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Le rêve prémonitoire du chauffeur de busDécidemment, il s'en passe des choses dans les bus ! Pour peu, on finirait bien par croire qu'il s'agirait d'un endroit privilégié en ce qui concerne les choses du surnaturel ou du paranormal. Pourtant, la narration qui va suivre ne commence pas du tout dans un A330 ni un R312, pas même dans un Cito ou un Irisbus. Elle commence tout simplement dans un lit, tout ce qu'il y a de plus normal, lors d'une nuit on ne peut plus ordinaire. A la seule différence près que c'est dans ce lit que dort le patron du CERPI et qu'il est même occupé d'y faire un rêve qui, au départ sera seulement "étrange" au sens onirique habituel (tous les rêves ont leur côté étrange, non ?) mais qui par la suite va... enfin, bon ! Le plus simple est de lui laisser la parole : Passons sur l'état de choc dudit chauffeur. Rappelons que, dans la région et un peu partout en Belgique, d'autres reçoivent des coups (de poing, de couteau, d'extincteur, etc.) , se retrouvent à l'hôpital avec de sévères commotions... Il n'est donc que logique que tout chauffeur vive désormais plus ou moins dans la psychose qu'une chose pareille lui arrive. En ce qui me concerne, je suis un peu "blindé" contre ce genre de stress, aidé en cela par une longue habitude des situations à risques, mais il est indéniable que le subconscient puisse jouer des tours. Dans mon rêve, je conduis alors qu'il fait noir dehors (10), un client se montre tout particulièrement intéressé par l'appareillage électronique du bus, principalement le SAE (Service d'Aide à l'Exploitation, un matériel hautement perfectionné du style GPS) et presse tous les boutons, au hasard, par pur amusement personnel, absurde et enfantin. Toutefois, ne nous méprenons pas, il s'agit là d'un comportement tout à fait plausible ! On voit vraiment de tout dans les bus, même des gens qui transportent des chats crevés pour aller les enterrer... et que l'on doit expulser à cause des odeurs ! Je l'invite donc à rester tranquille et à laisser le matériel en paix mais il s'en prend alors à moi en tentant de m'assommer et de s'emparer du monnayeur pendant que je roule. Évidemment, je ne me laisse pas faire, mais pendant que l'on conduit il est difficile de se défendre. La position assise n'est pas idéale pour ce genre de choses et tout faux mouvement peut provoquer l'accident. J'imagine le bus entamer une course folle (3), son conducteur, moi en l'occurrence, inconscient (2) ... Mais je parviens à immobiliser le véhicule, je sors de mon poste de conduite et du bus en prenant l'agresseur par le cou pour l'expulser. (Euh... en fait, cette version est un peu édulcorée, en réalité je lui flanque quelques coups, mais ne le dites pas aux contrôleurs, je pourrais être renvoyé !- Maintenant plus : je suis retraité !), je le poursuis même à l'extérieur du bus afin de le mettre définitivement hors combat (là, on s'écarte de la vraisemblance de la réalité car il ne serait pas logique qu'un chauffeur abandonne ainsi son bus alors que des passagers s'y trouvent encore, mais bon ! Il s'agit d'un rêve, ne l'oublions pas !)
Le rêve s'égare ensuite dans une suite d’invraisemblances : il se fait que la conductrice est ma femme, que sa fille est donc aussi la mienne, je suis devenu amnésique, sans doute à cause du coup sur la tête ! Je dois être salement amoché car elle refuse que je regarde dans un miroir, le rétroviseur (16) par exemple, il y a du sang, beaucoup de sang sur la tête (6) ...mais aussi sur mes mains (5). Le service contrôle (4) a retrouvé l'arme, c'était un gros silex (9). Blessé ? Amnésique ? Ma femme ? Ma fille ? et mon garçon, alors ? Ma femme ? Mais celle que j'ai sous les yeux ne peut pas être la mienne, même amnésique : elle a les cheveux noirs de jais et je suis blondophile... Je me réveille alors, troublé par ce rêve apparemment dépourvu de sens. Je raconte mon rêve à ma (vraie) femme. Là se terminent les choses... pour le moment. ________________________________________ Le lendemain, fini le congé, il faut reprendre le boulot. Celui-ci commence tout à fait normalement, le train-train quotidien, ou plutôt le bus-bus dans ce cas-ci. J'ai rempli mes papiers, pris connaissance des déviations éventuelles, de la nouvelle tarification qui commençait hier, bref : les occupations habituelles... Je suis sur le point de rejoindre mon véhicule lorsque, dans le couloir, mon attention est attirée par un avis figurant aux valves. Il s'agit d'un rapport d’agression ! On y fait état d'un collègue qui, à Boussu-Bois, sur l'une des lignes qui figurent dans mes attributions, a été victime d'un jet de pierre (1), probablement tirée à l'aide d'une fronde à en juger par la puissance et la précision de l'impact. Le projectile a pulvérisé la vitre latérale, pourtant épaisse, elle a frôlé la tête du conducteur (6), le blessant à la main (5) et est allée se ficher dans le pare-brise. Le service contrôle (4) et la police sont sur les dents pour retrouver le coupable... Dans un premier temps, je suis bien sûr interpellé par ce nouvel incident qui aurait pu être catastrophique ! Je fais part de mon émoi au contrôleur de service, qui est aussi le responsable de la ligne en question en lui signalant que cela aurait pu très mal se terminer : pensez ! Si le chauffeur avait été touché à la tête, il aurait pu être tué sur le coup, ou seulement assommé (2) mais dans les deux cas le bus aurait poursuivi sa course folle (3) et aurait probablement causé de nombreuses blessures aux passagers, voire pis encore ! On n'a pas encore retrouvé le coupable, le conducteur roulait alors qu'il faisait noir (10) dehors et il n'était pas possible de distinguer quelqu'un dans le petit bois avoisinant (7) ... Mais le contrôleur en question dispose d'une pièce à conviction : le projectile qui a été tiré en direction du chauffeur. Il s'agit d'un gros silex (9) ... Je commence donc ma journée avec cette histoire en tête. Ce n'est pas l'idéal pour travailler dans de bonnes conditions mais il faut s'y faire... Mon premier voyage m'entraîne au point de départ de la ligne concernée par l'incident. Je passe sur les lieux, mais alors qu'il fait clair et je remarque qu'il est très facile de s'y cacher (petit bois avoisinant, chemin de terre transversal (8) permettant la fuite immédiate), Il y a un mois, m'a-t-on dit, une conductrice (11) a fait l'objet du même genre de choses, mais là c'était à l'arrière du véhicule... Mon chemin se poursuit. A la place du village suivant, une dame monte et je reste ébahi ! S'il ne s'agit pas là de la femme de mon rêve, je veux bien être pendu ! Une bonne vingtaine d'années, vingt-cinq tout au plus (12), blouse bleue (13), cheveux noirs mi-longs (14), elle porte un pantalon noir(15) et bien qu'il devienne difficile d'apprécier après plusieurs heures, je reconnais bien cette femme à laquelle j'ai rêvé la nuit précédente et pourtant je ne la connais absolument pas. Je suis tellement stupéfait de cette apparition qui commence, conjuguée aux autres éléments, à me mettre mal à l'aise, que je ne peux m'empêcher de regarder plusieurs fois dans mon rétroviseur (16). Ah ! Ça devient dur dur dans le domaine des coïncidences ! Fort heureusement, me dis-je, cela s'arrête là ! Eh bien non ! Au même arrêt, une autre dame est montée par l'arrière du bus parce qu'elle a une poussette (17) dans laquelle sommeille sa petite fille (18). La femme de mon rêve et cette dernière se connaissent, elles entament une discussion à laquelle je ne comprends pas tout car je dois faire attention à la route, il y a le bruit du moteur, les autres conversations dans le bus, etc. Mais je distingue bien : mon petit bout (19) et Louis(20)... De retour au dépôt, je me dis qu'il doit y avoir des explications à cet ensemble de hasards et de coïncidences mais je me dis aussi que, dans le cas présent on peut au moins les considérer comme nombreuses et remarquables. Mais personne ne parviendra à procéder à une authentification quelconque quant à un phénomène de prémonition authentique de ma part, malgré les arguments. En effet, il sera toujours possible de prétendre que cette histoire est inventée de toutes pièces, qu'il y a toujours moyen de trouver des ressemblances en cherchant bien. Allons bon ! Il y a bien sûr, sur toutes les lignes de bus, alors qu'il fait noir, des endroits ou des individus cachés lancent des pierres (des gros silex), sur les chauffeurs, à partir d'un petit bois où se trouve un chemin de traverse. Sur toutes les lignes de bus, c'est bien connu, il y a au moins une dame de vingt-cinq ans environ, cheveux mi-longs et noirs, portant un pantalon noir et une blouse bleue, en rapport avec une jeune fille dans une poussette... Toutes ces femmes diront toujours "mon petit bout" en parlant de l'enfant et elles ont toutes une connaissance qui s'appelle Louis, cela coule de source ! Tous les jours, il y a au moins un chauffeur de bus qui rêve exactement à l'ensemble de ces points réunis, c'est évident. Cela dit, c'est vrai : pour bien faire, il aurait fallu que j'écrive le contenu de mon rêve directement après, qu'on le date et le fasse authentifier et puis, on verrait bien ! Oui, il faudrait bien... Malheureusement, cela n'a pas été le cas. Je savais donc bien que toute cette histoire ferait tout au plus l'objet d'un article comme tant d'autres au chapitre des "histoires vécues"." Les choses s'arrêtent là. Je dépose ma mallette sur la table, je vais faire ma recette et rentrer chez moi. Un autre chauffeur arrive, c'est Claudy. "Salut, ça va ?" Oui, et toi... Tu sais quoi ? Tout à l'heure, une dame entre dans mon bus. Alors qu'elle passe devant moi avec un sac en plastique, je remarque aussitôt une odeur pestilentielle, ah ! une véritable infection ! Bon ! Tu me connais, ce n'est pas moi qui vais laisser passer ça ! Je lui demande donc ce qu'il y a dans son sac, qui pue comme ça. Et tu sais ce qu'elle me répond ? C'est un chat crevé, je vais l'enterrer..." Je lève les yeux au ciel et hausse les épaules : "Les zététiciens ne le croiront jamais !" que je lui dis. Et je retourne chez moi, laissant là un Claudy médusé, ne comprenant strictement rien à ma remarque... La photo du dessous : pratique d'être visionnaire ! On dispose à l'avance des photos des lieux où vont se passer des choses... Celle-ci montre l'endroit exact de l'incident situé à Boussu-Bois. Sauf qu'elle a été prise le dimanche 24 juin 2007, à 19:26:30 (copié en direct des propriétés du fichier original et vérifiable à partir du PC.) Messieurs les zététiciens, vous ne vous attendiez pas à celle-là, pas vrai ? Oah ! Bon d’accord ! Ce n'est qu'une coïncidence de plus, quoi ! Pour la petite histoire et les convenances, disons tout de même que le bus était arrêté lorsque j'ai pris la photo (faut pas exagérer !), le bus était vide et il s'agissait d'une période "normale" de peu d'affluence (un dimanche soir, quasiment en période de vacances). Quant à la photo du dessus, il s'agit bien sûr de la même mais arrangée pour les besoins de l'illustration, pas de mystère donc ! ANALYSE DE LA SUPPOSEE PREMONITIONL'histoire qui précède a de quoi troubler. Il est vrai que l'on peut y déceler 21 points différents qui ont été mis en relief dans le rêve et qui se retrouvent indubitablement dans la réalité. On peut en trouver plus selon la manière dont on compte mais 21 est le minimum. Le point le plus saisissant étant probablement le gros silex ! Dans de telles conditions il est évidemment facile de tirer la conclusion selon laquelle le rêve en question était bel et bien prémonitoire. Si vous voulez mon avis, c'est le cas. Mais les choses sont loin d'être aussi évidentes et lorsque l'on passe l'affaire à l'analyse, dans le style zététique, on voit que beaucoup de choses peuvent être dégagées et ramenées à des faits beaucoup plus anodins et tout à fait explicables. Nous avons déjà évoqué le point arguant que ce rêve, tout prémonitoire qu'il puisse paraître et émanant de source sûre, ne pourrait jamais être authentifié dans le cadre d'une prémonition réelle. La raison est toute simple : j'ai beau être le patron du CERPI, cela ne fait pas de moi un être infaillible et personne n'est obligé de me croire sur parole. Je peux aussi avoir été abusé par mes ressentis, mes sentiments, avoir été influencé par un tas de choses même en étant de bonne foi. En tout état de cause, je n'ai pas pris soin de noter les points essentiels de mon rêve directement après l'avoir fait et avant que les autres éléments ne se produisent. Dans de telles conditions, on peut considérer qu'il n'y a aucune preuve formelle et que, au même titre que le commun des mortels, je peux avoir inventé tout cela de toutes pièces, même si on sait très bien que ce n'est pas le cas. Un autre point, parfaitement rationnel, pourrait mettre la valeur prémonitoire de mon rêve en doute : les faits réels, survenus sur le terrain et actés par les contrôleurs et la police datent du jeudi 31 janvier vers 19h49. (Cette heure est celle du départ à partir du terminus, connaissant fort bien cette ligne pour la parcourir quasi quotidiennement, j'estime le passage du bus à l'endroit fatidique et donc le moment réel des faits vers 19h58. Mais ce dernier point n'a que peu d'importance par rapport à la date). Ce même jeudi, je travaillais au matin, mon service se terminait à 13 heures environ. Donc au moment des faits, j'étais bien sûr rentré chez moi et ne pouvais théoriquement pas être mis au courant de ce qui s'était passé. Dans la réalité, j'ai pris connaissance des faits le 2 février vers 12h30, soit deux jours après ! Considérant que le rêve est survenu la nuit du vendredi au samedi, il était bien antérieur à ce que je pouvais savoir. Autrement dit, si sur le plan pratique je n'en savais strictement rien et le rêve était bien prémonitoire, en revanche le temps écoulé laisse ouvertes toutes les portes de la suspicion. Je pourrais avoir été averti par n'importe quel collègue, j'aurais pu lire la nouvelle dans les journaux (mais apparemment, aucun article n'est paru sur le sujet. Si tel devait néanmoins être le cas, j'ignore totalement dans quel journal et dans quelle édition cela pourrait figurer), l'information aurait pu être véhiculée dans n'importe quel média et, comme de fait, la prémonition ne peut en aucun cas être authentifiée. Mais il existe bien d'autres arguments encore. J'ai déjà évoqué aussi le fait que la période est riche en événements similaires : les agressions sur les chauffeurs sont très fréquentes en ce moment. Il est donc normal que les chauffeurs vivent une certaine psychose et que cela se reporte sur les rêves qu'ils peuvent faire. C'est humain et cela n'a rien de mystérieux. En ce qui me concerne, il est aussi tout naturel que mon rêve se déroule sur l'une des lignes que je dessers quotidiennement. En toute logique (et bien que les rêves ne soient pas forcément logiques) on comprendrait mal que le rêve se déroule alors que je desservirais une ligne que je ne fais jamais. Mes arguments auraient été beaucoup plus convaincants si cela avait été le cas et que l'agression aurait eu lieu sur la ligne en question. Dans ce cas en effet, je n'aurais eu aucune connaissance, ou seulement une connaissance très vague des détails de cette ligne, les choses auraient été plus probantes. Dans ma narration deux éléments ont été présentés comme des arguments en faveur d'une prémonition, mais ils sont extrêmement faibles : il s'agit des mots "service contrôle" et "Louis". Le "service contrôle" se rend bien évidemment sur les lieux des méfaits, tout comme la police (à noter d'ailleurs que les contrôleurs ont désormais valeur d'inspecteurs de police judiciaire!), il s'agit en outre d'un mot qui revient quotidiennement dans toutes les conversations professionnelles, plusieurs fois par jour, il est donc quasiment inévitable et s'il apparaît dans le rêve, on ne peut vraiment pas lui donner un caractère prémonitoire, il s'agit seulement d'une suite purement logique. Le mot "Louis" apparaît comme très étrange. C'est vrai que je ne connais personne qui porte ce prénom dans la société. De plus, ce prénom apparaît dans mon rêve comme faisant partie des connaissances de la femme en bleu, ce qui ne correspond à rien de concret. Louis est un prénom très courant, du moins l'était-il jusqu'il y a peu et il est fort probable que beaucoup de personnes s'appellent encore comme ça. En tout état de cause, comme je l'ai bien signalé, je n'ai pas pu capter correctement la totalité de la conversation dans le bus en raison du bruit ambiant. Je suis sûr de "petit bout", quasi certain de "Louis", mais Louis peut facilement se confondre avec "lui" ou "l'ouïe" par exemple. En recherchant dans ma mémoire, je me souviens avoir été confronté (avant les faits et avant le rêve) à une situation dans laquelle on parlait de "louis" en évoquant les anciens billets de vingt francs. C'est sans doute tout simplement ce qui est revenu dans mon rêve, sans rapport de cause à effet... Le refus de regarder dans le rétroviseur est aussi très facile à interpréter, même s'il a un tout autre sens dans le contenu du rêve. Lors d'un voyage quelconque, un chauffeur de bus regarde très fréquemment dans ses rétroviseurs. Ceux-ci sont tellement nombreux et importants qu'on peut presque dire que le chauffeur regarde plus vers l'arrière que vers l'avant quand il conduit. C'est évidemment une boutade, mais elle n'est pas complètement dépourvue de sens. En effet, ce qui se passe derrière le bus (que ce soit à l'extérieur ou à l'intérieur) a beaucoup d'importance pour le conducteur. Cela va influencer considérablement ses décisions relatives à la conduite, ses manœuvres, mais aussi cela va le renseigner sur l'ambiance et la fréquentation du bus. Tout est-il normal et calme, tout va-t-il bien ou quelque chose justifie-t-il son intervention ? Un passager a-t-il les pieds sur les banquettes par exemple ? Les raisons de vérifier l'intérieur du bus sont très nombreuses et variées et il y en a une autre, parfaitement humaine et typiquement masculine... Si une très belle créature vient à monter dans le bus, il y a fort à parier que le chauffeur normalement constitué l'aura repérée, regardera où elle va s'asseoir et reviendra souvent "la voir" dans son rétro, pour le plaisir des yeux... C'est assurément ce qui se passe dans pratiquement tous les bus conduits par des hommes. Nous n'épiloguerons pas ici pour savoir si les conductrices font pareil lorsque surgissent de beaux mâles, ce n'est pas notre objet. Je dirai seulement que les chauffeurs vivent aussi plus ou moins consciemment l'appréhension que la personne ainsi "épiée" ne se rende compte du manège dont elle fait l'objet et s'en vexe, s'en offusque, etc. (Vous avez bientôt fini de me mater dans votre rétro, oui ? Regardez plutôt la route ! Non mais...) Il est possible qu'il ne faille pas aller chercher plus loin. Pour ce qui est de la rencontre avec la conductrice, j'ai une hypothèse. Il faut savoir que l'édition 2007 de Noctambus, cette opération qui a lieu chaque année lors du réveillon de la Saint Sylvestre et qui permet d'épargner des vies humaines en conduisant les fêtards un peu partout en Belgique, fut sans doute la première à comporter des éléments féminins. Ce n'est peut-être pas exact mais ça l'est en tous cas pour moi et pour les six années pendant lesquelles j'y ai participé jusqu'ici. Parmi les conductrices, il y avait Nathalie : aucun rapport, il s'agit d'une grande blonde que je connais bien pour l'avoir instruite dans mes lignes (je suis instructeur), aucune affinité ni amitié "particulière" et ce malgré qu'elle soit blonde (Il ne suffit pas d'être blonde !). Il y avait aussi Nancy, une conductrice de La Louvière avec qui j'ai passé mes tests d'entrée dans la société. Cette dernière est plus proche de mon rêve sans que la ressemblance ne soit frappante pour autant. La seule chose que l'on puisse dire est qu'elle portait fréquemment une chemise bleue. Il y avait entre elle et moi (et il existe toujours) une simple amitié "collégiale", sans plus. Enfin, vient une contrôleuse, Valérie. Il s'agissait aussi d'une première en la matière pour le service, du moins à ma connaissance. Toute analogie entre cette personne et celle de mon rêve serait pure affabulation. Jusque là, les ressemblances sont donc loin d'être évidentes. Pourtant, lors de cette opération 2007, j'ai dû réaliser une ligne qui n'appartenait pas à mes attributions et que j'ai donc dû apprendre au préalable, à cette seule fin. Sur la ligne en question, la veille de l'opération avait été marquée par une déviation de la circulation en raison du délabrement d'un pont qui risquait de s'écrouler. Dans ce cas évidemment, des chutes de pierres pouvaient occasionner des blessures graves à la tête et elles auraient presque immanquablement occasionné d'importantes pertes de sang... Comme il n'y avait aucun moyen de me faire connaître la déviation en question dans les temps voulus, la seule solution fut que la contrôleuse Valérie m'accompagne afin de me montrer la route... A cette occasion, tout se passa sans le moindre heurt, il n'y eut aucun problème. Il n'empêche que je me souviens très bien m'être fait assez bien de... mauvais sang - à propos de cette déviation. Il est vrai que j'aurais eu l'air fin si je m'étais trompé et que je m'étais perdu dans la nature avec mon bus ! Il suffit de savoir que lors des Noctambus, le dispatching ne fonctionne pas, le GPS n'est donc d'aucune utilité. Il est remplacé par des communications directes par téléphone avec le service contrôle (Valérie en question), mais au soir de ce réveillon, il était très probable que les communications ne passent pas à cause de la traditionnelle saturation pour cause de bons vœux ! Il s'agit, je le concèderai volontiers, d'un amalgame pour le moins douteux et néanmoins assez vraisemblable dans l'optique du cheminement et des associations qui peuvent générer un rêve, même un mois plus tard. Le cas échéant, le service contrôle aurait effectivement pu me chercher une bonne partie de la nuit... On le voit donc, il y a au moins quelques éléments qui peuvent s'expliquer par l'analyse et s'ils n'expliquent pas tout, ils réduisent au moins le nombre des analogies environ de moitié. Néanmoins, comme le disait le docteur Edmond Locard, de la police scientifique de Lyon, les arguments ne se comptent pas : ils pèsent ! Voyons donc à contrario, ceux qui feraient pencher la balance de l'autre côté, c'est à dire en faveur du caractère prémonitoire du rêve. On peut se poser des questions quant à l'apparition de la femme de mon rêve, qui n'appartient pas du tout à mes critères de beauté personnels et qui, dans le rêve en tous cas, s'avère être ma femme. Je dois bien dire que, jusqu'ici, je n'ai rien trouvé qui permette d'expliquer cette bizarrerie mais nous la mettrons provisoirement sur le compte des bizarreries oniriques en attendant une éventuelle trouvaille ultérieure. On peut cependant se poser la question de savoir si la personne qui est montée dans mon bus, lors de mon premier voyage, correspondait réellement trait pour trait à celle de mon rêve. Il est vrai que les impressions que l'on peut avoir lors d'un rêve peuvent être floues et que, quelques heures après, étant donné que les souvenirs se dissipent, on peut prendre une personne présentant seulement quelques traits d e ressemblance pour son sosie parfait. Je crois que, cette fois, cette hypothèse ne tient pas la route. En effet, il ne faut pas oublier que, dans mon rêve, cette femme me tombe littéralement dans les bras (normal puisque c'est... ma femme !) J'ai donc bien pu la regarder et de très près, quasiment les yeux dans les yeux. Ceux-ci étaient d'ailleurs bleus. Il faut aussi se rappeler que je suis extrêmement physionomiste. Oh ! Je n'en tire aucune vanité, c'est juste un "don" que je suis loin d'être le seul à posséder. Il m'a par contre été très utile et à maintes reprises lors de mes fonctions de portier et de sorteur de boîte de nuit. Mon ancien patron pourrait en attester, j'étais 100% fiable. Un mauvais coucheur pouvait se présenter après quelques années d'absence, en ayant transformé sa présentation et sa physionomie (port ou non de moustaches, de barbe, coupe de cheveux différente, couvre-chef) du tout au tout, il n'avait aucune chance. Non seulement je l'identifiais à la seconde, mais en plus je pouvais dire avec précision pourquoi il avait été expulsé, dans quelles circonstances et dans le détail. A l'époque, je pouvais même me souvenir de ses noms et prénoms (à condition d'en avoir eu connaissance) quand ce n'était pas son adresse et son numéro de téléphone ! Je n'oubliais jamais un visage ! Il est donc très peu probable que je me laisse berner par une simple et vague ressemblance. Mais "très peu probable", cela ne constitue pas une certitude. Je considère toutefois que la redondance des éléments est tout à fait parlante. Ce n'est pas seulement sa ressemblance physique qui est ici en question mais aussi son apparence vestimentaire qui est rigoureusement la même. Dans la même foulée, on peut toujours rapprocher l'affaire du "petit bout" et de "Louis" même si ces éléments ont été atténués plus haut. Ils font en effet partie de la même sphère, d'une même globalité qui avait été parfaitement discernée dans le rêve. Un élément onirique peut bien sûr se retrouver dans la vie courante. On dit alors qu'il s'agit d'un hasard. S'il en survient deux, on trouvera cela curieux et on parlera de coïncidences. S'il y en a trois, on dira que c'est remarquable. Mais c'est rarement plus ! Or, dans le cas présent, il existe sept analogies (physionomie, blouse, pantalon, cheveux, jeune fille, poussette, "petit bout", "Louis") huit si on dissocie les cheveux de la physionomie, plus si on tient compte des autres éléments secondaires. Il faut aussi remarquer que, dans la réalité, cette dame fait irruption dans mon bus à un arrêt très proche des lieux où le méfait a été commis et lors du premier voyage. De plus, pour la petite histoire, il existe un autre arrêt (dans la direction opposée) qui porte le nom de "Saint Louis" ! En fait, plus on investigue et plus on trouve des analogies supplémentaires ! Et si on retourne la question ? Entendons-nous : pourrais-je avoir rêvé d'une femme que j'aurais déjà vu dans le bus ? Évidemment, sur un plan théorique, cela reste possible. Le cerveau peut enregistrer des informations et les conserver dans le subconscient pour ne les restituer ultérieurement que sous la forme de rêves alors qu'elles échappent complètement au conscient. Cela résiste toutefois très peu à mon caractère physionomiste, à ma certitude de n'avoir jamais vu cette personne auparavant et au fait que, en principe, je n'enregistre que les blondes... (Désolé pour les brunes qui ne comptent pas pour des prunes !) J'ai évidemment observé les lieux avec attention, bien que les connaisse déjà. Ils ne ressemblent guère à ceux de mon rêve, mais il n'y a là rien d'étonnant en ce qui concerne ceux où j'ai rencontré la "dame en bleu" puisque je suis supposé avoir erré pendant toute la nuit. Il est nettement plus difficile de se prononcer en ce qui concerne les lieux de "mon" agression (celle de mon rêve, l'endroit où je suis sorti du bus pour poursuivre mon agresseur), mais en y réfléchissant bien cela pourrait effectivement correspondre. Si l'endroit n'est pas exactement celui-là, il pourrait en effet se trouver à proximité immédiate, de l'autre côté de la cité, là où se trouvent des pelouses très identiques à celles de mon rêve. On pourra facilement reprocher à cette hypothèse de ne se baser que sur des suppositions. Si on veut donner un caractère prémonitoire à un rêve, il ne peut être question d'extrapoler en faisant "glisser" l'endroit réel des faits à cent de mètres plus loin "pour faire en sorte que cela corresponde". C'est tout à fait vrai. Néanmoins, il faudra ici souligner le caractère logique des événements : l'agression "commence" exactement au même endroit (l'individu essaie de m'assommer) je ne le poursuis à l'extérieur du bus qu'un peu plus loin, parce que tout naturellement il a fallu le temps que je puisse arrêter mon véhicule ! Dès lors, une certaine distance de décalage s'explique. Le chemin de terre, quant à lui, n'est pas perpendiculaire à l'endroit des faits réels de l'agression. Il rejoint la chaussée nettement en diagonale. Mais dans mon rêve, cet endroit n'y correspond pas non plus : il s'agit seulement de l'endroit où la conductrice va garer son bus avant de venir me rejoindre. Mieux : tout dépend de l'angle selon lequel on regarde les choses ! En effet, le chemin touche la route par la diagonale. Mais si, comme dans mon rêve, le bus arrive à ma gauche et se gare dans ce chemin (malgré son étroitesse) alors je le vois bien y pénétrer selon une perpendiculaire par rapport à ma progression. Dans ce cas, il devient évident que je me dirige vers l'endroit où se trouvait la personne qui a lancé la pierre et, dans ce cas, la logique est parfaitement respectée puisque je poursuis bien mon agresseur ! Cette logique géographique des lieux est inattaquable et correspond magnifiquement à l'endroit où le malfaiteur devait se trouver. C'est d'ailleurs l'endroit le plus probable, le plus facile d'accès compte tenu de la présence des arbres et du chemin lui permettant de prendre la fuite. Même dans ce cas, il existe une logique implacable dans le modus operandi : le malfaiteur a choisi l'endroit le plus proche du virage, là où le bus était bien obligé de ralentir pour le négocier et donc là où le tir était le plus facile et le plus efficace ! Avant de prétendre avoir fait le tour de la question, il faut encore souligner deux points particulièrement importants. Tout d’abord : le silex, que nous qualifierons de pièce à conviction. Il me semble tout particulièrement difficile d'expliquer rationnellement ce point. S'il s'agissait d'un objet quelconque, vague, imprécis, on aurait pu douter. S'il avait été question d'une brique, on aurait pu penser à ce fameux pont délabré. Rappelons que, dans mon rêve, je ne vois pas l'objet qui me frappe. Cela pouvait être une matraque, une brique, une pierre, ou même un silex, mais je n'en savais rien, j'étais amnésique. Mon rêve stipule cependant par la suite que le service contrôle a retrouvé l'arme et qu'il s'agit d'un gros silex. L'arme est donc parfaitement bien définie et avec précision, mais aussi l'identité des intervenants. D'ailleurs, le terme "arme" suppose bien une agression et non un accident dû à la chute de matériaux. C'est tout à fait d'une arme dont me parlera le service contrôle dans le cadre de cette agression avec un silex, lancé par une fronde, exactement à l'endroit de mon rêve, en pure logique géographique et balistique, sur l'une des lignes que je fréquente et, finalement, il s'agit d'un endroit que, l'année passée, une inspiration subite m'a poussé à photographier ! Jusqu'à preuve du contraire et explications satisfaisantes, je crois donc légitime d'attribuer un caractère prémonitoire au rêve dont j'ai fait objet. J'ai essayé, nanti des éléments dont je pouvais disposer, de détruire moi-même cette possibilité. On a vu que ce n'était possible que pour une partie des faits, à condition d'extrapoler et en tombant dans des approximations douteuses. Le reste paraît tout à fait probant. Il reste enfin une question. S'il s'agit effectivement d'une "prémonition" (le terme doit être incorrect en ce qui concerne le rêve puisque, comme nous l'avons vu, il est postérieur aux faits - il est correct en ce qui concerne la photo) à quoi pouvait-elle donc bien servir ? Elle ne pouvait avoir aucun caractère d'avertissement en ce qui me concerne puisque c'était déjà du passé au moment du rêve. La victime (hospitalisée, moins pour la blessure à la main que pour l'état de choc) aurait-elle inconsciemment projeté mentalement sa mésaventure afin d'avertir ses collègues du danger ? Serait-elle donc un médium qui s'ignore et aurais-je été le seul à capter le message ? D'où peut donc bien provenir une telle connaissance spontanée ? En admettant qu'un intermédiaire ait communiqué cette information, de qui s'agirait-il et quel serait son dessein ? Je dois bien avouer que je ne détiens aucune réponse à ces questions. Et vous ? Commentaires en marge de l’affaire : Ce n'est pas tant de la recrudescence des agressions sur les chauffeurs de bus (ou de trams) dont je veux ici parler mais de l'irresponsabilité des auteurs. A l'heure actuelle, on ignore tout de leur identité. Il est probable qu'il s'agisse soit d'un gamin voulant réaliser un exploit pour le moins discutable ou d'un adolescent qui aurait pris ombrage de la sévérité de certains chauffeurs. Peut-être serait-il temps que l'on voie plus loin que le bout de son nez. D'un côté, on a un ensemble de chauffeurs, las de faire des politesses sans réponses, obligés de respecter mille contraintes à commencer par veiller à la sécurité de tout un chacun (et celle-ci commence par le fait de disposer d'un titre de transport en règle car - ne le perdons pas de vue - ce dernier n'est pas seulement une preuve que l'on a payé son voyage, en admettant que l'itinéraire soit respecté, il constitue aussi une assurance en cas d’accident !) Il s'agit d'une obligation professionnelle et non d'un plaisir malsain d'ennuyer son monde... De l'autre, nous avons une jeunesse désabusée, dans un milieu défavorisé, avec des parents démobilisés, désormais incapables d'assurer l'éducation de leur progéniture, une éducation pourtant essentielle. La criminalité de demain se gère dès la cellule familiale, pas dans celles des prisons. Mais la fraude n'est pas seulement une éventuelle obligation issue de problèmes sociaux qui devraient se régler en amont, c'est aussi devenu une nouvelle sorte de sport. Sans doute ce sport est-il moins grisant que le saut à l'élastique, mais il présente l'avantage de se ressentir dans le portefeuille et celui de blouser son monde. Cela dit, qu'il s'agisse de l'acte gratuit d'un (sale) gamin ou de représailles idiotes de junkies, cela ne change rien aux conséquences possibles. Une vitre latérale, un pare-brise, ça fait bien rire, n'est-ce pas ? Les voir voler en éclats et la g.… du chauffeur médusé, ça doit être extrêmement jouissif... Qu'il soit mortellement touché et que les choses se transforment en homicide, ce n'est déjà plus pareil, sauf si on ne se fait pas piquer, naturellement. Pas vu, pas pris. Seulement voilà, un bus peut transporter une centaine de passagers... Que se passerait-il si le conducteur venait à seulement être assommé ? Perte immédiate du contrôle du véhicule, sortie de route, embardée grotesque, collision, tonneau peut-être et puis une belle gerbe de gyrophares, le cirque des ambulances, des bagnoles de flics, les pompiers. Quel beau feu d’artifice ! Mais aussi combien d'innocents envoyés à l'hôpital ? De mères, de pères, de frères, de sœurs, de poussettes avec des bébés... joli tableau ! Que beaucoup de jeunes aient acquis l'esprit "frondeur", il ne faut pas en douter. Je ne pensais pas que certains en étaient déjà revenus à l'âge de la pierre. Et pourtant, un gros silex en est la preuve. Signé : un dinosaure. |