Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

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C'était donc devenu un devoir impératif, incontournable, non seulement si je voulais éviter de raconter des bobards dans mon livre, ce qui n'est pas le genre de la maison, ce qui ne m'aurait causé que des ennuis, donné une mauvaise réputation, etc. donc : aucun intérêt, mais c'était encore plus vrai si j'envisageais de réaliser une enquête sur le cold case retentissant d'Arc-Wattripont. Je me devais de faire mon travail de détective (et de véritable ancien détective privé).

J'ai donc demandé rendez-vous avec Jean-Marie Tesmoing, a priori la meilleure référence en la matière puisqu'il était expert en détection de fraudes aux phénomènes inexpliqués et "disciple" du grand Jacques Théodor (actuellement décédé), théoriquement le mieux que l'on puisse trouver dans l'optique de l'authenticité et de l'exactitude... et je me suis rendu en son domicile à Uccle, dans l'agglomération bruxelloise.
Il habitait un petit appartement au premier étage d'un logement social à la porte d'entrée plutôt capricieuse et dure, et je fus immédiatement subjugué par sa bibliothèque qui comportait certes moins de titres que la mienne mais dont les éléments étaient tous des bouquins haut de gamme sur des sujets très spécifiques, souvent des "briques" aux reliures rutilantes, de véritables trésors (dont certains concernaient la WW2 et donc déjà de quoi présenter un point commun), bref :"une petite bibliothèque d'Alexandrie. J'étais loin de penser que Jean-Marie était un mort en sursis avec lequel je ne pourrais plus communiquer indéfiniment et que j'hériterais de sa fabuleuse bibliothèque, ce qui se présenta comme un petit déménagement (avec deux grosses voitures capacitaires, remplies comme des oeufs jusque sur le siège du passager, il fallut plusieurs voyages entre Uccle et Soignies !

"Ainsi donc, vous avez enquêté avec Jacques Théodor sur l'affaire de la maison "hantée" d'Arc-Wattripont ? Je me suis renseigné, cela se trouve dans le tournaisis, dans l'entité de Frasnes-lez-Anvaing. En fait, ce n'est pas très très loin de chez moi et tout près de ce que l'on appelle "la région des collines" une région qui, en grande partie, est vouée au paranormal et au surnaturel dans son aspect artistique et folklorique via les oeuvres de Jacques Vandewattyne que j'ai connu lorsque j'étais radiolibriste. Pouvez-vous me dire comment vous avez été informé de l'affaire puisque apparemment les autorités avaient décrété un black out sur l'affaire ? En quoi consistaient les événements mystérieux ? Quelle a été la chronologie de l'histoire ? J'ai consulté le Net et je dois bien dire que ce dernier manque d'informations sur le sujet. Je n'ai trouvé qu'un seul site qui la mentionne...(http://www.maison-hantee.com/files/yveslignon/poltergeist_belgique.htm)"

C'est exact le Net est carentiel sur le sujet, mais cela s'explique notamment par le black out que j'ai évoqué. Par la suite, journalistes ou webmasters ont pu faire état de rumeurs, de petites fuites et sans doute d'échanges entre intéressés qui auraient été interceptés mais qui restent très lacunaires, voire fallacieux. En ce qui me concerne, j'ai été avisé par mes informateurs. (Il ne précisa pas ce point mais j'appris plus tard quelle était la technique utilisée, à la limite de la légalité sauf, peut-être dans le cas exceptionnel de dérogations propres à certaines fonctions). Jacques Théodor, qui est (était) le grand spécialiste en matière de démystifications de ce genre de choses m'a en effet accompagné mais pas tout de suite car il était occupé. Probablement se trouvait-il à ce moment à Monaco où il demeure dans un grand building et à un étage très élevé, ce qui ne l'empêche pas, malgré son âge, de faire l'ascension à pied, par les escaliers car il a été un grand sportif. Il est d'ailleurs détenteur d'un record de profondeur car il a pratiqué la spéléologie. C'est aussi l'instigateur et pourvoyeur de fonds du grand défi zététique qui récompenserait tout individu capable de présenter un phénomène paranormal qui résisterait au protocole réalisé en laboratoire et supervisé par des spécialistes avérés, tels que Majax ou encore Henri Broch par exemple. La récompense prévue atteint les 200.000 € (D'après Wikipédia, ladite récompense a été portée à 200.000 euros en 1999 mais il n'était "que" d'un million de francs à partir de 1992, alors qu'initialement il était de 500.000 francs en 1987, date de son lancement). - (Ah ! Voilà qui était très intéressant puisque cela ouvrait franchement la porte à toutes les tentatives de supercheries dictées par l'intérêt financier, on détenait là un éventuel mobile).

Ce devait être en janvier, je crois, que vers 22 heures les propriétaires de la maison ont appelé la gendarmerie et l'avis qui était relayé aux patrouilles en service disait :"On déplore un tintamarre infernal à la rue de Beauregard, troublant l'ordre public mais aussi les manifestations surnaturelles que l'on rencontre classiquement dans les affaires de maisons hantées. Il serait question d'objets se déplaçant tout seul, de coups dans les murs", etc. Il y a aussi eu des policiers sur place et tous ont été témoins oculaires des phénomènes en question, pendant près de 48 heures, sans toutefois pouvoir les expliquer, ni trouver une supercherie quelconque malgré une fouille complète de la maison, ni les arrêter. Entendez donc bien que ce qui provoquait les phénomènes se moquait bien de la présence des autorités, lesquelles n'en croyaient pas leurs yeux. Au début, ils étaient arrivés la fleur au fusil, persuadés d'assister à un gros canular mais non seulement les premiers arrivés sur place durent rapidement déchanter mais aussi appeler des renforts. Quant à la nature des phénomènes, eh bien disons qu'il y avait des projections d'objets, surtout pieux (des statuettes, par ex.), lesquels se brisaient en tombant au sol, la prise du téléphone fut violemment arrachée face aux policiers, qu'une lampe de chevet a dévalé les escaliers de l'étage alors qu'un gendarme a vérifié qu'il ne s'y trouvait personne, un pot au lait s'envola pour percuter le plafond mais au lieu de retomber conformément aux lois de la physique, il ne retomba pas de haut en bas, en ligne directe, mais se heurta d'abord au mur avant de descendre en "soignant son atterrissage", une table en chêne serait aussi entrée en lévitation et un livre aurait également été projeté vers un officier, le manquant de peu et venant d'une pièce inoccupée, il y a encore eu l'explosion d'un double vitrage à la cuisine, les volets qui semblaient "jouer des castagnettes" de manière impressionnante et puis, il y a eu l'affaire de cet exorcisme qui, pour moi, est complètement bidon mais qui a aussi fortement décrédibilisé l'histoire.

"Et vous avez pu assister à ces phénomènes ?"

"Non, parce que moi non plus je n'aurais pas pu me rendre immédiatement sur les lieux, j'attendais aussi Jacques Théodor et de toute façon l'accès à l'habitation était interdit par les forces de l'ordre. Ma carte de presse me permet beaucoup de choses mais pas d'intervenir au milieu d'une intervention policière. Puis, il y a eu l'exorcisme qui, je le répète, pour moi n'était qu'une vaste blague. Par contre j'ai pu m'entretenir avec tous les gendarmes et les policiers, et d'autres personnes encore, recueillir leurs témoignages et constater l'unanimité absolue de leurs rapports. J'ai également pu m'entretenir avec des gradés de deux corps de police et il faut savoir que les intervenants ont été vertement sermonnés par leur hiérarchie qui ne voulait pas accepter des rapports tels que ceux qui lui était relayés. Le colonel leur demanda s'ils avaient trop bu pendant leur prestation et leur ordonna de les corriger faute de quoi il les mettrait aux arrêts ! Et malgré la menace, chaque pandore maintint sa position : ce qu'ils avaient vu, ils l'avaient vu de leurs yeux vu et il n'en démordraient pas. Par ailleurs deux gendarmes, je crois, ont été blessés au cours de leurs investigations, à cause des objets qui étaient projetés et les forces de l'ordre ont fini par exiger de pouvoir intervenir casqués.

"Malgré cela, qu'est-ce qui aurait aussi pu vous convaincre de l'authenticité des faits ?"

"Mais, vous savez, quand vous constatez la rigueur de l'unanimité de la totalité des investigateurs, l'absence de toute forme de démystification malgré une fouille intense et complète de toute la maison, il est difficile de croire à une imposture. Ou alors aurait-il fallu qu'il s'agisse d'une grande machination, une complicité de tous les agents et sans le moindre couac et l'on ne voit pas ce qu'ils auraient pu y gagner. Au contraire, on a vu qu'ils risquaient plutôt des ennuis avec leurs supérieurs... En outre, quand vous interrogez ces gens, vous constatez aussi leur état émotionnel et ceux-ci peuvent difficilement être feints".

"OK. Moi j'ai envie d'ajouter que, vu la guerre des polices actuellement en vigueur, l'unanimité et la concordance des rapports s'avère concluante. En même temps, quand un enquêteur trouve des rapports strictement semblables, cela paraît aussi suspect, non ?"

"Bien vu, on reconnaît bien là le détective ! Mais nous avons comparé les différents narratifs et pu écarter l'hypothèse du copier-coller. Ce sont les mêmes faits qui ont été relatés, mais avec d'autres mots, d'autres expressions, des manières très personnelles de s'exprimer, qui ne changent finalement rien à l'affaire et ne fait que confirmer le caractère mystérieux des événements."

"Donc, si je comprends bien, vous êtes persuadé de l'authenticité de ce cas ?"

"Le cas rencontré dans l'affaire d'Arc-Wattripont était vraiment unique, l'exemple tout à fait objectif de faits vraiment graves et le cas le plus spectaculaire - parmi des milliers d'expertises - s'approchant d'une réalité objective rarement mise en évidence. Malgré des investigations très rigoureuses, réalisées par les gendarmes, revenus en force pour la circonstance, que par la totalité des spécialistes présents et les prestidigitateurs de renom, il n'a jamais été possible de trouver la moindre possibilité de supercherie, tout était réel et hallucinant !" (extrait de mon livre : "Les phénomènes inexpliqués en Belgique", Edts Jourdan, collection Obscuria, p.185-186)"

"Bon ! Vous parlez de "la totalité des spécialistes présents". J'imagine donc qu'ils étaient assez nombreux; Pouvez-vous me dire de qui il s'agissait ?"

Pour ma part, j'étais souvent accompagné de Vladimir Verovacki dont les connaissances sur le sujet étaient précieuses; comme je vous l'ai déjà dit, je travaillais aussi le plus souvent en tant qu'équipier ou de "disciple" de Jacques Théodor, un immunologue, universitaire de renom qui, avec Majax et Henri Broch était l'instigateur et le pourvoyeur de fonds du grand Prix international défi zététique; le professeur Dierkens, doyen de l'Université de Mons, psychanalyste versé en matière de phénomènes inexpliqués s'est aussi rendu sur place en compagnie de son épouse, psychologue clinicienne. Je ne sais plus pour quelle raison l'architecte M. Glorieux a été impliqué, mais ce qui est sûr c'est que M. Plume, radiesthésiste avait été dépêché par la police elle-même. Il y a aussi eu deux prestidigitateurs et notamment le très renommé Klingsor, je ne me souviens hélas plus du nom du deuxième mais je pourrais probablement vous le retrouver, le doyen de la paroisse parce qu'il a été témoin d'un phénomène et est devenu lui-même exorciste par la suite. je me refuse à considérer Monseigneur Meurant comme un spécialiste, surtout sur le plan scientifique, même si c'est lui qui a procédé à l'exorcisme. Je rappellerai aussi que l'affaire a été traitée par une quinzaine de gendarmes et de policiers, lesquels ne sont évidemment pas assimilables à des spécialistes de la parapsychologie mais tout de même des habitués des enquêtes. Mais je crois utile de préciser que dans cette masse d'intervenants on trouvait des gradés et non seulement des "ploucs", il y avait au moins un maréchal des logis, un adjudant, un commandant et, pour la police, un inspecteur et un commissaire. je vais en profiter pour raconter l'anecdote suivante : un ancien para commando, dur à cuire, fanfaronnait tant et plus avant d'entrer dans la maison, traitant ses collègues de mauviettes. Mais quand il en ressortit, il était pâle comme un mort et ne tenait plus du tout le même langage ! Bien sûr, par la suite, d'autres associations s'intéressèrent aussi à l'affaire mais sans obtenir plus de résultats. Certaines recherches auraient permis de déterminer la présence d'une source sous le bâtiment. Je sais fort bien que ce genre de choses est souvent mis en cause pour expliquer les phénomènes de poltergeist mais si cela s'avère valable en ce qui concerne "les coups frappés" ou certains bruits, en revanche cela ne peut en aucun cas expliquer les déplacements d'objets, surtout en sachant que parmi ces objets il faut inclure des meubles lourds."

"Et quelle a été la participation et l'appréciation de Jacques Théodor ?"

"Ah ! c'est là que les opinions divergent. C'est même à partir de là que nous sommes désormais en froid, ou du moins en désaccord. En effet, Jacques Théodor aurait passé toute une nuit dans la maison "hantée", avec toutes sortes de matériel de détection, des caméras à infrarouges, des capteurs de champs électromagnétiques, etc. mais "comme par hasard", pour reprendre l'expression, rien ne se produisit. Il considéra les témoignages des officiels comme quantités négligeables vu le caractère faillible du témoignage humain, bien sûr il rit bien de l'exorcisme et c'est le seul point sur lequel je suis d'accord. Pour le reste il déclara que "de toute façon, il y avait un truc que sa déontologie lui interdisait de communiquer" !

"C'est ce que l'on appelle un argument d'autorité dont, curieusement dans le cas présent, les zététiciens se font les chasseurs. Pour le reste il est évident qu'il faisait diversion avec une formulation qui ne faisait nullement avancer le schmilblick."

"
Personnellement, mon avis est que Jacques Théodor, vu les démarches auxquelles nous nous sommes livrés et notamment notre entretien avec le colonel de gendarmerie du commissariat de Ath, a fait preuve d'une mauvaise foi criante. Son raisonnement et sa conclusion étaient bien trop simplistes. Pour moi, cette affaire mérite meilleure analyse. Allez-vous vous y atteler ?"

"je n'en sais encore rien ! J'hésite car il s'agit d'un cold case vieux de 17 ans, or le professeur Edmond Locard, de la police scientifique de Lyon, disait volontiers que "le temps qui passe, c'est la vérité qui s'enfuit". Je suis tenté de procéder à la réouverture du dossier, pour autant que l'on puisse s'exprimer ainsi et de répondre favorablement à l'ensemble des personnes qui mettent le CERPI au défi de résoudre l'énigme. Mais dans l'immédiat, avant de prendre une décision, il me faut impérativement en savoir plus de manière à ne pas tromper mes lecteurs. Nous avons encore pas mal de points à discuter...

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