Centre d'Études et de Recherches

sur les Phénomènes Inexpliqués

Enquête sur les enquêteurs !


Désormais, l'enquête sur l'affaire d'Arc-Wattripont se présentait bien, ou en tous cas "mieux" et le fait d'avoir des représentants des autorités avec nous nous confortait encore plus. Cependant, même si cela peut paraître paradoxal, nous avons jugé bon de faire aussi une enquête sur les enquêteurs ! Il s'agit en fait d'une base logique, classique,si l'on veut que tout soit solide, inattaquable. Tous les éléments se doivent d'être fiables. Nous avons donc procédé aux enquêtes en question, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas car ce serait fastidieux, mais ne reprendre que quelques éléments et hypothèses que nous avons suivis.

Hypothèse : L'intervention "policière" (au sens large) cacherait une activité illicite et l'affaire n'aurait été qu'une diversion.

Nous avons envisagé, à un certain moment, cette possibilité qui nous plaçait dans l'embarras : nos principaux témoins, nos témoins les plus précieux auraient-il utilisé Arc-Wattripont comme une diversion afin de masquer une activité illicite ? Il nous fallait enquêter sur les enquêteurs, au risque de perdre - nous l'avons dit - nos meilleurs interlocuteurs ! Pourtant, nous ne pouvions pas déroger à ce devoir d'enquête et il nous fallait même nous montrer très sévères, d'autant que s'il était avéré que toute l'histoire n'était qu'un coup monté et que les témoignages n'étaient pas fondés, alors il n'était plus utile de poursuivre. Il aurait toujours subsisté un coin d'ombre sur cette affaire, mais la meilleure base aurait cessé d'exister.
Il ne nous plaisait guère de soupçonner ces gens que nous avons pu apprécier par la suite et la perspective de transformer l'affaire du poltergeist d'Arc-Wattripont en un scandale local ne nous emballait pas non plus. Cela dit, ce ne sont pas ni les policiers ni les gendarmes qui nous diront le contraire, l'un des travaux policiers classiques consiste à soupçonner prioritairement l'entourage direct. C'est ainsi que, incroyable mais vrai, dans des affaires de viol, le mari a parfois été soupçonné ! (Mais, monsieur, si cela avait été mon mari, je l'aurais reconnu !)
Soit, mais en l'occurrence, qu'avions-nous à nous mettre sous la dent ? Notre première expédition nocturne nous avait confrontés à un phénomène particulier de présences très bruyantes de psittacidés à proximité immédiate de la maison "hantée". Nous n'aurions jamais fait le rapport si nous n'avions pas fureté un peu partout dans cette sacro-sainte affaire d'Arc-Wattripont... Mais Dieu sait que pour ce qui est de chercher, nous avons cherché, et pas qu'un peu ! Or donc, nous nous sommes renseignés sur le nom du propriétaire de ladite maison et, eurêka (provisoire !) nous avons vu que le nom en question était le parfait homonyme de l'un de nos policiers. Voilà qui devenait potentiellement intéressant. Cela l'était d'autant plus que, en cherchant davantage, nous avions pu voir qu'il y avait un mainate chez les D. On peut même l'apercevoir, sur l'une des photos en notre possession, sur l'épaule de Nathalie, à l'extérieur de la maison.

Bon, and so what ? Eh bien, il faut savoir que, en Belgique en tous cas, le trafic d'animaux est le plus intense, directement après les armes et la drogue. Ensuite, en matière d'événements locaux de la région, il fallait savoir également que le parc animalier du Paradisio (à l'époque il s'appelait encore comme ça) venait d'ouvrir ses portes et qu'il avait très vite subit des vols... d'oiseaux (oui, je sais, cela s'exprime bizarrement, mais c'est bien de cela dont il s'agit : on leur a volé des oiseaux)... Que pouvait-on broder là-dessus ? Quoi de mieux pour commettre un forfait, passer inaperçu, qu'une voiture de flics ? Personne n'ira se méfier d'un combi qui ferait sa ronde, la nuit. La concordance des dates avait quelque chose d'alléchant, ce que nous savions de l'affaire aussi. Oui, mais comment mettre tout cela en musique ?

Il se fait que les autorités s'étaient plaintes, concernant l'affaire d'Arc-Wattripont, de ce que celle-ci mobilisait presque tous ses éléments (c'est dire s'il ne s'est rien passé d'extraordinaire à Arc-Wattripont ! Notre pauvre journaliste était vraiment loin à côté de la plaque avec sa piètre enquête !) Or donc, les gendarmes ou les policiers auraient-ils pu s'en servir comme d'une diversion afin de s'approvisionner, pendant ce temps, en oiseaux sous le couvert de leur autorité ? Presque toutes les forces se concentraient sur la "hantise", ils risquaient donc moins d'être surpris par des... collègues. Quant à des quidams, ils leur auraient été facile de se tirer d'affaire sous un autre prétexte bidon : circulez, il n'y a rien à voir ! Nous avons failli intercepter un dangereux suspect... Il est rare qu'une personne lambda prenne un flic en flagrant délit de vol d'oiseaux !

Mais notre piste ne tenait pas la route. D'abord le nom trouvé par nos soins, pour homonyme qu'il était, ne signifiait pas grand chose étant donné qu'il était très courant dans la région. De ces homonymes, on pouvait en trouver à la pelle. Ensuite, c'était celui d'un policier et non d'un gendarme. On connaît l'ordre des arrivées et le fait que ce sont des gendarmes qui ont sollicité la police pour s'occuper du relogement d'Éric. Les policiers ne pouvaient pas prévoir une telle affaire, pas plus que les gendarmes (ou alors, il aurait fallu envisager un gros secret d'état ! Mais nous y reviendrons !) ni donc s'en servir comme d'une couverture. Quant aux gendarmes, ils étaient bien sur place, à Arc-Wattripont. On peut d'ailleurs aussi présumer que les combis peuvent être suivis à la trace par satellite (mais peut-être pas en 1993 ?)

Pour mettre définitivement un terme à nos cogitations en la matière, il nous fallait noter que l'affaire datant du 5 janvier, il aurait fallu aller bien vite pour profiter de l'ouverture du parc... En fait, les dates correspondent pour l'année, mais pas pour les jours et les mois. Nous faisions donc chou blanc, mais rarement un échec de notre part a-t-il été autant salué comme une réussite ! Cela nous rassurait presque : nos témoins restaient en course. L'affaire était saine et sauve !

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