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M. Vanbockestal, votre parcours semble réellement impressionnant. On ne peut, en guise de préliminaire, s'empêcher de vous demander d'où vous vient ce goût apparent pour les sports violents, les professions à risques, bref : "les trucs spéces"...
Ah ! A vrai dire, je ne
m'attendais pas à ce que l'on aborde mon cas personnel qui me semble
importer peu. Mais pour répondre à votre question, hé bien, d'une
part cela provient (en ce qui concerne les sports "violents"), d'un
esprit aventurier qui a caractérisé ma jeunesse, comme bon nombre
d'ados. Je ne nierai pas avoir été influencé, comme beaucoup aussi, par
les films de Bruce Lee, mais aussi par les prestations de David Carradine dans "Kung Fu", qui me paraissaient plus près d'une certaine
vérité. Il y avait aussi (et déjà) une attirance un peu
inexplicable pour l'Asie et les mystères de l'Orient. Tout cela collait
assez bien à ma personnalité et l'esprit chevaleresque qui m'avait été
dicté dans mon éducation : la défense de la veuve et de l'orphelin, la
justice, l'équité, ce genre de principes moraux. Sauf que qu'ai
aussi été influencé par mon père qui avait sa propre conception des
principes en question : "on envoie d'abord l'adversaire au tapis, au
besoin en cassant toute la baraque et puis on discute après"... Mais
j'ai arrangé les choses à ma manière d'une façon beaucoup moins
radicale, plus en finesse, avec plus de psychologie aussi.
En fait, il y a eu aussi une espèce de réaction d'antagonisme : au début, comme bon nombre de camarades de classe, j'avais été aiguillé vers le football par mon ami Ralph Goessens, un ancien membre du GESO de 80, aujourd'hui décédé hélas, avec qui j'ai usé mes fonds de culotte à l'école moyenne de Lessines. Son grand-père était Président de L'Union lessinoise (qui n'existe plus en l'état mais a fait l'objet de plusieurs fusions) et en plus c'était mon voisin, la voie semblait toute indiquée. Je me souviens qu'à l'époque, j'avais été pressenti pour jouer gardien de but. Toutefois, le titulaire s'était montré plus qualifié que moi et j'ai commencé à évoluer "dans le jeu", d'abord à la défense, ensuite à l'entre jeu pour finir par l'attaque. Mais quand j'ai compris que l'on donnait toute priorité, pour les convocations, aux fils de riches, je me suis dit que ma place n'était pas là. J'ai donc laissé tomber le football pour le judo (ce qui a probablement été un tort car, par la suite, j'ai pu largement faire la démonstration qu'avec un peu de chance j'aurais pu percer dans le milieu du ballon rond. Encore aurait-il fallu être visionné par un grand club, etc. et ça, ce n'était pas fait d'avance !)
Une fois qu'il a été question de faire mon service militaire (mais j'étais déjà sorteur au Richard's club, à Bruxelles, à l'époque), je me suis retrouvé "pilule" à l'armée, brancardier si vous préférez. Ah ! Qu'est-ce que j'ai pu entendre comme quolibets ! Comme je ne parvenais pas à tenir en place, j'ai décroché les missions en Belgique, pour le transport de matériel médical et de médicaments, je suis passé caporal pour bons services (j'ai été nommé et non commissionné comme c'était le cas pour la plupart des miliciens, c'est à dire que mon grade avait été officialisé avant même ma démobilisation !) et me suis distingué à la cantine en empêchant de grosses bagarres. Cela s'est terminé à "la messe d'onze heures quand même" parce que cela avait fait un peu de "tapage". Mais quand le capitaine de compagnie a compris que je pouvais éviter de gros problèmes, le recours aux MP ou à la gendarmerie, grâce à mon savoir faire, il a écrasé et je n'ai pas été puni...
Toutefois, revenu dans le civil, j'ai eu la désagréable surprise de me faire licencier de mon travail de semaine, mon travail principal en fait puisque je ne faisais le sorteur que le samedi, pour arrondir les fins de mois). Théoriquement, et légalement, les choses ne devaient pas se passer ainsi et je devais retrouver ma place après mon service, mais le patron a fait une entourloupette et trouvé un prétexte tout fait. Comme j'avais l'occasion de retourner à l'armée, mais comme volontaire cette fois, j'ai opté pour les commandos afin de contraster singulièrement avec le précédent de "pilule", histoire de remettre les pendules à l'heure.
Je suis devenu sorteur à la suite d'un quiproquo. Je m'étais
présenté au dancing "Le Richard's club, qui n'existe plus de nos jours,
mais il se situait juste à côté du cinéma l'Eldorado, devenu lui-même l'UGC
par la suite, place de Brouckère à Bruxelles, en vue de proposer mes
services comme détective privé. Le patron m'a dit que je
commençais le samedi suivant, mais comme sorteur. Ce n'était donc
pas ce que je recherchais mais je n'allais pas faire la fine bouche
puisque cela rapportait ! D'autre part, il s'est avéré que j'avais
le physique de l'emploi, que je savais y faire et puis voilà ! Le
reste a coulé de source, comme j'avais acquis de l'expérience, il m'a
été facile de retrouver du boulot comme sorteur ou comme portier dans
d'autres établissements quelques années plus tard et notamment dans le
même alors qu'il s'appelait désormais "Le Miami". Il y a donc bien eu
tout un jeu de coïncidences parfois assez loufoques, voire étranges.
(voir aussi : "l'accident")
Pour ce qui est du travail de détective privé, cela provient de mon
attachement aux choses de la justice. J'ai failli devenir agent de
police à Ixelles, j'avais réussi toutes les épreuves, sauf la dernière :
le néerlandais oral ! Sur plus de deux cents candidats, j'étais parmi
les trois derniers à rester en lice ! Je me suis accroché et j'ai essayé
de repasser le test mais j'ai joué de malchance et, entre les deux, la
loi a changé et rendu l'épreuve encore plus difficile. J'ai donc
encore échoué et j'ai laissé tomber. Je me suis donc dirigé vers
une carrière de détective, qui n'était pas non plus pour me déplaire.
Comme
je suppose que si j'évite le sujet vous me reposerez la question, hé
bien pour ce qui est de la fonction de garde du corps, il s'agit encore
d'un concours de circonstances. Alors que je n'exerçais
momentanément plus comme videur de boîte de nuit, je faisais de la radio
libre à Lessines où j'étais animateur vedette. Un peu un Ricky Fox
avant la lettre sur Radio Contact (pour ceux qui ont connu les heures de
gloire de la radio libre à Bruxelles). Comme toutes les radios de
l'époque qui se défendaient honorablement, nous organisions des fêtes
sous chapiteau et invitions des stars de la chanson. Il fallait
quelqu'un pour s'occuper de la sécurité et ce quelqu'un était tout
trouvé. Je n'étais naturellement pas tout seul, il y avait
quelques autres gros bras pour m'assister. C'est de fil en
aiguille que je me suis retrouvé en charge de Johnny Hallyday ! Ça,
ça a probablement été le point culminant en la matière ! Mais cela
n'a pas duré très longtemps, le rythme des tournées et les exigences
étaient trop importantes, difficile de tenir longtemps... Et Johnny
avait une fâcheuse tendance à faire "tourner" son personnel très
rapidement, il fallait toujours du frais, du up to date... (Pour ceux
que cela intéresse, je réalise une rubrique complète sur ces époques
riches en aventures de toutes sortes, exploits sportifs et autres, mais
aussi expériences troublantes, coïncidences remarquables. Une très
grande partie sera consacrée à Bruxelles qui regorge d'endroits très
surprenants, voire inquiétants, légendaires et mystérieux. Des
endroits où le surnaturel et la paranormal ont tout à fait leur mot à
dire. Mieux, toute cette rubrique qui sera d'ailleurs gigantesque,
sera accompagnée de quantité de photos inédites et sensationnelles !
Voyez :
L'aventure fantastique.)
Il s'agit d'une réalité
qui, d'une certaine façon, peut se qualifier de "romancée". C'est
le film du même nom : "La main de fer", et qui date de 1972, un film qui
connut un succès phénoménal et qui ne mettait pourtant pas Bruce Lee en
scène, qui a probablement été l'origine de tout ce que l'on a pu dire ou
croire à ce propos. En réalité, les pratiquants du karaté, du Kung
Fu (Shaolin ou Sao Lim) etc. sont amenés à entraîner certaines parties
de leur corps pour les fortifier en vue des tests de casse à mains nues.
On ne se met pas à casser des briques (ou des tuiles ou des blocs de
béton) du jour au lendemain. Cela nécessite bien sûr beaucoup
d'entraînement, un contrôle de soi et une maîtrise de la technique
importants. Les karatekas, par exemple, doivent entraîner leurs poings,
leurs pieds, parfois même leurs tibias ou d'autres membres encore, à la
frappe aux makiwaras.
Il
s'agit en fait de simples bâtons recouverts de paille de riz tressée
enfoncés dans le sol, sur lesquels on frappe quotidiennement, avec
beaucoup de régularité, selon les techniques apprises. A la
longue, cela provoque des callosités ou rugosités et confère une quasi
insensibilité, en tous cas cela participe largement à la puissance et à
la résistance. C'est vrai qu'à la fin cela finit par devenir
potentiellement redoutablement efficace et même dangereux. Mais
c'est dangereux pour le pratiquant aussi car il y a des risques de
traumatismes, de blessures, de fractures, etc. Si bien que les
makiwaras classiques ont progressivement été remplacés par d'autres,
recouverts ceux-là de feutre ou de mousse. Cette préparation n'est
toutefois pas toujours obligatoire et il existe certains styles qui
travaillent plus en souplesse qu'en puissance, ce qui permet aussi de
respecter les configurations anatomiques.
Dans le film, l'histoire se déroule en Chine ou quelque part en Asie, dans l'antiquité. on voit un jeune pratiquant recevoir l'enseignement de son vieux maître. Survient toutefois un conflit avec des protagonistes d'une autre école. La bagarre est terrible et le jeune débutant se fait rosser et broyer les mains. Toutefois, au lieu d'être dégoûté par une telle expérience douloureuse, le voilà qui redouble d'ardeur et reçoit cette fois l'enseignement d'un autre maître qui décide de lui prodiguer un "vieux secret" parmi les techniques les plus redoutables : la main de fer ! On voit alors le jeune adepte subir toutes sortes de traitements plus sauvages et cruels les uns que les autres, il doit par exemple frapper sans relâche dans une corbeille remplie de cailloux brûlants et de braises, ce genre de choses. Ses mains finissent par devenir de véritables armes, après avoir subi de terribles douleurs. Il retrouvera les assaillants qui lui avaient infligé le traitement et les vaincra bien entendu !
Comme on le voit,
l'idée de départ a été respectée mais très exagérée et poussée à
l'extrême, sans doute pour les besoins du cinéma. Il serait
inconcevable de proposer cela dans les dojos (salles où l'on pratique un
art martial). Par contre, on peut supposer que, dans des temps
reculés, en certains endroits de l'Asie et d'ailleurs et peut-être même
encore de nos jours, des gens soient assez fous pour recourir à de
pareilles extrémités ! Franchement, personnellement je ne trouve
pas cela très malin mais chacun fait ce qu'il veut. Il faut ici
souligner bien entendu le fait que de pareilles techniques sont non
seulement très douloureuses, la plupart du temps inutiles et presque
toujours très préjudiciables à l'esthétique (les mains sont atrocement
déformées, couvertes de cicatrices, etc.) Je considère cette
technique comme pratiquement inutile puisque le karatéka arrête les
coups juste avant l'impact (sauf en cas de combat réel bien entendu !).
Or, justement, en cas de combat réel, les techniques apprises sont
généralement bien suffisantes que pour venir à bout d'un adversaire,
sans devoir lui briser tous les os. Pour ce qui est de la casse, on peut
évidemment être très impressionné par les performances de certains
karatékas. J'ai vu mon premier professeur casser des blocs de
béton à mains nues et même avec sa tête !
Bruce Lee aurait dit : "Les blocs ne rendent pas les coups..."
En ce qui me concerne, je me suis contenté de planches, "comme tout le
monde". Ça marche et ça me suffit. Il est d'ailleurs très
rare de se faire agresser par une planche et pourtant, elles sont
souvent en groupe !
Pure affabulation ! Cela
doit provenir d'une forme de propagande dans laquelle la vantardise a
beaucoup à dire... Beaucoup de gens se sont fait des idées en voyant des
films de karaté, avec ou sans Bruce Lee. Ces films sont souvent
pleins d'exploits étourdissants qui présentent les pratiquants comme de
véritables surhommes. Cela touche parfois presque au surnaturel et si on
manque de libre arbitre, de jugement et de discernement, on pourrait
croire effectivement que les karatékas deviennent rapidement des êtres
invincibles et invulnérables.
L'une des premières choses que l'on apprend en entrant dans un dojo est
l'humilité et le respect de l'adversaire. Ce genre de phrase me
paraît très peu en phase avec cette optique. C'est présumer
dangereusement sur la valeur des adversaires alors que l'on ne les
connaît même pas ! On peut toujours être confronté à des surprises
et dans ce cas elles pourraient être très désagréables et amener à de
lourdes désillusions ! Vous avez toutes sortes d'individus qui se
présentent dans les salles d'entraînement et on en a vu qui, dès les
premiers jours, pouvaient effectuer de remarquables mawashi geri (coups
de pieds fouettés), en principe réservés à des pratiquants déjà évolués.
Cela ne les empêche pas de quitter plus ou moins rapidement ces mêmes
salles, dégoûtés par le type d'entraînement et ses exigences, sa rigueur
qui n'a rien à voir avec le combat de rue. Cela restera de petits
truands de quartier, sans envergure, qui casseront peut-être la figure à
des innocents pour leur soutirer un peu de monnaie. Mais ils
déguerpiront aussi vite s'ils ont affaire à plusieurs adversaires
déterminés, qu'ils soient karatékas ou pas. Il ne faut pas se leurrer,
il faut déjà pas mal d'entraînement au karaté (et dans d'autres
disciplines), avant de pouvoir utiliser son "art" valablement en cas de
combat réel. Pratiquement tout karatéka, ou autre pratiquant, se
trouvera en fâcheuse posture s'il se trouve face à plusieurs
adversaires. Le karaté est l'art du combat à mains nues, d'accord.
sa signification est d'ailleurs "main vide". Mais pas "combat
contre plusieurs". Une précision toutefois, il ne faut pas non
plus se méprendre sur ce que je viens de dire. En fait, si un
karatéka de valeur se fait attaquer dans la rue par plusieurs
adversaires "normaux" (ne lui en collons tout de même pas 250 !), je veux
donc dire des gens "comme tout le monde" ou pour être plus exact : des
"non pratiquants", il a naturellement "plus de chances" de s'en sortir
valablement. Peut-être même les mettra-t-il tous au tapis, c'est
fort probable. Mais cela reste évidemment plus problématique que
contre un seul adversaire et, en tout état de cause, il ne recherchera
pas lui-même cette situation assez périlleuse. Ou alors, il s'agit
d'un prétentieux et d'un arrogant qui ferait bien de se méfier.
Mais les katas ne proposent-ils pas des combats contre plusieurs adversaires ?
Les katas peuvent être décrits comme des combats stéréotypés contre des adversaires imaginaires et on utilise effectivement le pluriel. Leur répétition très assidue est primordiale dans l'apprentissage. Cela ne signifie toutefois pas qu'un karatéka puisse pour autant automatiquement vaincre plusieurs adversaires en combat réel ! Il s'agit de répéter les mouvements "à vide", cela participe de l'étude mais cela permet aussi de revoir les mouvements dans toutes les directions et de les mettre en scène un peu comme dans une certaine réalité. Il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives. Il y a tellement de possibilités de différences de réactions de la part d'adversaires réels qu'il serait impossible à tout karatéka de reproduire strictement de a à z un kata comme au dojo ! Cela dit, les katas sont souvent considérés comme des exercices un peu bizarres, voire loufoques ou inutiles aux yeux des néophytes. C'est une lourde erreur car ils sont très importants, mais encore une fois ce ne sont pas eux qui confèrent une quelconque invulnérabilité. D'un autre côté, il ne faut pas confondre "art martial", "sport de combat" et "combat de rue". Par définition, un art martial est en rapport avec la guerre et par extension le combat. L'artistique se marie assez mal avec la réalité d'un combat traditionnel et nécessite une très longue pratique pour pouvoir exercer son "art", dans les formes, dans de pareilles circonstances. Un "sport de combat" est, comme son nom l'indique, un sport. Cela signifie donc bien entendu qu'il comporte des règles, qu'il soit codifié et, dans ce cas, cela limite aussi les possibilités par rapport au combat de rue. Enfin, justement, le combat de rue sera tout ce que l'on voudra mais très rarement "artistique" ! Au contraire, il visera au maximum d'efficacité et à un dénouement très rapide, sans aucune codification : tous les coups sont permis et c'est du n'importe quoi pourvu que ça marche. Les gens qui ont assez bien d'expérience du combat de rue sont souvent beaucoup plus efficaces que la plupart des pratiquants qui débutent et le restent pendant un certain temps. Après cela, les tendances s'inversent. Le pratiquant ne commet plus les erreurs grossières des combattants de rue ordinaires, acquiert une technique qui fait la différence, mais aussi un important contrôle de soi ainsi qu'une logique du combat qui lui confère un réel avantage.