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Dans le document qui suit, le CERPI propose à
ses lecteurs un retour sur la fameuse affaire de Petit-Rechain, dans laquelle la
maquette de « frigolite » d’un simple ouvrier d’usine a fait trembler le monde
ufologique et couler plus d’encre qu’un troupeau de poulpes géants. Il ne s’agit
pas d’un énième retour sur une affaire tentaculaire mille fois ressassée, mais
d’un éclairage nouveau basé sur des éléments généralement inconnus ou peu connus
du grand public.
Il ne serait pas étonnant que même des ufologues chevronnés y découvrent de
petits trésors. Pour le commun des mortels, en tous cas, ce sera l’occasion de
prendre connaissance d’une partie des coulisses ténébreuses de cette affaire et
de voir le rôle, toujours étonnant, joué par les médias.
Pour beaucoup, ce sera l’occasion de voir comment les choses se passent en
réalité et non comment on tente de leur faire croire…
Nous n’allons pas revenir sur les événements de 1989, lorsque
la Belgique a connu un événement ufologique sans précédent (en fait, il y a bien
eu des précédents, notamment en 1954 et en 1972, mais ceux-ci furent beaucoup
moins denses et moins médiatisés). N’importe qui s’intéressant au moins un tout
petit peu à l’ufologie ou à l’inexpliqué doit avoir entendu parler de la Vague
d’OVNI sur la Belgique et sait ou devrait savoir que cet ensemble de
manifestations incroyables est demeuré inexpliqué en dépit du travail inlassable
des sceptiques et autres debunkers.
Plus exactement, de nombreuses hypothèses ont été émises, mais aucune ne tenait
la route ou n’était propre à expliquer la totalité des phénomènes.
Dans ce cortège de visites, peut-être extraterrestres, une photo – ou plutôt
une diapositive – est devenue emblématique : celle de Petit-Rechain, localité
proche de Verviers. Elle a fait la couverture de l’un des VOB, entendez l’un des
livres publiés par la SOBEPS (Société belge d’Étude des Phénomènes spatiaux).
Elle a surtout fait le tour du monde, en n’échappant à aucun média (sauf la
radio… car c’est difficile pour une photo !), elle est devenue incontournable,
un symbole à elle seule, le symbole de la Vague belge. Des années durant, malgré
le travail de nombreux spécialistes, il est resté impossible de déterminer si
elle était authentique ou bien fausse. Elle résistait à l’analyse, même des
procédés les plus puissants et pointus.
Et puis, le 26 juillet 2011, c’est le scoop monumental de RTL-TVI dans lequel
une « vérité définitive » est apparemment proposée par des journalistes : un
individu répondant au prénom de Patrick s’est identifié comme l’auteur du
canular du siècle. La photo qu’il a faite ne se basait que sur un bricolage
simple composé d’une maquette de frigolite dotée d’ampoules de bicyclette,
elles-mêmes alimentées par une batterie ordinaire alors que le tout était
suspendu à des fils de nylon de pêche. Voilà ce qui avait résisté à l’École
Royale Militaire belge et à la NASA, entre autres. La vague belge se cassait
lamentablement la figure, du moins à en croire le reportage. C’était le Waterloo
de l’ufologie, sinon mondiale, du moins – plus modestement – pour le plat pays.
Revenons toutefois un jour en arrière.
Le 25 juillet 2011, donc, le CERPI n’est au courant de rien.
Rien n’a filtré de l’information. Pourtant, Samuel Ledoux lui-même, l’auteur du
reportage, téléphone au Président du CERPI et ce dernier est bien étonné que ce
soit pour lui demander les numéros de téléphone des Michel Bougard, Patrick
Ferryn et autre Lucien Clerebaut, trois personnages jadis bien en vue au sein de
la SOBEPS. Comment ? Un journaliste de chez RTL ne connaissait donc pas ces
numéros de longue date ? Ils ne se trouvaient pas dans les archives, dans un
carnet d’adresses précieuses ? Voilà qui était déjà pour le moins surprenant !
Sentant que quelque chose se trame, notre Président essaie évidemment d’en
savoir plus mais, à vingt-quatre heures de son reportage, le journaliste protège
jalousement son scoop et ne souffle pas un mot de l’affaire. Tout au plus
apprend-on qu’il s’agit de la photo de Petit-Rechain, c’est tout. La suite à
l’écran. C'est que les scoops, c'est précieux. Surtout les scoops sur
l'inexpliqué : ça fait vendre ! Alors, pensez ! les scoops sur les soucoupes
!...
Devant son poste de télévision, « Mister CERPI »
assiste comme tout le monde au journal télévisé présenté par Hakima Dahrmouche.
Mais ce qui l’étonne le plus ce n’est pas tant le contenu du reportage qui
présente une grossière imposture, que la présentation et les commentaires de ce
dernier. Sur ce plan, plusieurs points grincent à en faire mal aux oreilles.
En tout premier lieu il digère mal la phrase aux apparences anodines qui signale
: « … des témoins qui sont des centaines à avoir vu cet objet voler dans le
ciel belge… » La formulation laisse sous-entendre que des centaines de
témoins auraient vu ce qui n’était que le fruit d’une supercherie et induit une
autre conclusion : toute la vague n’était qu’une supercherie !
Pour les anciens, il n’est pas trop difficile de corriger car – pour eux – il
est évident que la vague belge ne peut en aucun cas se réduire aussi facilement.
Mais pour les représentants des jeunes générations voilà qui est cause entendue
: tout cela n’était que foutaises ! Or les anciens ont déjà donné et leurs rangs
s’éclaircissent au fil du temps, tandis que les jeunes sont le socle des
opinions futures. Il y a là un insidieux substrat susceptible d’enterrer peu à
peu la vague belge. S’il n’y a pas là une volonté anti-ufologique, c’est bien
imité.
Pourtant, les témoins en question auraient été bien en peine d’être des
centaines à voir la maquette de frigolite, pour la bonne raison que, des aveux
mêmes de l’intéressé il n’y avait que lui sur place, sa fiancée et un collègue
de travail. Les gens situés à plus de cent kilomètres de là auraient dû
avoir de sacrés bons yeux pour apercevoir ce qui se passait dans le jardin de
Petit-Rechain ! Ce qui est certain, en tous cas, c’est que l’armée belge n’a pas
fait décoller deux F-16 pour intercepter une maquette de frigolite et que cette
dernière risquait peu de se manifester au radar. Les gendarmes d’Eupen n’ont pas
non plus suivi ce leurre le long de leur route, dans leur combi, et les
meilleures ampoules de bicyclette éclairent rarement comme peut l’être un
terrain de football recevant un match en nocturne. Qu’importent les arguments et
le nombre de témoins, la rédaction n’a cure de ce double-sens dangereusement
équivoque, la vague doit être mise en bière. Une bière belge, naturellement.
Quoi d’autre pour fêter ce Waterloo via une bonne blague bien de chez nous ?
Mais il y avait autre chose. Car, en effet, la vidéo montre le « faussaire »
affublé de son seul prénom : Patrick. C’est que, dès les premiers instants,
l’individu a requis l’anonymat. En fait, ce n’est pas tout à fait exact. Cela
découle d’une turpitude du rapport d’enquête. Mais toujours est-il que cet
anonymat a été respecté jusque-là et y compris dans le VOB où l’on ne trouve que
des initiales. Cela fait rire le Président du CERPI car son nom il le connaît
bien, et même celui de sa fiancée de l’époque. Mais d’une part pourquoi
l’intéressé se retrancherait-il à présent encore sous ce même anonymat alors
qu’il avoue et passe à la télévision (pour passer incognito, ce n’est pas
l’idéal…) et comment Samuel Ledoux a-t-il retrouvé la trace de ce « faussaire »
? Surtout, pourquoi avoir attendu vingt ans pour cracher le morceau ? Et puis,
comme tout le monde aussi, il ne comprend pas comment une supercherie aussi
simple a pu échapper à tous les spécialistes.
Mais avant tout cela, un autre problème se pose au spectateur attentif et
seulement à ce dernier : cet inconnu, prénommé Patrick, qui se présente comme
celui qui a tout orchestré en 1990 est-il bien le même que l’inconnu mentionné
dans le VOB ? Car en fait, dans le petit peuple, personne ne connaît le visage
du témoin de Petit-Rechain. Somme toute, n’importe qui aurait pu prétendre avoir
falsifié la photo si emblématique et réduire une énigme vieille de vingt ans à
néant.
Le doute est cependant vite aplani car aucun membre de la SOBEPS ne réagit
négativement à la vue de l’intéressé. Ipso facto, cela signifie qu’ils le
reconnaissent. C’est bien lui.
Le CERPI rappelle donc Samuel Ledoux pour
compléments d’informations. Maintenant que l’affaire a été diffusée, le reporter
peut bien parler, non ?
Curieux tout de même que ce dernier explique alors :
1.
Que Patrick s’est présenté de lui-même à la chaîne de télévision
2. Que le fait d’avoir retrouvé le témoin découle d’un long travail d’enquêtes
préalable, la chaîne désirant produire quelque chose pour le jubilé des 25 ans
de la vague.
Les deux, exposés simultanément dans la même conversation sinon dans la même
phrase, cela fait un tantinet contradictoire ! Facétie de journaliste ? Sens de
l’humour (absurde) ? Était-ce plutôt une sorte de choix multiple à cocher
soi-même ou une porte de sortie en forme de queue de poisson ?
Nous sommes aux portes d’une enquête qui n’a pas fini de rebondir…
Dans les jours qui suivent immédiatement le reportage, le
CERPI a déjà presque tout compris : l’affaire est loin de se résumer à une
blague de potaches. Là se situe probablement la partie émergée de l’iceberg et
il subsiste mille points à éclaircir. Trop de choses ne collent pas et Patrick
va avoir beaucoup de mal de se débarrasser de sa réputation de menteur
compulsif. On se demande d’ailleurs pourquoi on accorde autant de crédit à ses
propos, comme si sa supercherie ne faisait aucun doute.
Rappelons-nous en
effet que lorsqu’un témoin lambda, de bonne foi, évoque une manifestation
d’OVNI, il est presque aussitôt en proie à la dérision. Si des centaines, voire
des milliers de personnes ont vu des OVNI, même s’il s’agit de personnes très
avisées, elles ont fumé la moquette et été la proie d’une hallucination
collective. Mais il suffit d’une seule personne qui atteste avoir réalisé un
canular pour qu’on la croie même si ses propos sont douteux.
Apparemment, cela ne semble déséquilibré à personne, sauf peut-être aux
ufologues, déjà catalogués.
Qu’importe si la photo comporte des caractéristiques qui ne pourraient pas être
produites avec les moyens décrits, priorité doit rester au rationalisme pas au
soucoupisme !
La charge de la preuve reste dans le camp de ceux qui prétendent à l’inexpliqué,
cette preuve vient d’être démontée, point. Que le déboulonnage de cette preuve
puisse lui-même être incriminé n’effleure même pas l’esprit des sceptiques dont
le scepticisme – s’il était de bon aloi – devrait pourtant s’exprimer dans les
deux sens.
Avec le retentissement mondial d’un tel cliché est-il
vraiment possible de l’oublier ? La photo a été reproduite des centaines ou des
milliers de fois, dans les médias, dans les journaux, à la télévision, dans les
livres, au cinéma, sur Internet, impossible de lui échapper. Il faudrait être
aveugle, sourd et ermite.
Dans le reportage, on
voit un exemplaire de chaque VOB (un livre rouge et un livre bleu). L’un d’eux
est d’ailleurs écorné et ne date pas d’hier. Soit donc Patrick les a achetés à
l’époque de leur publication et dans ce cas il peut difficilement prétendre ne
pas s’être intéressé à l’ufologie, soit il les a reçus de la SOBEPS. Dans les
deux cas, il disposait de deux ouvrages qui lui rappelaient son exploit tous les
jours, à domicile. À moins bien sûr que ces deux livres aient figuré dans la
panoplie des accessoires journalistiques, pour illustrer le sujet.
Mais Patrick a aussi été sollicité, lors d’une réunion qui se tenait à
Bruxelles, en présence de nombreux personnages importants. Il est fier d’avoir
participé à une telle prestation, au point qu’il en a conservé le ticket du
train qu’il a dû prendre pour s’y rendre. Il est même capable de présenter ce
trophée en un tour de main car, malgré qu’il ait tout oublié pendant vingt ans,
ce dernier est resté étrangement disponible. Par contre, les autres
photos, celles qui ont été prises au moment des faits, restent inaccessibles,
introuvables. Elles resteront d’ailleurs à jamais intouchables en dépit de la
certitude cent fois répétée par l’intéressé qu’il allait les présenter sous peu.
Étrange comme le temps qui passe se montre également sélectif quant aux éléments
qui subsistent. Étrange comme cette sélection va dans le sens que l’on veut
défendre !
Ce monsieur qui s’est désintéressé complètement de l’affaire et ne s’occupait
pas d’ufologie connaît pourtant Leslie Kean. C’est qu’il était particulièrement
fier que l’on présente « sa » photo, dans le livre de l’auteur. Tiens donc, le
livre est sorti aux États-Unis en 2010, or le scoop date de 2011.
En version apparemment originale mais ailleurs, la même photo était tenue par le
général De Brouwer qui, par quelque courtoisie opportune (opportuniste ?),
avait pu l’extraire du coffre-fort de la SOBEPS. Patrick s’émerveillait de
retrouver là l’exemplaire original de ses œuvres, soigneusement emballé de
cellophane. Mais nous devons croire qu’il ne suivait pas l’affaire… Outre la
médiatisation surabondante dont la photo a fait l’objet, un autre élément rend
l’oubli de l’événement totalement impossible.
S’il s’était simplement agi d’une blague de potaches, peut-être parmi tant
d’autres sans importance, et que la photo n’avait pas mis le feu aux milieux
ufologiques, Patrick aurait pu l’oublier. Cela n’aurait été qu’un élément de sa
jeunesse qu’il aurait pu chasser de sa mémoire. Seulement voilà, sa fiancée
était à ses côtés. Les choses se passaient chez elle, ou plutôt chez ses parents
et quand un garçon vient couramment chez les parents d’une belle, c’est que les
choses sont sérieuses. Oh ! De nos jours, les choses ont bien évolué, certes !
Mais n’oublions pas que les faits remontent à 1990… Il y a maintenant plus de
trente ans de cela ! À cette époque, les jeunes sont libérés et ne se privent
pas d’exercer leurs nouvelles latitudes, mais celles-ci vont jusqu’où leurs
parents, encore soucieux des convenances, leur permettent.
Donc, un premier amour ne s’oublie jamais, s’oublie jamais… pas plus que le
papier-peint de la chambre, ou l’OVNI du jardin, qui a fait le tour du monde.
Mais il y a encore une autre raison, bien plus péremptoire… voire implacable
!
Cette autre raison fait étrangement rimer couple et ufologie.
On le sait, la vie est ainsi faite, la fiancée d’aujourd’hui n’est pas forcément
celle de demain. On dit qu’un clou chasse l’autre et qu’avec le nouveau
disparaissent les souvenirs du premier. Les hommes savent fort bien que ce n’est
pas tout à fait vrai et que, quoi qu’on y fasse, les premiers amours restent
gravés dans les mémoires. Mais tout de même, leur souvenir s’estompe.
Toutefois, les choses ont-elles la moindre chance d’être aussi évidentes si la
nouvelle promise, l’actuelle "up to date", se trouve être la sœur de la première
?
Malgré nos réticences à ce sujet, nous sommes bien obligés ici de relater ce
point que nous avons tenu pour nous jusqu’ici uniquement en raison de son impact
dans le développement strictement ufologique de la question et non dans le but
mesquin de dévoiler des choses privées, ce qui nous ressemblerait bien peu.
Sabine a donc cédé la place à Marie-France et, pour couronner le tout, toutes
deux ont marié un Patrick. Pour les avoir eu au téléphone toutes les deux, nous
avons pu remarquer la similitude rigoureuse des voix : même timbre, mêmes
intonations, même accent, le parfait fac-similé capable d’engendrer des
confusions. Nous sommes allés jusqu’à imaginer que Sabine et Marie-France
étaient en fait une seule et même personne. Le doute a subsisté jusqu’à ce que
nous puissions consulter les extraits du registre de l’état civil.
Ce qui nous importe ici, c’est bien peu de savoir qui fréquente qui, mais
d’épiloguer – dans un premier temps – sur une première facette de la
problématique et de ce qui vient de se dire nous croyons pouvoir conclure en
toute certitude que Patrick n’avait certainement pas oublié son « canular » - à
condition que c’en ait été un – il ne l’avait certainement pas perdu de vue
comme il le prétend. Voulez-vous d’autres éléments de conviction : à quelques
jours seulement du scoop de Samuel Ledoux, Patrick était capable de nous parler
de la photo d’Henrardi, ou de l’OVNI de Bethesda, on pourrait multiplier les
exemples lesquels font trop pour un simple amateur qui aurait fraîchement débuté
son dada.
Désormais, si le monde entier connaît le nom du « faussaire
de Petit-Rechain », c’est grâce à nous et notre partenaire « La Porte du Temps
». Dans une vidéo toujours présente sur le Net à l’heure actuelle, il accepte
face à nos micros et devant un journaliste du groupe SudPresse que son nom
complet soit mentionné. Désormais, ce sera Patrick Maréchal, ce qui correspond
bien au rapport d’enquête de la SOBEPS du 3 août 1990.
Nous nous sommes toujours demandé si ce monsieur, après avoir suscité un tel
tollé ufologique, ne craignait pas pour sa santé en évoluant désormais à visage
découvert, en faisant l’objet d’une couverture médiatique mais pas policière.
C’est que plus d’un se montrait menaçant et semblait vouloir rendre justice pour
le ridicule subi, les mensonges prolongés durant vingt ans, l’atteinte à
l’ufologie, les deniers public déboursés en vain, etc. Cela nous a fait
subodorer l’éventualité d’une compensation, notamment sous la forme d’espèces
sonnantes et trébuchantes.
Très vite, nous avons compris où se situait l’intérêt des aveux « spontanés » du
verviétois. Ils sont évidents : vu la médiatisation frénétique du document en
question, une somme rondelette devait sommeiller quelque part en droits
d’auteurs. Problème : Patrick signale ne pas en avoir perçu le moindre centime,
ni en clair ni « en black ». Quant à Guy Mossay, le photographe d’Ensival qui a
propulsé la diapositive au firmament de la célébrité, il y a longtemps qu’il a
traité le sujet avec la SOBEPS (et la SOFAM, bien entendu). On connaît même les
termes du contrat déséquilibré faisant à peu près 25 – 75%, décompte fait des
20% déjà perçus par la société des droits d’auteurs.
Si l’on veut mettre plus encore la puce à l’oreille, il suffit de rappeler
que M. Mossay est supposé n’avoir perçu que 5000 € environ grâce à la
diapositive tandis que la SOBEPS se serait enrichie de la même somme. Ah bon !
Avec des pourcentages aussi différents on obtiendrait donc le même résultat ?
Voilà qui défierait nos mathématiques !
Seulement voilà, cela défie aussi la raison car 5000 €, et même 10 000 en
comptant ceux de la SOBEPS, font bien peu de choses par rapport à une
diapositive qui a crevé l’écran au niveau mondial pendant tant d’années. Mais
comment se fait-il que le photographe ait tiré les marrons du feu alors qu’il
n’était pas l’auteur de la photo ?
Là aussi se situe une pierre d’achoppement car dans une version c’est Patrick Maréchal qui cède son épreuve à Mossay et dans une autre c’est un collègue d’usine. Là non plus cela ne tient pas et d’ailleurs le collègue en question restera inconnu, en dépit de notre insistance : secret d’état. Nous développons ce point ailleurs dans nos pages, ce n’est pas le sujet ici.
La question de l’argent est également absolument indubitable
et, dès lors, nous sommes confrontés à une redoutable équation à trois
inconnues, avec X tel que X est l’énigme ufologique de la question, A qui
représente l’influence de la femme et B qui représente l’influence de l’argent.
Mélange détonnant auquel il ne manquerait que la notion de pouvoir pour
constituer l’ensemble des problèmes du Monde !
Hélas, cela ne fait que compliquer nos investigations et les ramifier vers les
chemins les plus tortueux. Nous avons voulu faire abstraction des considérations
familiales ou personnelles et même de l’argent (ce dernier point ne souffre
pas la moindre discussion car nous avons dû nous-mêmes rédiger certaines lettres
à la SOFAM – la société des droits d’auteurs – à la place de Patrick incapable
d’écrire sans fautes. La SOFAM a suivi le chemin traditionnel des
commerciaux embarrassés : 1) prenant connaissance d’un premier envoi rédigé dans
un français châtié – "vous n’avez droit à rien, contentez-vous que l’on ne vous
demande pas de payer et de vous excuser auprès de M.Mossay" ; 2) recevant cette
fois une lettre bien tapée, avec quelques arguments bien sentis – « nous nous
laissons un délai de réflexion de 25 jours… » L’étape suivante consistait en une
proposition de transaction que nous suggérions à Patrick de refuser au vu de la
somme ridicule avancée. Le reste est affaire de tribunaux et plus d’ufologie…
Mais on a compris que l’intérêt financier ne fait aucun doute.) mais elles sont
revenues à la charge d’elles-mêmes, via les propos de Patrick Ferryn.
En effet, nous expliquons dans nos pages comment le fondateur du COBEPS et
enquêteur (avec Guy Bléser) sur l’affaire initiale de Petit-Rechain, avait
essayé de noyer le poisson lors d’une conversation téléphonique. Allons bon !
Nous présenter des points figurant dans le VOB1 comme des secrets d’alcôve,
voilà qui fonctionnerait peut-être avec Tartampion, ufologue depuis 2 jours,
mais pas avec le fondateur du CERPI et le seul élément réellement intéressant
signalé par l’interlocuteur émanait d’un lapsus,parfaitement involontaire donc.
Grâce à ce dernier, nous apprenions le curieux truchement de l’architecture des
bâtiments, laquelle mettait en communication la maison où se tramait l’imposture
et celle du voisin. Et là, paf ! On tombe sur un homme politique important,
Melchior Wathelet senior. Pour couronner le tout, ne faisant apparemment pas
partie de la même famille, existe un Thierry Wathelet qui a évolué auprès de la
SOBEPS mais aussi auprès de l’armée belge, dans le sillage des F-16. Ben voyons
! Voilà le pouvoir qui s’invite aussi à la table des discussions !
Tout ceci ne signifie cependant rien, n’apporte aucune preuve
ni aucune conclusion. Mais cela ouvre la porte à mille élucubrations.
Ce qui n’arrangera certainement pas les choses réside dans une curieuse
coïncidence survenue au moment précis du scoop de Samuel Ledoux. Le reporter ne
parvint pas à entrer en contact avec Patrick Ferryn car ce dernier était en
vacances dans le Languedoc-Roussillon. Il se trouvait là à quelques encablures
du domicile de Guy Mossay. Pendant ce temps, Patrick était en communication avec
un site ufologique… du Languedoc-Roussillon. Franchement, avec autant d’éléments
troubles, il était possible de tout envisager…
It was not a fake !
Subsiste-t-il la moindre chance pour qu’il s’agisse bien (seulement) d’une
blague de potaches ?
Pour nous, la réponse à cette question est catégoriquement non. Il y a trop
d’invraisemblances et de mensonges dans cette version pour pouvoir y abonder.
Nous ne nous baserons pas seulement sur ce qui tourne autour des détails de la
soi-disant observation mais nous aurons recours aux remarques des différents
spécialistes, à commencer par A. Meessen qui soulignait le fait qu’il n’était
pas possible qu’un simple bricolage aboutisse à de telles aberrations lumineuses
(les rayons de courbure des lumières de spots notamment).
C’est vrai qu’il s’agissait là d’un point bien étrange, mais
il y a plus subtil. Nous allons trouver ce qui nous intéresse dans un écrit de
Patrick Maréchal lui-même que nous reproduisons partiellement ci-dessous en y
maintenant l’orthographe d’origine (pas de panique, nous traduisons juste après
!) :
Quoi qu’il en soie il en fallait pas plus pour me donner des idées, a il se
moque de lui et bien je vais en rajouté un couche me suis dit, mon idée étant de
faire une maquette et la prendre en photo puis la montré en espèrent que sa
prenne, fabriqué un ovni oui mais comment ?
Quelle grandeur en quoi quel forme, en ce basent sur ce qu’il ce racontait dans
les media et le garçon de l’usine qui avais vu sa on j’avais juste décide de
coupe les coins je ne sais pas vraiment pourquoi plus joli surement ? , puis ci
sa se met sais moi qui vais louper mon coup ?
Bref après quelque discutions avec un amis de cette usine que j’avais mis dans
la confidence je décidais de le faire pourquoi pas, On va bien rire si il morde
a cette blague
Mon amis ce proposa de donnée un petit coup de main, ce que bien sur accepte
bien volontiers
Donc quelque jours après la maquette fut construite il ne resta plus que à
prendre les photos
Dia qui a cette époque coutait –cher,
Mon amis que j’avais mis dans la confidence de mes projet m’avais dit qu’il
avait lu un livre et qu’il avait justement vu en truc quelque conseil pour
prendre une photo ‘ il me dit de prendre que l’objet et rien d’autre et qu’il
prenne un max de place sur l’image quelque conseille que je m’efforçais
d’appliqué
Traduction :
Quoi qu’il en soit, il n’en fallait pas plus pour me donner des idées. Ah, ils
se moquent de lui, eh bien je vais en rajouter une couche, je me suis dit. Mon
idée était de faire une maquette et de la prendre en photo puis la montrer en
espérant que ça prenne. Fabriquer un OVNI ? Oui, mais comment ?
Quelle grandeur ? En quoi ? Quelle forme ? En se basant sur ce qui se racontait
dans les médias et le garçon d’usine qui avait vu ça, j’avais juste décidé de
couper les coins, je ne sais vraiment pas pourquoi, (cela aurait été) plus joli,
sûrement… Puis, si ça ce met, c’est moi qui vais louper mon coup.
Bref après quelques discussions avec un ami de cette usine, que j’avais mis dans
la confidence, je décidai de le faire. Pourquoi pas ? On va bien rire s’ils
mordent à cette blague !
Mon ami se proposa de donner un petit coup de main, ce que j’ai bien sûr accepté
volontiers.
Donc, quelques jours après, la maquette fut construite. Il ne restait plus qu’à
prendre les photos, des dias qui à cette époque coutaient cher.
Mon ami, que j’avais mis dans la confidence de mes projets, m’avait dit qu’il
avait lu un livre et qu’il avait justement vu « en trucs (et astuces) » quelques
conseils pour prendre une photo. Il me dit de ne prendre que l’objet et rien
d’autre et que ce dernier prenne un maximum de place sur l’image quelques
conseils que je m’efforçai d’appliquer.
Il ne s’agit ici que de quelques lignes mais elles sont pour
le moins éloquentes !
Dans un premier temps, on apprend qu’un collègue d’usine de Patrick Maréchal a
observé un véritable OVNI mais que l’on s’est abondamment moqué de lui sur le
lieu de travail. À cela, il n’y a rien d’étonnant, nous connaissons tous la
chanson !
De là, Patrick décide de monter une blague dans un esprit revanchard.
Dans son bricolage, Patrick décide, sans trop savoir pourquoi, de couper les
coins de sa maquette de frigolite. Au passage, il ignore complètement qu’il
s’agit de l’une des caractéristiques des triangles de la vague : ceux-ci ont les
coins biseautés ! Mais il ignore également que ce détail a été conservé secret
par la SOBEPS afin de s’en servir pour vérifier l’authenticité des témoignages.
Voilà une prudence qui coûte cher à notre Maréchal : il ne pouvait pas se baser
sur les médias pour connaître ce détail, pas en 1990 en tous cas ! Les médias
n’en avaient pas été avisés !
On ne peut davantage prétendre que si les coins de la
maquette ont été biseautés c’est parce que le collègue qui a vu le véritable
OVNI en a averti Patrick, parce qu’il aurait alors suffit à l’intéressé de
signaler qu’il s’était basé sur le récit de son ami. Or, il prétend à une «
lubie esthétique ». Dès lors, cela devient hautement suspect, sinon un hasard
fabuleux. Mais il faut reconnaître qu’il y en a beaucoup trop dans cette affaire
!
Les aurait-il bien coupés par hasard, pour faire plus joli ? Eh bien... Non plus
!
En effet, pour cela, il aurait dû s’amuser à polir les coins ainsi biseautés
avec une très grande précision car nous avons étudié au microscope ce que
donnent les découpes dans de la frigolite. Nous avons procédé avec soin, au
cutter, et obtenu un résultat très satisfaisant : à l’œil nu, l’effet est
parfait. Sauf qu’au microscope et sans pour cela utiliser un grossissement
monstrueux, on voit très bien les petites aspérités et irrégularités. Or, les
rapports pointus des spécialistes indiquent un objet aux bords très nets ! Sauf
qu’ils l’ont fait avec des moyens télévisuels et informatiques bien plus
importants et notamment un affichage qui aurait pris l’équivalent de
quarante-neuf écrans d’ordinateur superposés !
Paf ! Voici la simple blague hasardeuse qui se déclinque !
En conclusion de quoi, si la photo provient bien de Patrick, elle n’a pas été
préparée comme stipulé. Il y a à nouveau au moins un mensonge dans cette
narration ! Nous n’en sommes pas à un près !
Enfin, dans ce récit, on trouve un conseil certes judicieux dans l’optique
d’une fraude : immortaliser un objet qui prendrait un maximum de place sur la
photo. C’est évidemment l’idéal pour supprimer au maximum tout point de repère
propre à donner des indications quant aux distances, à l’altitude,
l’arrière-plan, etc. indications qui auraient été précieuses.
Ces indications provenaient-elles bien d’un collègue d’usine ou auraient-elles
plutôt été le fait d’un photographe professionnel, lequel aurait – en plus – pu
ajouter quelques petits traitements afin de rendre toute expertise complètement
vaine ? Voilà ce que nous ne pourrons pas déterminer pour le moment. Mais nous
allons en avoir une idée sur base de l’un des rapports. Le voici :
(…) « Les traitements nous ont permis de mettre en
évidence des directions privilégiées, surtout dans le halo qui entoure l’objet.
Ces directions correspondent aux orientations de petits grains lumineux qui, sur
l’image, forment une sorte de mouvement tournant autour de l’engin, un peu à la
manière de flocons de neige pris dans un vent tourbillonnant. On peut aussi
faire l’analogie avec des grains de limaille de fer qui s’orientent selon les
lignes du champ magnétique d’un aimant. S’agit-il de perturbations
électromagnétiques, d’un processus d’ionisation de l’air ? En l’absence d’autres
éléments, la nature de ce phénomène est difficile à préciser, d’autant plus
qu’il n’est pratiquement pas décelable sur les composantes rouge, verte et bleue
de l’image. Ces nouvelles observations sont d’autant plus intéressantes qu’elles
semblent susceptibles de conforter certaines théories, comme celle des ondes de
plasma ioniques, thèse avancée par Auguste Meessen, Professeur émérite à
l’Université de Louvain, et concernant le système de propulsion de l’engin
(propulsion de type électroplasmadynamique).
Quoi qu’il en soit, l’existence de ces « lignes de force » est un argument de
poids contre la thèse d’un trucage, lequel serait particulièrement perfectionné.
De plus, on ne voit pas très bien pour quelle raison un faussaire se serait
donné la peine d’imaginer et de réaliser un phénomène aussi complexe, d’autant
plus qu’il n’est pas perceptible sans un traitement sophistiqué du cliché. »(…)
Que dire aussi de cette intervention, apparemment restée
secrète jusqu’ici, qui émanait des supérieurs hiérarchiques de M. Acheroy de
l’École Royale Militaire, lequel – à en croire l’un de nos correspondants
particulièrement bien placés – s’enthousiasmait à la vue de la diapositive et de
ses caractéristiques, mais reçut une lettre signée « d’un général dont
l’histoire oubliera le nom », le sermonnant vertement d’avoir distrait deux
élèves en phase terminale et quant à « son devoir de déontologie et de réserve
en matière de visitations extraterrestres » ?
Ici, la blague de potache se casse lamentablement la figure. Nous verrons plus
loin ce qu’il en est des particules citées plus haut. En attendant, nous allons
poursuivre avec le tour de force final, le bouquet du feu d’artifice !
Rappelons d’abord quelques points de l’histoire de
l’événement avant d’aller plus loin.
Par on ne sait trop quel biais, le photographe Guy Mossay obtient le cliché avec
pour mission « d’en assurer un maximum de médiatisation » (cf. VOB) – il
s’agit là déjà d’une phrase qui met la puce à l’oreille si l’on envisage une
simple blague de potache qui se devait de se faire oublier ensuite pendant vingt
ans… Un point nous fait d’ailleurs sursauter lorsque l’on apprend que lors du
rapport d’enquête de Patrick Ferryn et Guy Bléser, le futur fondateur du COBEPS
signe à Patrick un document se promettant de lui restituer la photo après
analyse (document en notre possession et d’ailleurs publié dans nos pages). La
photo ne sera cependant jamais restituée, et pour cause : c’est à ce moment que
Guy Mossay fait irruption et reprend possession du cliché. Dès lors, on ne
comprend plus : était-il invité dans cette enquête ? Voilà qui paraîtrait très
surprenant. Patrick l’aurait-il lui-même sollicité ? On n’en verrait pas la
raison, ni l’intérêt. Comment a-t-il pu savoir que la photo serait là, apportée
par les enquêteurs de la SOBEPS ? Mystère. Car bien avant cela, la dia a déjà
fait son bonhomme de chemin. Elle a notamment transité par les studios d’Ensival
où elle a pu subir des traitements ou retouches, puis par une petite revue dans
laquelle elle a d’ailleurs été publiée mais sans succès. Elle a ensuite atterri
entre les mains de Dominique Demoulin, animatrice de RTL, laquelle se proposait
d’en faire état immédiatement dans son journal télévisé. On va vite en besogne,
chez les journalistes ! Apparemment, on va aussi vite pour proposer du
sensationnel que pour le détruire… Mais tout de même, il subsiste un zeste de
prudence qui permet à l’animatrice de se raviser et de contacter la SOBEPS au
préalable afin de recueillir son avis sur la question.
Ladite SOBEPS, contrairement à ce qui se dit parfois, se montre prudente et dubitative et répond, notamment par le biais de feu Lucien Clerebaut : « C’est une photo fantastique qui mériterait analyse plus approfondie. Si elle s’avère authentique, il s’agit d’un document exceptionnel, mais nous n’avons aucun moyen de déterminer si elle est vraie ou fausse ». La SOBEPS ne prétend donc pas qu’elle soit vraie. Ni qu’elle soit fausse. Patrick Ferryn, en visionnaire de service, essaiera bien de reproduire lui aussi une maquette mais celle-ci sera en bois et ne donnera pas de résultats probants. Toutefois, on sent bien que la société belge émet des doutes, elle ne tombe pas dans le panneau tête baissée. Par la suite, lorsque le document sera passé par maintes instances huppées, elle pourra se permettre un peu plus d’enthousiasme. On peut la comprendre. Le « contrat secret » est établi entre la SOBEPS et Guy Mossay et les choses restent en l’état jusqu’en 2011, date à laquelle survient le fameux scoop de Patrick Maréchal.
L’enquête du CERPI commence alors comme on le sait et l’un de
ses éléments vient une fois de plus nous faire bondir : on savait que Patrick
Maréchal était tourneur-ajusteur en usine, mais jusque-là on ignorait tout de
l’usine en question. Nous en avons appris le nom, lequel ne présente guère
d’intérêt, mais surtout son domaine d’action : l’aéronautique spatiale !
Un hasard de plus ? Combien donc en faudra-t-il ?
Bon sang ! Est-il encore permis de parler d’une coïncidence ? Jusqu’où ira-t-on
dans ce domaine ?
Dès lors, nous échafaudons mille hypothèses qui passent par les procédés à
mettre en œuvre pour assurer le caractère furtif d’un avion, les secrets de
fabrication, etc. C’est peut-être là que l’on a le plus nagé en pleine
science-fiction. C’est là aussi que nous avons imaginé que le délai de vingt ans
s’imposait précisément en fonction des secrets de production, lesquels auraient
pu contribuer à la réalisation d’une maquette hors du commun parce qu’utilisant
des procédés nouveaux et inconnus.
Mais c’est aussi à ce moment que nous avons fait la connaissance d’un petit
bonhomme, pas vert du tout mais bien sympathique et aussi soucieux de l’ufologie
que de ses premières chaussettes. Nous ne l’avons d’ailleurs pas contacté à ce
sujet mais dans un tout autre domaine, car le CERPI ne fait pas que dans
l’ufologie.
Ce monsieur a lu le livre «
Les
Phénomènes Inexpliqués en Belgique » et s’est particulièrement intéressé
au sujet templier de la région d’Ellezelles. La discussion s’était engagée sur
ce plan. Mais notre homme avait également survolé la partie ufologique et relevé
l’affaire de Petit-Rechain, laquelle n’était traitée que très superficiellement.
Pour lui, cette histoire ne présentait d’intérêt que dans la mesure où elle
concernait sa région, c’est tout.
Pourtant, ce monsieur avait une autre coïncidence, pour le moins remarquable,
une de plus, à formuler.
À l’époque de l’affaire de Petit-Rechain, il travaillait
comme agent de gardiennage dans la région. Il nous précise le nom de la société
et nous tombons de notre chaise car son bâtiment est situé à seulement une
centaine de mètres de celle de Patrick…
Les deux usines sont pratiquement attenantes. Si un ouvrier de la première
tousse, ceux de la deuxième risquent d’être enrhumés. Mais nous laissons notre
homme poursuivre son récit car, ce jour-là, il a aperçu quelque chose. Quelque
chose de pas normal du tout et qui n’avait strictement rien d’une maquette de
frigolite… Nous cuisinons un peu notre interlocuteur pour situer plus
précisément les faits dans le temps et nous nous apercevons avec stupeur que les
dates correspondent à très peu de choses près, pour autant qu’il soit possible
de les déterminer avec précision si longtemps après les faits. Notre témoin y
parvient toutefois grâce à certains points de repères temporels personnels qui
lui permettent d’assurer une précision très convenable. Soit ! Qu’en est-il de
son observation ?
Or donc, ce jour-là, alors qu’il sortait du bâtiment, il est
resté abasourdi par une gigantesque forme qui se profilait dans le ciel, une
forme en triangle, avec des spots aux extrémités. Incapable de donner plus de
détails sur les dimensions de l’objet, il nous le décrit aussi grand que le
bâtiment. Nous sommes ici loin d’une « performance » de 60 cm de côté…
Nous l’avons dit, le témoin est fort peu préoccupé par les histoires d’OVNI. Il
s’est contenté de remarquer que c’était comme ce dont on parlait beaucoup à la
télévision à ce moment…
Après l’aéronautique spatiale, l’usine en question faisait plutôt dans les
moteurs consacrés à la marine. Si un troisième larron avait existé, il aurait
probablement travaillé pour la force terrestre…
Nous n’avons aucun doute quant à la bonne foi du témoin, lequel ne recherche
aucune publicité, aucune médiatisation, rien. La seule chose qu’il puisse
ajouter c’est que , une fois de plus par un hasard qui détient bien des
ficelles, il connaît un certain Guy Mossay chez qui il est allé tailler des
haies, faire du jardinage, etc. qu’il nous décrit comme l’Avare de Molière,
L’oncle Grippe-sous par excellence… Nous nous contentons d’écouter, nous ne
nous prononçons pas… ni ne confirmons.
Et si le collègue de Patrick Maréchal, qui avait observé un
véritable OVNI, avait tout simplement vu l’objet également aperçu par le gardien
du bâtiment d’à côté ? L’objet, de bonne taille et situé à très courte distance
n’avait dès lors besoin d’aucun subterfuge pour occuper un maximum de place sur
la photo. Pas besoin de hasard, ni de prétendue esthétique non plus pour que les
coins en soient biseautés. Si l’objet est si étrange, que ses caractéristiques
ne sont – en principe – pas reproductibles par les simples moyens décrits et si
les spécialistes ne parviennent pas à déterminer si la photo est vraie ou
fausse, c’est peut-être tout simplement parce qu’elle est vraie !
Mais est-ce seulement plausible ? Nous avons vérifié : les deux usines sont
distantes d’environ 200m, celle de Patrick est trois fois moins grande que celle
de notre agent de gardiennage (ce qui confère à l’objet observé une taille
réellement impressionnante !) Mais la disposition des bâtiments pose apparemment
problème car les locaux occupés par les bureaux font écran par rapport à
l’espace réservé aux ouvriers. Sauf si l’observation a lieu à l’arrière du
bâtiment. De là, en effet, il est possible d’apercevoir l’arrière de l’usine d’à
côté.
Mais qui nous garantit que le collègue de Patrick se trouvait bien à l’arrière ?
C’est le rôle joué dans l’usine par cet ouvrier qui nous renseigne sur ce point
: il était magasinier. Or, vu la configuration des lieux, c’est bien à l’arrière
qu’il devait se trouver afin de pouvoir réceptionner les marchandises sur le
parking prévu à cet effet. La situation de l’objet, en hauteur, permet
évidemment la photographie exempte d’éléments extérieurs. En admettant que la
photo ait été prise lors de la sortie des ouvriers (avant du bâtiment), les
choses sont encore plus aisées : on est en droite ligne, à proximité immédiate,
sans le moindre obstacle.
Le meilleur scénario se produirait dans le cas où la sortie du personnel se
déroulerait simultanément dans les deux usines. C’est parfaitement
vraisemblable, mais rien ne nous autorise à le supposer. Nous nous contenterons
donc de remarquer que, même dans le pire des cas, c’est parfaitement possible.
C’est d’ailleurs heureux car si la photo avait été prise à la sortie de l’usine,
notre hypothèse ne tiendrait plus. En effet, plusieurs ouvriers auraient alors
pu voir l’objet en même temps et personne ne se serait moqué du magasinier. Or,
on a bien vu que c’est ce qui s’est passé. L’objet ainsi photographié n’attire
que les moqueries de ses camarades de travail : c’est trop beau pour être vrai
et puis ces histoires d’extraterrestres c’est du vent !
Le collègue ne l’entend toutefois pas de cette oreille et communique la photo à
Guy Mossay pour médiatisation. On verra bien ! Après coup, cependant, de sourdes
craintes naissent en lui. Car tant que la photo demeurait en cercle fermé, dans
un petit cadre strictement collégial, il n’y avait guère à s’inquiéter, mais… Et
s’il avait photographié un engin militaire ultrasecret et que débarquaient les
services de contre-espionnage ?
"Tu rigoles ! Tu lis trop de romans…
Oui mais… "
Et si d’un coup, cette photo qui lui a désormais échappé, présentait un risque
pour sa carrière ? On viendrait lui poser mille questions et notamment : quand
avez-vous pris cette épreuve ? Ah bon ! Pendant les heures de prestations et sur
votre lieu de travail ? Une usine travaillant dans l’aéronautique spatiale de
pointe permettrait donc à ses ouvriers de se présenter munis d’un appareil photo
? Mais bien sûr, c’est évident : afin de mieux communiquer des informations
confidentielles à la concurrence, moyennant paiement, par exemple. Votre compte
est bon, mon gaillard ! Pour qui travaillez-vous ? Veuillez nous suivre…
"Bon sang, Patrick, mon pote, sors-moi de là !
Ben, moi je veux bien, mais comment veux-tu que je m’y prenne ? Attends, j’ai ma
petite idée…"
Et voilà les deux compères qui trament un « plan machiavélique » afin de
brouiller les pistes et disculper le collègue. Non, la photo n’a pas été prise
de l’usine, c’est lui qui l’a tirée à partir de son jardin. Comme il n’existe
aucun élément contextuel, on ne pourra pas prouver le contraire. On racontera
qu’il a utilisé une maquette de frigolite avec un bricolage tarabiscoté. Au
besoin, il pourra leur montrer le matériel, rudimentaire. Pour plus de sécurité,
il dira qu’il a observé l’engin en présence de sa fiancée et de ses parents qui
seront donc « témoins » de cette plaisanterie.
"Tu n’auras qu’à dire à M. Mossay que c’est moi l’auteur de cette photo. Je
confirmerai."
La photo « explose » alors. Médiatiquement s’entend. Après tout, c’est bien ce
qui avait été initialement espéré ! On peut rétorquer, à ce niveau, que l’esprit
de lucre semble étrangement manquer aux protagonistes de ce récit et que la
volonté de médiatisation fait écho à cette lacune de manière contradictoire.
Cependant, si l’âge du magasinier n’est pas connu, à cette époque Patrick n’a
guère plus de 18 ans. C’est un âge encore naïf et Patrick est peu instruit. Il a
dû quitter l’école très tôt pour aider ses parents. Sur ce point au moins
personne ne l’en blâmera ! De nos jours encore, très peu de jeunes gens sont
très au fait en matière de droits d’auteurs et nul doute qu’un photographe
professionnel pourrait les embrouiller en se réservant la part belle, prétextant
que la diffusion n’aurait pu s’opérer sans ses services et ses relations.
Puisqu’il prétend en être l’auteur, c’est bien Patrick que l’on vient trouver.
Mais il n’y aura pas matière à rédiger un roman d’espionnage : Mossay a endossé
le rôle de père de la photo aux yeux de la SOFAM, seuls viendront les enquêteurs
de la SOBEPS et seulement dans un cadre ufologique.
Ces derniers ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils mettront même en doute la
fiabilité du témoignage en raison de contradictions évidentes, puis reviendront
sur leurs propos au pris d’une entourloupette littéraire dans le VOB –
n’oublions pas que la photo constitue aussi une forme de fonds de commerce !
Il n’y a cependant plus de quoi s’étonner de ces contradictions car les
tourtereaux ne pouvaient pas prévoir la date à laquelle l’enquête se ferait ni
donc établir immédiatement et mentalement un listing des dates plausibles qui
corresponde avec des prestations d’usine avouables en guise d’alibi (Les dates
possibles de l’observation sont restées très floues dans une fourchette de près
d’un mois !) Peu coutumiers des méthodes d’enquêtes, ils ne s’attendaient pas
non plus à être questionnés séparément d’où les divergences notoires dans la
vitesse de déplacement de l’objet. De ce fait, le témoignage a été corrigé après
concertation. Dans la seconde version, de nouvelles anomalies ont été relevées
sur base des belgicismes révélateurs employés (« Je ne peux pas vous dire »,
chez les belges, signifie « je n’ai pas la permission de vous dire… » Incapable
de se prononcer, un belge aurait dit : « je ne sais pas vous dire… »)
Désormais, le détachement de Patrick pour « sa » photo se
comprend mieux, vu que ce n’est pas vraiment la sienne, ou seulement par
procuration. Il ne sera toutefois que relatif car il sera sollicité de part et
d’autre et se souviendra bien sûr de cette escapade d’adolescent qui lui aura
valu une « gloire » usurpée alors qu’il ne jouait qu’un rôle de rempart, ou
d’alibi. Toutefois, il était hors de question de vendre la mèche, même si les
craintes de son collègue n’étaient pas fondées, ce qu’il n’aurait d’ailleurs
sans doute pas apprécié. Il valait mieux se taire et laisser couler…
En réalité donc, il ne s’est pas désintéressé du sujet, il ne l’a nullement
oublié, il a au contraire suivi ses évolutions dans la presse, à chaque fois
qu’il le pouvait, parce que lui non plus n’avait pas la solution de cette
énigme. Cependant, pris par son travail, sa vie familiale, ses enfants, il n’en
a pas fait une obsession. Les choses se sont plus ou moins tassées : il a
constaté, comme tout le monde, que la photo résistait aux analyses, même celles
de la NASA (il semblerait sur ce point que seul Richard Haines ait été sollicité
et que la référence à la NASA ait été exagérée. Haines n’ayant travaillé auprès
de la NASA que jusqu’en 1986 et donc avant même le début de la vague belge, il
ne pouvait agir qu’en tant qu’ancien, ou retraité de la NASA, c’est différent !)
mais quelle importance puisqu’il s’agissait toujours, en réalité, d e la photo
de son collègue. Quoi de plus normal qu’elle n’ait pas pu aboutir à une
conclusion définitive sur son authenticité puisqu’il s’agissait de celle d’un
véritable OVNI ?
Vingt ans après, Patrick ne travaille plus dans cette usine de Petit-Rechain. Le
collègue non plus d’ailleurs et « le risque » a disparu de longue date, pour
autant qu’il ait jamais existé. Mais Patrick vient de s’apercevoir d’une chose,
better late than never : un copyright peut rapporter de l’argent, les droits
restent en vigueur pendant des années ! Or, la photo a été on ne peut plus
médiatisée ! Lui qui projette de se marier, ne cracherait pas sur un beau magot
pour se payer un voyage de noces, ou tout simplement arrondir ses fins de mois.
Quel que soit le but, c’est toujours bon à prendre…
C’est là que lui vient l’idée de revenir sur la question auprès de son ancien
camarade d’usine.
"Pendant des années je t’ai servi de paravent et d’alibi, tu m’as fait dire que
j’étais l’auteur de la photo. C’est chez moi qu’on est venu sonner. Ce sont mes
initiales qui apparaissent dans le VOB et mon nom complet qui figure dans leur
rapport d’enquêtes. C’est moi qui ai imaginé la supercherie qui t’ai sorti du
pétrin. Aujourd’hui, j’ai l’intention d’en remettre une couche puisque cela peut
faire un peu de fric. Allons jusqu’au bout de la plaisanterie, je vais endosser
le rôle jusqu’au bout et voir ce que je peux en tirer. Tu me dois bien ça, non
?"
Après tout, qu’est-ce qu’il risque d’essayer ? Certes, c’est un peu culotté pour
une photo qui n’est pas la sienne, mais après tout puisque même son collègue
confirmerait le contraire ! Et puisque les spécialistes n’y voient que du feu…
Soit. Mais le collègue en question pourrait lui aussi être intéressé par une
somme rondelette, non ?
Sans doute. Cependant, nous ignorons tout de ce personnage dont Patrick n’a
jamais voulu parler, dont il semble avoir oublié le nom. C’est qu’en vingt ans
beaucoup d’eau coule sous les ponts et la vie nous ravit les êtres qui nous sont
les plus chers. Et les absents ont toujours tort…
Quand bien même, aurait-il raisonnablement pu s’opposer au stratagème en
question ? Tout au plus aurait-il pu suggérer à son vieil ami de lui réserver
une part du gâteau si cela fonctionnait. Mais tout ceci n’est plus de notre
ressort. Le CERPI, dès qu’il s’agit d’argent, tique… Il n’y a pas photo !
Et dans toute cette histoire, rocambolesque à souhait, que
deviennent les fameuses particules en suspension que l'on pourrait comparer à de
la limaille de fer qui se comporterait un peu comme des flocons de neige pris
dans une tempête ? Voyons... La réalisation des faussaires se déroule en dehors
de l'usine, chez les parents de la fiancée de Patrick. C'est un jour de congé,
personne ne porte ses vêtements de travail. Tout le monde a fait sa toilette :
rien ne serait visible sur le cliché, si cliché il y avait eu. Mais la photo
émane du collègue magasinier qui l'a tirée à partir du parking de l'usine,
pendant les heures de prestation, en parfaite infraction avec le règlement de
travail. Il n'a aucune intention de communiquer des informations industrielles
confidentielles à qui que ce soit, ce n'est pas un espion, mais c'est un mordu
de photo qui connaît bien Guy Mossay. Ils sont même amis. De ce fait, il a
toujours son appareil à portée de la main et s'en sert partout, parfois même "en
douce", pour satisfaire sa passion. A longueurs de journées, le magasinier
fréquente les autres ouvriers qui travaillent aux machines, tout comme Patrick.
Des particules de limaille de fer il en a partout sur lui, jusque dans ses
cheveux, il a l'habitude. Mais il ne se doute pas que lorsqu'il prendra sa photo
de l'OVNI cela en laissera la trace...
Il faut dire, à sa décharge, qu'il ne s'attendait pas à ce que sa photo soit
analysée avec autant d'acharnement.
Voilà encore une énigme résolue par les experts amis-amis...
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