Si nous avions bel et bien réussi à démentir
les accusations que nous avions subies dans l'émission télévisée de la chaîne
belge, si nous avions pu - a priori du moins - exclure une certaine continuité
des phénomènes en 2011, en revanche l'affaire d'Arc-Wattripont demeurait
totalement inexpliquée. Mais nous devions aussi bien nous mettre en tête que
rien ne pourrait jamais être résolu tant que la possibilité d'une intervention
surnaturelle n'aurait pas été écartée. Or, il se fait qu'il y avait eu
exorcismes ! Nous pouvons nous permettre de le mettre au pluriel car il y en eut
effectivement plusieurs et même plus que ce que n'importe quel enquêteur aurait
pu supposer si le CERPI n'avait pas eu le courage et la volonté d'investiguer en
profondeur, sur tous les plans, y compris et surtout celui-là car écarter le
surnaturel nous aurait alors permis de passer à l'hypothèse paranormale,
étudiable scientifiquement. Encore que, d'une manière ou d'une autre, cela
s'avérait une autre paire de manches.
Et il faut bien avouer que pour arriver à nos fins, il nous fallut un bon lot de
chance, l'assistance de plusieurs éminences en plus de celle des gendarmes et
des policiers et aussi un concours de circonstances qui commença très mal.
Vraiment très mal !
C'était à croire que, une fois de plus, les forces de l'ombre ou des ténèbres se
déchaînaient pour contrarier nos intentions.
Tout
d'abord, j'appris que l'un de nos témoins principaux, à savoir Jean-Marie
Tesmoing (un nom prédestiné) venait d'être victime d'un accident. Un peu comme
cela m'était arrivé lors de l'une de mes visites domiciliaires où j'étais rentré
chez moi le nez et le front en sang, Jean-Marie avait reçu un "coup de porte".
Un accident stupide mais aux conséquences très lourdes. Déjà au stade terminal
du cancer du pancréas (qui ne pardonne pas !), le "coup de porte" avait fait
chuter l'expert en détection de fraude aux phénomènes paranormaux. il s'en était
suivi une fracture du col du fémur et il fut hospitalisé, dans un état
évidemment grave sans toutefois que son pronostic vital soit immédiatement
engagé. Hélas, la situation se compliqua rapidement car Jean-Marie était
inopérable, placé en traction constante, complètement dépendant du personnel
médical. Mais, de plus, vivant seul avec des moyens limités, son avenir
s'annonçait particulièrement sombre et extrêmement difficile...
Ce n'était pas la joie, c'est le moins que l'on puisse dire !
Jean-Marie et moi étions devenus très proches
(malgré la distance) et nous échangions quotidiennement d'interminables
communications téléphoniques. Mais ce jour-là, je restai coi face aux propos de
mon interlocuteur :
"Michel, il faut que je te tienne au courant : j'ai demandé l'euthanasie !
Je vous laisse imaginer ma tête !
Jean-Marie vint donc à décéder, à notre
désarroi général - une immense tristesse - mais les conditions dans lesquelles
cela se déroula furent tout simplement abominables et indignes d'un
établissement hospitalier. On lui fit subir un calvaire inimaginable !
Outre le grand vide créé par la disparition de
notre ami, il y eut tout de même un point positif. Grâce à l'intervention de
l'un des nôtres, non seulement je pus "hériter" de la bibliothèque fameuse du
personnage : un vrai trésor pour tout bibliophile. Ce fut également un trésor en
ce qui concerne l'affaire sur laquelle nous enquêtions mais la manière dont nous
pûmes y avoir accès mérite d'être relatée.
Tout
avait été chargé dans deux gros véhicules et l'on avait déjà fait deux trajets
aller et retour, non sans avoir épluché le plus gros de ce qui pouvait nous
servir ou était susceptible de l'être. Malheureusement il nous manquait un
élément-clé au moins.
Nous allions nous éclipser en nous disant que nous avions vraiment fait tout
notre possible car nous avions donné de nos personnes, M. Jean-Paul Godu
(Président d'Honneur du CERPI pour la Belgique) et moi, avec cependant le goût
amer d'être probablement passés à côté de la montre en or (sous forme de
document(s), bien sûr).
Puis, tout à coup, alors que nous avions la main sur la porte, j'eus une espèce
de "remords de conscience", un espoir désespéré et plus que probablement voué à
l'échec mais... sait-on jamais ? Nous avions en effet négligé la cave.
Première constatation qui semblait confirmer nos craintes : celle-ci était vide
et petite. Plus exactement il n'y avait qu'une roue (ou un pneu, je ne sais
plus) de voiture. Rien d'intéressant, donc. Mais, machinalement, je regardai ce
qui pouvait éventuellement se trouver derrière le pneu et je n'y trouvai que
quelques magazines très ordinaires. Je les pris en mains, il y en avait tout un
paquet et, entre deux magazines, ce que je découvris me hérissa les poils !
Il y avait là, en deux brochures, le rapport complet du Patriarcat gallican,
retraçant de A à Z, tout ce qui avait concerné les exorcismes, avec le pourquoi
du comment, toute la chronologie à la minute près ! Bingo ! A la toute dernière
minute !
Cette découverte allait, faut-il le dire, nous être extrêmement précieuse pour
la suite de notre enquête...
Je le parcourus rapidement, "en diagonale" en
ne cessant de m'écrier :"C'est incroyable ! Fantastique ! Super ! Magnifique !
Je me perdais en superlatifs joyeux : nous venions de faire un pas de géant dans
notre enquête. C'était probablement l'un de ses tournants majeurs, même si cela
n'allait pas être le seul non plus.
Nous avons donc ensuite parcouru la
cinquantaine de kilomètres qui nous séparaient du siège social du CERPI et pour
ma part je n'arrivais pas à cacher mon impatience de prendre connaissance
complète de ces documents d'une importance capitale !
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