3) Généralités
Le présent dossier
est actuellement en construction. Les textes actuellement en ligne sont
susceptibles de corrections, de suppressions et d'ajouts. En effet, le
sujet de l'enquête en maison hantée est particulièrement consistant et
très difficile à traiter avec exhaustivité dans une optique
perfectionniste. De nombreux points se ramifient facilement et, lors de
la rédaction, il est très facile d'omettre certaines facettes pourtant
importantes. Des points pouvant nous revenir en mémoire en cours de
réalisation du dossier, nous prions nos lecteurs de considérer celui-ci
comme inachevé et à parfaire. Les enquêteurs en herbe peuvent toutefois
en prendre connaissance, ne serait-ce que pour se départir de bon nombre
d'idées reçues et d'erreurs. Lorsque nous considérerons le présent
dossier comme abouti, nous en ferons mention.
Enquêter pour le CERPI sur une
"affaire de maison hantée" est probablement, avec les cas de possessions
démoniaques, l'activité rêvée des investigateurs en herbe. Beaucoup
attendent avec impatience le moment où ils pourront jouir de la griserie
de "se produire" dans l'obscurité qui débride les imaginations, l'aura
de mystère d'une maison qui leur susurre à l'oreille l'équivalent du
"basé sur des faits réels" des films du petit et du grand écran, la
perspective de rencontres du troisième type avec des entités de
l'au-delà, etc.
Notre premier devoir, nous
semble-t-il, consiste à les remettre sur leurs rails quant à la
véritable nature de nos enquêtes avant de prodiguer ce qui sera surtout
un ensemble de conseils sur cette technique et d'envisager la question
des éventuelles stratégies. C'est que beaucoup s'imaginent un tas de
choses et vont au devant de bien des déceptions. Dans leur esprit,
nantis de tout un appareillage sophistiqué qui les transforme
momentanément en "professeur Untel", le nec plus ultra consistera à
subir l'attaque d'un monstre quelconque (et à s'en sortir indemne, bien
entendu), à donner de savantes explications - éventuellement (de
préférence)
" scientifiques" quant à la nature des " mystères" rencontrés
(soit de nature
hyper-sceptique, pour pouffer de suffisance face aux
indécrottables naïfs, soit au contraire
ultra-croyante, pour démontrer avec panache que tout cela n'est
pas que balivernes) et, évidemment, ne l'oublions surtout pas : à mettre
tout cela sur Youtube ou Dailymotion !
Naturellement, cela va impliquer une
certaine mise en scène, un look particulier de "ghosbuster"
(chasseur de fantômes), des talents de comédien même s'il n'y a pas à
faire semblant (n'oublions pas que pour faire "bien" à la vidéo il faut
" paraître" !) Bref, il s'agit de tout un programme et d'aucuns
se montrent parfois même tellement impatients qu'ils ne jugent pas
indispensable de préparer quoi que ce soit et se lancent tout de suite
dans des enquêtes "sauvages" ! Aïe ! aïe ! aïe ! (ou kaï kaï, si
vous parlez chien).
Nous avons eu besoin, dans le
paragraphe précédent, de pas mal de guillemets et de quelques italiques,
sans compter une bonne dose d'ironie pour décrire les attentes générales
des jeunots en mal de sensations fortes et, autant le dire tout de suite
:
s'ils s'imaginent que leurs enquêtes se
dérouleront comme ça, on est loin du compte !
Nous allons tout de suite casser le
mythe : la réalité rencontrée par les enquêteurs du CERPI est souvent
bien moins glorieuse, même si elle est parfois aussi valorisante (c'est
beaucoup plus rare !), les investigations sont loin de toutes se
présenter comme autant d'aventures palpitantes, nous n'avons pas
toujours les explications à tout (parfois aussi il n'y a strictement
rien à expliquer parce qu'il n'y a rien de mystérieux à se mettre sous
la dent !) On passe souvent pas mal de temps à attendre, pour rien. Un
scénario classique se produit lorsque l'on se rend sur des lieux
supposés très hantés, décrits par les propriétaires comme "d'attraction
permanente", c'est du 24h/24, etc. On nous a déjà fait le coup : nous
allons arriver précisément le seul jour de l'année où rien ne se passe !
Attention toutefois aux conclusions hâtives : ce n'est pas parce
qu'il y aurait absence de phénomènes qu'il faudrait
automatiquement mettre un terme à l'enquête. Certes, c'est
frustrant, c'est râlant, en même temps c'est un peu prévisible (cela
aurait été trop beau !) mais cela ne signifie pas ipso facto qu'il ne
s'y passe jamais rien. En tous cas, personnellement, j'exigerais que
pour toute enquête existe un rapport aussi détaillé que possible (et
daté !) avec toutes les coordonnées ainsi que références des enquêteurs,
de telle manière à ce que, le cas échéant, on puisse ultérieurement y
revenir et rouvrir le dossier. Ceci est tout particulièrement important,
même si l'enquête n'a (provisoirement) abouti à rien. Il arrive en
effet parfois que, même des décennies plus tard, on doive remettre le
couvert ! Cela nous est déjà arrivé !
Paradoxalement, beaucoup d'enquêtes se
déroulent dans ces conditions et, non moins curieusement, aboutissent à
des révélations surprenantes.
Néanmoins, pour les enquêteurs en
herbe, l'absence de côté spectaculaire constitue un frein important, une
démotivation, voire pis encore : ils peuvent s'imaginer que leurs aînés
fabulent, perdent leur temps sur des chimères, s'égarent, etc. En tous
cas, cela en désarçonne plus d'un...
Nous allons commencer par
un brin d'histoire du CERPI avant de décortiquer le paragraphe
incriminé, de formuler de premiers conseils et puis nous en viendrons à
des choses plus pratiques. Vous êtes prêts ? Suivez-nous !
PETITE HISTOIRE DU
CERPI, EN PRÉAMBULE
Si vous avez lu
l'historique du CERPI
(et sinon il est temps de le faire...), vous savez que le CERPI doit son
existence à une bande d'étudiants. Cela n'a rien de glorieux (ni de
déshonorant), c'est comme ça. On se situait, en considérant la moyenne
d'âge, entre la fin de la rhétorique et les premières années
d'université. Soyez sans crainte, notre humilité implique que nous ayons
parfaitement mesuré notre incompétence d'alors, de sorte que le fait de
suggérer d'être titulaire d'au moins un diplôme de fin d'études
secondaires ne semble pas exagéré. Nous sommes également conscients de
ce que certains éléments réellement doués pourraient tout à fait être
valables (je me suis laissé dire que les Beatles n'avaient jamais appris
le solfège, ce n'est qu'une image mais elle est parlante !).
Cela dit, la situation a rapidement
changé avec l'arrivée de nouvelles recrues. Celles-ci se composaient
notamment de camarades de classe qui suivaient le mouvement par simple
sympathie ou par réel intérêt, mais aussi de représentants de la vie
professionnelle, plus âgés et plus expérimentés. Le temps passant, celui
qui allait devenir notre Président devint détective privé et réalisa
d'ailleurs plusieurs enquêtes retentissantes avant de changer de
profession pour de multiples raisons. Cela eut notamment pour
conséquence que de nouveaux éléments, issus de ce monde particulier,
rejoignirent eux aussi nos rangs. Voilà qui explique pourquoi l'équipe
d'alors se montrait particulièrement performante, avec aussi une
certaine "déformation professionnelle" qui procédait d'un relatif
"mélange de genres". Par exemple, certains termes de jargon n'ayant en
principe rien perdu dans le domaine de la parapsychologie firent leur
apparition dans la terminologie d'usage.
Avec le temps, toutefois, certains
empruntèrent des chemins différents, des contacts disparurent, des
ouvertures aussi, si bien que les capacités théoriques d'enquêtes
étaient sauvegardées mais pas les prérogatives judiciaires. Fort
heureusement, cela n'avait aucun impact sur les enquêtes du groupement
puisque celles-ci étaient bénévoles et que leur but ne résidait pas dans
la découverte du "coupable". En quelque sorte, on pourrait dire que la
trame était restée mais que "l'officialité" avait disparu, sans
préjudice de la légitimité. C'est ainsi qu'il existe aussi, au CERPI, un
certain esprit de "championnite" de la part des plus anciens, parfois
difficile à vivre pour les nouveaux venus (déjà que leur parcours pour
arriver là n'aura pas été si facile...) Mais il faut dire aussi que ces
mêmes anciens sont porteurs d'une lourde responsabilité : celle
d'assurer une relève alors que celle-ci semble assez clairsemée (c'est
un euphémisme !), non seulement sur le plan pratique mais aussi en
gardant à l'esprit la sauvegarde de disciplines très controversées
subissant le feu incessant de l'adversité. Sur ce point, on aura compris
qu'il s'agit moins de la "concurrence" entre associations de même type
(qui existe indubitablement alors que l'esprit devrait être à la
collaboration, au rassemblement et à la mise en commun complémentaire de
compétences dans un but de polyvalence, de prosélytisme et de
valorisation du domaine) que des attaques réitérées et omniprésentes de
sceptiques, zététiciens, scientifiques bornés, médias, etc. Cette
adversité là est autrement plus puissante, subversive, voire sournoise.
Hélas, beaucoup d'associations (dont la nôtre) se voient presque
obligées de perdre beaucoup de temps à tenter de déjouer leurs desseins,
sans quoi - pour ne citer que cela - les enquêteurs viendraient à
manquer de témoignages, de requérants et donc de leur substrat le plus
précieux !
Certains points restent à dégager de
cet historique incomplet. A savoir que, très vite, nos membres ont
exprimé le désir de passer de la théorie à la pratique ce qui, pour
certains, signifiait la visite de maisons ou de châteaux hantés (ou
réputés tels). Il faut dire qu'aux tous débuts de ce qui était encore le
GESO à l'époque, nos réunions étaient - il faut bien le dire - assez
minables. Imaginez un petit deux pièces situé dans l'une des 19 communes
bruxelloises (Forest), voilà qui - pour l'espace en tous cas - ne
permettait pas grand chose. Les sujets de ces réunions gravitaient le
plus souvent autour de discussions à bâtons rompus quant au dernier
Stephen King, l'un ou l'autre film d'épouvante, les grands standards de
l'étrange, le tout arrosé de quelques bières et le débat était lancé,
ponctué de très nombreux jeux de mots et calembours plus ou moins
réussis mais qui ne faisaient qu'entraîner l'ambiance et la bonne humeur
sans toutefois faire avancer le schmilblick. En dehors de cela, nous
éditions une petite revue, avec les moyens du bord (Énigmes). Elle
n'était pas mal considérant les possibilités financières et de l'époque.
Mais tout cela faisait bien peu de choses. Nous étions aussi en 1979, ne
l'oublions pas !
Ce n'est pas l'affaire d'Amityville
qui allait bouleverser la situation. Certes, nous avions déjà viré de
bord en mettant le nez à la fenêtre des enquêtes élaborées, nous en
étions aux débuts de l'enquête dirigée, réfléchie. Mais bien des
kilomètres nous séparaient de la question, sans compter l'obstacle de la
langue. Malgré cela, nous avions obtenu certains résultats en
dégrossissant assez convenablement la question. Mais c'était encore très
insuffisant. Ce volet de la question se termine par l'arrivée d'un
membre qui, par un coup de chance hors du commun, allait précisément
passer ses vacances aux States. On connaît la suite, il a pu se rendre
sur place et constater de visu que tout tournait autour d'un piège à
touristes, une opération commerciale reposant initialement sur un faits
divers sanglant autour duquel on avait beaucoup brodé. Certes aussi,
cela nous avait permis d'exprimer en public ce que personne n'aurait osé
imaginer dans ces années là, à savoir que l'on aurait pu mener les
spectateurs et les lecteurs en bateau, simplement pour récolter un beau
magot. Nous avons eu notre "minute de gloire" et sommes vite retournés à
l'anonymat. (Car l'étude du paranormal, c'est aussi un peu cela : une
association de recherches doit développer des trésors de bonne volonté
et d'efforts pour rencontrer - quand tout va bien - un succès éphémère
mais le moindre faux pas risque de la mettre à l'échafaud pour de
longues années, en admettant qu'elle s'en remette !
Est venue ensuite l'enquête concernant
le château de Rhode Saint-Pierre (ou château de Horst) qui a été plus
déterminante quant à la direction qu'allaient prendre nos enquêtes tout
en démontrant nos limites et en nous permettant aussi de vivre quelques
petites aventures (Par exemple, je me suis retrouvé face au revolver
d'un gardien qui n'avait pas été avisé de notre visite par le
propriétaire auquel nous avions pourtant bien demandé l'autorisation de
venir enquêter nuitamment, etc.). Par cette enquête, nous nous
distinguions déjà des amateurs illuminés (ou hallucinés) parce que nous
avions eu la correction et la présence d'esprit de nous adresser au
propriétaire afin de lui demander l'autorisation de visiter les lieux et
d'y enquêter à l'heure de minuit, etc. Nous avions constitué une équipe
et prévu du matériel (les ordinateurs faisaient défaut mais on nous
avait promis jusqu'aux caméras infrarouges... que nous n'avons jamais
reçues). Nous avions envisagé la meilleure opportunité (l'heure de
minuit en laissant une marge de sécurité, la nuit de Walpurgis et,
accessoirement, un château qui traînait derrière lui une solide
réputation de hantise, écrite noire sur blanc et même en couleurs dans
une bande dessinée. (Ici, le sérieux s'en trouve pris à contre-pied,
mais il s'agissait des Histoires Vraies de l'Oncle Paul, elles-mêmes
basées sur une documentation correcte. Tout cela a d'ailleurs pu se
vérifier.) Trouver ledit propriétaire du château a simplement relevé
d'un coup de chance (c'était une connaissance indirecte d'un collègue de
travail) mais aurait pu imposer une pré-enquête. Nous avons aussi obtenu
de ce dernier une documentation de choix, laquelle comprenait d'ailleurs
les bannières des différents seigneurs des lieux, leurs noms avec les
dates, un descriptif explicatif du château avec des images et des
photos, l'histoire du bâtiment, etc. (Eh ! Puisqu'on vous dit que nous
ne disposions pas d'ordinateurs ! Et qu'en aurions-nous fait sans
Internet ?) et, nous l'avons dit, son autorisation. Nous avions surtout
recueilli un premier témoignage, le sien, qui disait qu'il n'avait
jamais vu aucun fantôme dans son château et que ce qui s'en disait ne
reposait sur aucun fondement mais sur une simple légende... Par la
suite, nous avons attaqué la question par cercles concentriques de plus
en plus rapprochés, de petites missions de reconnaissance qui nous
avaient d'ailleurs permis de remarquer des manifestations assez bizarres
de personnes se trouvant aux fenêtres alors que le château était
prétendument inhabité. Nous avons poursuivi par une exploration des
alentours et par un petit tour au village afin de recueillir l'avis des
habitants (partagé). Puis, l'enquête/visite proprement dite a commencé.
Nous avons fait certaines découvertes un peu étranges et surtout fait
connaissance avec les possibilités de la nuit en matière d'illusions,
d'auto-persuasion, d'effets des phénomènes naturels et des animaux
nocturnes, d'ambiance, de perversion des sens, etc. Puis (mais nous vous
invitons à lire l'histoire dans nos pages...) est arrivée la scène
finale qui nous a permis de conclure en toute objectivité, (avec en
background une vague possibilité qui laissait une porte ouverte au
surnaturel), que les lieux n'étaient pas hantés du tout. Nous disposions
pour en arriver à cette conclusion, d'arguments très convaincants.
Malgré cela, nous avons poursuivi l'étude car il convient de toujours se
demander "pourquoi". Il nous faut aussi connaître le pourquoi du parce
que, le pourquoi du comment, etc. et notamment, pourquoi cette légende ?
L'histoire parlait d'elle-même mais pourquoi avait-elle persisté ? Et il
y avait bien une autre raison. Et celle-ci méritait d'être découverte,
prouvant par là qu'il faut à tout prix éviter les conclusions hâtives et
aller jusqu'au bout des choses. Le premier résultat que nous avions
obtenu n'était pas trop mal mais il était sans commune mesure avec le
second, qui s'articulait sur une affaire bien plus étoffée. Si nous nous
étions limités à la première partie, nous nous serions comportés comme
des débutants. Or, nous étions bel et bien encore des débutants
nous-mêmes. Mais, Dieu merci, d'un niveau supérieur.
" Jouir de la griserie de "se
produire" dans l'obscurité qui débride les imaginations Mettez-vous en
tête que, dans les premiers temps tout du moins, les choses ne se
passeront que rarement dans l'obscurité mais bien face à des requérants
dont il faudra recueillir correctement le témoignage (procéder à
l'anamnèse). Il y a peu d'esprit d'aventure ou tout autant que sur le
plateau d'un film alors que tout est régi par un scénario, un texte,
découpé, surveillé, accompagné, sinon doublé (vous n'aurez toutefois pas
de cascadeurs pour vous seconder vu qu'il serait bien surprenant que
vous ayez à faire de la cascade !) Le moment sera bien plus à
l'objectivité, à la chasse aux apriorismes et, précisément,aux
imaginations trop débridées. Les enquêteurs du CERPI ne sont pas là pour
imaginer (ou s'imaginer) des phénomènes illusoires mais bien pour en
apprécier l'authenticité, en trouver (ou passer en revue) les
explications rationnelles, ou au contraire à mettre en évidence - de la
meilleure façon possible - le caractère (sans doute provisoirement)
paranormal. Ici, une première parenthèse s'impose quant à un point
souvent mal compris :
LE CERPI EST UN ORGANISME SCEPTIQUE
MAIS... (DIGRESSION)
L'enquêteur qui se montrera
parfaitement à l'aise avec la présente définition aura marqué un point
important. Contrairement à ce que de nombreuses personnes s'imaginent,
le CERPI est bien un organisme sceptique à la base (N'oublions pas que
tant notre Président que chacun des membres du CERPI originel
prétendaient au début que toutes ces histoires de fantômes n'étaient que
des histoires "de bonnes femmes", des balivernes pour naïfs, des
illusions, etc.) Aujourd'hui encore, nous ne sommes pas du tout enclins
à croire tout ce que l'on raconte. Il s'agit d'ailleurs très peu (voire
pas du tout) de croire ou de ne pas croire, mais bien d'étudier ! Nous
sommes persuadés que la plupart des témoignages, même sincères, relatent
des faits qui découlent de mauvaises interprétations, de supercheries,
de confusions, d'illusions, etc. Mais nous pensons que la meilleure
approche consiste à garder une légère ouverture d'esprit, afin de
permettre aux phénomènes éventuellement réels de se produire et donc
d'être étudiés. Le fait que le paranormal puisse n'être que du
provisoirement inexpliqué ne nous dérange absolument pas : notre désir
premier est de connaître la vérité, quelle que soit cette dernière, dans
un sens ou dans l'autre et non de la trafiquer ! Qu'un phénomène
considéré hier comme paranormal passe du côté "scientifiquement
expliqué" n'apparaît pas à nos yeux comme une "défaite", mais bien comme
une suite logique propre à l'évolution humaine. Mais il est également de
notre devoir de souligner et de mettre en évidence - le cas échéant -
les phénomènes qui se présenteraient comme autant de défis à la science,
plutôt que de les laisser choir parmi les explications fallacieuses, les
occultations malsaines, les conclusions hâtives, etc. Trouver, ensuite,
les principes qui régiraient ces phénomènes constitue une autre étape,
souvent inaccessible, bien plus complexe, mais qui serait probablement
totalement impossible si des enquêtes préalables très rigoureuses
n'avaient pas été menées.
FAIRE PREUVE DE PATIENCE !
Or donc, il arrive fréquemment que nos
enquêteurs soient appelés pour des sornettes. On s'en doute : le domaine
est peuplé de charlatans, mais aussi d'illuminés, bien plus que de
fantômes ! Nos enquêteurs en herbe (mais aussi les plus chevronnés)
doivent souvent faire preuve de beaucoup de patience avant que se
présente un cas intéressant. Les déceptions et les attentes
interminables, les longues discussions totalement vaines, les
circonvolutions, les propos ahurissants, les pertes de temps sont
monnaie courante. Heureusement qu'il y a le reste (et même des périodes
de subite affluence !). En attendant, cela permet de se faire la main.
Mais beaucoup d'enquêteurs auront déjà jeté l'éponge, déçus par un
domaine apparemment incroyablement plat.
Les enquêteurs en question doivent
faire preuve de beaucoup de patience parce que des illuminés leur feront
perdre énormément de temps, mais cela ne sera pas la seule raison et ce
sera aussi le cas lorsque les phénomènes seront réels. Dans l'enquête de
l'affaire d'Arc-Wattripont, avant d'arriver jusqu'aux propriétaires il
nous a fallu des semaines ! Au début cela découlait simplement du fait
que rien ne nous imposait de réaliser cette enquête précise, qui - de
plus - était un cold case - avant toutes les autres, nous ne disposions
aussi initialement que de peu d'éléments racontés par un individu que
nous connaissions peu. Ensuite, deux choses ont modifié la donne : la
position du CERPI le plaçait pratiquement dans l'obligation de relever
le défi, c'était - par excellence - l'organisme bien en vue qui venait
de se hisser au sommet, donc l'affaire était presque aussi inévitable
qu'une finale de coupe. D'autre part, le livre "Les Phénomènes
Inexpliqués en Belgique" présentait l'affaire, nous avions été
sévèrement bousculés par une équipe télévisée et donc, dans un premier
temps il fallait documenter l'affaire aussi abondamment que possible et
dans un deuxième temps il fallait impérativement la mener à bien.
Nous avions subi un sérieux revers au
match aller, il nous fallait remporter le match retour et celui de
partage. Il nous fallait nous relever du revers que nous avions essuyé !
Cependant, même ce début était problématique. Il nous fallait repartir
de zéro, apprendre le nom de famille opportun, l'adresse exacte, obtenir
des coordonnées et enfin pouvoir parler aux propriétaires dans le cadre
d'une entrevue et non entre deux portes. Pour arriver aux premiers
éléments, il nous a fallu plusieurs coups de téléphone, plusieurs
entrevues et la réalisation complète d'une enquête annexe ! Ensuite,
nous avons dû convaincre une tierce personne de nous trouver un
passe-droit, réussir un bluff monstrueux et culotté au possible, battre
le fer tant qu'il était chaud, en remettre une couche chez le
passe-droit intermédiaire, auprès duquel il a également fallu jouer au
plus fin, tout cela pour seulement arriver - enfin ! - sur le pas de la
porte de la maison tant convoitée et nous y faire recevoir ! Après tout
cela, notre anamnèse pouvait seulement (enfin !) commencer. Cela donne
une idée !
Pourquoi tous ces détours et
atermoiements ? Parce que les propriétaires étaient des personnes âgées
qui avaient été saturées de médiatisation et tenaient à leur
tranquillité, parce que si nous avions foncé tête baissée en leur
téléphonant simplement pour leur demander un rendez-vous nous nous
serions exposés à un "tout pour le tout", un 50/50 : ça passe ou ça
casse ! Oui mais nous ne pouvions pas nous permettre de risquer que ça
casse ! Il nous fallait à tout prix réussir car tout échec dans ce sens
aurait été irréversible, définitif. Par la suite, il faut encore prendre
conscience du caractère décourageant que les choses peuvent prendre :
vous vous apercevez par exemple que vos hôtes parlent un français connu
apparemment d'eux seuls, en fait un infâme dialecte picard moucheté de
flamand, prononcé à la wallonne, à l'ancienne, en roulant les "r", dont
vous peinez à comprendre deux mots à la suite bien que vous soyez de la
région (par extension), vous bénissez le ciel d'avoir eu l'idée
d'enregistrer la séance en audio et imaginez déjà devoir la réécouter
cent vingt fois au moins avant d'en comprendre la première phrase.
Soyez patients, futurs enquêteurs : il
vous faudra revenir interroger ces gens et encore leur parler au
téléphone, mais ils ne seront pas les seuls ! Vous aurez au contraire
des dizaines de personnes à contacter, à interroger pour récolter des
témoignages qu'il vous faudra ensuite analyser avant d'aller plus loin.
Mais plus loin, ce n'est pas encore le terminus ! Non ! Il y aura encore
bien des arrêts avant d'y arriver... Peut-être croirez-vous que nous
exagérions ? Eh bien non, pas le moins du monde ! Sauf que, bien
entendu, toutes les enquêtes n'auront pas cette ampleur.
Mais l'impératif de patience peut également se présenter de toute
autre manière, même en cas de phénomènes réels.
En effet, dans certaines situations,
il faut laisser le temps au temps. On dirait que les fantômes peuvent
être timides. Les fantômes ou quoi que ce soit d'autre peuvent vous
épier, vous jauger, avoir peur de vous (Le monde à l'envers direz-vous ?
C'est pourtant ainsi que les choses se présentent souvent. Les
poltergeister ou certains de leurs phénomènes se manifestent volontiers
alors qu'il n'est possible de les remarquer que du coin de l'œil, ou
alors que vous avez le dos tourné, ou juste après votre départ, dès que
vous aurez quitté une pièce, avec un esprit de contradiction très
frappant pour un esprit frappeur.
Attention
aux conclusions hâtives (ce sera un leitmotiv !)
: cette furtivité, par exemple cette grande propension
pour les phénomènes, à ne pouvoir se laisser observer que du coin de
l'œil, peut bien sûr témoigner d'une supercherie (quelqu'un profite d'un
moment d'inattention pour se rendre responsable d'une imposture) mais
également faire partie intrinsèque d'un principe qui régit le phénomène.
Ici, l'explication de ce point nécessiterait un dossier complet. Dans
l'immédiat, merci de nous croire sur parole). Il faut d'ailleurs ici
remarquer que les choses sont assez semblables pour d'autres types de
phénomènes. Beaucoup sont furtifs. Cela peut être le signe d'une
supercherie (l'imposteur craint d'être surpris et démasqué et prend donc
un luxe de précautions) mais cela peut aussi faire partie de sa
stratégie intrinsèque, modulée en fonction de ses capacités
technologiques dans le cas d'éventuels extraterrestres qui s'emploient,
par exemple, à présenter des réalités-écrans, des composantes propres de
l'imprégnation religieuse, culturelle, professionnelle, des témoins tout
en y insérant des éléments invraisemblables qui détruiront toute
crédibilité chez les intéressés, au détriment de l'enquête. Ce sera aux
enquêteurs de ne pas se laisser berner. Mais c'est plus facile à dire
qu'à faire !
Précisément, c'est encore là que la
patience aura son mot à dire et que la sagacité des investigateurs sera
payante, tout du moins s'ils peuvent attendre qu'apparaisse le petit
détail apparemment infime qui permettra de reconstituer tout le reste.
Idem dans les cas de possessions démoniaques où la plus belle ruse du
diable consiste à faire croire qu'il n'existe pas (et pour cause, si
l'on considère que les uns et l'autre ne font qu'un dans une forme
d'hypothèse extraterrestre généralisée dans laquelle la conscience
humaine est en connexion avec un savoir universel régenté par des
entités impalpables et indéfinissables.)
Vous avez sans doute remarqué, dans le
film "l'Exorciste", que le recours au grand rituel romain n'arrive qu'en
tout dernier lieu alors que le domaine médical s'emploie à rechercher la
cause des troubles par de nombreux examens, qu'un prêtre se livre à
plusieurs procédés d'investigation afin de déterminer s'il s'agirait oui
ou non d'un cas réel de possession ou d'un cas relevant seulement de la
sphère psy - et les conséquences d'une erreur d'appréciation pourraient
être très préjudiciables à la victime. Pendant ce temps, la police
tourne en rond, subodore très bien les choses mais ne peut évidemment y
souscrire. Les instigateurs de l'éventualité de l'exorcisme y arrivent
eux-mêmes à contrecœur et du bout des lèvres, lesquelles peuvent
difficilement cacher une certaine ironie. Plus simplement, vous pourriez
être occupé d'écouter patiemment le récit d'une personne vous racontant
ses malheurs prétendument surnaturels, dans le cadre de sa maison
qu'elle vous dit "hantée" et alors que rien dans ses propos ne vous
paraît extraordinaire et que tout - au contraire - vous semble
explicable rationnellement, jusqu'au moment où vous seriez tenté de
mettre un terme à cette entrevue en réprimant un bâillement et que vous
risqueriez bien, dans un moment d'inattention dû par exemple à la
fatigue, de ne pas relever le fameux petit détail qui change tout...
On pourrait ici multiplier les
exemples, en citant encore les éventuelles heures de planque passées
dans une voiture alors que rien, strictement rien ne se passe durant ce
qui semble être des siècles sinon une éternité. Par expérience, nous
savons que cela pourrait fort bien être au moment précis où vous
désireriez satisfaire un petit besoin que quelque chose de
potentiellement important se passera. Les choses sont ainsi faites...
Prudence donc, car si vous êtes de tempérament bouillant, il vous faudra
tempérer vos ardeurs et les conserver pour les moments adéquats et, en
attendant, vous devrez démontrer des trésors de patience tels qu'ils
feraient pâlir un rassemblement d'anges. Pour vous "encourager" dans
cette tâche, il ne vous faudra pas perdre de vue que tous ces efforts
pourraient aussi se faire en pure perte. On ne sait jamais à l'avance si
ce sera utile ou pas. Toutefois, pour les plus chanceux ou ceux qui
auront décidé d'aller jusqu'au bout, viendra le jour où... Alors, il se
pourrait bien que le sol se dérobe sous leurs pas, que leur monde
chavire, que tout se passe très vite et que le mystère les prenne à la
gorge. Certains en reviendront plus ou moins traumatisés et préfèreront
abandonner. Ou bien au contraire cette expérience leur donnera-t-elle
l'éclair de la motivation, l'expérience de la fonction et, par le fait
même peut-être, un premier feeling. En tous cas, vous voilà prévenus :
sauf au cinéma et dans les vidéos présentes sur Internet, beaucoup de
tralala pour pas grand-chose. Et puis, par à-coups soudains, le(s) cas
qui sort(ent) du lot.
Suite du dossier -
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