L'intrigue du petit chemin
sombre
Ce qui précède ne serait déjà pas si mal si
l'on considère les moyens du CERPI.
En effet, au moment où nous réalisions cette "première enquête personnelle",
nous ne pouvions guère compter sur plus de deux personnes qui devaient
travailler sur un territoire relativement vaste (et les ramifications de
l'affaire allaient rendre le domaine plus large encore, sur une affaire datant
de plusieurs années.
Mais c'était compter sans l'acharnement de nos éléments et puis aussi, il faut
bien le dire, sur un brin de chance et peut-être d'intuition (médiumnique ?).
L'affaire allait ressortir du placard et peut-être rebondir comme vous allez le
voir.
Au gré de mes pérégrinations sur le terrain, animé d'une simple logique, je me
disais qu'il devait y avoir un rapport étroit entre le chemin de l'Inquiétude,
situé à la fois près du dépôt de bus et des bureaux de la police fédérale, mais
aussi du cours d'eau désormais tristement célèbre de la Haine, lequel jouxte un
sentier menant à un petit pâté de maisons ne payant pas de mine et le dépeceur
lui-même qui avait, rappelons-le, déposé dans ce même chemin, les restes
macabres de l'une de ses victimes. Il était évident qu'il était passé par là,
une pure lapalissade en fait. Mais il convient aussi de se mettre à la place des
protagonistes, de tenter de réfléchir à leur place pour avancer dans une
enquête. En l'occurrence, le monstre avait du préparer son coup.
Il y avait peu de chances pour qu'il ait déposé précisément là son funeste
trophée de manière purement fortuite. Peut-être était-ce l'endroit le plus
proche de son domicile et était-il donc animé d'une certaine idée pratique, mais
il ne s'agissait que d'une hypothèse qui résistait aussi assez mal à son
contraire car l'auteur des faits aurait aussi pu vouloir mettre le maximum de
distance entre l'endroit en question et ce qui pouvait le rattacher à lui.
Pourtant, il y avait une autre raison, une raison pratique pour agir de la
sorte.
Lorsque l'on se livre à ce genre de méfait, on peut facilement imaginer que l'on
ait très peu envie de se faire remarquer. Aussi agit-on plus volontiers
nocturnement ou avec certaines garanties. Dans le cas présent, la grande
fréquentation diurne laisse donc supposer que l'individu a agit la nuit. Mais
cela n'est pas suffisant car il pouvait encore se faire surprendre, pister, même
involontairement. Des voisins, des badauds auraient pu rapporter à la police
l'avoir vu passer avec un étrange colis par exemple. Tout aurait donc été pour
le mieux s'il avait pu agir non seulement de nuit, mais avec en plus l'assurance
qu'on ne l'ait vu ni s'engager dans le chemin de l'Inquiétude, ni en ressortir.
Et si, de surcroît, cela lui donnait une porte de secours en cas d'urgence,
n'aurait-il pas s'agit alors de la cerise sur le gâteau ?
Sans doute, direz-vous, mais pour arriver à un tel prodige, à
moins de disposer d'un hélicoptère ou de facultés surnaturelles on voit mal
comment on pourrait s'y prendre !
Lorsque j'ai vu, tout comme notre correspondante médium, les
photos du chemin dont il est ici question, je dois bien vous avouer que je n'ai
absolument rien ressenti en dépit de mes facultés extra sensorielles. Il est
très possible que celles-ci n'étaient pas encore assez développées à l'époque,
ou plus exactement pas assez exercées. On peut pratiquement dire qu'il s'agit
d'un don qui doit s'entretenir et si certaines expériences réalisées jadis avec
mon père avaient démontré l'existence de ces dons, en revanche je ne les avais
plus guère utilisés depuis longtemps. Il est également possible que, passant
tous les jours ou presque par cet endroit, les lieux soient comme "grillés" en
ce qui me concerne, un peu comme pour le chien qui, perdu au milieu de centaines
de pistes, ne sait plus laquelle suivre. Pourtant, ce qui m'était alors apparu
comme une sensation très superficielle me revenait sans cesse par la suite, de
façon lancinante, insistante : il y avait quelque chose dans la configuration
des lieux qui m'incitait à enquêter en direction de ce "bête" petit pâté de
maisons. Or, en même temps, cela paraissait trop simple, simpliste même, à la
limite du ridicule. Mais il y avait toujours comme cette petite voix intérieure
qui me dictait d'aller voir par là, de chercher dans cette direction (pas
forcément au sens strictement géographique du terme d'ailleurs).
A présent, les choses sont beaucoup plus claires. Il existe
effectivement un petit chemin qui part du chemin de l'Inquiétude, traverse
l'entrée des "Grands Prés" (un lieu-dit qui abrite entre autres une grande
surface commerciale) et longe le cours d'eau pour rejoindre les maisons qui
m'intriguaient. Ce chemin permet effectivement le prodige dont j'ai parlé et,
pour ne rien gâcher, il faut être assez observateur pour le remarquer en
passant. Cela étant dit, cela ne nous avance guère et ne nous donne en aucune
façon le dépeceur pieds et poings liés. Mais les choses allaient subitement
progresser de manière très inattendue, je dirais presque "bizarre" ou "étrange"
tant tout ceci fait penser à un coup du destin et du désir de vengeance des
victimes.
L'intrigue du bâtiment disparu...
Voilà qu'un soir, dans mon bus, une personne d'âge plus que
mûr m'adresse la parole. D'abord simplement pour me demander un renseignement,
ensuite pour tuer le temps avant d'arriver à destination. Et voilà mon bonhomme
qui évoque le caractère "mortel" du coin (sans jeu de mots) et le contraste avec
l'ambiance qu'on y trouvait il y a de cela quelques années (décennies ?) "Il y
avait des cafés partout, maintenant il n'y en a plus un seul. Ou plutôt si, mais
c'est vraiment le dernier ! Il y avait de l'animation - dans le temps -
notamment parce que de nombreuses personnes venaient là à cause de l'hôpital
maintenant disparu... Des visiteurs, bien sûr, mais aussi des livreurs, des
ouvriers, des représentants du corps médical peut-être et des représentants (de
commerce) tout court, que sais-je ? Mais il n'y a plus d'hôpital. Et là bas plus
loin, on a retrouvé la pauvre Monique qui s'est tuée. Ou qu'on a aidé à se tuer,
enfin. On a retrouvé sa tête..."
Mon sang ne fit qu'un tour ! Comment ne pas faire de rapprochement entre ce
témoignage fortuit et les agissements du dépeceur ? Or, le quartier était
précisément celui du "pâté de maisons ne payant pas de mine"...
Quelques jours plus tard, une dame me demandant où se
trouvait l'arrêt des Grands Près fit le rapprochement direct entre le nom de
l'arrêt, à savoir "Pont-Canal" et le nom de l'Hôpital qu'il y avait là jadis.
C'était l'hôpital de Pont Canal !
Il y avait fort longtemps qu'elle n'était plus venue dans la région, tout avait
changé. Actuellement, on pourrait passer là des centaines de fois sans se douter
qu'il y avait autrefois un hôpital en cet endroit.
Désormais, je n'attendais plus que les renseignements
viennent à moi comme par "miracle", j'essayais de les provoquer et si un
voyageur venait me trouver pour un renseignement quelconque dans le coin, si je
voyais que de surcroît la personne en question avait un certain âge et pouvait
être du coin, je tentais d'orienter la conversation sur ce point précis. Et
j'eus rapidement confirmation qu'il y avait là jadis, réellement un hôpital
nommé "Hôpital de Pont Canal". Non seulement c'était bien le cas, mais celui-ci
était immédiatement attenant au "pâté de maisons intrigantes". La maison du curé
existe toujours, on voit encore une partie du mur d'enceinte. Mais il y a bien
vingt-cinq ans que l'hôpital a disparu, probablement pour des questions
financières, de subsides, etc.
Mais quelle importance tout ceci
peut-il avoir avec l'affaire du dépeceur de Mons, quel rapport ?
Souvenez-vous ! N'avait-on pas parlé, à propos de la découpe
des victimes, des oeuvres d'un chirurgien ou d'un boucher ? S'il fallait des
frigos pour conserver les morceaux de cadavres, une morgue ne faisait-elle pas
aussi l'affaire ?
Oui mais l'existence de l'hôpital était bien antérieure aux faits !
C'est exact, cependant l'affaire elle-même n'est pas de première fraîcheur, elle
date également de plusieurs années maintenant. S'il existe encore un
anachronisme malgré tout, on peut au moins considérer que l'auteur des crimes,
s'il s'agissait bien d'un ancien chirurgien de l'hôpital, pouvait encore
disposer d'outils très particuliers propres à la profession et des connaissances
anatomiques indispensables. Par ailleurs, même à défaut de l'hôpital en
question, l'individu pouvait encore disposer d'un accès privilégié à d'autres
centres médicaux de la région et entreposer des restes macabres à l'abri des
investigations policières et des curieux, de la manière la plus "naturelle" qui
soit. Quoi de plus normal que ce soit un chirurgien qui place des cadavres dans
une morgue ?
N'oublions pas aussi la coïncidence étrange du décès de ladite Monique,
l'intuition particulière, la logique de la configuration des lieux.
S'il est évident que l'expérience médiumnique n'a pas ici apporté la solution de
l'énigme ni permis de découvrir le coupable, en, revanche elle démontre -
pensons-nous - l'existence de facultés extrasensorielles et leur utilité dans
les enquêtes policières. Dans certains cas, les autorités utilisent d'ailleurs
bel et bien des médiums, "en désespoir de cause" dans l'optique du "sait-on
jamais ?" Dans le cas présent, cela a permis d'ouvrir une nouvelle piste qui
allait s'avérer particulièrement intéressante et que nous exposerons plus loin
dans ce dossier... Sans toutefois jamais pouvoir incriminer qui que ce soit,
obligés que nous sommes de nous contenter d'exposer des éléments, à défaut de
prérogatives judiciaires et au risque de sombrer dans la diffamation, mais à
charge des autorités de les utiliser comme bon leur semble. Si toutefois
certaines personnes ne jouissent pas de "protections" et/ou s'il n'y a pas de
corruption...
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