physiques devenus désormais élémentaires à nos yeux.
On
ne peut toutefois pas envisager l'existence d'une éventuelle panacée parce que
les traitements de différents maux ne peuvent guère se soigner par un même et
unique produit. L'exemple simple du bon gros rhume et de la grippe est ici
d'application nous semble t'il. Dans le premier cas, vous pourrez éventuellement
prendre un bon grog, de l'aspirine, des vitamines C, etc. Bref, il s'agirait
plutôt d'un traitement symptomatique et préventif visant à éliminer les
inconvénients de cette affection bénigne. Pour certaines maladies, il convient
de "tuer" les agents pathogènes et l'emploi d'antibiotiques s'avère utile, voire
indispensable (mais à utiliser avec précautions car l'abus peut aboutir à des
effets pernicieux). Tandis que pour ce qui est de la grippe classique,
s'agissant d'une affection virale, il convient de laisser agir le système
immunitaire, les antibiotiques seraient inutiles, inefficaces et ne
présenteraient finalement que leur inconvénient. (Avec le recul,le rôle des
antibiotiques peut être revu, mais cela ne change rien à nos propos)
L'éventail
de possibilités pathogènes est tellement vaste et mouvant car il ne faut pas
perdre de vue les mutations génétiques, les résistances particulières à certains
produits développées entre autres par des nuisibles bien connus, que les
possibilités pharmaceutiques doivent elles-mêmes suivre le mouvement, s'adapter
et évoluer. De nouvelles maladies apparaissent tous les jours et la lutte entre
les deux pôles que sont l'affection et la guérison est constante avec des
résultats variables. La réponse des patients peut également être très différente
d'un individu à l'autre par rapport à une même molécule, de la même façon que
les effets secondaires (lesquels servent parfois d'ailleurs de principes actifs
à d'autres problèmes !) Certains composants ou principes actifs peuvent aussi
s'avérer complètement contradictoires et donc antagonistes et ne pourraient donc
logiquement pas figurer dans une même absorption. Dans d'autres cas encore,
l'application de certains composants réputés curatifs pour certaines affections
peuvent s'avérer mortels chez des individus présentant des antécédents
spécifiques. C'est ainsi que l'absorption de protéines peut devenir mortelle à
une personne sujette aux chocs anaphylactiques, que certaines substances
destinées à guérir peuvent donner des allergies, etc.
 Enfin,
pour qu'une prétendue panacée ait pu être mise en oeuvre, encore eut-il fallu
pouvoir l'expérimenter, la tester. Comment pourrait-on garantir le caractère
universel de cette panacée (remarquons au passage que "panacée universelle" est
un pléonasme) sans connaître toutes les maladies et, par conséquent, la réponse
effective du produit contre cette atteinte ? Et dans cette même optique, comment
les alchimistes des temps les plus reculés auraient-ils fait pour garantir de
l'infaillibilité de leur panacée alors même qu'ils ne connaissaient qu'une
partie des continents seulement et que les moyens de communications d'alors
interdisaient quasiment la connaissance des maladies tropicales ?
On le voit, il y avait là une impossibilité qui échappait aux alchimistes en
dépit de toute leur bonne volonté et de leur opiniâtreté, une impossibilité qui
leur échappait d'autant plus que la connaissance et surtout la méthode leur
faisaient défaut.
Sauf que... Les alchimistes
n'auraient-ils vraiment rien découvert ?
Il
serait tout à fait abusif de prétendre que les alchimistes n'aient strictement
rien découvert ni que leurs travaux se seraient toujours soldés par autant
d'échecs. S'il faut déplorer le manque de méthode des alchimistes et leur manie
de tout rattacher au surnaturel, à la philosophie et à d'autres projections
telles que l'astrologie, la magie, etc. en revanche on peut déjà avouer que les
derniers d'entre eux tout du moins et notamment Paracelse, furent des
précurseurs de la médecine moderne.
Faute de preuves tangibles et concrètes, nous
sommes bien obligés de considérer jusqu'à nouvel ordre qu'ils firent chou blanc
en ce qui concerne tout à la fois la pierre philosophale, la transmutation, la
panacée et l'élixir de jouvence. Pourtant, si l'on se base sur certaines
tendances, on suppose qu'il y aurait eu des exceptions. C'est le cas du grand
Nicolas Flamel,
mais aussi de
Jan Baptiste Van
Helmont qui, tous deux, prétendirent avoir à plusieurs reprises réussi
la fameuse transmutation. Il est assez étonnant dès lors que l'on ait
réussi au moins deux fois à perdre cette fameuse recette ! Plus près de nous (XVIIIème
siècle), un certain Price aurait refermé la trilogie des transmuteurs avant de
se suicider. Quant à lui, il aurait paraît-il fait plus fort encore en
procédant au miracle en public et à sept reprises au cours de la même journée.
Le même Nicolas Flamel aurait, dit-on, aussi découvert l'élixir de longue vie et
s'en serait servi personnellement ainsi que son épouse (Il faudra néanmoins que
l'on nous explique dès lors ce que font leurs sépultures au cimetière des
Innocents et ce qui a du motiver le grand Nicolas entre la date de la mort de
son épouse et la sienne qui sont séparées par près de trente ans ! Cela
doit aussi faire un drôle d'effet que de pouvoir venir mettre des fleurs sur sa
propre tombe, non ?)
A présent, ne nous basons plus sur ce que l'on
pourrait croire ou supposer mais bien sur ce qui est certain.
Il doit provenir d'un paradoxe purement alchimique
que les tendances profondément pieuses de ceux-ci aient contribué à la
découverte de... l'antimoine ! En fait, l'antimoine était connu depuis 4000 ans
et ce qui fut découvert devait être plus exactement des sulfures d'antimoine
tels que la stibine ou la berthierite. Certains composés d'antimoine donnent des
enduits jaunes qui pourraient se confondre éventuellement avec de l'or en
formation, la plupart des dérivés de l'antimoine sont toxiques et cela pourrait
donc aussi expliquer des cas de décès suspects chez les alchimistes qui
pratiquaient le Grand Oeuvre.
Pour
apprécier l'énorme incidence des travaux respectifs des alchimistes, lesquels
furent très nombreux, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à notre chapitre
sur les personnalités de l'étrange dans lequel ils découvriront progressivement
les contenus de leurs recherches personnelles. Elles sont trop nombreuses et
trop fouillées pour figurer ici en long et en large. D'autre part, certains
travaux aboutissent sur des découvertes indirectes. Par exemple Paracelse
découvrit un "air particulier" lors d'une réaction, cet "air" était en fait de
l'hydrogène. C'est également indirectement que nombre d'alchimistes découvrirent
certaines propriétés physiques des éléments placés dans des conditions
particulières, notamment leur cristallisation lorsque l'on les porte à une
température proche du point de fusion pendant des périodes de 24 à 48 heures
avec ensuite un refroidissement progressif.
Le point qui nous intéressera tout
particulièrement ici réside dans une autre interprétation de la pierre
philosophale qu'il nous faudra pourtant bien relativiser et placer au
conditionnel. La pierre philosophale, comme l'indiquait notamment
Van Helmont,
pourrait en fait être la "matière des matières", une sorte d'âme de la matière
qui, on peut éventuellement percevoir dès lors les rapports avec le
spiritualisme, l'astrologie, la philosophie, et autres arts parallèles,
procurerait une puissance énorme aux "choses". Il s'agirait d'une espèce
d'énorme catalyseur ou de régénérateur.
En admettant que cette "pierre" (qui doit donc ici être prise en dehors de son
sens premier et en son sens virtuel) existe, elle aurait alors pu conférer aux
alchimistes la puissance, l'énergie nécessaire à la transmutation des métaux
(principalement si ceux-ci avaient la bonne idée d'utiliser comme matériau de
base un élément proche de celui recherché, comme le platine. Le prix de ce
dernier est cependant assez dissuasif et, en ce qui concerne des expériences
répétées, même si on ne met que de petites quantités en oeuvre en guise de test,
cela suppose une fortune initiale qui suppose elle-même un but moins cupide que
celui généralement attribué aux alchimistes. Dans ce cas, ces chercheurs ne
recherchaient pas tant l'or en lui-même que le moyen de le fabriquer, tout comme
Einstein en découvrant la théorie de la relativité, n'en avait certainement pas
besoin pour vivre, pas plus que de la bombe atomique qui lui fit horreur !)
Toujours
en admettant l'existence de ce régénérateur, il pourrait aussi expliquer
l'élixir de longue vie comme constituant une application différente du même
principe. Dans ce dernier cas, ce serait les cellules humaines qui se
régénéreraient et, en se reconstruisant, assureraient à celui qui en aurait
absorbé une longévité nettement supérieure puisque les outrages du temps
n'auraient quasiment plus aucune emprise sur lui. Par contre, tout comme dans le
film
"la mort vous va si bien", cela ne
protégerait probablement pas de la destruction car ce processus serait trop
rapide pour que l'élixir puisse y remédier. Dans ce cas aussi, on pourrait
supposer que tout serait une question de dosage (ne pas dépasser la dose
indiquée, ne pas administrer aux enfants de moins de cinq ans, lire la
notice...) et qu'il faudrait se réapprovisionner sporadiquement en élixir pour
"être reparti pour un tour". (Si vous avez oublié de prendre votre élixir de
longue vie, celle-ci pourrait être écourtée, d'autre part si vous commencez à
oublier... il est grand temps que vous en preniez !)
Et enfin, pour clore ce chapitre, toujours en admettant le même principe, cela
pourrait aussi expliquer la "panacée". Celle-ci guérirait effectivement tous les
maux, non pas dans une optique spécifique ciblée sur les maladies elles-mêmes,
mais dans un concept plus basal de régénération des tissus, de réparation
systématique face aux agressions extérieures.
Dans le cas qui nous concerne ici, la recette de
cette pierre philosophale aurait pu ne jamais avoir été trouvée, ce qui
expliquerait forcément qu'elle ne soit jamais parvenue jusqu'à nous. Dans le
contexte de la guerre de cent ans de Nicolas Flamel, tout comme dans les autres
contextes belliqueux qui ne manquèrent jamais de se présenter au cours de
l'histoire humaine depuis des siècles et des siècles, les alchimistes auraient
très bien pu désirer plus que tout tenir une telle découverte parfaitement
secrète afin qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains. Entendez par exemple
les Anglais pour ce qui est des Français et vice versa. La pierre philosophale
aurait donc été jalousement gardée telle une arme secrète. Toutefois, à voir le
nombre de cadavres qui jonchèrent les champs de bataille, il faut déduire
qu'elle n'aurait pas changé grand chose en vertu de ce que nous avons exposé
précédemment.
Lorsque l'on étudie le livre des hiéroglyphes de
Nicolas Flamel (ainsi d'ailleurs que d'autres écrits similaires provenant
d'autres auteurs) on comprend aisément que l'étude de l'alchimie et de ses
procédés découlait d'interprétations savantes de figures allégoriques, quasiment
bibliques, kabbalistiques, et que celle-ci, se basant sur des savoirs ancestraux
aux origines mystérieuses était susceptible d'aboutir. Il ne faudrait malgré
tout pas trop rire de ces prétentions. En effet, ce sont parfois de telles
chimères, de simples rêves d'apparence très ésotérique, qui ont donné naissance
à des découvertes révolutionnaires, celle du serpent qui se mord la queue en est
un exemple. Par ailleurs, Pierre et Marie Curie ont démontré à souhait qu'il
était possible, à force de travail acharné et d'obstination tout autant que de
courage, d'obtenir des résultats précieux dans de piètres conditions de travail
et malgré une technicité défaillante ou médiocre.
Cet article ne prétend pas constituer une
révélation mais se présente comme un sujet de méditation.
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