Une
fois encore, nous allons nous empresser de rassurer le lecteur devant ce qui lui
paraîtra a priori une divagation de mauvais aloi. Non ! Il ne s'agira pas ici de
procéder à une critique en règle d'une pratique innocente et vieille comme le
monde, déjà sujette à bien des balivernes. Nous n'allons pas non plus préconiser
une "sainte abstinence" ou ce genre de choses, ni nous égarer dans des
considérations sexuelles qui n'ont rien à faire ici. Rappelons que nous traitons
ici de démonologie, que les démons ne sont forcément pas des êtres
recommandables, qu'ils agissent notamment par le biais du sexe, nous en avons
exposé les raisons et nous sommes donc bien obligés d'aborder ce sujet, même
s'il ne fait pas partie de nos objets. Quant à la religion, une fois de plus,
elle n'est ici évoquée que parce qu'il semble que les démons en soient
pratiquement indissociables.
Ce qui nous intéresse ici, c'est de savoir que cette pratique
très classique peut constituer occasionnellement
une "porte ouverte aux démons". Voilà une affirmation qui va probablement en
hérisser plus d'un ou tout du moins susciter l'étonnement. Il est vrai qu'en
formulant de tels propos, on pourrait facilement nous cataloguer comme
travaillant du chapeau. Mais vous allez voir que l'idée est loin d'être si
saugrenue qu'elle ne paraît, même si, disons-le tout de suite, dans la très
grande majeure partie des cas, il n'y a absolument aucune crainte à avoir...
L'explication appartient à une subtilité toute démoniaque
comme vous pourrez vous en rendre compte.
Au risque de nous répéter, donc, nous rappellerons que, quoi
qu'en disent certains, la masturbation (puisqu'il faut l'appeler par son nom) ne
présente généralement absolument aucun danger. Cependant, il ne faut pas entrer
dans de grands détails pour faire comprendre que cette pratique s'accompagne le
plus généralement d'une visualisation parfois importante. Nous ne parlons pas
ici de voyeurisme, ni de l'utilisation d'images pornographiques ou d'autres
supports éventuels, mais de représentations mentales. S'il faut vraiment vous
faire un dessin, disons que le sujet imaginera probablement très fortement la
présence de sa chère (et momentanément inaccessible) Virginie au moment de sa
caresse manuelle. Hé bien, jusque là, il n'y a toujours rien de bien méchant
dirons-nous. Mais tout le monde n'a pas forcément sa Virginie.
Parfois, la Virginie, quand elle existe, ne sait strictement rien des sentiments
et du désir dont elle fait l'objet. Parfois, il n'y a même personne dans
l'imaginaire, mais seulement un besoin impérieux de... disons : "soulagement". A
ce moment, le sujet de notre exemple va sans doute imaginer très fort une
représentante de la gent féminine de son choix ou une idéalisation virtuelle qui
n'existe que dans son esprit. Or, c'est bien d'esprits dont il s'agit.
Et c'est là que, inconsciemment, notre sujet va ouvrir une porte aux démons par
le biais de ses efforts de visualisation. Non seulement il va créer
virtuellement et spirituellement une entité qui n'a aucune substance réelle mais
dont l'intimité du moment engendrera une invitation tacite (et peut-être même
verbale), une espèce de concrétisation mentale que quiconque qui ne connaît pas
les chemins de la démonologie jugera anodine, dépourvue de tout danger, en
perdant alors de vue qu'il existe bel et bien une volonté de
communication avec un autre monde, même si dans ce cas précis, la
personne est loin d'envisager les choses sous cet angle.
Si nous ne risquions pas ici les foudres de nombreux médiums et autres spirites,
nous dirions qu'il s'agit presque (et d'une certaine manière) d'une forme de
"séance de spiritisme" improvisée, pas tout à fait involontaire et réalisée dans
un but très différent.
Nous sommes parfaitement conscients de ce que cette subtilité
(démoniaque !) a de difficile à saisir, pourtant il est absolument indéniable
que cette possibilité existe et elle illustre d'ailleurs à souhait les risques
qu'encourent les amateurs des pratiques occultes. Il est probable que le lecteur
moyen ne commencera à cerner l'authenticité de ce que nous avançons que lorsque
nous aborderons des cas plus sévères. Allons-y donc puisque, malheureusement,
ces cas existent aussi et sont aussi beaucoup plus répandus qu'on ne l'imagine.
Reprenons donc le cas de notre pauvre sujet qui, toujours aussi démuni en âme
soeur (comme cette métaphore revêt subitement de bizarres connotations, n'est-ce
pas ?), poursuit de plus belle ses activités d'autosatisfaction (Je suis moi
aussi très content de ma voiture...)
Or
donc, imaginons que la situation ne change pas, les années passent et
n'améliorent pas les choses. Toujours pas de foyer ni de vie conjugale
classique. Au bout d'un certain temps (comme celui que met le fût du canon pour
refroidir), notre homme est aigri, désabusé, peut-être a t'il fini par nourrir
une certaine aversion pour la gent féminine, peut-être a t'il développé certains
phantasmes un peu moins avouables que ce à quoi il s'adonne, d'autres pratiques
plus corsées qu'il se contente d'imaginer et qui font partie du "décor" de son
imagination. Longtemps repoussés par leurs vis-à-vis de l'autre sexe, certains
individus finissent parfois par transformer la pratique dont il est ici question
en une forme de perversion. Il est cependant utile de préciser ici que, par ce
terme, nous entendons la quasi impossibilité d'aboutir à une jouissance sexuelle
en dehors de certaines situations (ou pratiques).
Dans ces conditions, il est facile d'imaginer que certains
accompagnent leurs efforts de visualisation de scènes sado-masochistes, d'actes
parfois atroces. .. Évidemment, direz-vous, tant que cela demeure strictement
cloisonné dans leur imaginaire, ce n'est qu'un moindre mal : il n'y pas de
victimes. Mais on imagine aussi plus facilement dans quel monde infernal évolue
alors leur "spiritualité" (nous faisons ici référence à l'esprit, la pensée,
l'âme, une espèce de monde parallèle, apparemment créé de toutes pièces). Il est
donc assez facile d'admettre qu'il y ait là une communication avec des mondes
dans lesquels n'évoluent pas que de petits anges ! Si l'on peut s'exprimer de
la manière suivante, nous dirons que ce monde parallèle, infernal en fait,
reçoit avec pas mal d'intensité et de récurrence, les sollicitations mentales de
notre individu que nous pourrions comparer à autant d'incantations. Face à de
tels désirs dépravés, même refoulés et satisfaits sous le couvert de
l'unilatéralité, le virtuel, on peut s'attendre à des réponses du type "C'est ça
que tu veux ? C'est ça qui te plaît ? Tu vas l'avoir! Et on va même te donner
des leçons..."
Nous ne serions pas complets si nous n'évoquions pas un autre
point, qui n'est pas négligeable. L'acte sexuel aboutissant au plaisir est
souvent qualifié de "petite mort". Dans le jargon courant on utilise volontiers
des phrases évocatrices du style : "s'envoyer en l'air, atteindre le septième
ciel", et même : "Voir Dieu" ! Ces expressions ne sont pas si innocentes
qu'elles n'en ont l'air et certaines religions vont jusqu'à prétendre que le
paradis qui est proposé aux fidèles méritants est semblable à un orgasme
perpétuel. Le fameux Hieros Gamos,
une pratique rituelle séculaire consiste schématiquement en une initiation
sexuelle, d'origine païenne, dans laquelle l'officiant s'accouple avec une femme
(appelée à tort "prostituée" et cela aurait pu être le métier qui fut tant
reproché à Marie Madeleine lors des débuts du christianisme). Le but de ce
rituel est bien sûr d'arriver à l'extase mais pas uniquement, bassement
serions-nous tentés de dire, "pour le plaisir" mais parce que dans l'esprit des
pratiquants il s'agissait d'une étape indispensable à la réalisation spirituelle
des membres de cette communauté, destinée au rapprochement avec le Divin. Il
s'agit d'une pratique qui peut nous sembler abracadabrante, un prétexte à toutes
les débauches et pourtant il n'en est rien et c'est en tout bien tout honneur
que ces gens se livraient (et se livrent encore car ce rituel n'a pas
complètement disparu !) à ce genre de festivités. Le problème, c'est que
lors d'activités sexuelles solitaires, il n'y a forcément pas de partenaire. Il
n'y a qu'une visualisation virtuelle de celui-ci (ou celle-ci) - en passant
éventuellement par les travers que nous avons évoqués - et un aboutissement à
cette proximité fugace et furtive avec l'être supérieur. Nous n'avons désormais
plus de mal à appréhender que "l'être supérieur soit, à sa manière, sensible à
ces sollicitations. D'une part, la personne qui se masturbe a bien souvent
d'autres préoccupations que la proximité avec le divin (c'est le cas de le dire:
"il s'en fout !") mais il se met inconsciemment en "stand by" pour toute
communication, ses sens sont à la fois court-circuités, survoltés et exacerbés,
très réceptifs, d'autre part "l'être supérieur" qui se trouverait disponible à
ce moment n'est pas forcément celui qu'on croit, ni que l'on espère. Enfin, pour
le démon qui pourrait alors profiter de la brèche ne serait-ce pas là, une fois
encore, une excellente façon contextuelle de faire la nique à son principe
antagoniste ?
Et pour terminer, nous ferons encore une brève incursion dans
le domaine de la physique quantique qui a déjà démontré, scientifiquement s'il
vous plaît que, d'une certaine manière, il suffisait d'imaginer un monde pour
que celui-ci dispose d'une existence réelle. Dès lors, en imaginant sa Virginie
(que nous supposerons inexistante), nous conviendrons qu'il en crée une, à la
mesure de ses phantasmes peut-être. Il s'agira d'un être instantané, qui
reviendra probablement de façon récurrente dans ses rêves érotiques éveillés. En
vertu de ce que nous venons d'avancer à propos de la physique quantique, nous
voyons que cet être a, quelque part, une existence réelle, pas uniquement
symbolique ou figurative, peut-être pas réellement objective d'après notre
entendement commun, mais certainement spirituelle (au moins). Dès lors, le sujet
a créé lui-même une entité que l'on peut vraisemblablement classer parmi les
plus agressives. En effet, il s'agira alors d'un démon "inférieur", jaloux des
enveloppes corporelles humaines (voir nos autres articles) et dont la jalousie
sera d'ailleurs exacerbée jusqu'à l'hystérie puisqu'elle aura paradoxalement été
créée dans un but que, fondamentalement, elle ne pourra jamais atteindre, en
tous cas pas dans le cadre des normes communément admises. Dépourvue de toute
expérience sexuelle, elle n'aura de cesse de tenter de combler cette lacune qui
représentera une obsession bien plus intense que celles rencontrées chez les
humains. Il s'agit donc ni plus ni moins que d'un formidable
succube ou incube et nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet dans
notre chapitre consacré aux relations sexuelles avec des démons.
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